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Sermon sur l'autorité des évêques

Jésus-Christ a institué son Eglise à l'état de société. Il en a lui-même déterminé les éléments constitutifs, fixé l'organisation, établi, de manière à ce que personne ne pût en douter, la puissance souveraine dans l'ordre spirituel.

Cette société, qui embrasse tous les temps (2), tous les

(!) Mgr Fabre, archevêque de Montréal.

Mgr Gravai, évèque de Nicolet.

Mgr Decelles, évêquede Druzipara et coadjuteur de St-Hyacinlhe. (2) Ecce vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem saeculi. (Malth , xxviii, 20.)

pays (3), toutes les âmes (4), n'est pas une société quelconque, se confondant pluis on moins avec les autres sociétés,^ au milieu desquelles elle vit, leur empruntant son mode d'être, réclamant d'elles un appui nécessaire et des ressources indispensables à son existence et à son action, reconnaissant leur suprématie et s'y soumettant ; c'est une société nouvelle par la fin qu'elle poursuit et par les pouvoirs qu'elle possède, une société publique, parfaite, indépendante et suprême.

Les membres de, l'Eglise, ainsi considérés, n'ont pas tous les mêmes attributions ni les mêmes droits : ils sont partagés, à un point de vue très général, en deux classes parfaitement distinctes : celle des dtrcs et celle des laics^ division qui correspond aux éléments essentiels de tout corps social : l'autorité et la multitude, les gouvernants et les gouvernés, les chefs et les sujets. Ainsi l'a voulu le- Maître, ainsi l'ont compris les apôtres, ainsi l'ont déclaré et défini les Conciles, cru et professé les siècles chrétiens, et en présence de ce témoignage universel, nous n'avons que faire des négations des hérétiques, des sarcasmes et des blasphèmes des impies, des distinctions et des subtilités choquantes de certains catholiques qu'égarent, sans doute, des notions incomplètes ou fausses sur la constitution de l'Eglise et la nature de ses pouvoirs.

Les laïcs, quoique distincts entre eux au point de vue civil et politique, sont parfaitement égaux en tant qu'ils constituent le peuple fidèle. Il n'y a parmi eux, selon le langage de l'apôtre (5), ni différence de nation, ni différence de condition et de dignité. Tous jouissent des mêmes privilèges, sont soumis aux mêmes obligations, professent la même foi (6) et sont devenus, par le même baptême, les

(3) Euntes in mundum universum. (Marc, xvi, 15.)

(4) Praedicale evangelium omni creaturae. (Id.)

(5) Ubi non est gentilis et judaeus, circumcisio et praeputium, barbarus et scytha, servus et liber. (Coloss. m, 11.)

(6) Unus Dominus, una tides, uaum baplisma. (Ephes. iv, 5.)

frères et les cohéritiers de Jésus-Christ (7), tous marchent au même but en parcouraut les mêmes sentiers (8). Admirable démocratie que seul pouvait réaliser Celui qui s'est fait esclave de chacun de ses frères, afin de rendre à chacun de ses frères esclaves, la liberté des enfants de Dieu (9).

Il n'en est pas ainsi du clergé. Chargé d'instruire les fidèles, de les sanctifier par les sacrements, de les conduire «t de les diriger, le clergé constitue dans l'Eglise, le principat sacré : hiérarchie incomparable dont les pouvoirs se divisent en trois ramifications différentes qui forment autant de degrés distincts : Vépiscopat, la prêtrise et le diaconat. — L'antiquité chrétienne, par ses pontifes, ses pères et ses docteurs, est unanime à reconnaître l'origine divine de ces trois degrés du pouvoir sacerdotal et le saint concile de Trente frappe d'anathème quiconque ose la nier (10).

Au premier rang de la hiérarchie catholique, nous apparaissent donc les évêques. Ayant à leur tête le Pontife Romain, évêque universel, par suite, évêque des évêques eux-mêmes, ils en forment la partie principale. Comme les apôtres, ils sont les pierres fondamentales du royaume du Christ, mais des pierres fondamentales secondaires superposées sur le fondement unique de la primauté de Pierre qui, à son tour, emprunte sa force et sa stabilité du Seigneur Jésus, pierre première et véritable de tout l'édifice sacré (11).

Monseigneur, entouré de votre clergé, de vos communautés religieuses et de vos fidèles, vous célébrez, en ce moment, le joyeux anniversaire de votre consécration épis-

(7) Haeredes quidem Dei, coheeredes autem Chrisli, (Rom. viii, 17.)

(8) Vocali e-t-lis in una spe vocationis vestrae. (Ephes. iv, 4.)

(9) In libertatem glorise filiorum Dei. (Rom. viii, 21.)

(10) Si quis di.xerit in Eccle^ia Calholica non esse hierarchiam, divinâ institulione inslitulam, quae constat ex Ejjiscopis, Presbyteris et ministris ; anathema sit. (Sess. xxiii, can. 6.)

