‹ SéricicultureChapitre 15 sur 89 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

La cinquième partie traite de ïindustrie du grainage ou production des graines de vers à soie.

Dans la sixième, intitulée : la so'e, nous résumons les qualités et propriétés du fil de soie et les diverses opérations qui transforment le cocon en fils propres au tissage.

Dans la septième partie, nous disons un simple mot sur les autres soies {soies sauvages et artificielles).

Ënfm, pour être complet, nous donnons en appendice quelques notions sur le mûrier, sa culture et ses maladies.

A l'exemple de tous ceux qui depuis quarante ans ont écrit sur la sériciculture et sur la soie, notamment MM. Maillot (de Montpellier) et Léo Vignon (de Lyon), nous avons dû puiser beaucoup dans le remarq^uable ouvrage de Pasteur, que l'on rencontre aujourd'hui difficilement, à la fois comme documents et comme illustrations.

Nous nous sommes fait un devoir de signaler, au cours de ce travail, les figures représentant soit Fanatomie des vers, chrysalides et papillons, soit le matériel d'éducation et de grainage, soit enfin les maladies des vers à soie, dont f iconographie est empruntée aux ouvrages de Cornalia (de Milan), Verson et Quajat (de Padoue), Duclaux, Vignon (de Lyon), etc.

Depuis dix ans attaché à la station séricicole de Rousset (Bouches-du- Rhône] ou à d'importantes maisons de grainage, j'apporte ici le tribut d'études poursuivies avec persévérance.

Notre but a été de résumer, le plus méthodiquement possible, toutes les connaissances utiles aux sériciculteurs. Nous serons très heureux si ce travail peut rendre quelques services aux agriculteurs qui se livrent à l'éducation des vers à soie ou à la production des graines.

Aix, mai 1905,

Pierre Vieil.

univers;ty ,;

Le Bombyx mori, ver à soie du mûrier, parce que la feuille de cet arbre lui sert de nourriture exclusive, est communément appelé en français ver à soie et en langue d'oc Maynan (1), d'où magnanerie, local où sont élevés les vers à soie, et magnanier, celui qui élève le ver à soie.

11 est originaire de Chine, où on paraît avoir pratiqué son élevage et le dévidage de son cocon dès la plus haute antiquité.

La tradition chinoise fait remonter l'invention de cette industrie à l'impératrice Siling-Ghi, femme de l'empereur Hoang-Ti (2697 avant J.-C.)- Pendant plusieurs siècles, l'élevage des vers à soie constituait un art sacré auquel devaient se livrer les impératrices et les femmes nobles. La soie tenait lieu de monnaie dans les échanges et servait à payer les impôts.

(1) Du latin magnus, à cause de l'importance de sa récolte. — D'après Diouloufet, auteur d'un poème provençal : Lei Magnan, ce mot dériverait des deux mots : Magna tiens : la grande fileuse. D'après Bonafous, le mot Magnan viendrait du verbe italien magnare : manger, à cause de la faim dévorante des vers à soie.

P. Vieil. — Sériciculture. 1

Cet art demeura très longtemps confiné dans son pays d'origine. Des lois très sévères punissaient de mort quiconque aurait divulgué à des étrangers les procédés de dévidage, ou exporté hors du territoire les œufs de vers à soie et les graines de mûrier. Les Chinois gardèient leur secret plus de 2000 ans ; puis la sériciculture s'étendit peu à peu au Japon et en Perse. Ces peuples empêchèrent, également par des mesures très ligoureuses, la divulgation (Jes procédés d'élevage du ver et de la confection des étoffes de soie, mais cherchèrent à répandre au loin ces riches tissus. C'est de ces différentes contrées que les caravanes tartares apportaient jusqu'en Grèce et à Rome de magnifiques étoffes qui se vendaient au poids de l'or. L'usage des vêtements de soie, portés d'abord uniquement par les souverains, se répandit peu à peu, et à Rome les femmes riches et les hommes eurent le luxe de se vêtir ainsi. Tacite, Sénèque, Martial, Juvénal, font mention de ces coutumes.

Les Romains et les Grecs ont cru longtemps que la soie provenait d'une plante.

Ce n'est que vers le milieu du vie siècle de notre ère que la sériciculture fut introduite en Europe, et l'histoire de cette introduction, bien que peut-être légendaire, mérite d'être rapportée.

Vers l'an 550, deux moines du mont Athos allèrent prêcher le christianisme dans des régions voisines de la Perse, où l'élevage du ver à soie était très lépandu. Désireux de faire profiter leur patrie de cette riche industrie, ils introduisirent en secret des graines devers à soie dans leurs bâtons de pèlerins, vraisemblablement en bambou, revinrent chez eux et élevèrent les vers à soie.

11 semble que la sériciculture se répandit rapidement en Grèce, puisque le Péloponèse perdit son nom pour prendre celui de Morée, pays du mûrier. De la Grèce, cette industrie se répandit dans toute l'Asie Mineure et notamment en Syrie. De là, elle fut répandue par les Arabes

dans le Caucase, en Sicile, en Italie, en Espagne et sur les côtes d'Afrique. Elle ne parait avoir été introduite en France que beaucoup plus tard, sans que l'époque puisse être exactement précisée.

Sous Louis XI, on élevait certainement déjà des vers à soie, puisque, à cette époque, des tissages de soie étaient établis à Lyon et à Tours. Ce souverain et ses successeurs essayèrent d'encourager l'industrie naissante, mais ce ne fut que sous Henri IV qu'elle fit de péels progrès. Ce grand roi s'intéressa vivement à la sériciculture et lit tous ses efîorts pour la développer. 11 fut puissamment aidé en cela par OUivier de Serres, qui le premier en France écrivit un traité sur ce sujet (1) et fit planter de nombreux mûriers, dans diverses régions, notamment aux Tuileries, à Paris, où Henri IV fit installer des magnaneries, une filature et un moulinage.

Les prêtres et les nobles, pour être agréables au roi, plantaient des mûriers et élevaient des vers à soie. Le ministre Sully faisait planter des mûriers sur les routes du royaume et distribuait des primes en argent à ceux qui élevaient avec succès le précieux insecte.

A la mort de Henri IV, ce mouvement semble s'arrêter pour prendre un nouvel essor avec Colbert. Ce ministre voyant l'importance des achats de cocons que la France faisait à l'Étranger (Italie et Syrie), fit instituer les primes à la sériciculture : tout pied de mûrier planté et vivant trois ans donnait droit à une prime de 24 sols. Grâce à ces encouragements, les mûriers furent plantés en grande quantité ; les filatures et les moulinages se multiplièrent un peu partout, et principalement dans les Cévennes.

