ENNEMIS DIVERS
Accidents. — 11 peut se produire quelques accidents en cours d'éducation.
Il n'est pas étonnant de rencontrer quelques avortons ou sujets débiles dans un si grand nombre d'individus; mais il n'existe pas d'autres maladies proprement dites que celles dont nous venons de parler.
Tous les cas signalés par les éducateurs : les hydropiques, les passis, les arpians, les lusettes, sont des formes de la flacherie et de la pébrine.
La maladie dite des petits est produite soit par la pébrine, soit par la dégénérescence de la graine, soit par la négligence de l'éducateur.
Maladie de l'oudji. — Il existe un parasite fort heureusement inconnu dans nos régions, mais qui exerce de grands ravages sur l'élevage des vers à soie en Orient.
Voici comment Maillot décrit cette affection parasitaire :
« Au Japon, notamment, une certaine mouche appelée oudjiy du genre tachina, pond ses œufs en avril et mai, sur les feuilles de mûrier que les vers à soie dévorent. Les œufs, qui n*ont qu'un cinquième de millimètre de long sur un dixième environ de large, éclosent dans l'estomac des vers ; les petites larves apodes qui en sortent se frayent une route à travers les tissus de leur hôte, dévorent ses lobules graisseux et s'établissent près du vestibule d'un stigmate afin d'y respirer.
« Si le ver loge deux ou trois oudjis, il meurt; s'il n'y en a qu'un, le ver arrive en général à faire son cocon et à se chrysalider ; mais sa chrysalide meurt toujours. La larve d'oudji, devenue assez grande, en se repaissant du corps de la chrysalide, perce le cocon et se laisse tomber à terre; si elle peut s'enfoncer dans le sol, elle s'y chrysalide sous forme d'un petit tonnelet de 13 millimètres de long sur 6 de large. Au printemps suivant, le mouche adulte s'en échappe.
« L'oudji, au Japon, est la cause de dégâts comparables en intensité à ceux que fait la flacherie dans nos contrées (1). »
Autres ennemis du sériciculteur. — Les rats et souris causent souvent de grands dégâts aux graines, vei*s, cocons, chrysalides et papillons, dont ils sont très friands.
Les araignées dévorent quelquefois les petits vers. Tous les insectivores en général se repaissent de vers à soie et papillons.
Les larves de dermestes et d'anthrènes causent des dégâts aux graines et aux papillons morts.
(1) Maillot, Leçons sur le ver à soie du mûrier ^ p. 187.
Le but du magnanier est de retirer de son éducation un profit aussi élevé que possible. Il doit s'efforcer de remplir toutes les conditions qui permettent d'arriver au plus haut rendement.
Ces principes constituent les règles de l'élevage que nous allons exposer dans cette quatrième partie.
L'éducateur doit se préoccuper d'avoir en quantité suffisante la feuille de mûrier, base de l'alimentation des vers, un local pour les abriter, le matériel nécessaire et, avant tout, les graines ou œufs qui leur donneront naissance.
Aliments. — L'aliment préféré du ver à soie est sans contredit la feuille de mûrier. On a souvent essayé de le nourrir avec d'autres feuilles, et notamment avec celles de Maclura aurantiaca, de scorsonères, de ramie, de ronces, etc.
On présente chaque année un nouveau produit pour l'alimentation des vers à soie; jusqu'à présent, dans la région du mûrier, aucune feuille ne peut remplacer avantageusement celle de cet arbre. Ce n'est que très exceptionnellement, en cas de gelée par exemple, que l'on pourra avoir recours à un autre aliment, et, parmi toutes les feuilles proposées jusqu'à ce jour, c'est celle de 11 maclura aurantiaca qui devra être préférée.
En Amérique, on élève les vers à soie exclusivement avec cette feuille.
En 1834, les mûriers avaient été gelés dans la plus grande partie des régions séricicoles de la France, et le botaniste Seringe rapporte que des vers furent nourris avec la Maclura, qu'ils donnèrent des cocons de sept à huit jours en retard sur ceux nourris avec le irûrier et légèrement plus petits, mais très fermes et fort bien conformés (1). Cette plante pourra donc rendre, dans certains cas, des services réels, mais ne supplantera pas le mûrier.
Le mûrier noir était autrefois cultivé pour l'élevage des vers à soie; mais, depuis Olivier de Serres, le mûrier blanc s'est répandu partout et lui est préféré à cause de sa croissance rapide, de sa feuille plus abondante et plus délicate.
Dans certaines régions cependant, en Sicile et en Calabre notamment, on cultive encore le mûrier noir, parce qu'il est moins précoce et par suite moins sujet aux gelées de printemps.
Des élevages comparatifs ont souvent été faits avec les feuilles de mûrier blanc et de mûrier noir. Les vers alimentés avec le mûrier noir vivent un ou deux jours de plus, donnent des cocons plus lourds, mais plus grossiers.
11 existe un grand nombre de variétés de mûrier blanc dont les principales sont par ordre de précocité : les sauvageons, les multicaules, les mûrier roses, toutes trois à feuilles minces ; le mûrier romain et le mûrier d'Espagne à feuilles épaisses, dures et lourdes.
Composition de la feuille de mirier. — La composition des feuilles varie suivant les variétés de mûriers, la nature du sol, la fumure, les modes de culture et de taille, l'exposition des arbres.
La composition de la feuille varie considérablement suivant sa situation sur les rameaux et suivant son âge.
(1) Seringe, Notice swr la maclure orangée, lue à Lyon en 1835, à la Société royale d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon,
ALIMENTATION DES VERS A fOIE. 157
Péligot a constaté les différences suivantes entre les feuilles cueillies au sommet ou à la base des rameaux.
Cime. Base.
Silice 12,8 40
Chaux 28,2 31
Phosphate (le magnésie 16,4 4
Acide pbosphorique J ,6 »
— carbonique, potasse, etc 41,0 24
Les feuilles jeunes contiennent jusqu'à 80 p. 100 d'eau, etcette quantité va en diminuant jusqu'à 65 p. 100 environ.
La quantité de matières sèches varie également.
Péligot a analysé, à difféi^ntes époques, les cendres de feuilles de mûrier rose. 11 a trouvé les chiffres suivants :
28 avril. 28 mai. 10 juin.
Silice 6,6 15,6 20,6
Chaux 20,2 36,9 38,8
Phosphate de magnésie 22,7 13,2 13,3
Acide phosphorique 30,9 1 ,6 1 ,2
— carbonique, potasse, etc. 20,2 32,7 26,1
Avec l'âge, la feuille devient donc plus siliceuse, plus calcaire et plus pauvre en acide phosphorique. Il faut autant que possible que l'âge de la feuille soit en rapport avec l'âge des vers auxquels on la destine.
Voici le résultat des expériences que Robinet a faites sur des éducations successives du 15 avril au 15 août, en ayant fait éclore les vers à quinze jours d'intervalle.
Race chinoise.
