I . Chap. XXI, no
môme feu et du même pot, quoi de plus appréciable? N'assuraient-ils pas ainsi leur travail et leurs épargnes? Par la jouissance des bienfaits de l'état libre • moins incertaine étant collective, ne s'exhaussaient-ils point, patiemment, lentement, mais de plus en plus?
Aussi, jusque dans le xvii^ siècle les titres s'occupent-ils fréquemment des communautés rurales, et les terriers, les partages de cens mentionnent-ils un grand nombre « de consorts et communs en biens ». A d'autres indications encore il est facile d'y reconnaître les traces d'indivisions anciennes récemment rompues. La majeure partie des villages, mas, hameaux, désignés sur les cartes où dans les usages locaux par des noms précédés de l'article les, beaucoup de ténements, même quand leur nom ne rappelle pas uniquement un accident particulier du sol, représentent ces associations disparues. Dans le centre de la France, où leurs établissements ne se sont dissous tout à fait qu'en ce siècle-ci, on les voit comme pressées par le développement individuel, au sein des contrées riches ou commerçantes; elles sont rejetées sur les- parties moins fertiles ou plus abruptes du Nivernais, du Bourbonnais et de l'Auvergne, à mesure que l'on approche de l'époque moderne. L'absence de l'intérêt individuel en elles devait être partout la cause de leur destruction; cet inté-
rêt individuel a invité à les rompre dès que le travail, la possession privée, l'existence propre présentèrent leur irrésistible attrait, devenu suffisamment garanti par le droit et assuré en réalité. Mais qu'à part le défaut de comprimer l'essor de la personne, défaut tout relatif et relativement récent, l'indivision en communauté n'ait pas eu beaucoup de vertus, qu'elle n'ait pas préparé à son monde les succès ultérieurs, l'histoire ne le laisse point penser. Des vestiges en sont parvenus jusqu'à notre temps. Qui ne connait ces Guittard-Pinon à qui les fantaisies libérales du dernier intendant d'Auvergne firent faire du bruit dans les journaux, les livres, rhême à Versailles, sous Louis XVI. Ils avaient acheté le fief voisin; ils se seraient vu probablement anoblir. Leur élévation est, à coup sûr, un remarquable exemple des forces puisées par les cultivateurs vilains dans la continuité de la vie commune. Il y a encore trace, aux mômes cantons, de communautés plus modestes où l'utilisation patiente de territoires peu favorisés, la dignité extérieure des personnes, révèlent tout autant ce qu'il y eut de vitalité sociale dans cet état rural '. Pour n'avoir pas atteint si haut que les Pinon, elles s'étaient néanmoins séparées riches ; elles en avaient absorbé d'autres qui les touchaient^; elles laissaient pour marques de