L'industrie de la soie prenait un développement considérable, lorsque la révocation de l'Édit de Nantes vint paralyser son essor en obligeant une notable partie de ses auxiliaires à s'expatrier. C'est précisément à cette époque

^1) Oluvier de Serres, La cueillette de la soie.

que des fabriques de soieries furent établies en Suisse et en Allemagne.

Au commencement du xvm* siècle, l'élevage des vers à soie reprend peu à peu et par suite l'industrie de la soie. Louis XV encourage la sériciculture, qui va en progressant jusqu'en 1790, si bien qu'à cette époque la France produisait plus de 6000000 de kilogrammes de cocons frais.

Cette production n'augmente plus, fléchit plutôt, au contraire, pendant les guerres de la République et de l'Empire. Le calme rétabli, la récolte des cocons prend un nouvel essor. En 1830, la production s'élève à 10000000 de kilogrammes et progressivement à 20000000 de kilogrammes de 1840 à 1850 ; elle atteint, en 1853, le chiffi-e énorme de 26000000 de kilogrammes, chiffre qui n'a jamais plus été égalé.

En 1854, la production n'est plus que de, En 1855,

En 1856, . —

En 1863,

En 1864, —

En ^865. . — — -

Kilogrammes.

Cette diminution, si forte et si brusque, de la production était due aux effets d'une terrible maladie qui détruisait en quelques jours les plus belles éducations, malgré les soins les plus attentifs dont elles étaient l'objet ; et cela le plus souvent lorsque les vers avaient atteint leur développement maximum, loi^ue toutes les dépenses étaient faites et que l'agriculteur allait recueillir le fruit de ses travaux.

Les graines indigènes donnant des échecs complets, les sériciculteurs durent s'adresser successivement à l'Italie» la Turquie, l'Asie Mineure, la Roumanie, la Chine, etc. Mais le fléau semblait suivre les pas des négociants qui allaient au loin chercher des graines saines. Les graines du Japon, cependant, donnèrent quelques résultats; elles

DISTORIQUE. 5

étaient apportées sur des cartons estampillés dans leur pays d'origine, afin d'éviter la fraude ; mais ces cartons atteignirent des prix très élevés ; les graines donnaient un faible rendement en poids, les cocons obtenus étaient de qualité inférieure, et enfin les vers n'étaient pas toujours exempts de la terrible maladie.

Le découragement de nos populations séricicoles était extrême. Partout on arrachait les mûriers :

« 11 faut avoir assisté à ces désastres pour comprendre leur étendue et les misères qui en sont la conséquence. Après avoir donné son temps et sa peine à son cher bétail (expression d'OUivier de Serres), dépensé sa feuille, payé ses ouvriers, Je malheureux éducateur ne recueille que des cadavres en putréfaction. Jadis, l'époque de la récolte des cocons était un temps de fête et d'allégresse. Malgré la fatigue des derniers jours de l'éducation, où l'appétit des vers ne peut être satisfait qu'au prix d'un travail qui ne connaît de repos ni le jour ni la nuit, des chants joyeux retentissaient partout dans les campagnes, sur les arbres où se faisait la cueillette de la feuille, près des tables où le précieux insecte, le corps rempli de soie, montait avec prestesse sur la bruyère pour y constiniire sa prison dorée. Un seul trait dira la place qu'occupait dans la vie des populations la récolte du précieux textile : les paiements de l'année entière, tous les règlements d'affaires avaient lieu quelques jours après l'achèvement des éducations. Cet usage antique et respecté n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir (1). »

Les pertes subies en France par suite du fléau ont été estimées à plus de 2 milliards. Plusieurs députés et sénateurs appelèrent l'attention du Gouvernement sur la détresse des départements séricicoles. Le rapport au Sénat, par Dumas, le 9 juin 1865 (2) et le rapport à

(1) Pasteur, Traité su7* la maladie des vers à soie. Introduction, p. 12, 1870.

(2) Pasteur, t. II, p. 1.

6 liNTRODUCTION.

l'Empereur par Béhic, ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, du 19 juillet 1865 (1), sont deux documents qui font bien connaître la gravité du fléau et les mesures qui furent prises pour l'écarter.

Le Gouvernement eut recours à la science, et Pasteur fut prié d'aller étudier les moyens de combattre la terrible maladie sur les lieux mêmes où elle sévissait avec le plus d'intensité.

La modestie de ce savant était telle qu'il fallut toute Tinsistance de J.-B. Dumas, son ami et maître, pour le décider à entreprendre ses recherches mémorables.

« La grande autorité scientifique de M. Dumas, sa parfaite connaissance de l'industrie de la soie, principal revenu de son pays natal, lui valurent l'honneur d'être lorgane du Sénat dans cette importante affaire.

« C'est au moment où il rédigeait le rapport qu'il devait lire à l'éminente assemblée que M. Dumas m'entretint pour la première fois du fléau qui désolait le midi de la France, et qu'il m'engagea à me livrer résolument à de nouvelles recherches en vue de le conjurer, s'il était possible. « Votre proposition, écrivis-je à mon illustre « confrère, me jette dans une grande perplexité; elle est « assurément très flatteuse pour moi, son but fort élevé, « mais combien elle m'inquiète et m'embarrasse ! Considé- « rez, je vous prie, que je n'ai jamais touché un ver à soie. « Si j'avais une partie de vos connaissances sur le sujet, « je n'hésiterai pas : il est peut-être dans le cadre de mes « études présentes. Toutefois, le souvenir de vos bontés « me laisserait des regrets amers si je refusais votre pres- <' santé invitation. Disposez de moi. » M. Dumas me répondit le 17 mai 1865 : « Je mets un prix extrême à voir « votre attention fixée sur la question qui intéresse mon « pauvre pays ; la misère dépasse tout ce que vous pouvez « imaginer. »

(1) Pasteur, t. II, p. 17.

« Je quittais Paris le 6 juin 1865, me rendant à Alais, dans le département du Gard, le plus important de tous nos déparlements pour la culture du mûrier et celui où la maladie sévissait avec la plus cruelle intensité (1). »

Les découvertes de Pasteur sont d'autant plus remarquables que les nombreux savants qui avaient jusque-là étudié cette question n'avaient su établir définitivement la véritable cause du mal, et aucun remède efficace n'avait été trouvé.

