‹ SermonsChapitre 2 sur 24 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

J'ouvre les Livres saints dépositaires des sacrés oracles de la vérité

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étemelle. Je les consulte sur la destinée des hommes après la mort.

Que me répondent- ils? Les uns ( ce sont les Péclieurs ) iront dans les supplices éternels-, les autres (il s'agit des Justes) entreront dans la vie éternelle, Ibunt hi in sup^pliciwn œternum ; Justi autem in vitarn œternam. [Math. xxv. 46.].

Vérité détaillée de la manière la plus précise dans l'arrêt que Jésus- Christ nous dit devoir lui-même prononcer ur jour contre les Pécheurs: Allez, maudits, loin de moi dans le feu éternel , Discedite a me j maledicti , in ignem œternum. [Ibid. 4i. ]. Vérité si clairement énoncée dans les paroles de l'Evangile, qu'elles ne sont susceptibles d'aucun autre sens que celui qu'elles présentent au premier coupd'œil. Pourquoi? Parce que Jésus- Christ, instruisant les Peuples, et

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des Peuples grossiers, d'une vérité ausssi essentielle , leur citant les termes mêmes de l'arrêt de condamnation; on ne doit et on ne peut les entendre que dans leur signification propre et naturelle; parce qu'il n'est aucun moyen raisonnable d'interpréter différemment les diiTérens textes également positifs, réitérés et uniformes qui tous expriment énergiquement les tourmens de l'Eternité; parce que ce mot d'Eternité ce trouve appliqué à la durée de l'Enfer de la même manière dont il est appliqué à la durée de Dieu. Car, il n'est pas dit simplement que les peines dureront éternellement , expression qu'on essaye d'expliquer, remarque vSaint Augustin: mais il est dit qu'elles dureront pendant les siècles des siècles; expression ordinairement employée dans les saintes Ecritures

& désigner rétcrnité même de Dieu; parce que dans le même endroit les peines de l'Enfer sont mises en opposition avec les récompenses du Ciel; et, comme on reconnoît universellement l'éternité de celles • ci, il faut aussi reconnoître Téternité de celles-là ; sans quoi , il fau droit, dans le même texte, donner au même terme deux sens difTérens.

Réunissons tout en un seul mot:

vérité si certaine et si incontestable, qu'elle est un des points principaux delà Foi chrétienne, une des décisions expresses de l'Eglise qui rejette de son sein quiconque n'est pas soumis à ce dogme. Et il est à observer que ceux -mêmes qui, sur plusieurs articles, ont combattu la Foi de l'Eglise, sont demeurés fermes dans la croyance de la vérité et de l'éternité de l'Enfer; tant elle leur a paru formellement ex-

primée. Or, celte vérité ainsi établie, je fais deux propositions : La première, qu'il est impossible de la détruire; la seconde, qu'il seroit injuste de s'en plaindre.

Et d'abord la mérité de l'Enfer et d'un Enfer éternel, par là même qu'elle est étroitement liée à celle de la Religion, forme avec celle-ci un tout tellement inséparable, qu'il faut évidemment que l'une et l'autre soient anéanties du même coup , ou qu'elles subsistent toutes les deux. Car, tant qu'il sera certain que la Religion clirctienne est une Religion divine; il s'ensuivra, par une conséquence nécessaire, que toutes les vérités qu'elle propose, sont des vérités divines, et que la preuve de chacune de ces vérités se trouve dans les preuves mêmes qui appuycnt incbranlablcment la Religion. Arraclicz donc, arrachez du

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milieu de l'Univers ce grand arbre que Jésus-Christ y a planté, qui y a jeté des racines immenses , qui de son feuillage couvre la Terre, Jésus-Christ désigne ainsi sa Religion; sans cela, n'espérez pas d'eu séparer jamais une seule branche.

Renversez celte pierre que J. - C, a posée et affermie, sur laquelle il a bâti son Eglise, et qui depuis lors à écrasé tous ceux qui ont entrepris de l'ébranler; sans cela, n'espérez pas de faire écrouler jamais une seule partie de ce vaste édifice qu'elle soutient. Détruisez ce règne absolu de J -C. . ce règne qui ne doit jamais avoir de fin, ce règne qui, depuis plus de dix-sept siècles, se perpétue encore à vos yeux malgré les efforts les plus violents , les plus soutenus^ les plus redoublés de l'irréligion et de l'infidélité; sans cela, n'espérez pas de 5. 1"*

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détacher jamais de la soumission à un seul point de sa parole, les vrais Fidèles qui la connoissent.

