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arracher cette terre aux mains des Barba.
res au cri de Vive Jésus et Vive Notre-Dame.
Et pourquoi aller chercher si loin des preuves de cette union intime entre la protection que nous apportait le Fils et la protection que nous promettait la Mère, lorsque le sol même que nous foulons en ce moment nous en fournit la démonstration la plus authentique ; car si à deux pas d'ici, près de la première habitation de M. de Champlain, dans une humble chapelle, le Sauveur des hommes se plut à s’immoler et à bénir ses premiers adorateurs, il était écrit que quelques années plus tard, ici même, c’est-àdire à l'endroit où le fondateur de Québec rendit de solennelles actions de grâces à l'Etoile bienfaisante de la mer qui l'avait si heureusement conduit au port, il était écrit qu'on verrait dans ce lien béni, s'élever un sanctuaire qui serait consacré à Marie que l’on établirait par là et pour toujours l’intrépide gardienne des droits sacrés de ses enfants de prédilection.
M. F,, c'est le deux centième anniversaire de cet événement que nous célébrons
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aujourd’hui. Ah! qu’olle dut être belle cette touchante cérémonie du mois de mai 1688 ! Monseigneur de Laval et Celui qu’il venait de choisir pour son successeur ne s’y trouvaient pas, retenus tous deux en France à cette époque, mais n'était-ce pas sous le soufle de leur inspiration que l'on rendait cet insigne hommage à la Reine des cieux! Au moins avaient-ils pour les représenter toute l'élite du clergé, de la noblesse ot de la population de ce pays ; et pendant qu'incliné avec respect le dépositaire de l'autorité royale plaçait avec émotion la pierre fondamentale de cet édifice, pendant que la foule agenouillée sur ces rives se consacrait d'esprit et de cœur à Marie, n'est-il pas vrai que l’on aurait pu voir cette Vierge. sainte planant dans toute sa majestueuse beauté audesaus de cette assemblée ; ct en piêtant une oreille attentive, l’on £ât pu entendre la voix des anges s’unissant à celle de Marie,répéter ces paroles, qui trouveraient là leur touchaute réalisation : ‘ Zé, sic in Sion firma!a sum et in civitate sunctificatà similiter requievi et in Jerusalem potestas
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mea.et radicavi in populo honorificato. Oui, c'est ainsi que j'affermis mon règne dans Sion : je vais trouver dé-ormais mon repos dans cette cité sainte, établir ma puissancé dans une Jérusalem nouvelle, c’est ainsi que je veaux prendre racine dans ce peuple que le Seigneur honore de son amitié.”
Quel engagement solennel ! quel pacte admirable !
Mais tout pacte implique des devoirs mutuels ot voilà pourquoi vous allez voir à partir de ce jour Marie prête à prendre les armes pour protéger ses nouveaux enfants chaque fois qu'ils se réfugieront sous son aile au moment du danger.
Regardez, M. F., ces bannières qui flottent sur les tourelles de ce tabernacle :
deux chiffres y sont écrits : 1690, 1711 ; à ces années mémorables se rattachent les titres glorieux qui furent successivement décernés à notre Mère par un peuple reconpaissant.
Au mois d'octobre 1690, un ennemi puissant assiégeait notre ville : sa flotte était Ià majestueuse et menaçante. Quel-
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ques heures encore et ces ennemis allaient peutêtre devenir nos vainqueurs. Où donc nos Pères vont ils trouver un appui ?
Dans leur mâle courage sans doute, mais disons-le sincèrement, dans leur courage rendu invincible par la protection de Marie. Qu'’'eussent-ils fait laissés à euxmêmes ? Mais pendant que le comte de Frentenac, sommé de capituler, s’écriait avec une légitime fierté en s'adressant à l'envoyé de Phipps : “ Allez dire à votre maître que je vais lui répondre par la bouche de mes canons,” nul doute que pendant ce temps-là, ces nobles accents trouvaient leur écho dans le ciel, et Marie l'intrépide guerrière répétait : ‘ Allez dire à ces hommes orgueilleux que moi aussi je vais leur répondre par la puissance de mon bras et leur prouver que ce n’est pas en vain que ces enfants m'ont choisie pour leur Protectrice et leur Mère.” Elle tint parole : l'ennemi fut défait ; on rendit partout à Dieu de solennelles actions de grâces et la population de Québec qui avait mis toute sa confiance en Marie, ne crut pas pouvoir mieux per-
pétuer le souvenir de cet événoment qu’en acclamant la Vierge immaculée sous le titre de Notre-Dame de la Victoire, suivant le vœu qui en avait été fait, et en lui consacrant cette église sous ce vocable. Alors fut instituée par Mgr de St-Vallier cette fête qui chaque année encore au mois d octobre est si religieusement observée et qu'un mandement du même Prélat étendit en 1694 à toutes les autres églises du pays, tant avait été général le bienfait de la délivrance. Le drapeau enlevé au vaisseau amiral, lors du siège, fut porté triomphalement à la cathédrale où il demeura suspendu jusqu'à l'incendie de 1759.