« Une chose m'avait particulièrement frappé à la lecture des travaux de M. de Quatrefages : c'était l'existence dans le corps des vers malades de corpuscules microscopiques regardés par beaucoup d'auteurs comme un indice de la maladie, bien qu'une grande obscurité règne encore sur la nature, la signification et l'utilité pratique que l'on peut tirer de la présence ou de l'absence de ces petits corps singuliers. N'ayant que quelques semaines à consacrer à ces recherches, puisque j'arrivais à la fin des éducations, je résolus de m'attacher exclusivement à l'examen des questions que soulève l'existence de ces corpuscules.

« Mon premier soin, dès que je fus installé dans une petite magnanerie aux environs d'Alais, fut d'apprendre à les reconnaître et à les distinguer. Rien n'est plus facile. Je constatais bientôt, à la suite de toutes les personnes qui se sont occupées de leur étude, que chez certains vers qui ne peuvent monter à la bruyère ils existent à profusion dans la matière adipeuse placée sous la peau, ainsi que dans les organes de la soie. D'autres vers d'apparence saine n'en montraient pas du tout. Le résultat fui le môme pour les chrysalides et les papillons, et, généralement, la présence abondante des corpuscules coïncidait avec un état évident d'altération des sujets soumis à

(1) Pasteur, Traité sur la maladie des vers à soie, t. I, Préface, p. 10 et 11.

Texamen microscopique. Les vers fortement tachés par ces taches noires irréguHères qui ont fait appeler la maladie du nom de pébrine, ou de maladie de la tache, par M. de Quatrefages, renfermaient un nombre prodigieux de ces corpuscules. Il en était de même le plus ordinairement des papillons à ailes recoquillées et tachées. J'acquis peu à peu la conviction que la présence des corpuscules doit être regardée, en effet, comme signe physique de la maladie régnante (1). »

Tels furent les débuts des travaux que Pasteur entreprit en 1865. Ses observations méthodiques, ses longues et patientes recherches, lui permirent d'établir d'une fa'jon péremptpire que les corpuscules observés par de Filippi, Cornalia, etc., étaient l'indice et la cause du mal. En 1867, il avait démontré (2) que la pébrine était éminemment héréditaire et que la graine pondue par des papillons exempts de corpuscules donnait fatalement naissance à des vers sains. Pasteur avait dès lors trouvé une méthode permettant d'obtenir infailliblement des graines saines. 11 suffit d'isoler les couples de reproducteurs dans des petits sacs appelés cellules, d'examiner, après la ponte, ces reproducteurs un à un au microscope et de ne conserver que les pontes provenant de papillons exempts de corpuscules (3).

Chose extraordinaire, malgré Té vidence même des faits, quelques personnes ne voulurent pas admettre l'efficacité des procédés; d'autres, malgré sa simplicité extrême, trouvaient la méthode trop compliquée et. auraient

(I| Pasteur, t. II, p. 156, Extrait des observations sur la maladie des vers à soie communiquées à l'Académie des sciences, le 25 septembre 1865.

(i) Voir Rapport à S. E. le ministre de V Agriculture y du Commerce et des Travaux publics, du 25 juillet 1867. — Pasteur, t. II, p. 214.

(3) Voir Enquête agncole de 1867. Rapporteur : M. le duc de Padoue, sénateur. — Pasteur, t. II, p. 50.

voulu que Pasteur indiquât un moyen curatif (1).

Plusieurs personnes cependant avaient été initiées à cette nouvelle méthode de grainage et rappliquèrent bientôt industriellement avec succès : M. Rayband- Lange à la ferme école de Paillerols (Basses-Alpes), la Société d'agriculture des Pyrénées-Orientales, le CiOmice agricole du Vigan (Gard\ M. le comte de Casablanca en Corse, etc.

Grâce à Pasteur, nos belles races indigènes des Cévennes, duRoussillon, des Alpes et du Var, qui avaient presque complètement disparu, purent être régénérées et multipliées. On allait bientôt pouvoir abandonner les carions du Japon d'un prix très élevé, et dont les graines donnaient des résultats problématiques, un très faible rendement en poids de cocons et une soie de qualité médiocre.

Pour se convaincre de la supériorité de nos soies indigènes, il suffit de consulter les cours des marchés de cette époque. Voici le prix des cocons sur le marché de b^aint-Hippolyte (Gard), qui peuvent être considérés comme la moyenne des prix pratiqués dans les Cévennes :

Japonais

Japonais

Races

Marché.

annuels.

bivollins.

indigènes.

fr.

fr.

fr.

4 juin 1869..

La sériciculture était donc enfin sortie d'une crise qui avait failli la perdre. Les agriculteurs qui n'avaient pas arraché leurs mûriers pouvaient de nouveau élever avec succès des vers à soie et vendre leurs cocons à des prix

(1) Voir Rapport sur la sériciculture au conseil général du Gard, séance du 27 août 1869. — Pasteur, t. lï. p. 138.

JO INTRODUCTlOiN.

rémunérateurs. Une industrie nouvelle, celle du grainage cellulaire, se dévellopa et fournissait des graines saines de nos races indigènes aux magnaniers français et à l'Étranger.

Les cocons cependant ne se maintinrent pas longtemps au V prix de 9 et 10 francs le kilogramme.

Avec la facilité des moyens de transport, la filatuîc pouvait s'approvisionner en Italie, en Syrie, en Perse, et., régions dans lesquelles les cocons provenant de graines françaises étaient d'une qualité sensiblement égale aux nôtres et d'un prix inférieur.

Par suite des changements de la mode, les étoffes de soie étaient délaissées ; le prix des cocons s'abaissa progressivement jusqu'à 3 francs et moins le kilogramme.

Une autre industrie agricole, la viticulture, qui venait de traverser la crise phylloxérique, se reconstituait grâce aux plants américains et donnait des bénéfices attrayant. Bien des propriétaires, par suite d'un engouement exigéié pour les plantations de vignes (témoin la mévenle des vins en 1901 et 1902), arrachaient leurs mûriers pour créer leurs vignobles.

L'élevage des vers à soie était de plus en plus délaissé ; les filatures se fermaient.

Les pouvoirs publics, justement émus de cet état de choses, ont institué en 1892 les primes à la sériciculture et à la filature (0 fr. 50 par kilogramme de cocons récoltés et 400 francs par bassine à plus de trois bouts filant ses cocons indigènes).

Cette prime sur les cocons a été portée à fr. 60 par kilogramme en 1898.