Nombre Poids
Date Date Poids moyen de cocons de cocons
Éducations, del'éclosion. de la montée. t'es vers. au kil. obtenus.
gr. kil.
1 27 avril. 20 mars. 4,00 532 2 »
2 14 mai. 5 juin. 3,63 595 1,500
3 29 mai. 25 juin. 3,80 681 2 »
4 11 juin. 8 juin. 3,43 701 2 »
5 26 juin. 24 juill. 3,00 724 1,658
6 12 juin. 10 août. 3,10 680 1,532
7 22 août. 17 sept. 1,93 880 0,620
l'« feuille.
2« feuille.
Les élevages d'automne donnent toujours un poids de cocons plus faible et des cocons de qualité inférieure. Cela s'explique, la seconde feuille étant toujours moins riche que la première en éléments nutritifs.
Pasqualini a fait des analyses comparatives de la première feuille en mai et de la seconde en septembre.
Eau
Matières grasses
Substances solubles dans l'eau . . .
Protéine
Gelluloso
Gendres
Matières non dosées (par différence)
Total 100,000 100,000
Kellner a fait une analyse plus complète de la feuille aux époques correspondant aux différents âges du ver à soie.
Composition centésimale de la feuille.
!•• âge. 2« âge. 3* âge. 4* âge. 5« âge.
Eau 75,59 74,89 75,45 74.10 70,72
Matières fixes. 24,41 25,11 24,55 27,90 29,28
Cent parties de matières fixes contiennent :
Protéine 32,89
Matières grasses 5,15
Cellulose. 9,80
Matière extrac tive non
azotée 44,46
Gendres sans carbone. 7,70
Azote total 5,262
' — protéique 3,902
— non protéique.. 1,360 Rapport de l'azote non
protéique à l'azote
total 25,85 21,29 17,54 18,03 15,92
D'après M. Quajat, 100 parties de cendres contiennent en moyenne :
Silice 5 à 15 p. 100.
Chaux 15 à 30 —
Magnésie 4 k iO —
Chlore 0,5 à 2 —
Acide sulfurique 1 à 3 —
— phosphorique 12 à 20 —
Alcalis 15 à 25 —
L'exposition des mûriers a égalenient une influence sur la composition des feuilles.
De Gasparin a trouvé que la feuille d'un mûrier exposé tout le jour au soleil donnait 45 p. 100 de résidus solides; celle d'un mûrier exposé au soleil seulement jusqu'à une heure du soir n'en donnait plus que 36 p. 100, et celle d'un mûrier tout le jour à l'ombre, à peine 27 p. 100.
Pour savoir quelle est la meilleure variété de mûriers, il faudrait faire l'analyse comparative de leurs feuilles en ayant soin de la prendre exactement du même âge. Les résultats des analyses faites le même jour ne sont pas comparables, étant donné que les feuilles de variétés précoces sont plus âgées que celles des variétés tardives. C'est pour ne pas avoir tenu compte de ce fait que les auteurs ne s'accordent pas sur le choix de la meilleure variété de mûriers. Dandolo estime qu'à poids égal les feuilles de sauvageons sont plus nutritives que les autres. Robinet met en première ligne le mûrier rose et relègue bien loin le sauvageon. Maillot conseille avec raison de commencer à nourrir les vers avec les feuilles de sauvageon et de continuer avec celles du mûrier rose.
En résumé, et puisque ce n'est pas au moment de se livrer à l'élevage des vers à soie qu'il y a lieu de se préoccuper de la plantation de telle ou telle variété de
160 DE L*ÉDUCATIOiN DES' VERS A ^OIE.
mûrier, on choisira de préférence la feuille dont Tâge correspond à celui des vers et provenant de mûriers exposés au soleil, bien cultivés et taillés depuis deux ans au moins, sauf bien entendu dans les régions où les circonstances exigent la taille annuelle. La meilleure est une feuille fine, mince et bien découpée. Malheureusement beaucoup de mûriers sont actuellement délaissés ; ils poussent dans un sol inculte; il n'est pas possible, dans de pareilles conditions, d'arriver à un bon rendement.
Consommation de la feuille. — Dandolo estime que la quantité de feuilles nécessaire à l'élevage de 1 once de graines de 25 grammes est la suivante :
l'f âge. 2« âge. S« âge. 4« âge. 5« âge.
kil. kil. kil. kil. kiL
Feuille émondt^o 2,800 8,400 28,000 82,600 512,400
Épluchures 0,700 1,400 4,200 12,600 47,600
Totaux 3,500 9,800 32,200 95,200 500,000
Total général 7001^8,700.
Le poids récolté était de 750 kilogrammes, soit 49'^8^,300 de déchets.
On a retrouvé dans les litières 275i*e:,ioo. Les verst)nt donc ingéré 359««8,.500 de feuilles, qui ont produit 72'*K,800 d'excréments et 57»'s,200 de cocons. La perte en vapeur d'eau ou autres a été de 229'^«?,500.
Maillot fait remarquer que Dandolo a opéré sur une grosse race de 472 cocons au kilogramme, soit 27 000 vers à la montée. Pour 30000 vers donnant •63 kilogrammes de cocons, Maillot indique les chiffres suivants (1) :
0) Maillot, p. 148.
Poids de feuilles nécessaires pour 30 000 vers.
Feuille mondée. Épluchures. Poids total,
kil. yi. kil.
l«râge 3,11 0.78 3,89
oe — 569.00 52,90 621,90
Totaux 705,84 73,89 779,73
Eau évaporée et déchets 54,40
Poids total de la feuille détachée de l'arbre. 834,13
Les chiffres ci-dessus sont ceux du poids de la feuille au moment de la cueillette. Pour estimer les poids en feuille adulte, on doit compter d'après Maillot 1 100 à 1 200 kilogrammes pour élever 1 once de 25 grammes.
Il est bien évident que ces chiffres n'ont rien d'absolu ; ils dépendent de la qualité de la feuille, de la race des vers à soie, de la durée de l'éducation, de la température et de la manière de distribuer la nourriture, qui fait que les vers en gaspillent plus ou moins.
On peut obtenir des cocons même en privant les vers de nourriture au milieu du cinquième âge. 11 est inutile d'ajouter que les cocons seront alors faibles et le rendement peu élevé. C'est une économie mal comprise que de ne pas donner aux vers de la feuille tant qu'ils veulent en manger, sans toutefois la gaspiller. Un rendement élevé sera assuré en faisant consommer le plus de matière nutritive possible sous le minimum de volume, c'est-à-dire en donnant des feuilles riches et saines, peu à la fois, et des repas fréquents.
