‹ Sermon sur l'autorité des évêques [microforme]Chapitre 3 sur 7 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

@rigine et fin de l’antorité épiscopale

De quelle source découle la juridiction des évêques ? Vient-elle de Dieu, vient-elle de l’homme ? Vient-elle de Dieu directement, vient-elle de Dieu par l’homme? &i elle

de de

vient de Dieu par l’homme, relève-t-elle de la multitude, du pouvoir séculier ou du pape, chef suprême de l'Eglise ?

Il serait trop long d'énumérer et de réfuter ici toutes les fausses solutions données à ce grand problème. Qu'il suffise de les ramener à deux principales auxquelles les autres se rattachent et dont elles ne sont, pour la plupart, que des modifications accidentelles.

Sans aller jusqu'à vouloir détruire de fait la forme sociale et extérieure de l'Eglise et à proclamer, en ce qui concerne l'autorité spirituelle, le régime de l'émancipation complète, de l'égalité absolue et de la démocratie la plus radicale, comme le firent plus tard Luther et Calvin, certains écrivains du XIVe siècle, (14) pères de notre libéralisme contemporain, soutinrent que la hiérarchie ecclésiastique n’est qu'une institution purement humaine, que la souveraineté spirituelle appartient à la nation et qu'’ainsi le peuple chrétien a la juridiction en propriété. C’est en lui, comme en leur source, disent-ils, que résident les pouvoirs de l'Eglise, pouvoirs dont il confie l’exercice aux chefs hiérarchiques, simples mandataires qu'il peut juger et déposer à son gré.

Au dix-huitième siècle, cette théorie de la démocratie, dans l'Eglise, fut renouvelée sous une forme mitigée (15). Tout en admettant l’origine divine des divers degrés de la hiérarchie catholique, on affirma que ses pouvoirs sont subordonnés au corps des fidèles, en qui réside la source de la souveraineté spiritue:le et dont le pape et les évêques ne peuvent être que les instruments et les ministres.

À côté des flatteurs du peuple et des adulateurs de sa puissance, se sont trouvés les flatteurs des princes et les adulateurs de leur autocratie. Que l'Eglise prie, disent ces derniers, qu’elle administre les sacrements, qu’elle enseigne la doctrine ; mais qu’elle ne prétende pas dicisr des lois,

(14) Mars: de Padoue et autres.

(15) Edmond Richer et autres.

le

juger dans le cercle des rapports sociaux et infliger des peines. [La juridiction est de la compétence de l'Etat seul. L'Eglise n'est pas un pouvoir public, mais simplement une société religieuse. Ses chefs n’ont ni pouvoir, ni empire, mais une autoriié toute morale. La souveraineté réside dans l’état, il n’y à pas de pouvoirs en dehors de lui (16).

À ces propositions hétérodoxes et subversives de sa divine constitution, l'Eglise a répondu depuis longtemp par ses pontifes et par ses conciles, en déclarant anathèmes ceux qui contestent l’origine divine de l'autorité du pape et des évêques, lui donnent comme source la souveraineté du peuple ou celle de l'Etat, ou bien la déclarent inférieure et la subordonnent, en ce qui la concerne, à celle du pouvoir séculier (17).

Et d'abord, le pouvoir juridictionnel des évêques ne vient pas de la multitude.

Consultons l’ancien Tertament, alors qu'il ne s'agissait cependant que d'ombres et de figures, alors que le droit au sacerdoce se transmettait par la génération charnelle, et l'on verra que le peuple n'était pour rien dans la mission de ses pontifes et dans l'exercice de leurs augustes prérogatives, Dieu s’y étant choisi lui-même une tribu privilégiée à qui il avait confié les fonctions du culte sacré (18) ; on verra que, pour avoir voulu usurper ces fonctions redoutables, Saül fut réprouvé et son scebtre brisé (19), Ozias fut frappé de la lèpre (20) Corée, Dathan et Abiron descendirent vivants dans la terre entrouverte sous leurs pieds en punition de leur tentative sacrilège (21).

Ouvrons l'Evangile et demandons à ses pages inspirées

(16) V. Minghetti (De l'Eglise et de l'Etat) et Cardona (Anthol. nouv.) (17) V. Entre autres : le concile de Trente et celui du Vatican,

(18) Erantque sacerdotes mibhi religione perpetuä, {Exod. xx1v, 9). (19) I. Rois, ch. xv.

(20) 2 Par. xxvi, 19, 21.

(21) Nomb, xxvi, 6, P, 105 v. 17.

à qui Jésus-Christ a communiqué directement et immédia--

tement un pouvoir, que certes il ne tenait ni de la multitude ni de ses chefs, mais qu'il avait reçu d’en haut (22). Est-ce au peuple ou à ses apôtres, spécialement appelés et formés par lui eu ministère des âmes, que le Christ a dit : “ Toute ‘ puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez ‘ donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom “ du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; leur apprenant à ‘ observer tout ce’que je vous ai ordonné (28) ? ” Est-ce au peuple ou à ses apôtres qu’Il a donné le pouvoir de lier et de délier (24) ? Est-ce au peuple ou à ses apôtres qu’Il a confié celui de consacrer (25), de remettre et de retenir les péchés (26), d'administrer les autres sacrements (27) ? Est-ce le peuple ou les apôtres, enfin, qu’Il a constitués le tribunal de l'Eglise, lorsqu'il a dit, en parlant de celui qu’une monition privée, suivie d'une monition devant deux témoins ne suffit pas à corriger : ‘“ Dénonce-le à l'Eglise,

‘et s’il n’écoute pas HRBES, considère-le comme un paien

“et un publicain (28).”