Loi portant prorogation de la loi du 18 janvier 4892, r^lative aux encouragements spéciaux à donner à la sériciculture et à la filature de la soie.

Art. 1. — a partir de l'exercice 1898 et jusqu'au 31 décembre 1908, il sera alloué aux sériciculteurs une prime

de soixante centimes par kilogramme de cocons frais.

Art. 2. — a partir du 1" juin 1898 jusqu'au 31 mai 1908, des primes seront allouées aux filateurs de soie, proportionnellement au travail annuel de la bassine, et seront fixées comme suit :

Quatre cent francs (400 fr.) par bassine à plus de trois bouts filant des cocons indigènes ;

Trois cents quarante francs (340 fr.) par bassine à plus de trois bouts filant des cocons étrangers ;

Deux cents francs (200 fr.) par bassine, même à un bout, un bout, pour les filatures des cocons doubles filant des cocons français ;

Cent soixante-dix francs (170 fr.) par bassine, même à un bout, pour les filatures des cocons doubles filant des cocons étrangers;

Auront droit à la prime de 400 et de 340 francs dans les usines travaillant à plus de trois bouts les bassines accessoires servant à la préparation de la bassine (lieuse^ à raison d'une bassine accessoire par trois bassines fileuses.

Toutefois, le montant des primes liquidées semestriellement à chaque filateur ne pourra excéder, par kilogramme de soie filée dans l'ensemble de ses usines, six francs cinquante centimes (6 fr. 50) pour les cocons indigènes et cinq francs cinquante centimes (5 fr. 50) pour les cocons étrangers.

Art. 3. — Les cocons étrangers susceptibles d'être filés ne pourront circuler en France qu'en vertu d'acquits à caution, garantissant leur prise en charge dans une filature de soie ou leur réexpédition.

En vue d'assurer l'application des dispositions de l'article 2, limitant à 340 et 170 francs les primes dues aux bassines filant des cocons étrangers avec un maximum de 5 fr. 50 par kilogramme de soie filée, il sera déduit du montant total de chaque liquidation trimestrielle de prime, calculée comme si, dans les bassines, il n'avait été filé que des cocons français, une somme de o fr. 25 par kilogramme de cocons secs étrangers pris en charge dans l'ensemble des usines du filateur pendant le même trimestre.

Malgré ces encouragements officiels, la production de

la soie en France ne s'est pas relevée, cornue nous le verrons au chapitre suivant.

La sériciculture ne doit-elle plus progresser en France ? Est-elle destinée à disparaître?

Avant de répondre, examinons les causes de cette diminution persistante de notre production.

Les grandes éducations de iO, 20 onces et plus, qui n'étaient pas rares, ont disparu peu à peu. Cela n'a rien d'étonnant, car il est impossible, avec de si fortes éducations, d'arriver à un rendement élevé. Avant l'apparition des maladies et pendant les huit années les plus productives du siècle dernier, le rendement moyen en cocons était de 18 kilogrammes par once de 25 grammes, comme cela résulte des chiffres du rapport de M. Dumas au Sénat déjà cité. Pasteur, de son côté, établit que le rendement des chambrées les mieux réussies était à peine de 20 à 25 kilogrammes de cocons par once de 25 grammes, dès que l'éducation portait sur quelques onces de graines,

(( Le succès d'une chambrée était remarqué quand « on obtenait 1 kilogramme de cocons par gramme de « graines pour une éducation de 10 onces (1). »

De pareils résultats seraient aujourd'hui tout à fait insuffisants pour compenser les frais de main-d'œuvre. Les soins continus et attentifs qu'exige l'élevage des vers à soie ne peuvent être prodigués à de si fortes chambrées avec un personnel restreint. Des locaux très vastes et une installation coûteuse sont nécessaires.

Le vrai moyen d'accroître la production séricicole est de multiplier les petites éducations ; elles seules permettent d'aiTiver à des rendements élevés. Les frais se trouvent réduits au minimum. Elles n'exigent pas de vastes constructions uniquement consacrées à l'élevage des vers à soie. La main-d'œuvre réduite est fournie par les personnes de la famille ; pendant les premiers quinze ou

(1) Pasteur, Traité sur la maladie des vers à soie, t. I, p. 307.

vingt jours, une seule peut suffire aux soins et à la surveillance de la petite éducation, tout en vaquant aux occupations du ménage.

Il n*est pas rare de voir des éducations de ce genre donner de très beaux résultats et arriver même à 3 kilogrammes de cocons par gramme de graines, soit 75 kilogrammes à Fonce. Les cocons ne dépasseraient-ils pas le prix de 3 francs le kilogramme (chiffre inférieur à la moyenne des prix des cinq dernières années) (i) ; la prime serait-elle supprimée que les familles d'agriculteurs auraient encore intérêt à se livrer à cette petite industrie.

Avec une réussite passable, la chambrée de i once de 25 gimmmes de graines peut produire :

65 kilogrammes à 3 francs 195 fr.

Les débours ont été :

kchat de la graine . . * . 6 fr. \

Evaluation de la feuille. 40 à 50 — / . ^^ Autres dépenses, désin- (

fection, etc 4 — ;

Différence 135 fr. à 145 fr.

qui représentent une large rétribution de la main-d'œuvre (deux personnes pendant dix ou douze jours) et l'amortissement du matériel, qui du reste est peu coûteux, comme nous le verrons plus loin.

Si ces petites éducations familiales ne se multiplient pas au point de compenser l'ancienne production des grandes magnaneries, c*est que d'une part la crainte de ne pas réussir fait hésiter encore bon nombre d'agriculteurs. ils conservent la mauvaise impression de leurs anciens échecs. Actuellement ils seraient assurés du succès en suivant les instructions que nous donnons dans cet ouvrage, et à la condition de se procurer de la bonne

(1) Le prix moyen des cinq dernières années a été de 3 fr. 57 dans les Cévennes.

14 INTBODUCTION.

graine. D'autre part, si les mûriers n'ont plus été arrachés depuis quelques années, on n'a pas songé à remplacer la quantité énorme de ceux supprimés de 1860 à 1880 et ceux morts naturellement ou faute de soins.

A l'appui de se qui précède, bien des exemples seraient à citer ; nous donnons le suivant, parce que l'exactitude des chiffres nous est connue.

La population exclusivement agricole d'une petite commune (1) située sur le versant méridional du mont Sainte-Victoire, en Provence, avait complètement délaissé l'élevage des vers à soie.