C'est là cette parole immuable dont le IVIonde n'a jamais pu combattre efiicaccment la yérité. Vous ne pouvez donc pas combattre plus efficacement celle de l'Enfer; puisqu'elle est renfermée dans le nombre des vérités que celte parole divine a annoncées, que les Apôtres ont prèchées, que les prodiges ont autorisées, pour lesquelles les Martyrs se sont sacrifiés, et que Jésus-Christ nous a si expressément enseignées. De tout ce cju'il a révélé pour l'avenir, de tout ce qu'il a prédit à Jérusalem de malheurs , de châtimens et de vengeances, de tout ce qu'il a marqué devoir arriver de frappant et de terrible, en punition du crime des Juifs; je consulte l'histoire profane , j'en

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prends l'Univers à témoin : tout , jusques à la plus légère circonstance, s'est exactement vérifié. Osez encore, osez douter, après sa parole, de la réalité du supplice dont il menace vos péchés. Si donc vous»me demandez le motif de ma créance sur ce point ; je vous répondrai en deux mots : Ma Religion me l'apprend; or, la divinité de cette Religion m'étant invinciblement prouvée, il est prouvé par là même qu'elle ne peut point m'enseigner d'erreur.

Et, parce que la force d'une vérité paroît toujours mieux dans l'accord que d'autres vérités ont avec elles ; parce qu'elle se produit dans le temps même où il ne s'agit pas directement de la traiter; nous voyon9#s0 développer la vérité d'un Enfer éternel dans la plupart de celles que nous en-

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seigne ailleurs la Religion, en appuyant ce que la raison seule avoit appris aux hommes de l'immortalité de leur ame, qui doit exister tou^ jours; jusqueS'là, vous le savez, mes Frères, que les Payens, parlant de la punition des coupables après .cette vie, en peiguoient eux-mêmes les tortures, sous des traits qui, attentivement examinés, en déterminent l'éternelle durée. Et que nous disent ces vérités? Que le moment de la mort est décisif, sans x^essources, puisque larbrc reste nécessairement où. il est lombé^ en nous affirmanl qu'il^i'y aura jamais de rémission dans l'autre vie pour les péchés qui nous y auront accompagnés , après nous avoir rendus mortellement ennemis de Dieu dans celle-ci. Ce sont tous autant de points difl^grens , ramenés sans cesse à la réalité d'un Enfer qui i^e finira jamais. Car, si les peines

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dévoient être bornées à un terme ; s'il pouvoit arriver qu'un jour les Justes et les Méchans, les Saints et les Pécheurs eussent le même sort; si ces derniers pouvoient espérer du moins d'être anéantis ( Ce qui supposeroit qu'en faveur d'un crime toujours subsistant, Dieu opéreroit un miracle de sa puissance ) ; dès -lors, que deviennent, et comment expliquer les oracles de la Foi ? D'où il suit qu'on ne peut évidemment lui résister sur ce point, sans l'abandonner entièrement. Or, à ce seul point particulier, qu'opposeriez-vous encore? Que l'idée de l'Enfer est pleine de terreur?

Mais la vérité est sûrement indépendante de l'effroi qu'elle cause; autrement toute vérité terrible cesseroit de l'être. Je veux que celte vérité soit incompréhensible 3 mais

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il est démontré que les bornes de l'intelligence humaine ne sauroient être une règle pour juger des vérités divines; témoin Texistence seule de Dieu que nécessairement l'esprit avoue, sans pouvoir la saisir.

Que celte idée vous paroit contraire à celle que vous avez de Dieu?

Arrêtez, mon cher Auditeur, c'est justement ici le point auquel je vous atteudois.

Eh! sur quoi porte principalement la vérité de l'Enfer? Sur.deux objets cjui sont incontestablement au dessus de vos lumières , la sainteté de Dieu, sa haine pour le péché. Car, savez -vous, et pouvez -vous savoir jusqu'à quel point Dieu est saint, et jusqu'à quel point le péché lui déplaît. Celte même raison qui nécessairement vous annonce un Dieu, nécessairement se confond, lors-

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qu'elle ose sonder sa manière d'être.

Comment donc, ne pouvant point assez connoître la nature de Dieu, ni par conséquent la nature du péché; vous hasarderiez vous à raisonner sur la façon dont Dieu doit le punir? Comment prétendriez-vous obscurcir la clarté de sa parole, par les ténèbres de votre intelligence ?