Matières utiles de la feuille. — Nous avons vu que l'eau des feuilles absorbées était exhalée par la surface de la peau du ver. Les matières minérales et organiques sont en partie assimilées, en partie rejetées sous forme de déjections. Péligot a recherché en 1851 comment étaient réparties ces matières et a trouvé les résultats suivants :
Des vers pesant 18',078 le 12 juin pesaient 1448%690 le 11 juillet, soit une augmentation de 143^,612 ou de 208'", 260 ramenés à l'état sec. Ces vers avaient absorbé 265 grammes de feuilles réduites à l'état sec ; le poids de la litière sèche était de 136 grammes et les déjections sèches pesaient 98 grammes. En retranchant les litières, on a donc :
Feuilles employées... 129,000 à 11,6 %de cendres = 15,0 de cendres. Vers secs .. 20,160 à 9 — « 1,9 — Déjections.. 98,000 à 13,8 — =13,5 —
et les matières minérales sont réparties dans les cendres de la façon suivante :
Feuilles. Vers. Déjections.
Silice 2.64 0,07 2,70
Acide carbonique . . . 2,89 0,20 2,43
— phosphorique. 1,55 0,55 1,03
— sulfurique . . . 0,23 0,03 traces.
Chlore 0,18 0,02 0,16
Oxyde de fer 0,09 traces. 0,09
Chaux 3,95 0,15 4,01
Magnésie 0,87 0,17 0,85
Potasse 3,76 0,6S 2,29
Totaux 16,16 1,87 13,56
On voit que la silice et la chaux sont éliminées. C'est pour cela que les feuilles âgées riches en matières calcaires et siliceuses ne conviennent pas aux jeunes vers, qui ont besoin d'aliments nourrissants pour se développer.
Péligot a recherché également la répartition des matières organiques en opérant sur les mêmes poids :
Feuilles (moins les litières) 1288^,0 )
Vers 20Kr,l 6 K . «, . .
Déjections 98 gr. .^ ""^ '^^
Différence 98',84
due à Texhalation d'acide carbonique par la respiration.
Composition centésimale.
Feuilles. Vers. Déjections,
gr. gr. gr.
Carbone 43,73 48,10 42,00
Hydrogène 5,91 7,00 5,75
Azote 3,32 9,60 2,31
Oxygène 35,44 26,30 36,14
Matières minérales. . . 11,60 . 9,00 13,80
On déduit de cette composition centésimale la répartition suivante :
FeuiHes. Vers. Déjections,
gr. gr. gr.
Carbone 50,41 9,69 41,16
Hydrogène 7,63 1,41 5,62
Azote 4,28 1,93 2,26
Oxygène 45,62 5,30 35,41
Matières minérales... 20,93 1,81 13,52
Total 128,87 20,14 97,97
Il y a perte de carbone, d'hydrogène et d'oxygène à cause de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau exhalées. Péligot fait remarquer que ces chiffres n'ont qu'une valeur relative et non absolue et constante.
Maillot (1) constate que l'azote des feuilles consommées se retrouve en totalité dans les vers et les déjections, mais que celles-ci sont plus pauvres en azote (2,31 dans les déjections, 3,32 dans les feuilles), tandis que les vers en contiennent beaucoup plus (9,60). Cette différence s'accentue si on fait le dosage sur des vers au moment de la montée, qui contiennent alors 12 à 14 p. 100 d'azote.
Les matières minérales, au contraire, sont accumulées dans les déjections (13,8 p. 100 contre 11,6 dans la feuille et les vers 9 p. 100). Ce dernier chiffre se réduit à 5 p. 100 si on opère sur des vers prêts à filer, dont la composition est la suivante :
Phosphate de magnésie et acide phosphorique . 40,7
Chaux 14,1
Phosphate et carbonate de potasse 45,2
(1) Maillot, p. 84.
On a essayé de saupoudrer ou dimbiber les feuilles de toutes sortes de poudres, liquides et ingrédients en vue d'augmenter leur valeur nutritive, de guérir ou prévenir les maladies ou d'augmenter la sécrétion soyeuse. En :général, ces matières (soufre, sucre, chaux, superphosphate, vin, alcool, etc.), n'empêchent pas les vers de consommer la feuille, tant est grande leur voracité ; au point de vue des résultats visés, l'inefficacité est complète, •et ces pratiques sont plutôt nuisibles. Le sulfate de cuivre à doses élevées ou fréquemment répétées amène la mort des vers.
Cueillette de la feuille. — Dans certaines régions, on a l'habitude de couper les rameaux pour les porter aux vers; les mûriers sont alors taillés chaque année et les vers disposés d'une façon spéciale, dont nous parlerons plus loin. Dans les régions séricicoles de la France, l'usage le plus répandu est de placer les vers sur des claies et de leur distribuer la feuille nette. Tant que les vers sont jeunes et que la quantité à leur distribuer est minime, on cueille les feuilles une à une en les choisissant çà et là sur les rameaux; plus tard, les vers demandent une quantité importante de nourriture; on •dépouille alors complètement les rameaux en glissant la main de la base au sommet. A l'inverse, la feuille serait froissée et entraînerait avec elle une partie de l'écorce. Il est d'usage de placer la feuille dans des sacs maintenus ouverts au moyen d'une baguette flexible recourbée en cercle; elle ne doit pas être fortement tassée dans ces sacs. Chaque jour la feuille nécessaire aux repas de la journée et au premier repas du lendemain -est cueillie en évitant de le faire le matin avec la rosée.
Soins a donner a la feuille. — Sitôt récoltée, la feuille •est portée dans un local spécial, frais, mais non humide, parfaitement propre et à l'abri des poussières de la magnanerie. Nous avons déjà vu qu'elle sert de véhicule aux germes de maladies. La feuille est étendue sur le sol
ALIMENTATION DES VEHS A SOIE. i65
ou sur des claies en couches de faible épaisseur et remuée de temps en temps pour éviter tout échauffement et tout commencement de fermentation, qui occasionneraient la flacherie.
11 n'est pas rare qu'à la saison des élevages il règne un temps pluvieux, pendant lequel, pourtant, les vers ne peuvent jeûner. La feuille mouillée, mais saine et non échauffée, ne paraît pas ètve très préjudiciable aux vers qui absorbent simplement de ce fait une plus grande quantité d'eau. Mais comme, pratiquement, il est impossible d'empêcher réchauffement et la fermentation des feuilles humides, soit dans le local où elles sont conservées, soit sur les claies mélangées aux litières, il faut absolument les faire sécher.
Pour cela, les feuilles aussitôt cueillies sont étendues sur le sol d'une pièce aérée et remuées fréquemment avec des fourches, retournées en tous sens de façon à faire écouler l'eau le plus possible. Elles sont ensuite placées sur des toiles grossières que l'on replie en partie. On secoue fortement la feuille ainsi enfermée dans la toile, ce qui lui fait abandonner le reste de l'eau conservée dans ses replis.
S'il s'agit de très petites éducations, on peut simplement couper quelques rameaux de mûrier, et, les apportant à l'intérieur, on les agite à plusieurs reprises pour bien sécher les feuilles avant de les détacher. On peut alors sans crainte les distribuer aux vers. Mais ce moyen ne peut être mis en pratique que lorsque la feuille n'est nécessaire qu'en faible quantité.