En 1895, on y comptait à peine deux ou trois petits éducxteurs. En 1896, nous engagions quelques personnes à élever chacune une faible quantité de graines, que nous leur distribuâmes gratuitement. La réussite fut bonne et le nombre des éducateurs a augmenté peu à peu. H y a eu sucessivement :

En 1901 7 éducateurs.

En 1902 16 —

En 1903 17 —

En 1904 21 —

Ces petites éducations ont toujours donné en moyenne plus de 2 kilogrammes de cocons par gramme de graine, sauf en 1903, à cause de la gelée qui avait détruit la première feuille.

Le nombre d'éducateurs serait bien supérieur si la feuille ne faisait pas défaut. Là comme ailleurs, il est regrettable que bon nombre de mûriers aient été supprimés; ils seraient aujourd'hui une source de richesse.

Nous ne pouvons terminer ce rapide aperçu sur

(1) Puyloubier, canton deTrets(Bouches-du-Rhône), 603habi lanls.

HISTORIQUE. io

riiislorique de la sériciculture sans faire mention du procédé Coulagne pour l'amélioration de la richesse en soie. Son application permettra de retirer un plus haut prix des cocons.

M. Georges Coutagne, ancien élève de l'école polytechnique, eut l'ingénieuse idée de chercher à améliorer, par la sélection, le rendement en soie des cocons. Nous aurons plus loin l'occasion de décrire en détail ce procédé; disons ici seulement que de longues et patientes études et de nombreuses expériences faites dans sa propriété du Déffends, près Rousset (Bouches-du-Rhôno\ ont permis à M. Coutagne de démontrer la parfaite efficacité de sa méthode (1).

Les procédés Coutagne permettent d'augmenter rapidement la richesse en soie des cocons ; mais ils ne peuvent pas faire que, si l'on opère sur une race faible, cette race devienne robuste. Ce serait contraire à toutes les lois de l'hérédité. M. Coutagne a été le premier à reconnaître que la race à laquelle il avait fait acquérir une amélioration de plus de 30 p. 100 en soie était pratiquement inutilisable, parce que le point de départ (cocons pris dans une éducation quelconque destinée à la filature) n'était pas parfait au point de vue santé et qu'il avait constamment employé la consanguinité. Malgré ces aveux sincères, on a non seulement contesté l'efficacité du procédé, mais on l'a accusé de communiquer aux vers toutes sortes de maladies et de défauts.

11 s'est passé là, en réalité, ce qui avait eu lieu après les belles découvertes de Pasteur. Des négociants peu scrupuleux pouvaient vendre impunément à très haut prix, sous le nom de graines sélectionnées, des graines provenant de papillons quelconques et nullement

(1) Georges Coutagne, ancien élève de recelé polytechnique, docteur es sciences : Recherches expérimentales sur l'hérédité chez les vers à soie; Bulletin scientifique de la France et de la Belgique, t. XXXVII, Paris, 1902.

examinés. Bien entendu l'éducation échouait complètement, et on en déduisait Tineflicacité de la sélection microscopique. De même certains graineurs vendent comme graines améliorées par le procédé Coutagne des graines quelconques, de telle sorte que l'acheteur, [ne voyant au résultat aucune différence, en conclut que le procédé est inefficace. Si même la marche de l'éducation laisse à désirer, on attribue l'échec aux procédés d'amélioration des graines.

Quelques graineurs appliquent réellement et consciencieusement les procédés Coutagne; ils voient leurs produits jouir d'une réputation méritée.

Ces procédés sont un peu délicats à appliquer; ils exigent la continuité dans la sélection et une connaissance approfondie des lois de l'hérédité. Dans les maisons de grainage très importantes où la fabrication industrielle absorbe, il est difficile de sélectionner méthodiquement et d'une façon continue les cocons les plus riches en soie. 11 serait à souhaiter que les graineurs qui, pour une raison ou pour l'autre, n'effectuent pas cette sélection, ne fassent pas une concurrence déloyale à ceux qui l'appliquent véritablement. Le nombre de ces derniers augmentera assurément, les cocons riches en soie devenant de plus en plus recherchés par la filature.

En résumé, il est permis d'espérer le relèvement de la sériciculture en France. Grâce aux découvertes de nos savants, les magnaniers peuvent se procurer des graines saines, éviter les maladies en cours d'éducation, arriver à de très bons rendements et vendre avantageusement leur récolte, vu la bonne qualité et la richesse en soie élevée de leurs cocons.

Nous estimons aussi que le développement de la sériciculture pourrait rendre de grands services aux agriculteurs de toutes les régions, où la culture du mûrier est possible et où elle est jusqu'à présent peu répandue. Les cultures arbustives, celle du mûrier

notamment, permettraient de tirer parti de grandes étendues de terrain inutilisées dans les régions à climat sec et chaud, en Algérie et en Tunisie, par exemple.

Dans ces dernières contrées, où la main-d'œuvre indigène est abondante, l'élevage du ver à soie pourrait faire l'objet d'une récolte des plus importantes, comme en Syrie et dans tout l'Orient, si des plantations de mûriei-s permettaient aux éducateurs de se procurer la feuille.

L'importance relative de la production séricicole de la France dans ses différentes régions est indiquée par des teintes variées sur la carte ci-jointe, d'après M. Valérien Groffier.

Nous exposons ci-après, dans quelques notes explicatives sur chacun des départements séricicoles classés par ordre d'importance décroissante, l'état actuel de la sériciculture en France.

Gard. — Le département dans lequel la production en cocons est la plus importante est celui du Gard.

Cette production n'est pas également répartie dans tout le département; c'est principalement dans la partie montagneuse, comme on le voit sur la carte, où, par suite de la configuration du sol, la culture de la vigne n'a pu prendre l'extension qu^elle a prise dans la plaine, et où les mûriers ont été respectés et sont même l'objet de soins intelligents et assidus, que la sériciculture est en honneur.

On rencontre encore dans cette partie du département bon nombre d'éducations importantes, supérieures à 5 et même à 10 onces.

C'est grâce à cette particularité que le département du Gard, qui n'occupe que le deuxième rang par le nombre

Fig. 1. — Carte de la région sérieicole de la I

rance (d'après M. Valérien Groffier, de Lyon).

20 INTRODUCTUN.

des sériciculteur (25 000 en chifîre rond, et 26000 dans la Drôme) est de beaucoup le premier par la production qui oscille autour de 2 millions de cocons frais pour 55 à 60 mille onces de graines mises à l'incubation.