Comment essayeriez - vous d'affbiblir une vérité qu'il vous révèle, et dont évidemment vous ne sauriez être juge puisque vous ne comprenez pas assez les motifs sur lesquels elle est fondée? De ce que Dieu est infini dans toutes ses perfections , vous concluez à en appeler sans cesse à sa miséricorde; et moi, de cette même idée que Dieu est infini en perfections, et par conséquent en justice comme en bonté; je conclus que les etïets de l'une

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et de l'autre doivent également accabler sous leur poids mystérieux votre foible raison j je conclus qu'il est également impie et insensé de la prendre ici pour arbitre ; je conclus qu'elle parle en ayeugle de la prétendue disproportion qu'elle imagine entre le péché et le châtiment, dès qu'elle ne pénètre point assez ni toute l'énormité de la faute du coupable, ni toute la perfection du vengeur; je conclus que, dans l'obscurité de ses propres vues, il n'y a, et il ne peut y avoir pour elle de parti t^age, que celui de croire une vérité mrtrqaée sensiblement du sceau de l'autorité de Dieu, et dont elle ne peut pas contester la révélation. Je dis plus.

Chrétiens: Vous voudriez vous autoriser de l'inlinité des perfections de Dieu, pour réclamer contre ses

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vengeances. Ah! peusez-y, e'est précisément par vos paroles même qu'il peut vous confondre , De ore tuo te judico^ serçe nequam. [Luc.

XIX. 2'2. ]. Vous saviez , c'est ce qu'il pourra vous dire, vous saviez que j'étois infini, et que tout étoit infini dans moi. Ma justice devoit donc vous paroitre aussi impénétrable que mon être. Vous convenoit il de la mesurer et de la restreindre? Qui étiez-vous pour en appeler de mes arrêts? Etoit ce à vous, Téméraires, à fixer le degré d'une justice dont, de voire aveu, vous ne pouviez embrasser Tétenr duc, et h me citer au tribunal de ma bonté, dont il n'est que moi qui connoisse ies saints excès? Et, puis(|ue mes perfections surpasscicnt nécessairement toutes vos vues; il devoit donc vous paroitre conséquent que la peine du pécliéj

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qui outrage ces mêmes perfection?, excédât aussi toutes vos idées; puisque , parmi les hommes , le crime d'un seul instant est puni par les plus aflVeux supplices et par l'espèce d'éternité qui, dit S. Bernard, caractérise chez eux la punition de la mort.

Aussi, mes chers Auditeurs, je ne crois pas nécessaire de vous rappeler ici les divers raisonnemens des Pères et des Docteurs, quoique très -solides, sur la conciliation de cette justice et de cette bonté dans Dieu. Je ne vous dirai pas, avec Saint Augustin: que les hommes , par un jugement dont on avoue l'équité, punissent éternellement, autant cp'il est en eux , une faute passagère, en retranchant pour toujours le coupable de la société des hommes; c'est que ce n'est pas, selon leurs idées mêmes, par la durée du temps que doit se

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mesurer la brièveté du crime; avec S. Bernard: que par là même que Dieu est bon , il ne peut donc jamais y avoir d'accord entre Dieu et les méchans morts dans la malice du péché ; avec S. Thomas : que le péché subsistant toujours, et ne pouvant s'expier dans l'Enfer, il doit y être toujours l'objet de la haine de Dieu et de sa vengeance j avec S. Grégoire et S. Jérôme:

que, comme mourir dans le péché, c'est mourir sans rétracter la volonté d'outrager Dieu, il est juste qu'à l'éternité de ce désir réponde l'éternité du châtiment : avec Tertuiien: que la bonté consiste essentiellement dans l'amour du bien et îa haine du mal; que celui qui aime le bien doit l'exiger; que celui qui hait le mal doit le punir; que comme Dieu est souverainement et éternellement bon, il doit donc être

éieruellement et souverainement opposé au mal, et par conséquent toujours le punir, dès qu'il n'est pas réparé; avec les Théologiens : que, comme le péché étant formé par un consentement plein et libre de la volonté de 1 homme qui connoît la loi de Dieu et qui la transgresse, il renferme un mépris de l'autorité et des droits de Dieu; ce qui seul en justi fie la peine. Aussi, regardons-nous l'Enfer, reprend S. Grégoire, non comme opposé à cette bonté souveraine de Dieu, à qui il seroil bien plus intéressant qu'il n'y eût point de criminels à punir, Quia plus estj Tniserorum cruciatu non pascitur; mais comme un effet de celte justice non moins souveraine que les criminels n'ont pas voulu fléchir, et ne peuvent plus appaiser, Quia justus est, ab irtipioruin ultione non sedatur.