Au reste, ce peuple fidèle où était-il donc alors que le Maître lui choisissait ses chefs futurs, et qu'il déléguait à ceux-ci ses pouvoirs ? Je le cherche en vain avant la Pentecôte. Mais comment pouvait-il, puisqu'il n'existait pas encore, être :e dépositaire de l’autorité constituée pour le régir dans l'avenir ? Comment peut-il aujourd'hui commu-

(22) Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra. (Matth., xxvin, 18.

(23) Euntes ergo, docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii et Spiritus Sancti; docentes eos servare omnia quæcumque mange vobis, (Id.)

(24) Quæcumque alligaveritis super terram erunt iigata et in cœælo ; et quæcumque solveritis super terram, erunt soluta et in cœlo, (Matth, xvut, 18.)

(25) Hoc facite in meam commemorationem. (Luc, xxnr, 19.)

(26) Quorum remiseritis peccata, remittuntur eis, et quorum retinueritis, retenta sunt. (Joan. xx, 23.)

(27) Inducat presbyteros Ecclesiæ, et orent super eum. (Jacob. v, 14.)

(28) Quod si non audierit eos, dic Ecclesiæ. Si au‘em Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus. (Matth. xvn:, 17).

PURES à SUP

niquer à ceux qui le dirigent cette même autorité qu'il n'a pas reçue ? |

| Témoins et interprêtes fidèles des actes et des promesses

| de Jésus-Christ, les apôtres ne nous laissent aucun doute, ni

4, dans leurs écrits ni dans leur conduite, sur ce qu’ils ponse:t de l’origine de leur juridiction dans l'Eglise. Indépendamment du peuple et, la plupart du temps, sans mème prendre

son simple avis et son témoignage, ils initièrent au sacer-

doce ceux qu'ils avaient eux-mêmes choisis et de leur pro:

pre autorité les placèrent à la tête des diffèrentes Eglises de

l'Orient et de l'Occident (29). En fondant ces Eglises, ils

agirent, pour ce qui est de l’ordre spirituel, comme étant

leurs vrais princes et leurs vrais pasteurs, portant des lois

et exigeant l'obéissance de la part des fidèles, (30) menaçant

les coupables et leur infligeant des peines, (31) jugeant et excommuniant les criminels (32), condamnant et chassant

les hérétiques du sein de l’Eglise (38), et tout cela en dehors du suffrage du peuple et sans l'appeler dans leurs conseils.

Successeurs des apôtres, les évêques suivirent la même ligne de conduite et enseignèrent la même doctrine. On chercherait en vain duns l’histoire la preuve qu'ils resonnurent jamais à la multitude des fidèles le droit et le pouvoir d’élire ses chefs spirituels et de leur déléguer une puissance dont Jésus-Christ l'aurait fait la dépositaire.

La tradition chrétienne tout entière se lève, au contraire, pour atiester et professer que la mission des évêques ne vient pas du peuple, mais bien de Celui, qui, pasteur suprême et invisible de l'Eglise universelle, les choisit et les envoie, par son Vicaire sur la terre, pour la gouverner et la régir.

Aussi Pie VI, a-t-il condamné, dans la bulle “ Auctorem

(29) Act. Apost. (Passim.)

(30) In promptu habentes ulcisci omnem inobedientiam. (11, Cor. x, 6.) (31) Si venero iterum, non parcam. (Id. xm, 2.)

(132) I Cor. v, 1, 5.

(33) I Tim. 1, 19, 20.

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Fidei, ” 1a proposition suivante : ‘“ Le pouvoir a été donné “ par Dieu à l'Eglise, afin qu'il fût communiqué par elle “aux pasteurs qui sont ses ministres pour le selnt des âmes. ” Avant lui, le pape Innocent III avait dit : “ Aucun “ pouvoir, dans l'Eglise, n’est attribué aux laïcs, quelque “religieux qu'ils soient ; ils ont le devoir d’obéiret non et “ le pouvoir de commander. ”

La règle canonique “ docendus est populus, non.sequendus, ” demeure donc la formule de l'enseignement catholique, et ainsi se trouve divinement exclu du gouvernement de l’Eglise l'élément démocratique tel que nous l'avons défini et expliqué.

