IV. CoNSIDERATION
Réflexions des SS. PP. sur les exemples précédens.
Je ne sais s’il est permis de penser que Jésns- Christ ait usé de quelque réserve dans les rémissions qu’on vient de voir. Je ne puis croire que l’indulgence sortie de la propre bouche de ce grand pontife, de ce pontife tout-puissant dont le Sacerdoceest éternelet incomparable, qui ne succède à personne, à qui personne ne succéde ; de ce pontife miséricordieux et compatissant : je ne puis croire, encore un Coup, que son indulgence ait pu n’avoir pas été très-parfaite et saus aucune réserve de peines. Néanmoins ce pontife tout-puissant a pu faire ce qu’il a voulu ; et quoi qu’il en soit, je ne doute point que ceux à qui il a pardonné, sans leur imposer aucune peine, n’aient été dans la suite d’autant plus
rigoureux envers eux-mèmes pour mortifier leur corps et leur esprit, que le Sauveur les aura épargnés : mais de quelque manière qu’il faille entendre des indulgences dont l'effet a été si prompt, les saints pères ne veulent pas qu’on les tire à conséquence. Car Jésus-Christ, disentils, est le maître qui peut tout : les règles ordinaires auxquelles 1l a astreint ses ministres, ne sont pas pour lui. Il voit et met dans les cœurs des dispositions que nul autre que lui, je ne dis pas, n’y peut mettre, mais n’y peut voir quand elles y sont. Ce que nous apprennent ces exemples, c’est que Dieu peut tout d’un coup inspirer aux hommes la foi et la charité dans un si haut degré, qu’elles suffiraient pour obtenir en un moment la totale rémission et de ia coulpe et de la peine, ‘Telle est l’indulgence de Jésus, que nul que lui ne peut donner. Ne laissons pas de recevoir celle qu’il donne par son Eglise ; et servons-nous-en pour obtenir de Jésus-Christ, du moins, un commencement de cette haute disposition de l’amour de Dieu qui ferait en nous un parfait renouvellement.