II nous paraît utile d'insister particulièrement sur ce point et de redire ce que Dandolo écrivait à ce sujet (1) :
« Plusieurs auteurs disent que, dans le cas de pluies longues et constantes, on ne peut mieux faire que de
(1) Le comte Dandolo, L'art d'élever les vers à soie, traduit de l'italien par Philibert Fontaneilles, Paris, 1845, p. 463 et suivantes.
couper les petites branches de mûrier, de les transporter sur des chars et de les suspendre dans les maisons, afin de faire sécher la feuille le mieux possible. Ce sont de ces erreurs qu'un écrivain copie d'un autre, sans penser que c'est une absurdité. Dans un jour de grand appétit, les vers à soie provenant de 5 onces d'œufs, et en bon état, consomment 275 livres de feuilles.
« D'après ce qu'on propose, si on voulait obtenir une telle quantité de feuilles, il faudrait couper plus de 6000 livres de branches, en supposant qu'on ne coupât que celles des mûriers destinés à être défeuillés cette année.
On pourrait procéder de cette manière dans les temps où, avec 1 once d'œufs, on n'obtenait que 15 ou 20 livres de cocons, parce que les vers naissaient en petite quantité ou périssaient dans leurs différents âges ; mais cela ne peut se pratiquer de nos jours, puisque avec 1 once d'œufs on obtient 100 et même 120 livres de cocons.
« On peut couper les petits rameaux, lorsqu'il ne faut pas beaucoup de feuilles, comme il arrive jusqu'au quatrième âge accompli, ou lorsque l'on a à soigner que de petits ateliers. />
Et l'auteur donne ensuite le moyen qu'il emploie pour sécher la feuille, qui est celui indiqué sommairement plus haut :
« Pour sécher dans un jour plusieurs centaines de livres de feuilles mouillées, j'agis delà manière suivante :
« Lorsque la feuille a été portée à la maison, je la fais étendre sur des pavés de briques ; si on n'a pas de ces pavés, on peut la mettre sur le sol, qu'on doit rendre aussi propre que possible.
« Alors, selon la quantité, une ou deux personnes rétendent avec des fourches de bois, la jettent en l'air et la remuent beaucoup; ces mouvements répétés font tomber promptement par terre la plus grande partie de l'eau.
« Quoique la feuille semble presque entièrement sèche, après cette opération, elle contient cependant encore de l'eau dans ses plis. On prend alors un grand drap commun, et on met dessus 15 ou 20 livres de feuille; on le plie en deux dans sa longueur, ce qui doit le faire ressembler à un grand sac : deux personnes doivent tenir les deux extrémités et Fagiter, faisant porter la feuille d'une extrémité du drap à l'autre, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'elle est presque sèche, ce qui a lieu en peu de minutes. Si on pèse le drap avant et après l'opération, on trouvera qu'il a augmenté sensiblement en poids par l'eau de la feuille qu'il a retenue.
« Si on veut faire sécher encore plus la feuille, qu'on fasse brûler une bonne quantité de copeaux ou d'autres bois menus, et qu'on place la feuille tout autour, ayant soin de la tourner et retourner dans tous les sens avec des fourches; elle devient aussi sèche, par ce moyen, que si on l'avait cueillie dans une très belle journée et en plein midi.
« J'ai donné aux vers de la feuille séchée par ces divers moyens, et j'en ai toujours été satisfait. Si elle n'élait mouillée que par la rosée, la seule opération du drap l'essuie.
« Je dois à ce sujet faire observer :
« !•* Qu'il vaut mieux faire jeûner les vers pendant quelques heures que de leur donner de la feuille mouillée, qui augmenterait l'humidité de leur corps et nuirait à leur santé;
« 2° Que l'air intérieur se trouve plus humide et méphitique, ce qui exige plus de soins et d'attention. »
Feuilles coupées. — Beaucoup d'éducateurs, d'après les conseils de certains auteurs, ont l'habitude de couper la feuille en menus morceaux, avant de la distribuer aux vers. Des machines spéciales ont même été construites pour cette opération.
Nous ne voyons pas l'utilité d'une telle pratique ; elle
vient, croyons-nous, de ce que beaucoup de magnaniers s'imaginenl que les goûts et besoins des vers à soie sont semblables à ceux de nos animaux domestiques. Le ver attaque aussi facilement avec ses mandibules la feuille entière que la feuille découpée. Par contre, les instruments dont on se sert, machines, couteaux, etc., altèrent toujours un peu le suc des feuilles ; celles-ci se trouvent comprimées par l'opération ; la litière est plus compacte et par suite plus fermentescible. C'est enfin une perte inutile de temps et de main-d'œuvre.
Lorsque, à Téclosion, les feuilles sont déjà grosses, circonstance défavorable qui ne devrait pas se produire, on peut les découper délicatement pour éviter que les jeunes vers se perdent dans les replis que les larges feuilles forment en séchant.
Jusqu'à la quatrième mue, il est bon de distribuer aux vers la feuille nette, c'est-à-dire débarrassée des mûres et brindilles ramassées avec elle; sans cette précaution, les litières seraient trop considérables.
Par des temps humides et chauds, il arrive que la feuille est atteinte sur l'arbre par une sorte de rouille.* Elle n'est pas, malgré cette avarie, nuisible aux vers, qui n'en consomment que les parties saines. Les déchets sont plus considérables, ce qui nécessite des déiitages fréquents.
Choix du local. — Le ver à soie a besoin d'oxygène pour respirer, et il exhale une quantité considérable de vapeur d'eau, ce qui nécessite dans la magnanerie un constant renouvellement d'air aussi sec que possible. Cette condition essentielle doit guider dans le choix du local, puisque, sous notre climat, on ne peut songer à élever les vers à soie en plein air.
LOCAL ET MATÉRIEL. d69
Dandolo a été le premier à préconiser l'aération et à donner le plan de magnaneries perfectionnées, où le renouvellement d'air est assuré par de nombreuses cheminées. Ces cheminées ne sont pas destinées au chauffage, mais par des flambées fréquentes on effectue un renouvellement d'air considérable. Même sans feu, par suite de la différence qui existe généralement entre la température intérieure et celle de l'extérieur, une cheminée peut évacuer, par heure, plusieurs centaines de mètres cubes d'air.
Magnanerie dandolo. — Nous donnons ci-après la description de cette magnanerie telle qu'elle est donnée par l'auteur lui-même, en la faisant précéder des réflexions et observations que lui ont suggérées les méthodes défectueuses d'élevage des vers à soie pratiquée par les magnaniers de son temps. Bien que déjà anciens, ces conseils seront suivis avec fruit par les éducateurs de nos jours.
« On a de la peiné à concevoir combien, pendant plusieurs siècles, l'exercice de l'art d'élever les vers à soie, si utile et si précieux, est resté entre les mains de gens généralement ignorants.
