‹ Sermon sur l'autorité des évêques [microforme]Chapitre 2 sur 7 · DOME" CR · texte numérisé non relu

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pays (3), toutes les âmes (4), n’est pas une société quelconque, se confondant plus ou moins av2c les autres sociétés, au milieu desquelles elle vit, leur empruntant son mode d’être, réclamant d'elles un appui nécessaire et des ressources indispensables à son existence et à son action, reconnaissant leur suprématie et s’y soumettant ; c'est une société nouvelle par la fin qu’elle poursuit et par les pouvoirs qu'elle possède, une société publique, parfaite, indépendante et suprême.

Les membres de l'Eglise, ainsi considérés, n’ont pas tous les mêmes attributions niles mêmes droits ; ils sont partagés, à un point de vue très général, en deux classes parfaitement distinctes : celle des clercs et celle des lacs, division qui correspond aux éléments essentiels de tout corps social : l'autorité et, la multitude, les gouvernants et les gouvernés, les chefs et les sujets. ins l'a voulu le Maître, ainsi l’ont compris les apôtres, ainsi l’ont déclaré et défini les Conciles, cru et professé les siècles chrétiens, et en présence de ce témoignage universel, nous n'avons que faire des négations des hérétiques, des sarcasmes et des blasphèmes des impies, des distinctions et des subtilités choquantes de certains calhoïiques qu’égarent, sans doute, des notions incomplètes ou fausses sur la constitution de l'Eglise et la nature de ses pouvoirs.

Les laïcs, quoique distincts entre eux au point de vue civil et politique, sont parfaitement égaux en tant qu'ils constituent le peuple fidèle. Il n’y a parmi eux, selon le langage de l’apôtre (5), ni différence de nation, ni différence de condition et de dignité. Tous jouissent des mêmes privilèges, sont soumis aux mêmes obligations, professent la même foi (6) et sont devenus, par le même baptême, les

(3) Eu: :s in mundum universum. (Marc, xvi, 15.) (4) Prædicate evangelium omni creaturæ. (ld.)

(5) Ubi non est gentilis et judæus, circumcisio et præputium, barbarus et scytha, servus et liber. (Goloss. 111, 11.)

(6) Unus Dominus, una fides, unum baptisma. (Ephes, 1v, 5.)

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frères et les cohéritiers de Jésus-Christ (,), tous marchent au même but en parcourant les mêmes sentiers (8). Adtnirable démocratie que seul pouvait réaliser Celui qui s'est fait esclave de chacun de ses frères, afin de rendre à chacun de ses frères esclaves, la liberté des enfants de Dieu (9).

Il n’en est pas ainsi du clergé. Chargé d’instruire les fidèles, de les sanctifier par les sacrements, de les conduire et de les diriger, le clergé constitue dans l'Eglise, le principat sacré : hiérarchie incomparable dont les pouvoirs se divisent en trois ramifications . différentes qui forment autant de degrés distincts : l'eniscopat, la prétrise et le diaconat. — L'antiquité chrétienne, par ses pontifes, ses pères et ses docteurs, est unanime à reconnaître l’origine divine de ces trois degrés du pouvoir sacerdotal et le < int concile de Trente frappe d'anathème quiconque ose la nier (10). LA

Au premier rang de la hiérarchie catholique, nous apparaissent donc les évêques. Ayant à leur tête le Pontife Romain, évêque universel, par suite, évêque des évêques eux-mêmes, ils en forment la’partie principale. Comme les apôtres, ils sont les pierres fondamentales du royaume du Christ, mais des pierres fondamentales secondaires superposées sr: fondement unique de la primauté de Pierre qui, à se. Ar, emprunte sa force et sa stabilité du Seigneur Jésus, pierre première et véritable de tout l'édifice sucré (11).

Monseigneur, entouré de votre clergé, de vos communautés religieuses et de vos fidèles, vous célébrez, en ce moment, le joyeux anniversaire de votre consécration épis-

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(7) Hæredes quidem Dei, cohæredes autem Christi. (Rom. vin, 17.) (8) Vocati estis in una spe vocationis vestræ, (Ephes. 1v, 4.) (9) In libertatem gloriæ filiorum Dei. (Rom. vin, 21.)