(11) Eslis domestici Dei, supersedilicati super fundamentum aposlolorum et prophetarum, ipso summo angulari iapide Ghrislo Jesu. (Ephes. ii, 19, 20).

copale, jour solennel où vous avez reçu le caractère ineft'açable de Pontife imprimé dans votre âme par le doigt de l'Esprit-tSaint, jour béni où vous êtes entré en partage du sacerdoce suprême du Souverain Prêtre, le Christ Jésus, où vous avez été honoré de ses tendresses et de ses confidences les plus intimes et investi de ses plus hautes prérogativ-^s, jour sacré, enfin, que les saints Pères nomment " le jour na- " tal de l'évèque," parce qu'il rappelle la puissance d'engeudrement qui opère la transmission de l'Ordre et des pouvoirs dont l'Ordre est la racine. Qu'il me soit donc permis, mettant de côté tout ce qui serait trop personnel et de nature à blesser la délicatesse de vos sentiments, sans rien apprendre de nouveau, ni à votre clergé ni à vos fidèles, de m'arrèter exclusivement à cette dignité épiscopale dont vous êtes revêtu et d'esquisser, à grands traits, les sublimes pouvoirs qu'elle renferme. J'ai cru qu'un simple exposé du droit public de l'Eglise sur ce sujet si important, serait propre non seulement à mieux faire comprendre l'organisation de la société chrétienne, mais encore à faire tomber bien des préjugés et bien des illusions, à raffermir dans les cœurs, en ces temps difficiles que nous traversons, le respect et la soumission dus à l'autorité religieuse, à confondre l'audace sacrilège de ceux qui, renversant l'ordre établi par Jésus-Christ, voudraient se substituer aux pasteurs légitimes dans le gouvernement de l'Eglise et la direction des âmes.

On l'a dit avec raison, l'Eglise est à la fois un temple et un trône, c'est-à-dire une religion et un royaume, car Jésus- Christ, son fondateur et son chef, est en même temps prêtre (12) et ro< (13). C'est pourquoi les évêques, posés i)ar l'Esprit-Saiut pour régir cette même Eglise, possèdent à cette fin, un double pouvoir : le pouvoir d'Ordre et le pouvoir de Juridiction, symbolisés l'un et l'autre par les deux:

(12) Habeotes... ponlillcem magnum... Jesum liliiim Dei. (Heb. iv, 14 )

(13) Tu dicis, quia rex sum ego. (Joan. xviii, 37.)

choses qui, dans une cathédrale, attirent le plus les regards : l'autel, où s'immole l'auguste Victime, et la chaire d'honneur, où prend place le Pontife revêtu de tous les insignes de sa dignité et de sa puissance. Par le premier de ces pouvoirs, l'évêque exerce le culte divin et administre les sacrements, par le second, il gouverne les fidèles en tout ce qui concerne la foi et les mœurs ; par le pouvoir d'Ordre, l'évêque est un prêtre parfait, un sacrificateur dans toute l'étendue du mot et de la chose, un hiérarque suprême, comme l'appelle saint Ambroise, récapitulant en lui toutes les ordinations, un générateur du sacerdoce, enfin, un propagateur réel de la tribu sainte de Lévi ; par le pouvoir de Juridiction, il est, sous le Pape, un vrai pasteur et un vrai prince de l'Eglise.

Passant sous silence le pouvoir d'Ordre, que personne n'ose nier, je me contenterai de parler du pouvoir juridictionnel de l'évêque, pouvoir essentiel dans le gouvernement de l'Eglise dont il est la force et la beauté ; pouvoir incontestable, au double point de vue de la foi et de l'histoire, et cependant si contesté de nos jours, sinon quant à la légitimité de son existence, du moins quant à sa nature et à ses limites véritables.

Pour bien comprendre l'autorité épiscopale, son excellence, sa nécessité, le prestige dont elle jouit dans le monde et le bien immense qu'elle y opère, il faut l'étudier en ellemême et dans son étendue ; en elle-même, c'est-à-dire dans son origine et son but ; dans son étendue, c'est-à-dire sur quels objets et dans quelles limites elle s'exerce.

PsEMiÈRE Partie Origine et fin de rantorité épi!«copaIe

De quelle source découle la juridiction des évêques ? Vient-elle de Dieu, vient-elle de l'homme ? Vient-elle da Dieu directement, vient-elle de Dieu par l'homme ? Si elle

vieut de Dieu par l'homme, relève-t-elle de la multitude, du pouvoir séculier ou du pape, chef suprême de l'Eglise ?

Il serait trop long d'énumérer et de réfuter ici toutes les fausses solutions données à ce grand problème. Qu'il suffise de les ramener à deux principales auxquelles les autres se rattachent et dont elles ne sont, pour la plupart, que des modifications accidentelles.

Sans aller jusqu'à vouloir détruire de fait la forme sociale et extérieure de l'Eglise et à proclamer, en ce qui concerne l'autorité spirituelle, le régime de l'émancipation complète, de l'égalité absolue et de la démocratie la plus radicale, comme le firent plus tard Luther et Calvin, certains écrivains du XlVe siècle, (14) pères de notre libéralisme contemporain, soutinrent que la hiérarchie ecclésiastique n'est qu'une institution purement humaine, que la souveraineté spirituelle appartient à la nation et qu'ainsi le peuple chrétien a la juridiction en propriété. C'est en lui, comme en leur source, disent-ils, que résident les pouvoirs de l'Eglise, pouvoirs dont il confie l'exercice aux chefs hiérarchiques, simples mandataires qu'il peut juger et déposer à son gré.

