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Doniol, Ancienne Auvergne^ t. III

2l8 LES VILAINS

De même que les autres entraves sociales qui retenaient l'activité individuelle, l'indivision communautaire, en tant que mode usuel de la vie rurale vilaine, disparut à mesure que, par les profits successifs et par les progrès du droit, le personnel rural se sentit plus fort, éprouva davantage l'ambition de vivre et de travailler en propre. Ce n'est pas que, dans les idées juridiques, cette indivision ait joui d'une faveur très prolongée. Déjà Beaumanoir se sert des plus subtils détours de son esprit pour la limiter, quoique à la manière dont il en parle on sente qu'elle est un fait général. Mais si ces propensions étaient justes en théorie et révélaient l'avenir, elles ne pouvaient pas encore modifier beaucoup les choses. Tant qu'il resterait des masses serves à établir dans le vilainage et tant que le vilainage manquerait de force ou de 'sécurité, la communauté avait une raison d'être supérieure. Elle fut attaquée avec plus de succès à l'époque de Mazuer. Bien que réduite dès lors dans l'usage, rendue moins facile par les dispositions légales, proscrite ou déclarée odieuse dans sa formation tacite par plusieurs coutumes ' , elle garda dans la législation du xvi^ siècle une place attestant les nombreux intérêts qu'elle avait créés.

Dans le fait, l'opposition des juristes n'avait

I. Orléans, 213 ; — Melun, 224, — Laon, 226; — Reims, 285 : Cf. Laurièrey Glossaire, v» Communauté tacite.

pas empêché que, tacitement ou expressément, ces ménages indivis ne fussent devenus le mode le plus répandu de la population rurale. Par imitation de la famille proprement dite, qui d'abord leur avait donné son cadre, des familles étrangères ou alliées les unes aux autres avaient, peu à peu, formé les « compagnies enconvenanciées » dont parle Beaumanoir'. Après quoi les enfants des premiers associés, leurs alliés ou leurs enfants avec le père ou la mère survivant, avaient continué l'existence et l'exploitation en commun ; le plus souvent elle se serait amoindrie, sinon effondrée en s'individualisant. Tous les modes de culture, depuis les métayages les plus dépourvus jusqu'à la ferme, se sont développés à l'abri de cette communauté protectrice, duand elle avait réussi suffisamment, l'individu qui en souffrait la quittait ou cessait d'y prendre assez d'intérêt pour y être utile ; il la reprenait vite, ou bien il s'y tenait avec religion, partout où le profit n'atteignait qu'à peine le niveau des besoins. Fermiers à temps aussi bien que locataires perpétuels ou emphytéotiques, qu'eussent-ils trouvé de préférable, en effet, quand les vicissitudes de la société, la <c for- « tune des temps » rendaient périlleux ou impossible l'essor personnel? Rester sous le même toit, partager le même sel et le même pain autour du

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