LA GRAINE
récolte, après beaucoup de travail et toutes les dépenses faites, une perte de plus de 100 francs, pour avoir négligé une opération qui n'aurait pas coûté plus de 2 francs, main-d'œuvre comprise !
m. — LA GRAINE.
Achat de la gilvine. — La graine est le point de départ de l'éducation. Avec une mauvaise graine, tous les soins sont inutiles. Impossible d'arriver à un bon résultat.
Nous exposerons, dans la cinquième partie de cet ouvrage, les méthodes à suivre pour obtenir une bonne graine. Nous verrons que, dans la généralité des cas, l'éducateur n'a pas intérêt à produire sa semence ; il ne peut faire les choix, sélections et croisements que fait le graineur qui a à sa disposition un grand nombre d'éducations suivies attentivement et plusieurs races dont il connaît les qualités et les défauts. Le magna nier doit donc se procurer la graine qui lui est nécessaire et s'adresser pour cela à un graineur sérieux et consciencieux. Aucun commerce ne donne lieu à la fraude et aux tromperies comme celui des graines de vers à soie. Il n'est pas rare de voir des individus peu scrupuleux, s'afTublant du titre de graineur, acheter des cocons quelconques, même de rebut, et en fabriquer des graines. Le moment venu, ils mettent ces graines dans de belles boites bien étiquetées et les vendent à bas prix aux éducateurs assez sots pour les leur acheter. Le plus souvent, il y a échec, et l'exploiteur ira l'année suivante faire son trafic dans une autre région.
Chose vraiment étonnante, aloi-s que l'agriculteur est aujourd'hui à l'abri des fraudes sur les engrais et sur les semences, grâce aux dispositions prises par le législateur, le sériciculteur n'a aucun moyen de recourir contre le négociant peu scrupuleux qui lui a livré de mauvaises
graines. M. Moziconnacci, le distingué professeur d'Alais, a souvent appelé l'attention des pouvoirs publics sur cet état de choses. La société des agriculteurs de France, de nombreuses sociétés d'agriculture et plusieurs syndicats agricoles ont souvent émis des veux en faveur du contrôle des graines de vers à soie. Rien jusqu'ici n'a été fait. •
Nous reconnaissons que ce contrôle est difficile. Des œufs parfaitement sains au point de vue de la pébrine peuvent ne pas donner de bons résultats, tandis que d'autres œufs corpusculeux à i et même 2 p. . 100 fourniront une éducation très satisfaisante et de bons cocons pour la filature (1). Sans entrer dans la voie, un peu excessive, préconisée il y a quelques années par M. Moziconnacci et qui tendrait à laisser le monopole de la production des graines de vers à soie à l'État, nous estimons que tous les graineurs consciencieux se soumettraient sans hésiter au contrôle sérieux d'une station séricicole organisée à cet effet (2). Le seul fait d'accepter le contrôle donnerait à ces industriels un prestige que n'auraient pas ceux qui refuseraient de s'y soumettre.
Quoi qu'il en soit, et en attendant qu'un moyen efficace de réprimer la fraude soit établi, les éducateurs devront s'adresser à des maisons de grainage dont les
(1) La station séricicole de Montpellier annexée à VEcole nationale d'agriculture se charge de contrôler les graines au point de vue de la pébrine ; mais, comme nous le disons, une graine non corpusculeuse peut donner de mauvais résultats, et aucun indice ne permet de le prévoir. Ce n'est que par i 'élevage d'un échantillon qu'on pourrait apprécier la bonté réelle de li graine. Si un tel contrôle devenait possible, les magnaniers auraient moins à redouter la fraude.
(2) Une station d'essai des graines de vers à soie pourrait élre établie et fonctionner comme la station d'essai de semences organisée à Paris à VInstitut national agronomique, sous la direction de M. Schribaux. Les maisons importantes de graines pour semences se sont soumises à ce contrôle, qui donne toutes garanties aux agriculteurs.
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produits auront été reconnus bons par eux-mêmes ou par leurs voisins. Us ne devront pas se laisser attirer seulement par des affiches à grande réclame, le luxe des boites, ni considérer le prix réduit comme une économie.
Le prix des bonnes graines en France est actuellement de 8 à 10 francs l'once de 30 et même 33 grammes. Si on obtient avec des graines de ce prix 60 à 70 kilogrammes de cocons, tandis qu'avec la même quantité payée 4 ou 5 francs on ne récolte que 20 à 30 kilogrammes, et même rien du tout, toutes autres dépenses restant d'ailleurs les mêmes, une économie de 5 francs aura été cause d'une perte de 100 à 200 francs.
Pour des raisons analogues, l'éducateur ne doit pas conserver aveuglément des cocons de sa propre éducation et les faire grainer dans le seul but d'économiser l'achat de la graine l'année suivante.
Époque a laquelle il convient de se procurer la graine. — Toutes les fois que les circonstances le permettront, et c'est le cas pour toutes les régions séricicoles de la France, les éducateurs feront bien de se procurer la graine quelques jours seulement avant l'époque de la mise en incubation. Us auront pris par avance, bien entendu, la précaution de s'adresser à un graineur ou à son représentant pour retenir la quantité qu'ils désirent. La graine, pendant la période hivernale, a des exigences au point de vue de l'aération et de la température, auxquelles ne pourrait se conformer le petit magnanier.
Au moment de la réception, il faut tenir compte que la graine sort d'une température de 6 à 8° C, où le graineur l'avait maintenue après l'hivernation. La graine a été logée pour le transport dans des petites boîtes en carton ; l'éducateur doit immédiatement la sortir et l'étendre en couches de faible épaisseur dans des boites plus grandes, la transporter dans un local suffisamment aéré, exposé o 1 nord de préférence, afin que la température y soit
constante et de 10 à i2o environ. La graine sera maintenue dans ces conditions jusqu'à la mise en incubation.