Ces cocons sont exclusivement de races indigènes, de la race des Cévennes pour la plupart, et les graines proviennent toutes des grainages français.

Les marchés les plus importants du département, centres autour desquels se trouvent de nombreuses filatures, sont :

Alais où la qualité des cocons est la plus parfaite et les prix les plus élevés de toute la France (cocons de grainage exceptés); puis : Saint-Ambroix, Anduze, le Vigan, Saint- Hippolyte-du-Fort, Sumène, Lasalle, Valleraugue, Uzès, Pont-Saint-Esprit.

La région de Sommières est un centre de grainage assez important; les éducations y sont peu nombreuses et espacées. L'importance de chaque chambrée est faible, et la plupart donnent des cocons qui conviennent au grainage. On y élève surtout des vers de races indigènes et quelques-uns de races chinoises et japonaises en vue des croisements.

Ardèche. — La sériciculture occupe encore une place très importante dans ce département ; c'est le deuxième comme production en cocons frais (1 500 000 kilogrammes en moyenne) et le troisième par le nombre des sériciculteurs : 23 à 24000 élevant 45000 onces de gi-aines, ce qui indique que les éducations importantes y sont encore assez nombreuses.

Comme l'indique la carte, c'est la partie sud de ce département montagneux où la sériciculture est la plus développée.

Ces cocons proviennent exclusivement de graines de races indigènes et sont tous destinés à la filature. Ils sont d'ailleurs traités par les nombreux élablissements de filature et moulinage qui existent dans ce département.

Les marchés principaux sont : Privas, Chomérac, Le Pouzin, Flaviac, Saint-Julien-en-Saint-Alban, Aubenas, Vals-Ies-Bains, Bourg-Saint-Andéol, Viviei*s, Aps, Largenlière, Joyeuse, les Vans, Tournon.

Brome, — Ce département, qui est le premier par le nombre des séricicuUeui*s (26 000 en moyenne), est seulement le troisième par le chiffre des graines mises à l'éducation (30 000 onces) et par la production en cocons frais (1000000 à 1200000 kilogrammes). C'est donc que les petites éducations y sont nombreuses et celles de 5 à iO onces très rares et même exceptionnelles.

Ce département se divise, au point de vue séricicole, en trois régions bien distinctes (Voy. la carte).

La grande plaine qui s'étend sur la rive gauche du Rhône, de Valence à Montélimar, est une région de grandes cultures : prairies, élevage, céréales, vignes, etc., l'éducation des vers à soie est partout pratiquée; mais les chambrées sont assez éloignées, et la production des cocons frais par kilomètre carré n'atteint nulle part 3 kilogrammes.

Dans cette région, ce sont les races indigènes qui sont seules élevées.

Dans la partie accidentée, les éducations sont au contraire beaucoup plus nombreuses et plus rapprochées les unes des autres. La production par kilomètre carré est à peu près uniforme, dépassant 3 kilogrammes de cocons frais. En plus des cocons indigènes, on élève, dans cette partie du département, des races japonaises et des croisements japonais, dont l'évolution rapide est un avantage dans les régions où l'arrivée tardive de la chaleur . oblige à reculer la mise à l'éclosion.

La sériciculture disparait brusquement dans toute la partie montagneuse où l'altitude ne permet plus la culture du mûrier.

Les marchés les plus importants du département de la Drôme sont : Romans, Bourg-de-Péage, Livron, Loriol,

Mirmande, Die, Saillans, Crest, Allex, Montélimar, DieuleHt, la Bégude-de-Mazenc, ïaulignan, Pierrelatle, Donzère, Nyons.

Les filatures et ouvraisons sont nombreuses dans le département.

11 y a de petits centres de grainage, notamment à « Buis-des-Baronnies ».

Vaucluse. — L'élevage des vers à soie se fait dans toute l'étendue du département, et plus particulièrement dans les environs de Cavaillon, Orange et Vaison. Nous ne rencontrons guère ici d'éducations de plus de 2 onces ; celles-ci sont même l'exception. La plupart des chambrées sont de 20 à 30 grammes, quelques-unes de 40 à 45, et un certain nombre de 10 à 12 seulement. Cela n'a rien d'étonnant, car la propriété est très morcelée. Quinze à seize mille éducateurs élèvent 18 à 20 000 onces de graines, dont un millier seulement de croisements chinois et japonais, de chinois et japonais purs, ces deux derniers destinés au grainage.

Les marchés principaux sont : Avignon, l'Isle-sur- Sorgue?, Cavaillon, Apt, Gordes, Pertuis, Carpentras, Caromb, Vaison, Orange, BoUène, Sainte-Cécile, Valréas.

11 existe plusieurs filatures, et en tr autres à Cavaillon, Courlhézon, Caromb et Pertuis.

Il y a des grainages, mais de peu d'importance, à Cavaillon, Avignon, Vaison et Velleron.

Isère. — Les éducations de vers à soie dans ce département se rencontrent partout où le climat permet la culture du mûrier. Ce sont les petites chambrées qui dominent. Huit mille éducateurs environ élevant de 8 à 10 mille onces de graines de races indigènes, sauf 500 onces environ de croisements japonais, dont l'évolution est plus rapide et qui paraissent mieux réussir dans les régions froides du département.

Tous les cocons sont réservés à la filature.

Les marchés les plus importants sont tenus à ;

Morestel, Sainl-Étienne-de-Saint-Geoirs, Saint-Antoine, Saint-Marcellin, Beaurepaire et Rives.

Var. — C'est le département par excellence où l'éducation des vers à soie est faite en vue du grainage. Contrairement à ce qui a lieu dans les départements dont nous venons de parler, les éducations pour la filature sont l'exception. C'est dire que Ton y rencontre uniquement des petites chambrées. Huit mille sériciculteurs élèvent 6 000 onces de graines de races très diverses. Cependant il y a, dans les environs de Lorgnes, quelques chambrées plus importantes, dont les cocons sont destinés à la filature.

Le rendement moyen est assez élevé dans ce déparlement et dépasse presque toujours 2 kilogrammes au gramme. Cela provient non seulement du climat très favorable et de la bonne qualité de la feuille, mais aussi du soin que les magnaniers savent donner à leurs vers à soie et du fait de la subdivision des chambrées.

Les seuls marchés de cocons pour la filature sont à Vidauban et à Draguignan; une filature existe à Trans, près Draguignan.