Un succès non moins éclatant devait, quelques années plus tard, augmenter de plus en plus dans le cœur du peuple canadien sa confiance dans son pacte avec Marie. C'était en 1711 : cette fois encore une flotte ennemie s’avançait contre notre Ville. À en croire les seules prévisions humaines, Québec devait être perdu sans retour : les ennemis eux-mêmes se tenaient si sûrs de la victoire et pensaient si bien entrer comme de plain pied dans leurs
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nouvelles possessions, qu'ils ne s’occupaient que du soin d’hiverner leurs vaisseaux, après qu'ils auraient touché au port de Québec : ils emmenaient même des familles entières pour peupler le pays.
Mais ils avaient compté sans Marie vers laquelle s'étaient tournés tous les regards et tous les cœurs. Elle les attendait de pied ferme, ou plutôt, ne donnant pas même à ces profanes le temps de contempler de leurs yeux sa ville chérie, semblable à l’Ange de Dieu qui, dans une seule nuit, frappa l’armée de Sennachérib, elle alla les arrêter à mi-chomin, et les frappant de vertige elle dispersa leur flotte au milieu de brumes épaisses et d'une tempête affreuse que rendaient plus terrible encore les sinistres lueurs des éclairs et le bruit épouvantable du tonnerre. Le lendemain la place était couverte de débris : plus de 900 cadavres restaient étendus sans sépulture sur le rivage. L'amiral Walker, honteux de sa défaite, rebroussa chemin avec le reste de ses vaisseaux et s’en alla périr misérablement en face même de cette Angleterre qui avait voulu nous
conquérir avant l'heure marquée par Dieu.
C’est en mémoire de cette intervention surnaturelle de la Providence par linter médiaire de Marie, et pour porpétuer le souvenir d’une délivrance si extraordinaire que le titre de cette église où l’on avait prié Marie avec un succès si éclatant, tut changé en celui de Notre-Dame des Victoires. C'est ce nom qui lui est resté jusqu’à ce jour et qui lui restera à jamais.
De même qu’en 1690, les voûtes ds la cathédrale avaient retenti du chant du Te Deum, ainsi le firent en 1711 les voûtes de Notre-Dame des Victoires Même pendant une année entière, on célébra chaque mois une messe solennelle où l'on chantait le cantique de Moïse après la submersion de l’armée de Pharaon :
Cantemus Domino : gloriose enim magnijicatus est : equum et ascensorem dejecit in mare.
M. F., au jour de la fête solennelle qui se Célébra en cette circonstance, M. de la Colombière fit, dit-on, un admirable sermon et il appuya surtout sur la fidélité à
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laquelle obligeait ces bienfaits signalés de la Très Sainte Vierge. Sa parole fat entendue : on rivalisa de zèle pour achever et embellir cette église de la Basse- Ville qui était destinée à rester le monument le plus glorieux du pacte que le peuple canadien a fait avec Marie dès le jour de son adolescence.
Mais, M. F., allons nous pouvoir dire que Marie a bien gardé ce pacte mémorable et qu'elle a conservé son titre de Notre-Dame des Victoires ? Ah! M. F, n’en doutons point ! l’heure des grandes angoisses approche, il est vrai; toutefois, si quelques unnées plus tard dut venir pour nous là eruellas séparation d'avec la Mère Patrie, ce n’est pas que Marie fût impuissante à nous sauver encore, fi nous eussions dû l'être, mais c'est que, comme la plus prévoyant; des mères, elle voulait nous Conserver uvant tout Ce qui nous constituait comme peuple catholique, c'est à dire 1:08 institutions, notre langue ot nos lois, et plu encore, notre religion sainte qui, g'âce à elle, nous furent garanties par Jes traités et qui, disons-le,
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devaient nons être gardées plus sûrement peut-être sous le drapeau de la fière Albion que sous rétendard de cette France pourtant si chère qui nous délaissait juste au moment où elle allait être déchirée par la plus sanglante des révolutions, et ruinée par l'irréligion et l’impiété la plus affreuse.
