SERFS ET LIBRES DANS LE DOMAINE I
Tautorité publique entendent la masse des cultivateurs ou détenteurs du sol quelle que soit leur condition civilç. Seuls les titres d'affranchissement ou les pièces juridiques distinguent les serfs des libres, et attestent l'existence de deux sortes de personnes dans le monde de la production.
Ce mélange des conditions a dû avoir un résultat à constater comme un fait d'histoire. Il a probablement retardé de près d'un siècle le passage des classes particulièrement rurales dans la liberté, comparativement aux classes urbaines. Pénétré par les conventions, s'étant rendu communes les manières d'être des vilains quant au côté économique des choses, le droit servile trouva le moyen de proroger son existence. C'est sans doute en partie pourquoi il est resté d'usage général jusqu'au moment où, devenu à charge à la fois au maître et à l'asservi, sa destruction fut poursuivie par eux de concert. Bien plus, on est témoin que les maîtres s'en lassent de beaucoup les premiers; pendant longtemps les serfs se voient émanciper à vrai dire malgré eux. Dans la France du moyen âge, combien peu la servitude fut la brutalité constitutive, le mode arbitraire et impitoyable de posséder l'homme qu'il a été presque de lieu commun de supposer, cela doit ressortir de l'exposé qui précède. Le servage semble plutôt avoir été, dans l'ensemble, une condition imposée par le temps, devenue traditionnelle en conséquence.
améliorée ensuite, par le temps encore, à proportion des besoins et du cours des idées.
Le serf ayant pu, hors de l'indivision familiale, se donner sur son pécule, sur son avoir, la jouissance de droits civils essentiels, tels que la faculté de déplacer à son gré son industrie et ses épargnes ; dans la communauté, ayant trouvé la sûreté, l'allégement de charges, le respect de l'individualité et du travail qui créent l'accroissement en biens, conséquemment l'importance sociale, il regarda sans doute avec peu d'envie la condition des libres, c'est-à-dire la condition « vilaine ». Celle-ci était exposée à des chances autrement plus à craindre que la condition servile réduite, comme elle se trouvait l'être au même moment. Dans une société où règne une certaine organisation publique, une société qui n'en est pas à ses commencements ou qui s'achemine à la décadence, il n'y a que le fisc, si dures d'ailleurs qu'on y suppose les formes et les exigences de l'état d'asservi, il n'y a que l'esprit de fisc pour étendre ses exigences et ses abus sans respecter les données mères de la production.
En passant dans la condition de vilairiy le serf serait allé au-devant des situations qui portaient le poids des déprédations propres à la fiscalité seigneuriale. Avant de rechercher cette condition, il dut attendre de voir les libres, avec qui il avait presque pris rang quoique serf, protégés par une