Au dix-huitième siècle, cette théorie de la démocratie, dans l'Eglise, fut renouvelée sous une forme mitigée (15). Tout en admettant l'origine divine des divers degrés de la hiérarchie catholique, ou affirma que ses pouvoirs sont subordonnés au corps des fidèles, en qui réside la source de la souveraineté spirituelle et dont le pape et les évêques ne peuvent être que les instruments et les ministres.

A côté des flatteurs du peuple et des adulateurs de sa puissance, se sont trouvés les flatteurs des princes et les adulateurs de leur autocratie. Que l'Eglise prie, disent ces derniers, qu'elle administre les sacrements, qu'elle enseigne la doctrine ; mais qu'elle ne prétende pas dicter des lois.

(14) Marsile de Padoue et autres.

(15) Edmond Richer et autres.

juger dans le cercle des rapports sociaux et infliger des peiïies. La juridiction est de la compétence de l'Etat seul. L'Eglise n'est pas un i)Ouvoir public, mais simplem.ent une société religieuse. Ses chefs n'ont ni pouvoir, ni empire, mais une autorité toute morale. La souveraineté réside dans l'état, il n'y a pas de pouvoirs en dehors de lui (lô).

A ces propositions hétérodoxes et subversives de sa divine constitution, l'Eglise a répondu depuis longtemps, par ses pontifes et par ses conciles, en déclarant anathèmes ceux qui contestent l'origine divine de l'autorité du pape et des évêques, lui donnent comme source la souveraineté du peuple ou celle de l'Etat, ou bien la déclarent inférieure et la subordonnent, en ce qui la concerne, à celle du pouvoir séculier (17).

Et d'abord, le pouvoir juridictionnel des évêques ne vient pas de la multitude.

Consultons l'ancien Tertament, alors qu'il ne s'agissait cependant que d'ombres et de figures, alors que le droit au sacerdoce se transmettait par la génération charnelle, et l'on verra que le peuple n'était pour rien dans la mission de ses pontifes et dans l'exercice de leurs augustes prérogatives, Dieu s'y étant choisi lui-même une tribu privilégiée à qui il avait confié les fonctions du culte sacré (18) ; on verra que. pour avoir voulu usurper ces fonctions redoutables, Saiil fut réprouvé et son sceptre brisé (19), Ozias fut frappé de la lèpre (20) Corée, Dathan et Abiron descendirent vivants dans la terre entrouverte sous leurs pieds en punition de leur tentative sacrilège (21).

Ouvrons l'Evangile et demandons à ses pages inspirées

(16) V. Minghetti (De l'Eglise et de l'Etat) et Cardona (Ânthol. noav.)

(17) V. Entre autres • le concile de Trente et celui du Vatican.

(18) Erintque sacerdotes mihi reiigione perpétua. (Exod. xxiv, 9|.

(19) I. Rois, ch. XV.

(50) 2 Par. XXVI, 19, 21.

(2!) Nomb, xxvi, 6, Ps 105 v. 17.

à qui Jésus-Christ a communiqué directement et immédiatement un pouvoir, que certes il ne tenait ni de la multitude ni de ses chefs, mais qu'il avait reçu d'en haut (22). Est-ce au peuple ou à ses apôtres, spécialement appelés et formés par lui au ministère des âmes, que le Christ a dit : " Toute " puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez '• donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom •■ du Père et du Y\\s et du t^aint-Esprit ; leur apprenant à '• observer tout ce que je vous ai ordonné (23) ? " Est-ce au peuple ou à ses apôtres qu'il a donné le pouvoir de lier et de délier (24) ? Est-ce au peuple ou à ses apôtres qu'il a confié celui de consacrer (25), de remettre et de retenir les péchés (26), d'administrer les autres sacrements (27) ? Est-ce le peuple ou les apôtres, enfin, qu'il a constitués le tribunal de l'Eglise, lorsqu'il a dit, en parlant de celui qu'une monition privée, suivie d'une monition devant deux témoins ne suffit pas à corriger : " Dénonce-le à l'EglL-^e, ' et s'il n'écoute pas l'Eglise, considère-le comme un païen " et un publicain (28)."

Au reste, ce peuple fidèle où était-il donc alors que le Maître lui choisissait ses chefs futurs, et qu'il déléguait à ceux-ci ses pouvoirs ? Je le cherche en vain avant la Pentecôte. Mais comment pouvait-il, puisqu'il n'existait pas encore, être le dépositaire de l'autorité constituée pour le régir dans l'avenir ? Comment peut-il aujourd'hui commu-

(22) Data est mihi omnis potestas in cœlo et ia terra. (Matlh., x.wiii, 18.)

(23) Euntes ergo, docoie omnes génies, baplizanles eos in iiomine Patris, et Filii et Spintus Sancti ; ilocentes eos servare omnia quaecumque mandavi vobis. (Id.i

(24) Quaecumque alligaverilis super terrain erunt ligala et in cœlo ; et quaecumque solveritis super lerram, erunt soluta et in cœlo. (Malth., xtiii, 18.)