Est-ce à dire que Jésus-Christ a, par là, méprisé le peuple, méconnu ses droits et sa dignité dans le monde et qu'il l’a totalement oublié dans la distribution de ses prérogatives et de ses pouvoirs ? Est-ce à dire que le pape et les évêques, dépositaires de cette autorité souveraine et indépendante de la multitude, peuvent, à leur gré, s’en servir pour l'opprimer et faire peser sur elle le joug d’une honteuse servitude ? Ce serait bien mal connaître le cœur du bon Maître, bien mal comprendre la société chrétienne et ignorer son histoire que d'oser l’affirmer. Si le Christ n’a pas confié au peuple la direction de son royaume sur la terre, il a donné à chaque enfant du peuple le droit d’aspirer à franchir le seuil de la hiérarchie sainte et d'en monter tous les degrés sans en excepter le suprême pontificat lui-même. Sous ce rapport, la plus parfaite égalité règne entre tous les membres de l'Eglise et il n’y a parmi eux ni distinction de caste ni privilège du sang.

Et cette souveraineté elle-même confiée au pape et aux évêques n'a-t-elle pas pour but l'édification et le salut de chaque membre du corps social ? La protection des faibles et des ignorants ? la substitution du règne de la liberté, de l'égalité et de la fraternité au règne de l’esclavage et de la tyrannie ? De par la volonté expresse du Christ, le peuple n’a-t-il pas le droit inaliénable d’être

tu :

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gouverné avec respect et charité, d’être initié à la doctrine de Jésus-Cbrist et de participer à ses sacrements ? Les prétres, les évêques, le pape ne sont-ils pas établis uniquement pour son bien ?

Comme question de fait, à quel usage le pape et les évéques ont-ils employé leur pouvoir juridictionnel ?

Demandez-le à ces peuples nombreux appelés, des ténèbres de l’idolâtrie la plus dégradante, à la lumière bienfaisante de la foi et de la civilisation chrétienne.

Demandez-le à cette multitude presqu’infinie d'esclaves rendus à la liberté civile et politique. Demandez-le à la famille païenne relevée de son état de dégradation et restituée à sa dignité première. Demandez-le à ces orphelins de tous les siècles dont l'Eglise s’est constituée la mère tendre et dévouée, à ces aveugles et à ces boiteux dont elle est devenue l'œil et le pied ; à ces pauvres, à ces malades, à ces infirmes, à ces vieillards délaissés, à ces rebuts de la société qu'elle a recueillis, vêtus et nourris dans ses asiles, ses hospices et ses hôpitaux, dont elle a séché les larmes et rendus moins amères les dernières années d'’existence.

Demandez-le, enfin, au monde entier qui, sous l'influence bienfaisante de ce pouvoir divin, à commencé à vivre d’une vie nouvelle : vie de lumière, vie de chaleur, vie de progrès, vie de liberté, vie de foi et d'amour qui est, pour ceux qui le veulent, le prélude de cette autre vie dont l'Eglise leur ouvre les sources et où le fils du peuple aussi bien que le fils des rois, le plus humble des laïcs, aussi bien que le plus élevé des pontifes, trouvera la réalisation de tous ses rêves et la satisfaction complète de tous ses désirs.

Voilà comment, Mes Chers Frères, la démocratie fait partie de la constitution de l'Eglise, voilà comment l'Eglise peut être dite le gouvernement le plus démocratique qu'il y ait sur la terre.

PE, à: AA

Si l'autorité du Pape etdes évêques no vient pas du peuple, elle ne relève pas davantage du pouvoir souverain qui préside aux destinées de l'Etat.

11 y a deux manières, dit un théologien célèbre de nos à jours (34), de concevoir l'identification du pouvoir juridic- LS à) tionnel de l'Eglise avec le pouvoir politique : on peut se | placer soit au point de vue de l’étre même de ce pouvoir, soit au point de vue du swet en qui il réside. Mais il est manifeste qu’au point de vue de l’éfre même du pouvoir, cette identification est impossible, prisque l'origine du pouvoir religieux et celle au pouvoir civil, /« fin propre qu'ils poursuivent l’un et l’autre, et la matière sur laquelle ils s’exercent diffèrent du tout au tout.

Le pouvoir civil vient de Dieu comme auteur de la nature, le pouvoir de l'Eglise vient de Dieu comme auteur de la grâce ; le premier est donc de droit naturel, tandis que le second est de droit divin positif.

Le but du pouvoir civil et politique, c’est la félicité naturelle de l’homme, la paix et la prospérité temporelles de la nation ; le but du pouvoir religieux, c’est, nous l'avons déjà dit, la vertu chrétienne-et le salut éternel des âmes. La matière, par conséquent, sur laquelle opère le premier, c’est l’ordre civil et les intérêts purement matériels ; la matière sur laquelle opère le second, c’est l'exercice: de la religion, l'usage des sacrements, la pratique des préceptes et des conseils évangéliques, l’enseignement de Ja vérité incréée. Les deux pouvoirs sont donc essentiellement distincts de leur natuie.

Ils le sont aussi au point de vue du sujet en qui ils résident.

| Le sujet du pouvoir civil, c’est l'Etat : que cet Etat s’ap-

pelle monarchie, aristocralie ou république, peu importe, 1 c'est l'Etat, et jamais les pontifes romains, jamais les évéques n'ont réclamé en leur faveur le droit de comman

mr L aussi ss

(34) Le P. Liberatore, S. J, (Droit public de l'Eglise.)

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