M. F, aux douleurs de cette époque de tribulations allait s'ajouter une douleur plus sensible ence : le sanctuaire de Notre-Dame des Victoires fut entièrement détruit, mais il parut à tous que Marie était encore là sur ces ruines famantes.
Semblable à ces mères que vous avez vues tant de fois, dans les gran les catastrophes qui depuis ont désolé notre ville, assises silencieuses sur les débris de leurs maisons dévastées par les flammes, attendant que la charité publique vint à lear reconstruire là même un abri, notre Mère misésicordieuse ne voulant pas rompre dans les jours de détresse son alliance avec ses enfants, attendit que leur amour vint à lui donner un nouvil asile parmi eux.
Son désir maternel fat compris et après bien des sacrifices on pouvait voir ici
même à la fin du dernier siècle, une chapelle bien humble sans doute en apparence, mais que le temps devait respecter et dans laquelle le zèle des Pasteurs entretenait la confiance traditionnelle eu Marie, pendant que la piété des fiièles y apportait de tous côtés de magnifiques offrandes votives qui restèrent là comme un vivant témoignage des faveurs incessantes de la Reine des cieux.
M. F., il était résvrvé à la seconde moitié de notre siècle de voir re:plendir d’un suprême éclat le sanctuaire et le culte de N.-D. des Victoires et de préparer ainsi le glorieux anniversaire que nous célé:
brons en ce jour. Béni soit à jamais l'instigateur de ce pieux mouvement !
Son nom vous est connu. Alors simple prêtre et vicaire de Ja cathédrale, mas honoré depuis de; insigaes de l'Episcopat, il vient de nous être ravi dans la force de l’âge et dans la plénitude de la gloire du plus laborieux des apostolats. Sa granle âme trouva un digne écho dans l’âme des citoyens de lu Busse- Ville et de Québec en général, mais spécialement dans l’âme
si sympathique de Mgr de Tloa qui écrivit alors son admirable mandement du ler mai 1855, pour raviver la confiance des fidèles en N.-. des Victoires et pour étublir en cette église l’asociation de la Couronne d'or anjrurd’hui encore si florissante.
Sous le soufïle d’un zè'e si général et si pur, ce sanctuaire fut bientôt transformé, et c’est à partir de cette heure qu'il reçut ces embellissements successifs auxquels travaillèrent av.c tant de jrie chacun des chapelains dont j'apeiçois en ce moment les plus illustres et les plus dévoués. Ces embellissements viennent de se couronner d’une manière fort heureuse par la restauration presque totale de cette église, restauration qui fait un si grand honneur à l'artiste qui l’a dirigée, au digne chapelain actuel et, disons-le aussi, à la Fabrique de N.-D. de Québec, par ses représentants autorisés, M. le marguillier en exercice dont les talents administratifs n’ont d’égal que sa royale générosité, et M. le curé de la Basilique qui ne pouvait inaugurer son règne par une œuvre plus chère au cœur de ses dévoués paroissiens.
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Et pour compléter ce tableau, si à ces gloires inhérentes au sanctuaire lui-mêrne, au nom et à la protection de N.-D. des Victoires, pendant ces deux siècles passés, nous ajoutons maintenant les gleires extérieures qui y ont correspondu : la confiance inaltérable cet la piété des fidèles, leur affluence en ces saints lieux, ces centaines et ces milliers de pèlerinages des villes et des campagnes qui ont tous été marqués par des prodiges de grâces et de miséricorde, tous ensemble nous pourrons nous écrier : ‘‘ Ce fut une alliance sainte, ce fut une alliince fo:te et durable que celle que nous contrac'imes avec Marie ; c'est elle, oui, c’est bin elle qui a été jusqu'ici le secret et le principe de notre bonheur et de nos plus beaux triomphes.”
HT M. F, notre pacte avec Notre Dame des Victoires, après avoir fait la gloire des jours passés fait encore la joie du jour présent, puisque c’est en cette fête qu’il va nous être donné de renouveler, et pour toujours, notre alliance avec Marie : c’est