« Tandis qu'il est de fait que l'abondance et la certitude du produit annuel des cocons reposent uniquement sur la bonne éducation des vers à soie pendant tout le cours de leur vie, et que tout le monde sait que ces insectes ne sont pas des animaux qui appartiennent à nos climats, et qu'ils ne vivent parmi nous que par les soins que nous avons pris pour les rendre domestiques, on ne croirait pas qu'il manque encore de règles sûres pour leur donner une habitation propre à leurs besoins, et qui leur soit utilement adaptée dans leurs différents âges.
« L'expérience prouve que les hommes et les animaux tombent malades et meurent même, dans des habitations trop étroites, où ils ne peuvent pas respirer et transpirer P. Vieil. — Sériciculture. 10
librement, et même dans les grandes habitations, si l'air ne peut s'y renouveler facilement.
« On dirait que, pour les vers à soie, les lois de l'art de conserver la santé doivent être violées ou négligées.
« On ne pensait pas, sans doute, que 5 onces d'œufs produisent près de deux cent mille vers, qui tous doivent respirer librement et constamment un air pur et sécréter les substances nécessaires à leur vie.
« Un local sagement construit, selon les principes de l'art, où l'air puisse se renouveler en tout temps et dans tous les cas, et conserver sa siccité, doit seul contribuer puissamment à la santé et à la prospérité constante de l'animal, et par suite à la production d'une grande quantité de cocons de très belle qualité.
« Lorsqu'on a bien préparé l'habitation des vers à soie, on a déjà obtenu le plus grand des avantages, et alors tout marche pour ainsi dire de soi-même.
« Comme nous devons supposer que beaucoup de propriétaires feront construire des ateliers pour s'assurer un bon revenu en cocons, je vais donner ici une idée de leur construction, et j'indiquerai en même temps les petites réformes indispensables qu'on doit faire aux ateliers des fermiers. Les réformes que je propose n'ont pour but que l'avantage des propriétaires et des fermiers.
« En parlant des deux espèces d'atelier, je dois traiter aussi de l'un de leurs accessoires principaux, qui est le lieu destiné à conserver la feuille fraîche et saine, même pendant trois jours. De cette manière, il est presque certain qu'on évite les pertes auxquelles on serait exposé en employant la feuille mouillée, ou flétrie, ou fermentée(l). »
L'auteur s'efforce ensuite de démontrer que la dépense occasionnéepar l'établissement d'une magnanerie salubre est largement rétribuée par le meilleur rendement de la
(1) Dandolo, p. 285 et suiv.
LOCAL ET MATÉRIEL. 17f
récolte. 11 fait d'ailleurs remarquer que beaucoup de locaux peuvent, avec une faible dépense, être aménagés en magnaneries, et il ajoute qu'en tous Cas des construclions nouvelles donnent une plus-value à la propriété et peuvent servir à d'autres usages domestiques en dehors du moment de l'élevage des vers à soie, qui est de courte durée.
« Voici, dit-il, comment est construit mon atelier, qui pourrait servir pour 20 onces d'œufs, c'est-à-dire qui pourrait donner 24 quintaux, à peu près, de cocons.
« Il a environ 30 pieds de largeur, 77 de longueur et à peu près 12 de hauteur et, en considérant la hauteur jusqu'au faite, 21 pieds.
« On peut placer dans la largeur six rangs de tables ou claies, d'à peu près 2 pieds 6 pouces de largeur chacune. Gomme ces claies doivent être placées de deux en deux, il paraît n'y avoir que trois rangs ; il y a donc entre elles quatre passages, deux du coté des deux murs et deux entre les claies. Les passages ont à peu près
3 pieds de largeur; ils servent pour agir sur les claies et pour placer les échelles et les planches.
« Entre un rang de claie et l'autre, il y a des pieux de
4 pouces de diamètre, sur lesquels sont fixés des barres de bois transversales qui soutiennent les claies ; il y a, entre les deux claies, un vide d'à peu près 5 pouces et demi (1) pour la circulation de l'air.
Il y a dans ce local treize fenêtres avec des jalousies et des châssis de papier en dedans; sous chaque fenêtre, près du pavé, des soupiraux ou trous carrés d'à peu près 13 pouces, bouchés par une planche mobile qui s'y enchâsse bien, afin de pouvoir, à volonté, faire circuler l'air.
« Lorsque l'air de la fenêtre n'est pas nécessaire, on
(1) Il s'agit de l'intervalle entre les deux rangs de claie et non de la distance d'une claie à l'autre en hauteur, qui doit être au minimum de 50 centimètres.
tient les châssis de papier fermés. On ouvre les jalousies, ou on les laisse fermées, selon les circonstances. Lorsque le mouvement de l'air est lent, et que les températures intérieure et extérieure sont presque égales, on peut ouvrir tous les châssis, tenant toutes les jalousies fermées, ou au moins une bonne partie.
<( J'ai fait établir huit soupiraux en deux lignes au plancher et au plafond de la chambre ; ils correspondent perpendiculairement au milieu des passages pratiqués entre les claies. Ces soupiraux se ferment avec un vitrage mobile pour avoir de la lumière, et, en cas de besoin, on les bouche avec des châssis recouverts en toile blanche, qu'on doit aussi pouvoir ouvrir ou fermer selon les circonstances.
« J'ai fait faire aussi six soupiraux au pavé, pour communiquer avec les chambres de dessous.
« Des treize fenêtres, trois sont placées à une extrémité de l'atelier, et, à Textrémité opposée, il y a trois portes construites de manière à donner aussi de l'air à volonté.
« Par ces portes, on va à une autre salle d'à peu près 36 pieds de longueur et 30 pieds de largeur, qui fait la continuation du grand atelier, et qui contient aussi des claies assez élevées au-dessus du pavé pour qu'on puisse librement faire le service de l'atelier. Il y a dans cette salle six fenêtres avec un soupirail à chacune au niveau du pavé, ainsi que quatre soupiraux au plancher ou plafond.
« 11 y a six cheminées dans la grande salle : une à chaque angle et une au miheu des deux grands côtés.
« J'ai fait placer un grand poêle rond d'environ 3 pieds S pouces de diamètre, sur 9 pieds 2 pouces de hauteur, au milieu de l'atelier ; il partage a peu près en deux le grand rang du milieu des claies.
« Je me sers, pour éclairer la nuit, de petit quinquets qui ne donnent pas de fumée. Le pavé de l'atelier est le seul qui soit fait de ciment ; celui de la salle ou vesti-
bule est en briques, afin qu'au besoin il puisse servir pour sécher la feuille.
« Entre le grand atelier et le vestibule, il y a une petite chambre située au milieu, ayant deux grandes portes, une pour communiquer avec l'atelier et l'autre avec le vestibule. Au milieu du pavé de celte petite chambre est une grande ouverture qui communique avec le dessous de l'atelier ; cette ouverture se ferme avec deux battants en planches qu'on peut ouvrir et fermer à volonté; elle sert pour jeter la litière et les ordures de l'atelier ; elle est aussi utile pour monter facilement la feuille par le moyen d'une poulie.
