‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 29 sur 115 · PREMIER ÉTAT, PREMIERS EXHAUSSEMENTS · texte numérisé non relu

PREMIER ÉTAT, PREMIERS EXHAUSSEMENTS

D'ailleurs, ces limites si étroites ne s'appliquaient guère qu'à l'individu serf isolé, vivant hors de toute existence familiale. Le plus grand nombre étaient en possession du mariage^ de la filiation légitime, de la succession, du témoignage aux actes publics; tous pouvaient racheter la liberté avec leur pécule. Dans les domaines conduits en vue du profit agricole, les maîtres n'attachaient pas d'autre prix à la -servitude que cette faculté de la vendre; un massier de Saint-Père de Chartres peut l'échanger contre l'abandon de son office, qu'il tenait viagèrement '.

Qu'on le remarque, en effet. Le serf devait arriver à l'indépendance bien plus vite que l'esclave. Celui-ci n'avait jamais connu le droit. Au contraire de beaucoup de serfs du moyen âge il n'en avait jamais rien possédé. Ses efforts pour y atteindre étaient des révoltés aux yeux de tout le monde, excepté de lui-même et des moralistes ou des philosophes. Le serf, lui, en recherchant plus de droits, réclamait un bien dont il s'était vu dépouiller ; on ne le lui retenait pas avec une aussi pleine sécurité de conscience, ou bien il trouvait dans le principe même de sa condition une force de croissance devant laquelle les barrières sociales devaient continuellement céder. Aussi le servage ne présente-t-il en France, à toute époque, qu'une

I. CartuIairCy acte de looi. — Cf. EstabUssement de 1276, contre Tabandon de Tavoir du serf au seigneur.

sorte d'état provisoire. On y voit toujours comme les pierres d'attente d'un autre plus libre, c'est-à-dire plus complet. Et s'il a été juridiquement admis et réglé en tant que fait; s'il estdevenu l'objet d'intérêts importants, de transactions nombreuses même sous ses modes les moins favorables, du moins la théorie n'en fut jamais écrite. Il n'appartient qu'à l'antiquité d'avoir déduit la servitude de doctrines juridiques, voire de la métaphysique.

La vie civile fut entrevue par l'esclavage le jour où le maître tint compte en lui de l'humanité. Ayant besoin de rendre progressive son activité, il l'a intéressé au travail en lui en conférant plus ou moins la responsabilité; ce fut le premier pas. De même le premier contrat par lequel des serfs ont pris à leur charge une part de terre moyennant l'obligation de donner au domaine du maître un certain nombre de journées de labour, de charroi ou d'autres services, ce contrat a marqué pour eux le commencement de la liberté. Il est de beaucoup antérieur au xm^ siècle. A cette époque, les serfs comptent plus de deux cents années de détention continue du sol cultivable, A peu près partout et toujours ça été une possession héréditaire, conséquemment d'autant plus productive pour eux. Pendant ce temps les maîtres se sont épuisés par la vie militante, par l'enthousiasme ruineux des croisades,

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