ACIDE CYANIQUE
L’acide cyanique C'’AzHO* ou C'AzO, HO, a été observé pour la première fois par Vauquelin en 1818 et il a été étudié surtout par Vœhler (Ann. d. phys. de Gilb., T. LXXI, p. 95), par Liebig (Ann. der chem. u. pharm. T.XV, p. 561 et619) et enfin parces deux savants réunis (Ann. Poggend., T. XX, p.369). |
Préparation. — Wæhler et Liebig ont obtenu l'acide cyanique en distillant dans une petite cornue l'acide cyanurique (C*’AzHO*)* polymère de l'acide cyanique, et en recueillant les produits de la distillation dansunmatras entouré d’un mélange réfrigérant.
On peut encore préparerl’acide cyanique en décomposant l’urée par l'acide phosphorique.
Si l’on cherche à décomposer un cyanate par un acide concentré, il se produit un dégagement d'acide carbonique possédant une odeur vive et pénétrante, due à une petite proportion d'acide cyanique, mais il est impossible d'isoler ce corps.
Propriétés. — L'acide cyanique ne peut être conservé du
reste, même à la température de 0e, grâce à la facilité avec laquelle il se polymérise. C’est un liquide incolore, très fluide, doué d’une odeurirritante, quirappellecellede l’acide acétique concentré. Sa vapeur irrite fortement les yeux. Une goutte déposée sur la peau cause une vive douleur, accompagnée de la formation d’une ampoule blanche, analogue à celle que produit une substance vésicante. Il se dissout dans l’eau, puis se décompose rapidement en acide carbonique etammoniaque.
C? Az HO? + H*0?—C'O*—+ Az H°
La densité de vapeur de l’acide cyanique est de 1,50. Le coefficient dedilatation de l’acide cyanique liquide croîttrès rapidement quand la température s'élève, comm? celuides liquides très volatils.
Il est 0,00033 de — 20°à — 14°; 0,00070 de — 200à — 3°, enfin 0,00084de — 3° à 0° (Troost et Hautefeuille). Ala température ordinaire, ilse transforme en son polymère la cyamélide. Dans cette transformation À volume d'acide cyanique dégage 410 calories, soit 1763 calories par équivalent (Troost et Hautefeuille).
On obtient d’après Woehler une combinaison d’acide chlorhydrique et d’acide cyanique C*’AzHO*,HCI (Ann. der chem. u. pharm.t. XLV, p. 851), en faisant passer sur du cyanate de potasse un courant de gaz acide chlorhydrique bien sec. |
Cette combinaison est liauide,incolore,fume à l’air et est douée d'une odeur très forte qui participe de l’acide cyaniqueetdel’acidechlorhydrique.L'eaula décompose vivement avec dégagement d’acide carbonique. Chauffée seule, elle se convertit en acide chlorhydrique et cyamélide. À 0”, elle se conserve sans altération dans un tube scellé à la lampe,
mais, à la température ordinaire, elle se concrète peu à Moissan, 12
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‘peu en une masse cristalline composée d'un mélange de ‘cyamélide et de sel ammoniac, tandis que l'acide chlorhy- “drique et l’acide carbonique se dégagent et se compriment
presque au point de se condenser.
Polymères del'acide cyanique.—Nous avons déjà vu que le cyanogène pouvait dans certaines conditions se polyméri- ‘ser et fournir un nouveau composé le paracyanogène, que l'acide cyanhydrique nous a donné un acide polycyanhydrique ; nous obtiendrons de même des polymères de l’acide cyanique. Cette tendance à la polymérisation se présente constamment dans la série du cyanogène et en complique considérablement l'étude.
L’acide cyanique pourra nous donner deux polymères, l’un soluble dans l’eau, l’acide cyanurique (C'AzHO®), résultant d’une triple condeusation moléculaire, l’autre insoluble dans les dissolvants : la cyamélide.
La transformation de l’acide cyanique en ses polymères a été étudiée par MM. Troost et Hautefeuille. Ce changement s’accomplit, ainsi que nous l’avons vu plus haut, très rapidement à la température ordinaire. Dès que l’on retire le matras renfermant l’acide cyanique limpide du mélange réfrigérant qui l’entoure, le corps liquide fait entendre une série d'explosions, en se changeant, avec dégagement de chaleur, de lumière et diminution de volume, en un produit solide, blanc, qui est la cyamélide ou acide cyanurique insoluble. Ce changement s’accom plit à l’abri de l’air et de l'humidité. Inversement si l’on chauffe la cyamélide, elle fournira de l'acide cyanique.
À la température de 0° cette transformation est très lente d’après MM. Troost et Hautefeuille, mais cependant elle finit par devenir complète. Ces savants ont démontré qu’elle s'accélère par une élévation de température, mais qu’à
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partir d’un certain point elle cesse d’être totale et qu'il s’établit une tension de transformation limite, diffé rente de la tension physique de la vapeur pour la même température.
La nature du polymère produit varie suivant la température : au-dessous de 150° il se forme de la cyamélide, audessus de 150° on voit se déposer des cristaux transparents et solubles dans l’eau d’acide cyanurique ordinaire.
Les tensions de transformation mesurées par MM. Troost et Hautefeuille sont résumées dans le tableau suivant.
Elles montrent que les tensions du gaz cvanique émis, soit par la cyamélide, soit par l’acide cyanurique, croissent avec la température, et que la transformation s'arrête dès que le gaz cyanique exerce sur son isomère une pression déterminée pour chaque température.