« Ce grand trou tient aussi en mouvement une grande colonne d'air, lorsque les trois châssis de l'extrémité de Fatelier sont ouverts.
« J'ai fait placer une sonnette au haut du mur et à l'extérieur, afin de faire exécuter les ordres promptement.
« Voilà la construction de mon grand atelier dans lequel je ne mets les vers à soie qu'après la quatrième mue.
« Il est impossible que l'air y reste stagnant, ni qu'il puisse jamais se charger de trop d'humidité.
« Comme ce bâtiment est isolé de trois côtés, il arrive difficilement que, d'après les différentes expositions des soupiraux, l'air extérieur ne tarde pas à s'y équilibrer et à y maintenir une douce température.
« S'il arrivait que l'air fût trop stagnant et que la température fût partout en équilibre, on provoquerait de suite le mouvement des grandes colonnes d'air en faisant de la fiamme dans les six cheminées.
« Lorsqu'on n'a pas besoin d'allumer du feu dans les cheminées et qu'elles ne sont pas nécessaires comme soupiraux, on les bouche avec des planches faites exprès.
« En fermant avec de petites planches les soupiraux qui sont au niveau du plancher, lorsqu'il y a un grand courant d'air, on peut le régler comme on veut. On en
fait autant pour les soupiraux supérieurs, avec cet avantage qu'ayant un vitrage et un châssis on peut ouvrir et fermer Tun et l'autre selon le besoin.
« On emploie le poêle que lorsqu'il faut échauffer l'air de l'atelier.
« Dans ce cas, pendant que le poêle chauffe l'atelier, une colonne d'air extérieur entre continuellement dans une portion du corps du poêle qui est comme détachée du lieu où on fait du feu et d'où sort la fumée. Cet air s'échauffe, sort par plusieurs trous dans Tatelier et en augmente par conséquent l'air et la chaleur.
« J'ai fait placer dans divers points de la salle 4 hygromètres, 6 thermomètres et 2 thermométrographes, pour indiquer ce qu'il convient de faire dans le cas d'accumulation d'humidité et d'augmentation ou de diminution de température dans l'atelier (1). »
Nous avons reproduit cette description détaillée de la magnanerie Dandolo, parce que cet agencement a le grand avantage de pouvoir s'adapter à un grand nombre de locaux déjà existants, il n'est pas d'ailleurs nécessaire de suivre à la lettre toutes les indications. Il suflit, comme nous le verrons, d'aménager le local destiné à élever les vers à soie de façon à ce qu'on puisse y maintenir une température constante, une aération suffisante pour fournir aux vers l'oxygène qui leur est nécessaire et pour entraîner au dehors l'énorme quantité de vapeur d'eau produite par l'évaporalion des feuilles, des litières et du corps des vers. Ce sont du reste ces indications que l'auteur donne en exposant la façon d'aménager les atelier de fermiers.
En Lombardie notamment, presque toutes les magnaneries sont construites d'après ces principes, et elles portent le nom de Dandolières, en souvenir de leur inventeur.
Nous avons déjà dit que cet éminent sériciculteur est
(1) Dandolo, p. 297 et suiv.
le premier qui ait attiré Fattention sur la nécessité d*élever les vers à soie dans un local sain et aéré. Le tableau qu'il fait de la plupart des magnaneries à son époque n'a rien d'exagéré ; et même malheureusement aujourd'hui on en rencontre encore de semblables dans certaines régions reculées de la France et à l'Étranger.
« J'ai trouvé le plus souvent, en entrant dans les chambres où on élevait ces insectes, qu'elles étaient humides, constamment éclairées par la flamme d'une huile puante; que l'air était stagnant et vicié, au point de gêner la respiration ; qu'on sentait des odeurs désagréables masquées par celle de quelque aromate ; que les claies étaient trop rapprochées, couvertes de litière en fermentation, sur laquelle les vers languissaient. L'air ne s'y renouvelait que par les ouvertures que le temps avait faites aux portes et aux fenêtres (1). »
Dandolo donne ensuite les dimensions et dispositions pour une magnanerie destinée à élever 5 onces de graines de vers à soie. La longueur est de 13™,20, la largeur de 6 mètres, la hauteur de 4™, 20, quatre fenêtres, deux portes, six à huit soupiraux, cinq cheminées et deux fourneaux.
De même pour une magnanerie destinée à un élevage de 3 onces et moins, les dimensions sont réduites proportionnellement, deux à quatre fenêtres, quatre à huit soupiraux, deux cheminées et un fourneau.
11 conseille ensuite, comme nous l'avons dit nousmême, d'avoir un local suffisamment frais pour y conserver la feuille à l'abri des poussières et des rayons du soleil.
iVlAGNA>îERiEDARCET(fig. 28). — La magnanerie Darcet est d'une construction plus compliquée, qui permet d'amener dans la magnanerie de l'air chaud par des trous percés dans le plancher et d'évacuer l'air de là salle par des
(1) Dandolo, p. 307.
ouvertures munies de gaines situées au plafond. La prise d'air a lieu dans une salle en dessous de la magnanerie et dans laquelle se trouve un calorifère. La température de cet air est réglée par le mélange d'une quantité plus
Fig. 28. — Magnanerie Darcet. — A, calorifère ; B, entrée de Tair frais ; CD, gaines pour l'entrée et la sortie de l'air ; E, Tarare ; F, cheminée ; G, salle d'incuba'ion.
ou moins grande d'air extérieur. Les gaines du plafond viennent aboutir aune puissan te cheminée d'appel,qui sert de tirage au foyer du calorifère. Un tarare puise l'air des gaines et l'expulse dans la cheminée si le tirage naturel ost insuffisant.
Magnanerie Robinet. — Robinet a modifié avantageusement le système Darcet en plaçant le tarare dans la chambre à air. 11 agit alors par propulsion, et l'air pénètre forcément dans la magnanerie. Les gaines supérieures et la cheminée d'appel sont supprimées ; il suffit que le plafond soit percé de quelques ouvertures convenablement disposées.
Magnanerie Aribert. — Enfin Aribert a imaginé, en 1852, de faire arriver l'air par en haut et de le faire sortir par le plancher.
Toutes ces magnaneries ont l'inconvénient d'être d'une construction coûteuse. Pour que le fonctionnenent se fasse bien, il faut que toutes les parties en soient bien établies, que l'ouverture des gaines ait des dimensions exactement calculées, et que les autres ouvertures de la magnanerie, portes et fenêtres, ferment hermétiquement pour ne pas entraver la circulation de l'air du système.