Ah ! cojûvenez-en de bonne foi ,

Chrétiens , c'est bien moins ici votre raison que votre intérêt qui ^'alarme. C'est bien moins ce que celle vérité a d'obscur, que ce qu'elle a d'effrayant qui vous arme contre elle. L'Enfer des Anges rebelles vous frappe moins que celui des hommes pécheurs ; et celui-ci vous paroit toujours plus inconcevable, à mesure que vous le méritez plus vous-mêmes. Et, pour vous rendre la chose sensible; quels sont ceux qui reconnoissent humblement la vérité de l'Enfer? C'est ce qu'il y a parmi les hommes de plus intègre, de plus charitable, de plus chaste, de plus vertueux; c'est ce qu'il y a de plus pénitent, de plus solitaire, de plus saint dans les cloîtres ; c'est ce qu'il y a de plus régulier, de plus pieux, de plus fervent dans le Monde chrétien; c'est ce qu'il y eut dans tous les siècles de

plus édifiant, (je plus exemplaire , de plus respectable dans l'Eglise; c'est ce qu'il y eut toujours de plus zélé pour 1 honneur de Dieu, de plus éclairé dans ses voies, de plus fidèle à ses ordres; c'est ce qu'il y a encore de plus savans défenseurs de la Religion, de plus profonds Théologiens , de plus versés dans les connoissances divines et humaines. Or, ils avoient des idées aussi honorables que nous de la bonté de Dieu; et cependant ils formoient et forment encore aujourd'hui cette nuée de témoins qui se présente toujours pour vous attester les vérités de l'Enfer. Et d'autre part (remarquez, je vous prie, cette différence) : Comme pour s'empresser à en combler, s'ils pouvoient, le gouffre qui les menace; qu'y aperçois -je, rangés sur ces l^ords? Des hommes de chair et de

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sang, des hommes de passions et de plaisirs, des hommes dont la Terre est le règne, dont la yolupté est le Dieu, dont le péché est la vie ; des hommes qui ne s'efforcent à étoufifer les vérités de l'Enfer que pour se déguiser qu'il doit être leur tombeau , qui ne voudroient en effacer le souvenir, en abolir l'idée que parce qu ils le méritent, parce qu'ils veulent le mériter toujours, parce qu'ils veulent le mériter , s'il se peut , sans crainte et sans remords.

Eh! n'eu est-il point, grand Dieu, n'en est-il point dans cet auditoire de ces âmes qu'on a tenté d'ébranler par cet affreux langage : il n'est point d'Enfer ! C'est qu'il falloit , j'en atteste leur sincérité, c'est qu'il falloit dissiper l'effroi avant que d'introduire le crime; éteindre à leurs yeux les feux éternels, pour

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allumer plus facilement les feux de la passion; aveugler, pour pouvoir séduire 3 essayer de désarmer Dieu, pour insulter impunément à ses lois; voiler les rigueurs de l'Enfer, pour se livrer tranquillement aux horreurs du libertinage.

Ah! je comprends alors comment l'idée de l'Enfer se trouve opposée à l'idée que voudroit se former de Dieu l'homme pécheur. Il voudroit, dans Dieu, une bonté qu'il mépriseroit même dans les hommes; il Toudroit une bonté qui ne fut qu'une impuissante foiblesse ; une bcnté qui protégeât le vice, en refusant de le punir; une bonté qui pardonnât le péclié, sans qu'il fallût seulement en solliciter le pardon ; une bonté qui vil presque d'un même œil la fidélité qui se soumet, et la désobéissance qui se révolte; une bonté qui mit au

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moms des bornes aux cliâtiniens dont Dieu menace , pour qu'il y eût moins de danger à ne mettre à ses penchans aucun frein; eC voilà. Chrétiens, ce qui seroit in^feilliblement , si l'Enfer n'étoic pas éternel. Non , il ne seroit plus une digue assez puissante contre le torrent des crimes ; témoin le peu d'impression que font sur vous ces feux redoutables qui doivent achever de purifier les araes justes après la vie. Ils vous effrayent à peine , parce qu'ils doivent finir ;, et vous ne regardez que comme légères les fautes que Dieu ne punit pas éternellement. Comme le péché a creusé TEnfer; il falloit donc aussi que, par son éternité, l'Enfer vous apprît à connoitre le péclié. Et que seroit , grand Dieu , que seroit le Monde^ si, dans l'ordre de la Fvor'

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vidence que vous y avez établi , TOtre sainte justice n'eût pas opposé une crainte aussi efficace k la licence, à l'emportement , à la fureur, à la brutalité des passions?