De nombreux sériciculteurs-graineui*s, dont quelquesuns très importants, sont établis aux Arcs, au Luc, à Vidauban, Cogolin, Grimaud, la Garde-Freinel, Plan-dela-Tour, Sainte-Maxime, Cotignac, etc. Ces sériciculteursgraineurs font faire de petites éducations dans tout le département et dans les départements voisins.

Bouches -dU'Rhône. — 11 est à remarquer, d'après la carte séricicole, que dans ce département l'importance de la sériciculture va en décroissant de la Durance à la mer. Les élevages sont nuls en Camargue, sur tout le littoral et aux environs de Marseille en particulier.

Quatre mille éducateurs élèvent 5 à 6 000 onces de graines de vers à soie, appartenant presque toutes aux races indigènes. Les éducations de quelque importance se rencontrent seulement dans l'arrondissement

d'Arles. Toutes les chambrées sont destinées à la filature, sauf sur les confins du département du Var, où Ton rencontre de petites communes dont les éducations sont réservées au grainage.

Les marchés principaux sont : Saint-Remy, Graveson, Maillane, Salon et Aix.

Hérault. — La sériciculture a énormément décru dans ce département à cause de Textension qu'y a pris la viticulture.

Deux mille sériciculteui^ élèvent près de 4000 onces de graines de vei^ à soie. C'est dire qu'il s'y trouve des chambrées de quelque importance. Toutes sont destinées à la filature et appartiennent exclusivement aux races françaises.

Il y a quelques filatures dans ce département, principalement à Ganges.

Les marchés principaux sont : Ganges, Gorniès, Madières, Saint-Beauzille-de-Putois.

Basses-Alpes. — Comme dans le Var, presque toutes les éducations de vers à soie faites dans ce département sont destinées au grainage. Dans les environs de Manosque seulement, on rencontre des chambrées destinées à la filature. Trois mille cinq cents éducateurs élèvent 3 000 onces de graines de vers à soie, dont 200 onces environ de races chinoises et japonaises en vue des croisements avec les races indigènes. Ces petites éducations se font dans toutes les régions ou l'altitude ne les interdit pas. Le rendement est très voisin de celui obtenu dans le Var et dépasse généralement 2 kilogrammes au gramme.

Sisteron, Peyruis, Les Mées, Digne et Oraison sont des centres importants de grainage : le seul marché de cocons pour filature est à Manosque.

Lozère. — Les éducations de vers à soie pour ce département sont cantonnées dans les Cévennes. Comme dans le département voisin, le Gard, on y trouve des

chambrées relativement importantes. Dix-huit cents éducateurs élèvent près de 3 OCO onces de graines de vers à soie de races indigènes. Les cocons sont vendus sur les marchés du Gard. Les filatures de la région qui achètent sur place établissent les prix d'après ceux des marchés d'Alais.

Corse. — Pendant quelques années, la Corse a été un centre de grainage important.

Au moment où le fléau de la pébrine commençait à sévir avec intensité, les graines de vers à soie de Corse furent indemnes pendant quelque temps et étaient très recherchées. Mais elles subirent bientôt le sort des autres provenances et furent aloi's délaissées.

L'exemple du marquis de Casablanca, qui fabriqua en Corse des graines par la méthode Pasteur, ne paraît pas avoir été suivi, et actuellement presque tous les cocons sont destinés à la filature et achetés par les lilateurs italiens.

Un millier d'éducateurs élèvent 1 800 à 2 000 onces de graines de vers à soie, qui donnent près de 100 000 kilogrammes de cocons frais.

PyrénéeS'Orientales, — Tous les cocons produits dans ce département sont réservés au grainage, et ils appartiennent pour la plupart à la race indigène dite des Pyrénées, cocons moyens, jaunes, cerclés et fins. Les graines de cette région ont un important débouché en Espagne.

Quatre cents éducateurs élèvent quatre cents onces de graines et obtiennent un rendement moyen dépassant 2 kilogrammes et demi au gramme. C'est le déparlement français où les rendements sont les plus élevés. Comme on le voit sur la carte, la sériciculture a peu d'importance dans la plaine du département : Perpignan, Thuir, Rivesaltes, à cause du grand développement qu'y a pris la viticulture. Les centres principaux de grfiinage sont : Ceret, Prades, l'IUe-sur-Tet, la Tour-de- France et Cattlar.

P. Vieil. — Série' culture, 2

AlpeS'MariUmes — Grasse, Puget-Théniers, Villai-s, L'Escarène sont des centres d'éducations dont les cocons sont réservés au grainage. Les graines sont distribuées et les cocons achetés par les sériciculteurs-graineurs du département du Var. Trois cent cinquante éducateurs élèvent 450 onces de graines.

HauteS'Alpes, — L'altitude limite les régions séricicolesdans ce département ; elles sont cantonnées, comme on le voit sur la carte, dans la vallée inférieure du Buech et dans celle de la Durance. C'est par excellence le pays des petites chambrées. Six cents éducateurs élèvent moins de 400 onces de graines de vers à soie. Une trentaine d'onces appartiennent aux races chinoises et japonaises. Le rendement de ces graines est très faible, car les races chinoises demandent, pour réussir, une température élevée. Mais ces cocons sont achetés fort cher par les sériciculteurs-graineurs des Basses- Alpes, qui en ont besoin pour les croiser avec leurs lots de cocons indigènes. Le rendement des graines indigènes est en moyenne de 2 kilogrammes de cocons par gramme de graines. Toutes les éducations de ce département sont réservées à l'industrie du grainage, dont Laragne est le centre important.

Savoie. —- Sept à huit cents éducateurs élevant 500 onces de graines de vers à soie sont répartis dans les environs de Chambéry et dans la vallée de l'Isère. La récolfe est de 15000 à 18 000 kilogrammes de cocons frais appartenant aux races indigènes et aux croisements japonais. Tous ces cocons sont vendus sur les marchés de l'Isère.

Ain, — Dans les environs de Belley principalement et quelque peu dans ceux de Trévoux, cinq à six cents éducateurs élèvent 400 onces de graines de vers à soie et récoltent 12 000 à 15000 kilogrammes de cocons frais appartenant exclusivement aux races indigènes.

Aveyron. — Aux environs de Milhau, Saint-Afrique et Asprières, une centaine d'éducateurs élèvent 150 onces

ÉTAT ACTUEL DE LA SÉRICICULTURE EiS FRANCE. 27

de graines de vers à soie, qui produisent 5000 kilogrammes de cocons frais, dont la plupart appartiennent à des races blanches indigènes.

