GÉNÉRALITÉS
L'étude de la série cyanique est une des plus instructives que puisse nous offrir la chimie. Bien que cette série ne soit en rien comparable aux autres et qu’elle ne nous présente pas l’ampleur que nous rencontrons dans une série analogue à celle des carbures ou des alcools, la difficulté du sujet, la marche même suivie dans la suite des découvertes, nous permet mieux de juger la somme énorme de travail qui a été nécessaire, pour arriver à étudier, classer et obtenir synthétiquement les nombreux composés qu’elle renferme. Tandis qu’une synthèse générale, que des méthodes de préparation peu nombreuses, peuvent éclairer tout à coup l’étude d’une série de corps comme les éthers ou les alcools, nous ne rencontrons rien de semblable dans la série du cyanogène. C’est par un ensemble de travaux nombreux, continus, quelques-uns signés des plus grands noms de la science, que l’on arrive à coordonner et à expliquer les faits acquis antérieurement et mal interprétés.
Et cependant, au point de vue philosophique, peu de cha-
pitres de la chimie peuvent offrir un aussi bel exemple de
CRE la marche et de la ténacité de l’esprit humain dans les
sciences expérimentales.
Aujourd’hui, nous partons, dans cette étude, d’un corps composé jouant le rôle d’un corps simple, et par une suite de combinaisons, de polymérisation ou d’isomérie, nous arrivons aux produits dont l’édifice chimique est des plus compliqués, aux corps fournis par les phénomènes de la vie. Et nous devons ajouter que ces composés, dont quelques-uns sont connus depuis peu de temps, ont été pour la plupart obtenvs synthétiquement dans le laboratoire. Nous ferons remarquer à ce sujetque cette série du cyanogène nous présente justement une des premières synthèses organiques qui, comme l’a si bien fait remarquer M. Berthelot, « en raison même de la nature des corps sur lesquels elle porte, est demeurée isolée et sans fécondité ». (Berthelot, La synthèse chimique, Germer-Baillière, Paris,
Nous n'avons pas la prétention dans cette thèse de traiter d’une façon complète l'étude de la série du cyanogène. Une semblable tâche était au-dessus de nos forces, vu le grand nombre de mémoires publiés sur ce sujet. (Notre bibliographie que nous avons cherché à rendre aussi exacte que possible comporte environ 1,500 mémoires.)
Dans une première partie nous avons donné avec détails le cyanogène, l'acide cyanhydrique, les cyanures,
l’acide cyanique, les cyanates et, en général, tout ce qu’au-
trefois on regardait comme appartenant plus particulière ment à la chimie minérale. Nous avons traité plus rapidement ce qui touchait à la chimie organique, tels que les cyanamides, les urées, les uréides et les produits qui s’y
rattachent.
Dans une deuxième partie, nous avons résumé les recherches, le dosage et l'emploi pharmaceutique des prin-
cipaux composés de la série cyanique.
Enfin, nous avons consacré un appendice à la descrip- ,
tion des chromocyanures, composés qne nous étions occupés à étudier au moment où le concours s’est ouvert à l’E-
cole.
https://archive.org/details/IA41542312 0022