‹ Sermon donné à l'Assomption, le 14 juin 1893 [microforme]Chapitre 3 sur 3 · ÉT · texte numérisé non relu

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une magistrature, une paternité et presque un sacerdoce. Rien n'est plus vrai.

Elle est une magistrature, et de toutes les magistratures la plus haute et la plus noble. Il ne s’agit pas uniquement ici de connaître la lettre de la loi, d’en posséder l'esprit, d'en interpréter le sens véritable, de l’appliquer avec justice et prudence ; il ne s’agit pas de juger les coupables et de les condamner, sans pouvoir trop souvent empêcher le mal social de poursuivre son cours ; plus loin s'étend l'influence de l'instituteur, plus élevé encore est son but. Il enseigne à l'enfant et au jeune homme la voie de la vertu, va découvrir jusque dans leur conscience, la première pensée du vice, l’étoufte à son germe, prévient la déchéance en éclairant leurs jeunes intelligences et en fixant la légèreté de leur âge dans la pratique du bien.

C'est une paternité ; l’instituteur, dépositaire de l'autorité de Dieu, est associé à l’action du père et de la mère, en ce qu'elle a de plus glorieux et de plus divin ; l'élévation des âmes, c’est-à-dire de l’esprit, des pensées, des aspirations et des sentiments. Aussi l’a-t-on appelé : Pater spiritum (1). Voyez-le auprès de l'enfant, brisant son caractère, corrigeant ses défauts, règlant son imagination, réprimant ses passions, redressant et dirigeant sa volonté, développant son intelligence, mürissant son jugement, ornant son esprit d’une foule de connaissances utiles, le préparant enfin, de longue main, aux luttes de la vie et à l’accomplissement des graves obligations de l’époux, du père et du citoyen.

(1) V. Dupanlouy.

ss 15,

Ce que ce jeune homme sera plus-tard, dans l'Eglise ou dans la société, il le devra donc, en grande partie, aux maitres dévoués qui dirigèrent ses premiers pas dans la vie, ouvrirent son âme aux rayons de la science, aux pensées fortes, aux enthousiasmes généreux, aux aspirations légitimes d’un avenir fécond, à l'amour éclairé, solide, désintéressé de la vérité et du devoir. Aussi, Alexandre le Grand se plaisait à dire que ‘“ s’il devait à Philippe de vivre, il “ devait à Aristote de vivre honorablement, ”

Enfin, l’œuvre de l'éducation se rapproche du sacerdoce en ce sens qu'elle pénètre au plus intime de l’âme de l'enfant, chose sacrée par excellence, y verse, en même temps que les connaissances humaines,les sublimes enseignements de la foi, forme sa conscience, l’instruit de ses devoirs et la dirige vers ses destinées éterneiles.

On comprend dès lors l'influence considérable que cette œuvre exerce dans le monde. En préparant ainsi pour l'avenir chaque nouvelle génération, en lui inspirant les vertus domestiques et sociales, “ elle assure la grandeur ‘“ des peuples, maintient leur splendeur, prévient leur déca- ‘“ dence, et, au besoin. les relève de leur chute. ” L'histoire de soixante siècles est là pour appuyer et illustrer cette vérité indéniable.

Eh ! bien, Mes Frères, dans cette grande œuvre de l’éducation, œuvre à la fois nationale et religieuse, le sacerdoce catholique, peut, à bon droit, réclamer sa large part de zèle et de dévoûment. Le voyez-vous, en effet, dès les premiers jours de l'Eglise, aux pieds des chaires encore paiennes, surprenant les secrets de l’art antique, pour les dévoiler, après les avoir purifiés et perfectionnés ? Le voyez-vous,

quelques siècles plus tard, gardant au monde, envahi: par la barbarie, les richesses accumulées dans les bibliothèques, copiant et annotant au fond des cloîtres, les principaux ouvrages littéraires, historiques et philosophiques des âges passés, transmettant dans leur intégrité, les traditions de la science profane et de la science sacrée ? Le voyezvous travaillant sans relâche à ouvrir à l'esprit humain des horizons de plus en plus larges, assurant d’une manière décisive, la gratuité et la liberté de l’enseignement ? Le voyez-vous, enfin, donnant à la vérité les interprètes les plus autorisés par leurs talents et leur vaste érudition, établissant des ordres enseignants, pour les fils du peuple comme pour les fils des rois, érigeant, disciplinant, enrichissant les universités et les collègvs, fondant partout des écoles pour répandre l'instruction primaire dans tous les rangs de la société, et satisfaire ainsi les légitimes aspirations des classes pauvres et ouvrières ?

Nous pouvons donc affirmer que le sacerdoce a été, de tout temps, le dépositaire, le gardien et le dispensateur fidèle de la science à tous ses degrés ; il l’a cultivé avec succès, protégée avec un soin jaloux, défendue avec éncrgie, répandue dans le monde avec libéralité. Grâce à ce zèle infatigable, l'Europe a marché vers une civilisation de plus en plus forte, et cela en dépit de l'invasion des barbares, de la fureur des musulmans, de guerres séculaires et de révolutions sans cesse renaissantes. Un historien protestant et un homme d'Etat célèbre (1), a tracé, dans ses cours à la Sorbonne, cette action civilisatrice de l'Eglise,

( | ) Guizot,

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et montré comment les Papes, par leurs lois disciplinaires relatives à l'éducation, comment les évêques, en organisant l’enseignement dans leurs diocèses, comment les couvents, en donnant asile aux savants et aux lettrés, et en maintenant seuls, au milieu du chaos inévitable des grandes invasions, le flanbeau de la science, à l'abri de leurs cloîtres et de leurs maîtrises, ont fait de l'Eglise la grande éducatrice des peuples et la mère féconde de la civilisation moderne.