Tarn. — Sur les limites des départements de l'Héi'ault et de l'Aveyron, deux cent cinquante éducateurs élèvent moins de 200 onces, produisant à peine 5 000 kilogrammes de cocons frais.

Tarn-et-Garoane. — Cent cinquante éducateurs, aux environs de Montauban et de Villebrumiel, élèvent 130 à 140 onces de graines de vers à soie, qui donnent 4000 kilogrammes de cocons frais environ, de races blanches indigènes.

Loire. — Dans ce département et en se rapprochant de la vallée du Rhône, une centaine d'éducateurs élèvent 130 onces de graines de vers à soie et récoltent environ

3 500 kilogrammes de cocons frais.

Rhône. — Une trentaine d'éducateurs élevant 25 onces récoltent 1 millier de kilogrammes de cocons frais.

Aude. — Quatre éducateurs aux environs de Carcassonne élèvent 20 à 25 onces de graines et récoltent environ 1 500 kilogrammes de cocons frais.

Lot-et-Garonne. — Trois éducateurs élèvent 20 onces et récoltent 600 kilogrammes.

Gers. — Deux ou trois éducateurs élèvent 10 à 12 onces de graines de vers à soie de races étrangères et récoltent

4 à 500 kilogrammes de cocons.

Haute-Garonne. — A Montastruc et Vilîemur, trois

ou quatre éducateurs élèvent 2 à 3 onces de graines et récollent 100 à 120 kilogrammes de cocons.

Sur la carte séricicole ne figurent pas quelques départements où la sériciculture est trop peu développée pour qu'il en soit fait mention. Ces éducations y sont, pour ainsi dire, accidentelles et à titre d'essai. Le produit par département est inférieur à 100 kilogrammes. Tels sont : les Hautes-Pyrénées, l'Indre-et-Loire, le Cher, le Pas-de- Calais, la Seine.

France.

Graines mises a l'éclosion. — D'après la statistique officielle du ministère de TAgriculture, la quantité de graines mises à Téclosion en 1903 a été de 182 712 onces de 2o grammes réparties de la façon indiquée par le tableau n** 1 statistique de la France.

Pendant les dix années précédentes, les quantités de graines mises à Féclosion avaient été :

Races iadifèies.

Races d Origin.

u Japon.

Reprod.

Races élraifèrn

autres.

Totaux.

onces.

onces.

on es.

onces.

onces.

Moyenne déeennale

(1) Les renseignements qui suivent sont empruntés aux statistiques que publie chaque année le Syndicat de l'union des marchands de soie à Lyon (Imprimerie A. Rey et 0% 4, rue Gentil, Lyon).

Il ressort des chiffres précédents que la quantité de graines mises à Féclosion en 1903, soit 182712 onces, est inférieure de J5 715 onces à la quantité de l'année précédente et de 24882 onces à la moyenne des dix années précédentes, qui est de 207 594 onces.

Cette diminution est amenée par les causes générales Indiquées dans le chapitre précédent et cette année en particulier par la gelée des 19 et 20 avril, qui détiniisit complètement la feuille de mûrier dans de nombreuses régions. ^

La répartition des provenances de graines accuse une diminution constante dans les quantités de graines originaires du Japon : 1933 onces en 1893 et 207 en 1903.

Récolte des cocons. — Le chiffre officiel des cocons frais récoltés en 1903 s'est élevé, d'après la statistique du ministère de l'Agriculture, à 5 985481 kilogrammes répartis comme l'indique le tableau n« 1 annexé ci-après.

Pendant les dix années précédentes, la production en cocons frais s'était élevée aux chiffres suivants :

Cocons frais récoltés.

1893 9 987 110 kilogr.

Moyenne décennale 8 575 738 kilogr.

Le chiffre des cocons récoltés en 1903 a donc été inférieur de 1302 060 kilogrammes (17,9 p. 100) à celui <\e 1902 et de 2 590257 kilogrammes (30,2 p. 100) à la moyenne des dix années précédentes, qui a été de S 575 738 kilogrammes.

Les cocons récoltés en 1903, soit 5 985481 kilogrammes, se répartissent comme suit :

Races jaunes indigènes 5 728 429 kilogr.

Races du Japon (originaires) 8 223 —

Races du Japon reproduites 165 744 —

Autres races étrangères 83 085 —

Rendement moyen a i/once. — Le rendement moyen en kilogrammes de cocons de l'once de semences a été seulement de 32''»,750 sensiblement inférieur au rendement moyen des cinq années précédentes, ainsi qu'en témoigne le tableau suivant :

kil.

Races du Japon (originaires). Races du Japon reproduites.

Races étrangères autres

Races indigènes

Moyennes

kil.

kU.

44,yo

kil.

kil.

Le faible rendement en 1903 doit être attribué à une saison défavorable, et surtout à la mauvaise qualité de la feuille par suite des gelées de printemps.

11 est curieux de remarquer dans le tableau précédent que le rendement des graines du Japon va en augmentant. Ce fait tient surtout à ce que ces graines sont élevées presque exclusivement en petites chambrées pour le grainage, les cocons devant servir aux croisements avec les races indigènes.

Les rendements moyens des cinq dernières années sont considérablement supérieurs à ceux obtenus autrefois, au moment des plus fortes récoltes (1850-1854;, qui n'étaient

que de 18 à 20 kilogrammes à Tonce. Ils doivent progresser encore, et, nous ne saurions trop le répéter, la sériciculture ne sera prospère que si les magnaniers obtiennent de forts rendements (60 à 70 kilogrammes à Fonce).

Cocons de grai!sage. — La quantité de cocons mis au grainage ne peut être évaluée que par le chilFre des cocons percés vendus comme déchets :

Ce serait pour :

1903 410000 kilogr. environ.

La statistique des douanes donne 25 800 kilogrammes (poids net) de graines de vers à soie exportées à l'Étranger en 1903, soit 800 à 850 000 onces. Le total de celles élevées en France s'élève à 180 000 onces en chidres ronds, soit un total de 1 million d'onces environ, (lui représente la production du grainage français en 1903.

L'exportation en 1902 avait été de 700 à 750 000 et la production totale de 900 à 950000 onces.

Prix des cocons. — Les prix font ressortir en 1903 une augmentation de Ofr. 50 à fr. 60 sur ceux de l'année précédente. A cause de la récolte réduite, les cocons ont été vivement recherchés. Voici les prix des principaux marchés pendant les cinq dernières années.

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