(25) Hoc facite in meam commemorationem, (Luc, .\xii, 19.)

(26) Quorum remiserilis peccata, remiltuntur eis, et quorum retinueriti?, retenta sunt. (Joan. xx, 23.)

(27) Inducat presbytères Ecclesiae, et orent super eum. iJacob. v, 14.)

(28) Quod si non audierit eos, die Ecciesice. Si autem Ecclesiam nonaudierit, sit tibi sicut elhnlcus et publicanus. (.Matth. xviii, 17).

uiquer à ceux qui le dirigent cette même autorité qu'il n'a pas reçue ?

Témoins et interprêtes fidèles des actes et des promesses de Jésus-Christ, les apôtres ne nous laissent aucun doute, ni dans leurs écrits ni dans leur conduite, sur ce qu'ils pensent de l'origine de leur juridiction dans l'Eglise. Indépendamment du peuple et, la plupart du temps, sans même prendre son simple avis et son témoignage, ils initièrent au sacerdoce ceux qu'ils avaient eux-mêmes choisis et de leur pro pre autorité les placèrent à la tête des différentes Eglises de l'Orient et de l'Occident (29). En fondant ces Eglises, ils agirent, pour ce qui est de l'ordre spirituel, comme étant leurs vrais princes et leurs vrais pasteurs, portant des lois et exigeant l'obéissance de la part des fidèles, (30) menaçant les coupables et leur infligeant des peines, (31) jugeant et excommuniant les criminels (32), condamnant et chassant les hérétiques du sein de l'Eglise (33), et tout cela en dehors du suffrage du peuple et sans l'appeler dans leurs conseils.

Successeurs des apôtres, les évêques suivirent la même ligne de conduite et enseignèrent la même doctrine. On chercherait en vain dans l'histoire la preuve qu'ils reconnurent jamais à la multitude des fidèles le droit et le pouvoir d'élire ses chefs spirituels et de leur déléguer une puissance dont Jésus-Christ l'aurait fait la dépositaire.

La tradition chrétienne tout entière se lève, au contraire, pour attester et professer que la mission des évêques no vient pas du peuple, mais bien de Celui, qui, pasteur suprême et invisible de l'Eglise universelle, les choisit et les envoie, par son Vicaire sur la terre, pour la gouverner et la régir.

Aussi Pie VI, a-t-il condamné, dans la bulle " Aucturem

(29| Act. Apost. (Passim.)

(30) In promptu habenles ulcisci omnem inobedientiam. (ii, Cor. x, 6.

(31) Si venero iterum, non parcam. (Id. xiii, '2.)

(32) I Cor. V, 1, 5

(33) I Tim. I, 19, 20.

Fidei, "' la proposition suivante ; " Le pouvoir a été donné " par Dieu à l'Eglise, afin qu'il fût communiqué par elle '■ aux pasteurs qui sont ses ministres pour le salut des âmes. " Avant lui, le pape Innocent III avait dit : " Aucun " pouvoir, dans l'Eglise, n'est attribué aux laïcs, quelque '* religieux qu'ils soient ; ils ont le devoir d'obéir et non et '' le pouvoir de commander. "

La règle canonique " docendiis eut pop/di/s, non sequendus, " demeure donc la formule de l'enseignement catholique, et ainsi se trouve divinement exclu du gouvernement de l'Eglise l'élément démocratique tel que nous l'avons défini et expliqué.

Est-ce à dire que Jésus-Christ a, par là, méprisé le peuple, méconnu ses droits et sa dignité dans le monde et qu'il l'a totalement oublié dans la distribution de ses prérogatives et de ses pouvoirs ? Est-ce à dire que le pape et les évêques, dépositaires de cette autorité souveraine et indépendante de la multitude, peuvent, à leur gré, s'en servir pour l'opprimer et faire peser sur elle le joug d'une honteuse servitude ? Ce serait bien mal connaître le cœur du bon Maître, bien mal comprendre la société chrétienne et ignorer son histoire que d'oser l'affirmer. Si le Christ n'a pas confié au peuple la direction de son royaume sur la terre, il a donné à chaque enfant du peuple le droit d'aspirer à franchir le seuil de la hiérarchie sainte et d'en monter tous les degrés sans en excepter le suprême pontificat lui-même. Sous ce rapport, la plus parfaite égalité règne entre tous les membres de l'Eglise et il n'y a parmi eux ni distinction de caste ni privilège du sang.

Et cette souveraineté elle-même confiée au pape et aux évêques n'a-t-elle pas pour but l'édification et le salut de chaque membre du corps social ? La protection des faibles et des ignorants ? la substitution du règne de la liberté, de l'égalité et de la fraternité au règne de l'esclavage et de la tyrannie ? De par la volonté expresse du Christ, le peuple n'a-t-il pas le droit inaliénable d'êtrt^

gouverné avec respect et charité, d'être initié à la doctrine de Jésus-Christ et de participer à ses sacrements ? Les prêtres, les évêques, le pape ne sont-ils pas établis uniquement pour son bien ?

