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Sermon prononcé par le R.P. Faure, O.M.I. [microforme]

Il est d’abord la marque de sa faiblesse. En élevant un souvenir, l’homme fait l’aveu qu’il est la victime du temps. Il affirme que celui-ci, en s’écoulant, emporte avec lui le meilleur de ses actions, qu’il ne s’arrête même vas une seconde pour le laisser jouir en paix de la joie la plus légitime et qu'il lui dérobe ce qu’il voudrait ne jamais laisser pars er.

Marque de la faiblesse de l’homme, le souvenir est aussi le signe de sa grandeur. Par lui, il fait voir qu’il est pris comme d’un instinct : le besoin de l'éternité. Puisque, ici-bas, tout passe et s’écoule, l'homme érige des souvenirs, cc:inme pour fixer en dehors du temps ce qui vraiment ñne doit pas se perdre. Les monuments qu’il élève sont destinés

se

à conserver, dans une matière qui dure, l'expression des meilleurs sentiments qu'il éprouve et qu’il voudrait éternellement retenir; c’est pourquoi saint Bonaventure appelle le souvenir : repositorium Præteritorum ; le reposoir du passé.

Vous avez, mes frères, érigé un monument dans cette église de Saint-Sauvéùr Vous lui avez donné ce nom : autel-souvenir. ‘Nous avez donc senti que dans la vie de cette paroisse, y a trop de choses qui passent, trop de choses qui s’en vont, trop de choses que le courant des jours emporte vers l’abime de l'oubli. De cette vie de pañoisse vous avez essayé de retenir quelque chose, et pour que cela ne se perde point, vous l’avez arraché à'la rapacité du temps qui emporte tout et vous l'avez fixé dans ce monument : un autel-souvenir.

Ainsi, ceux qui, dans la suite des âges, viendront fixer sur lui leurs regards étonnés et ravis, s’arrêteront devant un reposoir du ‘passé.

Et que verront-ils, ces pèlerins de demain, dans ce reposoir, gardien de tant de richesses ?

Les uns, les artistes, seront frappés de le beauté du travail ; et sans même vouloir lire la signature de l'auteur, ils s’abandonneront à la joie pure d’un goût satisfait. Cet aute!-souvenir fixe en lui, pour

qu'elle ne passe pas, la valeur d’art de ceux qui en furent les artisans.

D'autres, des financiers peut-être, chercheront le nom du Mécène qui en a payé les frais élevés. Ce reposoir du passé leur répondra que, chez nous, il n'y eût point de Mécène, mais simplement des cœurs généreux. L'enfant de Saint-Sauveur raconter: plus tard, la très belle histoire de l'érection de monument, et il la résumera d’un mot, en disant : c’est l'autel souvenir des ouvriers.

Pour moi, je le regarde aussi «+ reposoir du passé et je dois vous dire ce que l’œi: e la foi découvre sous ces apparences magnifiques. La lumière de la foi perce jusqu’au surnaturel ; je dois donc vous dire tout ce qu’il y a de divin de ramassé dans ce souvenir.

Regardez-le avec moi, et du même œil : la foi.

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