(10) Si quis dixerit in Ecclesia Catholica non esse hierarchiam, divinâ institutione institulam, quæ constat ex Episcopis, Presbyteris et ministris ; anathema sit. (Sess. xxu1, can, 6.;

(11) Estis domestici Dei, superædificati super fundamentum apostolorum et prophetarum, ipso summo angulari :apide Christo Jesu. (Ephes. 11, 19, 20).

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copale, jour solennel où vous avez reçu le caractère ineifaçable de Pontife imprimé dans votre âme par le doigt. de l’Esprit-Saint, jour béni où vous êtes entré en partage du sacerdoce suprême du Souverain Prêtre, le Christ Jésus, où vous avez été honoré de ses tendresses et de ses confidences les plus int: nes et investi de ses plus hautes prérogatives, jour sacré, enfin, due les saints Pères nomment “ le jour na- “ tal de l’évêque,” parce qu’il rappelle la puissance d’engen-, drement qui opère la transmission de l'Ordre et des pouvoirs dont l'Ordre est la racine. Qu'il me soit donc permis, mettant de côté tout ce qui serait trop personnel et de nature à blesser la délicatesse de vos sentiments, sans rien apprendre de nouveau, ni.à votre clergé ni à vos fidèles, de m'’arrêter exclusivement à cette dignité épiscopale dont vous êtes revêtu et d'esquisser, à grands traits, les sublimes pouvoirs qu’elle renferme, J'ai cru qu’un simple exposé du droit public de l’Eglix sur ce sujet si important, serait propre non seuleinent à migux faire comprendre l’organisation de la société chrétiénne, maïs encore à faire tomber bien des préjugés et bien des illusions, à raffermir dans les cœurs, en ces temps dificiles que nous traversons, le respect et la soumission dus à l’dutorité religieuse, à confondre l’audace sacrilège de ceux qui, renversant l’ordre établi par Jésus-Christ, voudraient se substituer aux pasteurs légitimes dans le gouvernement de l'Eglise et la direction des âmes.

On l’a dit avec raison, l'Eglise est à la fois un temple et un trône, c’est-à-dire une religion et un royaume, car Jésus- Christ, son fondateur et son chef, est en même temps prétre (12) et roi (13). C’est pourqu.1 les évêques, posés par l'Esprit-Saint pour régir cette même Eglise, possèdent à cette fin, un double pouvoir : le pouvoir d’'Ordre et le pouvoir de Juridiction, symbolisés l’un et l’autre par les deux

(12) Habentes.. pontilicem magnum... Jesum filium Dei. (Heb, 1v, 14)

(13) Tu dicis, quia rex sum ego, (Joan. xvur1, 37.)

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choses qui, dans une cathédrale, attirent le plus les regards : l'autel, où s’immole l’auguste Victime, et la chaire d’honneur, où prend place le Pontife revêtu de tous les insignes de sa dignité ét de sa puissance. Par le premier de ces pouvoirs, l’évêque exerce le culte divin et administre les sacrements, par le second, il gouverne les fidèles en tout ce qui concerne la foi et les mœurs ; par le pouvoir d'Ordre, l'évêque est un prêtre parfait, un sacrificateur dans toute l’étendue du mot et de la chose, un hiérarque suprême, comme l'appelle saint Ambroise, récapitulant en lui toutes le: ordinations, un générateur du sacerdoce, enfin, un propegateur réel de la tribu sainte de Lévi ; par le pouvoir de Juridiction, il est, sous le Pape, un vrai pasteur et un vrai prince de l'Eglise.

Passant sous silence le pouvoir d'Ordre, que personne n'ose nier, je me contenterai de parler du pouvoir juridictionnel de l’évêque, pouvoir essentiel dans le gouvernement de l'Eglise dont il est la force et la beauté ; pouvoir incontestable, au double point de vue de la foi et de l’histoire, et cependant si contesté de nos jours, sinon quant à la légitimité de son existence, du moins quant à sa nature et à ses limites véritables.

Pour bien comprendre l'autorité épiscopale, son excellence, sa nécessité, le prestige dont elle jouit dans le monde et le bien immense qu'elle y opère, il faut l’étudier e» ellemême et dans son étendue ; en elle-même, c'est-à-dire dans son origine et son but ; dans son étendue, c’est-à-dire sur quels objets et dans quelles limites elle s'exerce.

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