‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 115 sur 115 · I. Édit du I" février · texte numérisé non relu

I. Édit du I" février

pas attribuer à ces empêchements autant de portée qu'on le supposerait. L'abus du fisc seigneurial et la violence n'eurent sans doute pas la simultanéité à laquelle ferait croire la fréquence des exemples. C'est localement, en effet, et à dates éloignées que les vilains s'insurgèrent contre les empêchements jetés dans leurs labeurs, ou qu'ils s'en plaignirent avec quelque ensemble. Du moins la classe vilaine a, somme toute, fait tourner le compromis à son profit. Elle est finalement sortie plus forte des traverses qui l'ont assaillie, prête à des entreprises plus osées, à même de les faire mieux respecter en elle. Toutefois il y a beaucoup de raisons pour tenir comme rempli d'autres obstacles que ceux de la nature et du sort commun, le travail de la production sous le régime de la seigneurie. Il est sans doute à reconnaître qu'à cause du besoin, qu'eut du travail et de la production, pour son existence, une société prodigue de sa vitalité comme le fut celle du moyen âge, le trouble et le désastre furent compensés graduellement, pour les vilains,, par des avantages en droits sociaux ; on n'apprécierait cependant pas à ce qu'il valut cet aboutissement heureux, en oubliant combien de vicissitudes et de peines représente en eux le mérite d'avoir traversé sans y périr ces causes de découragement. L'avancement progressif sous la domination seigneuriale dont elle était dépendante, la classe vilaine l'a dû par

dessus tout à la patiente et valeureuse ambition du mieux. Que les plus mauvaises situations même aient été impuissantes à labattre dans la poursuite de sa pleine indépendance, c'est à cette vertu qu'elle en a été redevable, plus qu'aux encouragements du droit et aux concessions qui lui furent parfois offertes.

Aux approches du xv^ siècle, les vilains du moyen âge touchent au point où leur condition personnelle va se trouver définitivement liée aux intérêts publics. Mon plan, ici, n'a pas été de les suivre plus loin que ce point-là. Après, on les voit aux prises avec les fortunes successives du développement national. Ils continuent là lutte et les conquêtes dans le mouvement des faits politiques. Ils continuent jusqu'à ce que l'état social prenne enfin pour fondement la large et définitive assise de l'égalité civile absolue et du droit absolu de posséder. Il y aurait là l'objet à soi seul d'un autre ouvrage, et cet autre ouvrage serait aujourd'hui presque une nouveauté. Dans le désordre de critique sociale de ce moment-ci, dans la régression d'idées qui s'y marque, les enseignements qui ressortiraient de la synthèse à faire auraient de l'opportunité. A l'époque où je regardai pour la première fois au sujet du présent volume, j'essayai de tirer des faits cesrensei-

gnements. Mais s'il y aurait, semble-t-il, quelque utilité à reprendre ce travail de synthèse et à y apporter la précision, ses proportions dépassent le cadre que je me suis proposé de remplir actuellement. D'autres que moi recommenceront quelque jour cette tâche; rien du travail antérieur ne se perd. On s'étonnera, alors, de la réaction sous laquelle auront été momentanément éclipsées les données, on eût dit bien définitives, qui en étaient provenues. Il est vieux comme le monde qu'au bout d'un temps le passé cherche toujours à se refaire, tandis que les résultats acquis semblent n'avoir pas besoin qu'on les défende. La revanche arrive néanmoins ; c'est le secret de plus d'une lutte ultérieure.

Avant-propos V à VI

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