Comme question de fait, à quel usage le pape et les évêques ont-ils employé leur pouvoir juridictionnel ?

Demandez-le à ces peuples nombreux appelés, des ténèbres de l'idolâtrie la plus dégradante, à la lumière bienfaisante de la foi et de la civilisation chrétienne.

Demandez-le à cette multitude presqu'infinie d'esclaves rendus à la liberté civile et politique. Demandez-le à la famille païenne relevée de son état de dégradation et restituée à sa dignité première. Demandez-le à ces orphelins de tous les siècles dont l'Eglise s'est constituée la mère tendre et dévouée, à ces aveugles et à ces boiteux dont elle est devenue l'œil et le pied ; à ces pauvres, à ces malades, à ces infirmes, à ces vieillards délaissés, à ces rebuts de la société qu'elle a recueillis, vêtus et nourris dans ses asiles, ses hospices et ses hôpitaux, dont elle a séché les larmes et rendus moins amères les dernières années d'existence.

Demandez-le, enfin, au monde entier qui, sous l'influence bienfaisante de ce pouvoir divin, à commencé à vivre d'une vie nouvelle : vie de lumière, vie de chaleur, vie de progrès, vie de liberté, vie de foi et d'amour qui est, pour ceux qui le veulent, le prélude de cette autre vie dont l'Eglise leur ouvre les sources et où le fils du peuple aussi bien que le fils des rois, le plus humble des laïcs, aussi bien que le plus élevé des pontifes, trouvera la réalisation de tous ses rêves et la satisfaction complète de tous ses désirs.

Yoilà comment. Mes Chers Frères, la démocratie fait partie de la constitution de l'Eglise, voilà comment l'Eglise peut être dite le gouvernement le plus démocratique qu'il y ait sur la terre.

Si l'autorité du Pape et des évêques ne vient pas du peuple, elle ne relève pas davantage du pouvoir souverain qui préside aux destinées de l'Etat.

Il y a deux manières, dit un théologien célèbre de nos jours (34), de concevoir l'identification du pouvoir juridictionnel de l'Eglise avec le pouvoir politique : on peut se placer soit au point de vue de Vêtre même de ce pouvoir, soit au point de vue du sifjet en qui il réside. Mais il est manifeste qu'au point de vue de Vêtre même du pouvoir, cette identification est impossible, puisque V origine du pouvoir religieux et celle du pouvoir civil, la fin propre qu'ils poursuivent l'un et l'autre, et la hiatière sur laquelle ils s'exercent diff"èrent du tout au tout.

Le pouvoir civil vient de Dieu comme auteur de la nature, le pouvoir de l'Eglise vient de Dieu comme auteur de la grâce ; le premier est donc de droit naturel, tandis que le second est de droit divin positif.

Le but du pouvoir civil et politique, c'est la félicité naturelle de l'homme, la paix et la prospérité temporelles de la nation ; le but du pouvoir religieux, c'est, nous lavons déjà dit, la vertu chrétienne et le salut éternel des âmes. La matière, par conséquent, sur laquelle opère le premier, c'est l'ordre civil et les intérêts purement matériels ; la matière sur laquelle opère le second, c'est rexercice de la religion, l'usage des sacrements, la pratique des préceptes et des conseils évangéliques, l'enseignement de la vérité incréée. Les deux pouvoirs sont donc essentiellement distincts de leur natuie.

Ils le sont aussi au point de vue du sujet en qui ils résident.

Le sujet du pouvoir civil, c'est l'Etat : que cet Etat s'appelle monarchie, aristocratie ou république, peu importe, c'est l'Etat, et jamais les pontifes romains, jtimais les évêques n'ont réclamé en leur faveur le droit de comman

(34) Le P. Liberalore, S. J. (Droit public de l'Eglise.)

der, de légiférer et de juger eu matières puremeut civiles.

Par coutre, le sujet du pouvoir juridictionnel de l'Eglise, ce n'est pas l'Etat, mais bien ceux qui, dans l'Eglise, ont été constitués ses chefs et ses pasteurs légitimes. Ce pouvoir, en effet, qui ne peut venir de l'homme, puisqu'il est surnaturel, dans le but qu'il poursuit et dans les moyens qu'il prescrit pour atteindre ce but, Jésus-Christ ne l'a confié ni aux rois, ni aux princes, ni aux grands de ce monde, mais à ses seuls apôtres. C'est à eux et non aux chefs de l'Etat qu'il a donné la mission d'enseigner, de baptiser, de paître sou troupeau ; c'est à eux et non aux chefs de l'Etat qu'il a promis son assistance jusqu'à la fin des siècles ; c'est à eux et non aux chefs de l'Etat qu'il a délégué la souveraine puissance qu'il avait reçue de Dieu, son Père, pour opérer l'œuvre de la rédemption du genre humain.