Magnanerie des Cévennes. — Le type de niagnanerie établi généralement dans les Cévennes est beaucoup plus simple (lig. 29). La salle est sur rez-de-chaussée très frais et communique avec lui au moyen de trappes pratiquées dans le plancher. Aux quatre angles de la salle sont établis autant de fourneaux rustiques qui assurent le chauffage. La construction est élevée et étroite, la toiture simplement formée de tuiles dont les interstices permettent la circulation de l'air. L'air chaud, montant à la partie supérieure, l'ouverture des trappes provoque l'ascension d'une colonne d'air frais promptemenl renouvelé, si la toiture est échauffée par le soleil.
Dispositions REQUISES pour un local affecté temporairement a la magnanerie. — Dans l'état actuel de la sériciculture, on ne saurait se lancer dans des installations coûteuses. Les grandes chambrées se font du reste de plus en plus rares en France pour faire place aux petites éducations qui peuvent encore se multiplier et seules donner quelque
profit. Pasteur préconisait déjà les petites chambrées, et Maillot insiste à son tour sur ce point.
Pour élever 1 ou 2 onces de vers à soie ou toute autre
Fig. 29. — Magnanerie des Cévennes.
quantité minime, il n'est point nécessaire d'avoir un local consacré uniquement à cet usage. Une salle de la ferme, de l'habitation ordinairement spacieuse au village ou à la
campagne, pourra être parfaitement aménagée en petite magnanerie.
Rappelons les conditions essentielles que ce local devra réunir.
Comme dimensions, pour 1 once de graines de 25 grammes, la salle doit avoir une capacité de 90 à 100 mètres cubes, soit, par exemple : 6 mètres de longueur, 5 de largeur et 3™,30 de hauteur.
On calculera d'après ces données les dimensions nécessaires en proportionnant toutes choses à la quantité de vers élevés.
Tout local devra être pourvu d'une cheminée tirant bien, d'une porte et d'un nombre de fenêtres permettant une bonne aération.
Tant que les vers sont jeunes, ils occupent un espace restreint; il est facile de leur assurer une aération convenable. Lorsque, pendant les premiers âges, le chauffage par les cheminées est insuffisant ou trop onéreux, on peut recourir à un poêle en ayant soin d'aérer davantage. Dès que les vers ont franchi la troisième mue, ils occupent plus d'espace. Pour activer l'aération, le poêle sera supprimé, et on usera de la cheminée comme moyen de chauffage, si la température l'exige, ou uniquement pour y faire de fréquentes flambées. La porte et une fenêtre seront constamment ouvertes et munies de toiles canevas formant rideau ou simplement d'une claie en roseaux pour tamiser l'air et empêcher l'entrée dans la magnanerie de rats ou oiseaux qui mangeraient les vers. Il faut éviter que les rayons du soleil frappent directement sur les claies.
MatérieL
Lorsqu'on dispose du local, il y a lieu de se procurerle matériel qui doit supporter les vers, pour qu'ils aient assez d'espace pour manger, se mouvoir et accomplir leur croissance. On emploie généralement à cet
effet des claies {canis ou canisses) formées de roseaux refendus et assemblés. Des poteaux fixés au plafond et au plancher, reliés à intervalles égaux par des traverses, supportent ces claies disposées en étagères. La distance à observer entre elles dans le sens vertical doit être de 50 à 60 centimètres. Comme largeur, si elles sont placées contre le mur, elles ne doivent pas avoir plus de 0™,70 à 0™,80, de façon à ce que la main de l'éducateur puisse en atteindre facilement toutes les parties.
Dans notre salle de 6 mètres de longueur sur 5 de large et 3™, 30 de hauteur, on peut disposer trois séries d'échaffaudage dans le sens de la longueur. Contre le mur de gauche, cinq rangs de canisses larges de 0™,75 : le rang le plus bas à 0™,70 du sol, de façon à pouvoir manœuvrer sans trop se baisser, le plus haut à 0™,60 du plafond. Nous laissons un passage de 1 mètre de largeur, et nous disposons au milieu de la pièce un échaffau- (lage de 4 mètres de longeur et de l°^,bO de largeur, comprenant cinq rangs de canisses doubles. Nous laissons encore un intervalle de 1 mètre et, contre le mur de droite, est établi un échaffaudage semblable à celui de gauche. Cet agencement facilite le passage des ouvrières autour des claies et laisse aux vers le plus de surface possible, tout en leur assurant de bonnes conditions hygiéniques.
En supposant que l'emplacement de la cheminée, de la porte et des fenêtres absorbe 4 mètres de façade, la surface des claies se décomposera comme suit :
Pour l'échaffaudage du milieu, cinq fois 4 mètres de longueur sur 1™,50 de largeur = 30 mètres carrés.
Pour les échaffaudages contre les murs, cinq fois 8 mètres de longueur sur O^jTb de largeur = 30 mètres carrés.
Soit ensemble 60 mètres carrés, surface permettant d'élever 1 once de 25 grammes. Le sol reste libre, et.
au moment de la montée, il pourra être utilisé en y plaçant des claies qui recevront les vers retardataires. Sur toutes les claies, on étend, avant d'y porter les vei*s.
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Fig. 30. — Papier à déliter vraie grandeur pour le premier et le dernier âge.
des feuilles de papier propre, qui seront renouvelées à chaque délitage.
Pour déliter et espacer le^ vers, il est corn modo de fairo usage de fil ois ou de papiers spéciaux percés ré;.rulièrement de trous ronds, dont le diamètre varie avec la taille des vers (fig. 33 .
P. Vi"ir . — Sériciculture. 1 1
iS2 DE L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
Enfin on a à préparer, pour qu'il soit sec au moment de la montée, le bois nécessaire à la construction des cabanes (bruyère, genêts, menues branches quelconques).
Autres dispositions. — L'élevage sur claies est généralement adopté en France ; mais d'autres dispositions permettent aussi d'élever les vers dans un espace restreint.
En Syrie, les claies sont remplacées par des plateaux d'argile, ordinairement ronds, disposés en colonnes. A partir du troisième âge, on apporte les rameaux de mûriers garnis de leurs feuilles sur ces plateaux. Dès que la feuille est consommée, on apporte de nouveaux rameaux, et, lorsque le ver est arrivé à maturité, cet amas de branchages secs lui offre un lieu propice à la confection du cocon. Il y a dans ce système une économie de mâîh-d'œu'Vre pour la cueillette de la feuille, les délitages et l'encabanage. Mais la perte des vers est considérable ; pendant toute la durée de l'éducation, beaucoup ne montent pas sur les rameaux supérieurs. Ce procédé permet également d'élever un très grand nombre de vers dans un espace restreint; mais l'aération est insuffisante.
Tous ces défauts expliquent les faibles rendements obtenus dans ces régions.
En Perse, des hangars sommaires appelés tilimbar sont construits au milieu des champs de mûriers. La toiture <est en feuilles sèches, ou en paille, et le plancher est formé par un treillage grossier de branchages sur lequel on porte des rameaux de mûriers garnis de vers après la deuxième mue. Au-dessus de ce treillage, des traverses assez solides pour supporter le poids d'un homme permettent de circuler et distribuer aux vers des rameaux fraîchement cueillis. Les vers font leurs cocons dans cet amas de branchages et dans la toiture. Les inconvénients sont comme dans le cas précédent : perte de vers et manque d'aération.