Mes Frères, notre jeune pays a trop largement bénéficié de cette action salutaire du sacerdoce catholique en matière d'éducation, pour ne pas exprimer ici que nous savons la reconnaitre et l’apprécier.

À qui, devous-nous, en grande partie du moins, la conservation de notre langue, la liberté de notre enseignement, le développement d’un système scolaire qui, pour ne pas être parfait peut-être, donne satisfaction à tant de points de vue, et a déjà produit les plus heureux résultats ? Au sacerdoce.

Qui a ouvert ces nombreuses écoles primaires, où l’on initie l'enfant à tout ce qui peut faire de lui plus tard un honnête citoyen, un homme utile, un chrétien courageux dans l’expression de sa foi et l'accomplissement de son devoir ? Le sacerdoce.

Qui a fondé et dirigé ces collèges classiques, d’où sont sortis tant de gloires nationales, tant d’évêques distingués, de prêtres zélés, de législateurs célèbres, d’historiens de renom, d'écrivains et de journalistes remarquables ? Le sacerdoce.

Qui a élevé ces universités dont l'étranger admire non seulement les gigantesques édifices, les précieux musées et

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les riches bibliothèques, mais aussi le zèle, la sagesse et la science et dont il reconnait le prestige et la bienfaisante influence ? Le sacerdoce, toujours le sacerdoce.

O notre Alma Mater, qu’il nous soit permis, en ce moment, de tourner plus spécialement nos regards vers toi, et de te féliciter publiquement de l’œuvre admirable que tu as accomplie Dieu sait au prix de quel dévouement !

Depuis plus d'un demi-siècle, tu travailles pour l'Eglise et pour la société. Tu as préparé au sacerdoce, aux carrières libérales, à l’agriculture, au commerce et à l’industrie, une longue suite de générations, aujourd’hui ta joie et ta légitime récompense.

Eh ! bien, regarde, ces générations se sont levées à ton appel ; elles sont accourues, de tous les coins du Canada et des Etats-Unis, pour te faire une immense couronne de gloire. Regarde, réunies sous les voûtes de ce temple, elles chantent en même temps que le jubilé d’or de ton premier-né dans le sacerdoce, le soixantième anniversaire de ta fondation. Regarde, elles te remercient de tes travaux, de tes fatigues et de tes sacrifices. Elles te bénissent de les avoir faites ce qu'elles sont : des générations fortes et vaillantes, utiles à la patrie dont elles servent les intérêts à tous les degrés de l'échelle s0ciale, utiles à l'Eglise qu’elles ont appris, sur tes genoux, à aimer et à respecter, utiles aux pays étrangers témoins de la fermeté de leur foi ou de la générosité de leur zèle apostolique, utiles aux missions lointaines ouvertes par elles, arrosées de leurs sueurs et de leur sang.

Mes Frères, je n'ai fait qu'esquisser à grands traits le

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dévoüment du prêtre dans le ministère des âmes et dans l'œuvre de l'éducation. Je laisse à vos cœurs reconnaissants le soin de compléter le tableau par les données de l’histoire comme par celles de votre expérience personnelle.

Une grande et salutaire lecon découle de tout ce que nous avons dit de la dignité et de la vie du sacerdoce : nous devons le respecter, lui obéir, l'aimer, le défendre.

Nous devons le respecter, dans nos actes privés et publics, parce qu’il n’est sur la terre que la continuation du divin sacerdoce de Jésus-Christ.

Nous devons lui obéir, parce qu'il est le dépositaire de sa suprême autorité sur les âmes, l'organe infaillible de la vérité, le guide assuré des consciences, le véritable protecteur des familles et des sociétés.

Nous devons l'aimer d'un amour sincère, profond, constant, parce que depuis dix-huit siècles, il ne vit que pour nous, se dépense et s’immole pour nous.

Nous devons, enfin, le défendre, aux heures de la lutte, quand il est attaqué, calomnié et bafoué, souflleté par des mains sacrilèces. Oh ! alors, ayons le courage de traverser la foule de ses insulteurs et de ses bourreaux, à l’exemple de Véronique, de nous approcher de lui et d’essuyer avec respect son visage meurtri et couvert de crachats ; ne craignons pas de revendiquer ses droits méconnus et de proclamer hautement la divinité de sa mission, la légitimité de ses pouvoirs, la suprématie de son autorité, la prudence et la sagesse de sa direction.

Monseigneur, vous possédez dans sa plénitude, ce sacerdoce dont nous avons rappelé les angustes prérogatives et

les bienfaits incalculables, vous en êtes le générateur et le chef, à vous donc de bénir aujourd'hui ses ministres et ses coopérateurs.

Bénissez le prêtre vénérable qui a toujours combattu les bons combats et consacré au service des âmes une carrière longue et irréprochable. Bénissez ce collège, en tout temps fidèle à sa délicate mission et inébranlable dans l’accomplissement de ses devoirs multiples.Bénissez ce clergé qu'il vous a donné pour partager les travaux, les fatigues, les dévouements de votre épiscopat. Bénissez ces laïcs sans nombre que l'appel de Dieu a distribués dans tous les rangs de la société, pour en être les soutiens, les défenseurs et la gloire. Bénissez ces bienfaiteurs et ces amis de notre maison, qu'il est si consolant de voir au milieu de nous, en ces belles fétes de famille. Bénissez chacun des membres de cette assemblée, afin que tous nous continuions à marcher dans les mémes sentiers, à accomplir les mêmes œuvres, à servir la même cause, à poursuivre le même but : l’extention de plus en plus grande du règne de Dieu et de son Christ, règne commencé ici-bas dans les tribulations et les larmes, pour se consommer là-haut dans les allégresses d’un éternel triomphe et d’un repos sans fin.

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