Bien plus, parlant de la soumission due aux princes, Jésus-Christ l'a nettement distinguée des obligations qui nous lient à Dieu et aux représentants de son autorité : " Rendez à César, ce qui est à César, — a-t-il dit, — et à " Dieu ce qui est à Dieu (35), " parole remarquable restée comme " la formule divine de la mutuelle indépendance "' des deux pouvoirs et l'expression obligée de leurs rap- '• ports. "

Non seulement Notre-Seigneur n'a pas fait des puissances séculières les dépositaires de ses pouvoirs, mais il a fondé son Eglise sans leur concours et malgré elles ; il a prédit à ses apôtres, en les envoyant à travers le monde, les persécutions que ces puissances devaient, dans la suite des siècles, susciter contre eux et leurs successeurs (36), et à tous il a dit de ne pas craindre ceux qui n'ont de pouvoir

(35) Reddite ergo quee sunl Caesaris, Gfesari : el quaî sunt Dei, Deo. (Matlh. XXII, 22.)

(36) Injicient vobis manus suas... Irahentes ad reges et prsesides, propter nomen meum. (Luc. xxi, 12.)

que sur le corps, mais bien Celui qui peut, en même temps, perdre et le corps et Tàme (37).

Fidèles à cette mission et aux conseils du Maitre, tous les papes, depuis St-Pierre, opposant le " JVon possttniNS " aux injustes prétentions du Sanhédrin (38), et revendiquant fièrement la liberté du ministère sacerdotal, jusqu'à Léon XIII, proclamant, dans son Encyclique " Immorlale Dei, " que c'est à l'Eglise et non à l'Etat que IJieu a donné le mandat de connaître et de décider tout ce qui touche à la religion, tous ont affirmé et défendu les droits et l'indépendance du pouvoir spirituel " avec une énergie et une liberté ** qu'a seule égalées leur persévérance à reconnaître l'indé- " peiidance légitime du pouvoir politique. "

L'histoire de l'Eglise est pour ainsi dire l'histoire même des luttes soutenues par la papauté pour maintenir intacte cette double souveraineté. Un écrivain protestant (39) en a fait lui-même l'aveu sincère : ' Ce sont les papes, dit-il, " qui ont proclamé et soutenu la différence de l'Eglise et de " l'Etat, la distinction des deux sociétés, des deux pouvoirs, *' de leur domaine et de leur droits respectifs. Ce fait, ajou- " te-il, fut le salut et l'honneur de la civilisation chrétienne. "

Ce que les papes ont affirmé par rapport à leur pouvoir suprême sur l'Eglise universelle, les évêques de tous les temps et de tous les pays l'ont revendiqué par rapport à leur autorité sur leur diocèse respectif. Dans la personne d'Osias, le célèbre évêque de Cordue, ils ont dit aux empereurs et aux princes : " Ne vous ingérez pas dans les cho- " ses spirituelles et ne rendez pas de décrets sur les ques- '• lions purement religieuses, mais, au contraire, laissez-nous " le droit de vous instruire à cet égard. A vous, Dieu a " donné l'empire, à nous, le gouvernement de l'Eglise, et de

(37) Nolite timere eos qui occidunt corpus, animam autem non possunt occidere, seJ poiius limete eum,qui potesi et animam et corpus peidere in gehenuam. (Mailh. x, 2G.)

(38) Acl. Aposi. IV, 20.

(39) M. Guizot.

" même que celui qui usurpe votre pouvoir impérial résiste •' à l'ordre de Dieu, de même, eu évoquant à votre Iribu- " liai les affaires de l'Eglise, vous vous rendez coupables '' d'un grand crime. " (40). Avec saint Ambroise, ils ont proclamé le droit divin qu'ils avaient de régir leur Eglise, sans que l'Etat pût mettre des entraves à l'exercice de leurs pouvoirs, parceque " si le tribut est dû à César, " l'Eglise appartient à Dieu et.par suite,ne saurait être assu- " jettie à César, puisque le temple n'est pas et ne peut pas " être le droit de César. " Avec saint Anselme, ils ont déclaré qu'ils étaient prêts à obéir au pouvoir civil dans les choses qui ont rapport aux affaires de ce monde, mais que pour décider les affaires de l'Eglise, il y avait les Pasteurs qui ont donné les institutions de l'Eglise.

Au reste, les empereurs eux-mêmes et les rois chrétiens ont reconnu cette distinction des deux pouvoirs et leur indépendance réciproque. " Dieu vous à faits évêques du " dedans et moi du dehors, '" disait Constantin, et Justinien a fait insérer dans ses Novelles ces paroles remarquables : "Le sacerdoce et le pouvoir temporel, voilà les " deux plus insignes bienfaits qu'ait jamais accordés " aux hommes la miséricorde divine. Le premier adminis- *' tre les choses spirituelles, le second gouverne les choses " temporelles et humaines et tous deux procèdent du " même principe. "

Malheureusement, comprenant mal la nature de l'autorité souveraine et indépendante que possèdent le Pape, et, sous le Pape, les évêques, certains politiques ont jeté, de nos jours surtout, le cri d'alarme et signalé en elle un danger permanent pour l'Etat. Etrange aberration que celle de ces nouveaux Hérodes ombrageux et injustes ! Ils ignorent donc, ou font semblant d'ignorer, que le roi doux et pacifique qui a communiqué cette autorité à ses délégués sur la terre, uniquement pour procurer, à ceux qui veu-

(40) Ozias à l'empereur Constance.

lent le suivre, le royaume du ciel, n'est point jaloux de leurs royaumes temporels et n'est point tenté de les leur enlever :

« Non eripil mortalia

t Qui régna dal cœlestia (41). »

Non, elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise qui sans cesse, par ses enseignements et ses exemples.prèche l'obéissance à laquelle vous avez droit, alors même que vous êtes pervers et méchants (42).

Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise qui en proclame l'origine divine, en fait la base nécessaire de la paix sociale et de la prospérité des nations.

Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise qui en règle l'action et en détermine les limites, afin de mieux eu assurer l'influence.

Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise qui l'a défendue, même au prix de son sang, aux heures ténébreuses de la barbarie et des grandes révolutions.

Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise qui vous prêta toujours un loyal appui et un puis>ant concours dans toutes les œuvres que vous avez entreprises pour le bien de la société et la prospérité de l'Etat.

Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise, enfin, qui vous indique où puiser la solution des grands problèmes que notre siècle agite et desquels dépendent la stabilité ou le renversement de votre pouvoir, la paix ou le trouble de la société, la vie ou la mort des nations.

Il demeure donc démontré que la source première de l'épiscopat est en Jésus-Christ. et que l'épiscopat ne découle pas de cette source en passant par le peuple ou par l'Etat. Qu'on discute maintenant sur l'origine médiate ou immédiate de la juridiction des évêques, peu importe ! Chose

(41) Hymne de l'Epiphanie.

(42) Servi, subditi esto... etiam dyscolis. (I Pet. ii. 18.)

— Incertaine, seul le Pape a reçu, dans la personne de saint Pierre, les clefs du royaume des cieux pour être communiquées ensuite aux autres (43) ; seul il a été établi la pierre fondamentale qui donne à tout l'édifice son unité et sa stabilité (44) ; à lui seul appartiennent essentiellement et le choix des évéques et leur mission respective vers telle ou telle partie du troupeau de Jésus-Christ ; si, en vertu de sa suprême autorité, il vient à briser le lien qui unit un évêque à son Eglise, cet évêque se trouve, à l'instant même, privé, non seulement des pouvoirs qui ne sont pas essentiellement conjoints à l'Ordre, mais de ceux même qui, ayant leur racine dans l'Ordre, relèvent néanmoins, quant à leur exercice, du pouvoir souverain du Pontife de Rome.

Quelqu'élevée que soit la puissance des évêques, elle est donc nécessairement sous la dépendance et la subordination du Pape à qui son dûs, de la part des brebis aussi bien que de la part des agneaux, respect, obéissance et soumission (45).

Avant de terminer notre étude sur l'autorité épiscopale, d'en expliquer l'objet et d'en déterminer l'étendue, j'indiquerai, sommairement, quelques conclusions pratiques qui découlent naturellement du dogme de l'origine divine du pouvoir épiscopal et de la fin surnaturelle de ce pouvoir.

Si l'autorité des évêques vient de Dieu, il nous faut la respecter, nonseulement en ne lui fixant pas des limites que Jésus-Christ n'a pas fixées lui-même, mais encore en ne mettant aucun obstacle à son exercice et à son influence, en ne diffamant jamais ceux en qui elle réside, en ne soulevant jamais contre eux les préjugés et les passions populaires. Agir autrement, c'est arrêter le bien que les évêques sont appelés à faire par la nature même de leur disrnité.

(43) Et libi dabo claves regni cœlorum. (Malth. xvi, 19.)

(44) Tu es Petrus, et super haiic pelram «edificabo Ecclesiam meam. (Malth. XVI, 18.)

(45) Pasce agnos meos... pasce oves meas. (Joan. xxi, 16, 17.)

c'est le diminuer, quelquefois même le reudre complètement impossible.

Quel compte terrible auront à rendre, un jour, ceux qui^ abusant de leurs talents, de leur prestige, de leur position élevée dans l'Eglise ou dans l'Etat, se servent de ces dons de Dieu pour combattre l'autorité des évèques avec plus de force, la discréditer auprès des masses, la ruiner peutêtre dans l'opinion d'un certain nombre d'âmes faibles et faciles à séduire ! Qu'auront-ils à répondre au juge suprême qui a déclaré formellement que le mépris jeté sur ses délégués l'atteint lui-même, ainsi que son Père (46) ? Pourront-ils invoquer, comme excuse, l'ignorance et la bonne foi, quand ils sont les premiers à exiger le respect dû à leur dignité et la soumission à laquelle ils ont droit, soit au foyer domestique, soit dans la société civile ? Puissent-ils du moins, sous l'action de la grâce, ouvrir, enfin, le& yeux et comprendre le mal immense qu'ils font dans l'Eglise de Dieu, puissent-ils avoir le courage de réparer ce mal en mettant toute leur énergie à soutenir les évêques,. leurs seuls pasteurs véritables, et à les défendre, aux heures de luttes, contre les attaques injustes et déloyales, contre les sarcasmes et les injures des ennemis de la religion.

Si l'autorité de l'évêque ne dépend, en aucune manière, de la multitude, ii n'est jamais permis de soumettre ses actes au jugement de l'opinion publique.

