‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 96 sur 115 · Cartulaire de Notre-Dame de Paris, t. I, p · texte numérisé non relu

Cartulaire de Notre-Dame de Paris, t. I, p

2. Olim, t. m. Le Statut- de Gaillac, de 122 1, est de même nature.

3. Voir V exposé qui précède la charte donnée à ces hôtes en 1377. Ord., t. VI. p. 314.

sujétion, c'est-à-dire contre l'irresponsabilité et Tinertie du travail. Ses raisons d'être et son carac tère historique sont par là révélés. La désertion d'une part, l'embauchage de l'autre, lui donnent naissance, parce que le serf par désir de la vie civile, le vilain à cause de l'excès des tributs s'enfuient du domaine ou de la seigneurie; ils vont chercher ailleurs une condition moins passive, une portion de fruits plus grande ou moins exposée. D'autre part, le seigneur et le domaine ont besoin de s'assurer les produits d'un travail plus stimulé \

L'acte relatif à Vassy ajoute à la démonstration de la première de ces causer génératrices de l'hostise; il constate la position des émigrants dans des termes qui manifestent clairement les motifs de leur fuite. Manouvriers (exercitatores), gens dépouillés n'apportant que leur activité, leurs bras et à qui il faut faire avance de tout; cultivateurs ayant à eux des meubles et le moyen de prendre à forfait la culture d'une certaine étendue de sol, parce que, plus heureux (jniseratione fortuné), le sort leur a permis de pouvoir emmener leur bétail; pauvres ou riches, c'est visiblement l'exaction ou l'anéantissement de leur individualité qui les ont chassés du lieu où ils étaient. La seconde cause n'est pas moins évidente. C'est

I; Cf. Mlle de Lézardière, 3e époque, partie i^e, Hv. XI, chap. VIII, Preuves.

CONDUCTIONS DIVERSES 255

l'urgente nécessité d'accroître ses revenus en rendant le travail plus fécond, qui dicte au comte de Champagne ces offres séduisantes. Par suite de ses propres exigences, les revenus de sa seigneurie se sont affaiblis, ou bien par le défaut d'initiative né du manque d'intérêt, de l'insuffisance de rémunération chez les sujets. Le comte, en appelant et constituant des hôtes, avoue, tout au moins tacitement, la double fin d'améliorer la condition civile et la sujétion pour attacher les personnes à ses tènements, d'y changer l'écono- . mie du travail pour le rendre plus profitable.

Ce dernier but devient très apparent quand on compare l'hostise aux modes habituels dans l'état seigneurial. Au lieu de tenures à longs termes, héréditaires ou viagères, elle en donne une temporaire et mobile en principe; au lieu que le tenancier la puisse laisser à sa volonté, elle reste au contraire toujours congéable au gré du seigneur; antérieurement elle devait être travaillée par le tenancier lui-même, ne pas devenir l'objet de cessions ' , or l'hostise, elle, à l'inverse des autres conductions, facilite l'approche à tous les bras, n'exigeant ni caution ni un gage pour le service de la fente.

On voulait donc satisfaire les besoins de muta-

I . C'est l'induction qu'on peut tirer de la défense faite aux gentilshomm^is de tenir des hostises, tandis qu'ils peuvent tenir en censive ou sous d'autres baux. Voir Beaumanoir, chap. XLV, n© 20.'

bilité et de brièveté dans les engagements. A la fois le propriétaire et le cultivateur ressentaient ce besoin partout où un certain calme et un peu de respect du travail permettaient à l'activité personnelle de s'exercer utilement '. On visait aussi à établir la culture parcellaire. Un intérêt plus excité de la part du colon y assurait des revenus plus élevés, et il existait pour elle un personnel toujours prêt dans la masse flottante des déserteurs de la seigneurie. A cette époque, leur œuvre était réclamée dans le voisinage des grands centres de consommation, dans les contrées riches ou avancées; en Normandie notamment, dans le xii^ siècle, rhostise est infiniment multipliée*; or cette œuvre-là ne pouvait guère se développer hors de rhostise, et les circonstances générales ne permettaient pas encore que d'autres contrats temporaires se multipliassent.

Si le désir de se donner les profits de ce mode de tenure n'était pas ce qui fit constituer en elle quelque chose approchant de la petite propriété moderne autant que le domaihe utile arrive à ressembler au domaine réel, on s'expliquerait mal les hauts prix attribués aux

1. V. ProUg. d'Irminon, § 424 ; ellntroduct. à Saint-P. de Oxirtres, sur les hospiti's. — Beaumanoir, chap. XXII, n© 10; XXXII, no 19; XXXIV, no 14 ; XXXV, no 10, et XXXVIII, no 12.

2. Ceci du reste a été très bien vu par M. Guérard, dans son étude sur Le développement civil et administratif de la France. (Bibl. de l'Éc. des Chartes, uhi suprâ.)

CONDUCTIONS DIVERSES 257

donations ou aux aliénations de terres propres à des établissements hostisiaux (^ad hostisiandtimy. C'était bien évidemment le mobile de Tévêque de Paris en créant ceux de Marnes.

Il n'aurait pas trouvé .de conduction plus propre à entretenir dans sa terre les cultures maraîchères que le voisinage du plus grand marché existant devait y rendre avantageuses. Aussi, en les constituant, interdit-il aux hôtes- d'aliéner séparément l'une de l'autre habitation (herhergagium) et les deux meilleurs arpents de la tenure; il veut que la terre reste hostisiale toujours, . parce qu'il suppose que toujours, sa division par parcelles sera d'un grand profit; il eût exigé probablement davantage dans cette vue, s'il n'eût craint d'en écarter les cultivateurs que déjà, par une autre disposition, il forçait de ne vendre leur tènement qu'à des tenanciers de sa seigneurie.

L'hostise, en tant que contrat civil, appartient à la condition vilaine.; mais elle retint de l'état serf des caractères qui, bien que s'efFaçant jour par jour, ne l'ont pas moins entachée de servitude dans l'esprit des juristes. A cause de cela, quand la distinction de noblesse et de roture constitua une classification honorifique des personnes, ils l'interdirent aux gentilshommes, à qui ils per-

I. Particulièrement en Normandie (Delisle, Appendice, nos 5 été).

mettaient la censive, la rente, le champart. Les hôtes avaient dû, sans doute, consentir à des charges personnelles et à des services de corps qui gardaient une valeur économique au moment de leur institution, mais dont la gentillèce ne pouvait se charger sans déchoir. Beaumanoir parle, entre autres, de conditions de taillabilité très dures, qu'ailleurs que dans le Beauvoisis il leur savait appliquées ' ; à Marnes on vient de voir la faculté d'aliéner restreinte : ce sont des souvenirs positifs de l'état serf. Autrement, les attributs, les services, les contributions, les chances, tout dans l'hostise est « vilain ». Les nombreux débats judiciaires qu'elle souleva à la fin du xiii^ siècle n'en laisseraient aucun doute S si les termes mêmes des constitutions ne le montraient pas explicitement. Il est d'ailleurs visible qu'au moins dans le principe le seigneur de justice surtout eût intérêt à faire des hôtes; le seigneur de fief, pour changer les mauvaises conditions de ses serfs ou de ses tenanciers, avait à sa disposition les contrats du droit civil \ Aussi l'hôte est-il regardé, le plus généra-

Page 1