Système Cavallo. — Le système Cavallo (fig. 31) a pour bttt d'obvier aux inconvénients précédents. 11 est formé
par des montants disposés verticalement de façon à limiter un espace rectangulaire. Ces montants portent, de 12 en 12 centimètres, des clous plantés obliquement. Des cannes ou des lattes de bois sont appuyées sur ces clous d'un poteau à l'autre, parallèlement au sol, et forment ainsi un support horizontal destiné à recevoir les rameaux garnis de vers. Ces supports doivent être
Fig. 31. — Système Gavallo (Verson et Quajat).
distants de 48 centimètres au moins, ce qui laisse entre chacun trois clous inoccupés. On continue de distribuer des rameaux frais jusqu'à ce que Tamas de ces bmnches atteigne l'épaisseur de 12 centimètres, c'est-à-dire soit arrivé au niveau des clous immédiatement au-dessus. Sur ceux-ci on pose des lattes qui forment un nouveau support. Des rameaux fraîchement cueillis y sont dé(H)sés ; les vers, attirés par la nouvelle feuille, abandonnent l'étage inférieur, que l'on peut démontrer afin d'enlever les branchages. On répète cette manœuvre toutes les
18i DE L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
fois qu'elle devient nécessaire et jusqu'à la (in de l'éducation.
Autres systèmes, — Plusieurs autres systèmes permettent d'élever les vers aux rameaux, tels celui de Pasqualis^ dit à chevalets à cause de sa forme, celui de Bonoris et d'autres. Tous ont l'inconvénient d'exiger la taille annuelle des mûriers, qui affaiblit l'arbre et abrège la durée de sa vie. De plus, dans nos régions, cette feuille n'est pas saine pour les vers. Pasteur dit, en effet : « La « feuille de mûrier taillé peut faire périr les vers au pied « de la bruyère. » Les rameaux sont encombrants pour le transport. La feuille s'y flétrit plus vite que détachée ; on ne peut en faire de provision et, en cas de pluie, se trouver à court.
Une disposition spéciale employée, paraît-il, dans les Pyrénées, consiste à se servir de claies dont le fond est en toile métallique à mailles assez larges pour permettre le passage des vers. Quand la litière devient abondante^ on place au-dessus de la claie occupée par les vers une nouvelle claie semblable, garnie de feuilles fraîches sur lesquelles montent les vei^ en passant par les mailles de la toile métallique. On enlève alors la claie inférieure^ qui ne contient plus que les litières et quelques vers faibles.
Cette manière d'opérer est en quelque sorte l'imitation du système Cavalo avec l'élevage sur claies et feuilles détachées. 11 supprime les manipulations du délitage.
Éclairage de la magnanerie. — La lumière paraît être indifférente aux vers. 11 est bon de les abriter contre les rayons directs du soleil. Des expériences récentes ont été tentées pour augmenter la sécrétion des glandes soyeuses en plaçant les vers sous des verres de couleurs différentes; mais, à notre connaissance, rien n'a été sérieusement établi.
A plus forte raison, no as devons reléguer dans le domaine de la fantaisie les conclusions de certains
LOCAL ET MATÉRIEL. i85
auteurs qui prétendent que les couleurs de la lumière ont des influences diverses sur la détermination des sexes.
Désinfection des locaux et du matériel.
Nous avons vu qu il était impossible de guérir les maladies des vers à soie; il faut donc les prévenir en empêchant les germes qui les produisent d'atteindre les vers. Il n'est pas rare, même dans une éducation très bien réussie, que quelques sujets aient péri de pébrine, de flacherie ou de muscardine. Us sont restés inaperçus, vu leur nombre restreint, mais contenaient des corpuscules, des ferments, des vibrions ou des spores de botrytis, qui, mélangés aux poussières, recouvrent les murs, le sol, les claies, les montants, etc.
L'année suivante, le même matériel étant employé, ces germes, sauf peut-être les corpuscules, vont contaminer les jeunes vers. Il faut donc, avant de commencer l'éducation, détruire ces germes, c'est-à-dire désinfecter la magnanerie et le matériel.
Pour cela, il faut laver soigneusement le plafond, les murs, le sol et les moindres recoins de la magnanerie avec une solution de sulfate de cuivré, ou de chlore ou de toute autre substance désinfectante. Le sublimé corrosif, à la dose de 1 p. 100, a une action très efficace; mais cette matière est assez dangereuse; il n'est pas facile de s'en procurer à la campagne. 11 est bon aussi de blanchir au lait de chaux additionné de sulfate de cuivre le plafond et les murs.
En même temps tout le matériel, claies, montants, traverses, etc., est placé pendant vingt-quatre heures dans un bain de sulfate de cuivre. Si on ne dispose pas d'un réservoir assez grand pour cela, il suffit de tout sulfater fortement à l'aide d'un pinceau ou d'un pulvérisateur employé pour les vignes.
Les ferments et vibrions de la flacherie sont ainsi détruits, mais les spores du botrytis peuvent avoir résisté. Pour les détruire, on aura recoui^ aux vapeurs d'acide sulfureux.
Tout le matériel étant introduit et installé dans la magnanerie, les fenêtres hermétiquement fermées, avec des bandes de papier collées sur tous les joints, la cheminée soigneusement bouchée, on place dans un récipient quelconque autant de fois 30 grammes de soufre que le local contient de mètres cubes.
Après avoir allumé le soufre, il faut sortir rapidement pour ne pas être incommodé par les vapeurs d'acide sulfureux et refermer la porte en employant la même précaution que pour les fenêtres, si elle ne ferme pas hermétiquement.
V^ingt-quatre heures, ou mieux quarante-huit heures après, la porte et les fenêtres seront ouvertes, la cheminée débouchée, et il conviendra de faire une flambée et d'aérer pour faire disparaître les vapeurs sulfureuses.
Si toutes ces opérations très simples ont été faites avec soin, la contagion ne sera plus à redouter; du moins elle ne proviendra pas du local, ni du matériel.
Ces précautions, pourtant si faciles à prendre, ne sont pas toujours observées par les magnaniers, qui voient leurs éducations décimées par des cas de flacherie ou de muscardine provenant des germes de l'année précédente.
Comme exemple, nous pouvons citer le cas, rencontré cette année même, d'une éducation de 45 grammes faite dans le Gard et qui paraissait superbement réussie. Les vers, tous vigoureux et réguliers, étaient sur la bruyère. Cependant, sur six claies, les vers furent subitement atteints de la muscardine, et le reste de l'éducation donna des cocons muscardinés dans la proportion de 20 p. 100. L'éducateur avait bien désinfecté son local et son matériel^ mais avait emprunté au dernier moment, chez un voisin, six claies non désinfectées. Voilà donc, au moment de la