Sa Sainteté le Pape Léon XIII a rappelé, avec autant de clarté que de force, les règles disciplinaires de l'Eglise sur ce sujet plein d'actualité.

" Il est constant et manifeste qu'il y a dans l'Eglise " deux ordres bien distincts par leur nature : les pasteurs " et le troupeau, c'est-à-dire les chefs et le peuple. Le pre- " mier ordre a pour fonction d'enseigner, de gouverner, de " diriger les hommes dans la vie, d'imposer des règles ;

(46) Qui vos spernit, me spernil. Qui auipm me spernil, spernil eum qui misit me. (Luc. XV. !6).

*' Tautre, a pour devoir d'être soumis au premier, de lui ■" obéir, d'exécuter ses ordres et de lui rendre honneur. Que " si les subordonnés usurpent le rôle du supérieur, c'est, ^' de leur part, non seulement faire un acte d'injurieuse ■'' témérité, mais encore c'est bouleverser, autant qu'il est *' en eux, l'ordre si sagement établi par la providence du " divin fondateur de TEglise. 8'il se trouvait, par hasard, " dans les rangs de l'épiscopat, un évêque ne se souvenant ■" pas assez de sa dignité et paraissant infidèle à quelqu'une ^' de ses saintes obligations, il ne perdrait, malgré cela, rien " de ses pouvoirs, et tant qu'il demeurerait en communion *' avec le Pontife Eomain, il ne serait certainement per- " mis à personne, d'afi"aiblir en quoi que ce soit le res- ■" pect et l'obéissance qu'on doit à son autorité. Par " contre, scruter les actes épiscopaux, les critiquer, n'ap- *' partient nullement aux particuliers, mais cela regarde " seulement ceux qui, dans la hiérarchie sacrée, ont un *' pouvoir supérieur, et surtout le Pontife suprême ; car " c'est à lui que Jésus-Christ a confié le soin de paître par- *' tout non seulement les agneaux, mais encore les brebis. " Tout au plus, quand les fidèles ont de grands sujets de " plainte, leur est-il permis de déférer la cause entière au ^' Pontife Romain, pourvu toutefois que, gardant la pru- " dence et la modération conseillées par l'amour du bien ■" commun, ils ne se répandent point en cris et en abjurga- " tions, ce qui contribue plutôt à faire les divisions et les *' haines, ou certainement à les augmenter (47)."

Se rendent-ils bien compte de la sagesse de cette haute •direction et de la gravité des obligations qu'elle impose à tous les fidèles, sans exception, ces catholiques qui, voulant repousser les mains sacrilèges qu'on porte sur l'arche sainte, ne craignent pas, au cours de la lutte, de critiquer et de blâmer les actes épiscopaux, de traîner leurs chefs spirituels

(47) Lettre à Mgr l'archevAque île Tours. V. aussi, lettres aux évoques de Belgique, de Frdnce et d'Espagn-i.

devant le peuple, par leurs discours ou par leurs écrits, et de leur donner des leçons d'autant plus outrageantes qu'elles sont publiques et injustifiables sous tout rapport ? Combattre, est parfois un devoir,mais il faut combattre sous les ordres des chefs, attendre d'eux le cri de ralliement, suivre leurs plans de campagne, et, au besoin, battre la retraite au premier signal ^ agir autrement, c'est devenir soi-même l'ennemi des siens et, de tous les ennemis, le plus perfide et plus dangereux.

Si l'autorité épiscopale relève du pape et non de l'Etat^ en appeler de ses jugements, dans les choses d'ordre spirituel, au jugement du pouvoir séculier, c'est, pour un catholique, se mettre en contradiction avec ses propres croyances, étoufifer la voix de sa conscience, souffleter sa mère, la sainte Eglise, et s'exposer à sortir violemment de son sein.

" J'embrasse avec joie et avec amour, — écrivait saint " Cyprien, — ceux qui reviennent avec un vrai repentir ; " mais s'il s'en trouve qui croient pouvoir s'ouvrir la porte " de l'Eglise par la terreur, plutôt que par les larmes et la " soumission, qu'ils sachent que le camp invincible du " Seigneur ne cède point à des menaces. Un évêque tenant *' l'Evangile et gardant les préceptes de Jésus-Christ, peut " être tué, mais il ne peut être vaincu (48)."

Enfin, si l'autorité épiscopale a pour but le bien spirituel et le salut de nos âmes, cette autorité, loin d'être un joug et une tyrannie, comme on se plait trop souvent à la présenter, doit être considérée comme un immense bienfait, car elle se rattache au droit sacré et inviolable que nous avons tous de préférer aux biens de ce monde les biens de l'éternité, et elle nous est, à cette fin. tellement nécessaire, que si elle n'existait pas, nous pourrions, en quelque sorte, la réclamer de la miséricorde divine.

Puisqu'elle nous a été donnée, nous avons le droit à ce

(48) Lettre LV.

qu'elle soit reconnue et respectée, à ce qu'elle soit libre dans son exercice, de manière qu'on enlève les obstacles qui viennent, en entravant sa marche, entraver notre propre marche vers le ciel.

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