SEIGNEURIE, PERSQNNÉS ET CLASSES 3I
d'une manière souveraine, préexistant à toute convention privée, s'imposant à ces conventions et leur survivant. Elles ne donnaient pas seulement à ceux qui y étaient soumis une position à part, mais aussi, en quelque sorte, une nature sociale distincte; l'état juridique leur attribuait une valeur et une place déterminée entre les autres personnes.
Quelles furent donc, sous le régime de la seigneurie, les personnes composant la société, et quelle fut la situation de celles à qui incomba la charge de la production matérielle? voici le lieu de le dire. D'abord l'état social. Ce n'est pas simplement de libres et d'asservis qu'il se trouve alors formé, c'est d'ordres de personnes étages. Il y en a trois, superposés les uns aux autres :. Its gentilshommes, les vilains, les serfs. Trois conditions tranchées; elles sont là dans leur sens descendant. A quoi il faut ajouter que les gentilshommes et les vilains sont des personnes, libres, les serfs seuls ne le sont pas. D'une catégorie à l'autre, la limite fut souvent confuse, et dans chacune se marquèrent des nuances nombreuses; mais au point de vue civil les classes furent celles-là, et il n'en exista pas d'autres, non seulement tant qu'a - duré le moyen âge, mais même encore après. Ce sont les gentils bons, francs bons de poeste et sers décrits par Beaumanoir'. Avant comme depuis
I. Coutumes de Beauvolsis, édit. Beugnot, chap. CLXV, n© 20, et XII, no 3.
lui, sur le continent ou de l'autre côté de la Manche, tous les textes ayant trait aux rapports civils ef politiques, textes d'économie privée, textes d'administration publique désignent et spécifient de même les éléments formant l'état social. Le Mirror of justice\ les Décisions^, la Somme\ les Ordonnances^, l'érudition moderne \ concordent en cela. On ne "trouverait pas d'autorité qui permît de reconnaître d'autres classes de personnes, pas une situation sociale qui, juridiquement, ne rentrât dans l'une ou dans l'autre de ces dernières. Veut-on caractériser ces catégories par leurs xôtés saillants, voici sommairement le rapport de l'une à l'autre.
Le serf est un objet de possession; il reste juridiquement incapable d'appropriation pour soi'; — le vilain, est un sujet contribuable; — le gentilhomme est un non contribuable qui, de par l'état seigneurial, a souveraineté sur le vïlahu Le droit élevait ainsi sa solide barrière entre la classe des serfs et les deux autres ; oes deux autres, la classe des gentilshommes et celle des vilains, étaient