Biles sont encore assez violentes pour oser franchir celle effrayante bariMère. A quels excès se portentelles dans ceux qui constamment la méconnoissent ou qui l'oublient?

Où. en serions -nous donc, si elle n'existoit pas? Et, s'il n'y avoit pas un Enfer après la mort, ne verrionsnous pas déjà, pendant la vie, les troubles, les désordres, la confusion de l'Enfer?

Il existe, Chrétiens; et, loin que la bonté de Dieu vous fournisse des armes pour l'attaquer; c'est sa bon lé même qui le justifie ; et vous n'avez aucunes plaintes à former contre elle^ d'abord, parce que Dieu vous

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menace de l'Enfer. Car, c'est celte vue de l'Enfer qui sert efficacement à vous en préserver, puisqu'aucun de ceux qui l'ont sans cesse présente à l'esprit, n'en éprouvera la rigueur. Cette menace n'est, dans ses vues, la source de vos terreurs , que pour devenir celle de votre salut. Dès -lors, Pécheurs, ^ous n'ignorez pas le sort qui vous attend. Le traité est signé entre Dieu et vous 3 et, quoiqu'il ne soit pas libre de votre part dans le principe , il le devient dans les suites, puisqu'il dépend de vous de vous le rendre favorable. Et, ne vous en prenez qu'à vous-mêmes :

Si vous ne renoncez pas au péclié; c'est vous qui consentez à vous précipiter dans l'Enfer, Que reprochez-vous à la bonté de Dieu?

C'est pour vous y soustraire, qu'il

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travaille aujourd'hui à vous le faire redouter.

Dieu ne s'en tient pas là; pour vous le faire éviter, il vient luimême, et sans cesse, à votre secours.

Et c'est ici que l'offre à moi le sul>lime et touchant tableau que la Religion nous trace des infinies bontés de Dieu , que j*appellerai toujours avec le Prophète, le Dieu de mon salur, Deus salutis mûœ. A ses pieds il a placé, il est vrai, les foudres de sa vengeance; il a garanti l'autorité de ses lois, il a mis son trône à l'abri des insultes du péché par la profondeur de l'abîme»

Mais, en même temps que j'aperçois la main redoutable qui peut m'cnglouîir , je retrouve au bord de l'abîme cette même main qui me retient avec autant de force. Je trouve la croix d'un Homme-Dieu,

qui, comme un rempart assuré, ïie me permettra jamais d'y tomber, si jamais je ne cesse d'en faire mon appui. Je trouve la miséricorde du Dieu Sauveur toujours occupée à en tenir les portes pour qu'elles ne s'ouvrent jamais pour moi, si je veux profiter de ses secours. Que puis -je demander encore? Ah! je trouve le Sauveur lui-même qui, de son propre corps, m'en ferme l'entrée ; ce n'est qu'en, le foulant aux pieds que je puis y descendre. Contre Dieu, un Dien lui-même est armé pour moi. D'une part, des feux éternels j voilà la sévérité qui malarme. De l'autre, le sang d'un Dieu versé pour les éteindre ! Comprends -je mieux la tendresse qui me rassure?

Je me trompe, Chrétiens. Oui, c'est à la vue de ce que cetle len-

3o suii l'enfer.

dresse a d'infini, que je comprends mieux encore ce que sa sévérité di>it avoir d'éternel. Jusques à quand , Seigneur , différerez - vous à venger notre sang, Usquè quo , Domine , non vindicas sanguineni nostruml [Apoc. vi. lo. ], disent à Dieu ceux qui ont été immolas par ses ennemis. Et nous aussi nous sommes autorisés à dire :

Pourriez-Yous cesser , Grand Dieuî de venger , sur les hommes , le sang de votre propre Fils, répandu pour eux ?

Le spectacle seul de sa croïx , éternellement présent à vos yeux, vous présentera éternellement les eflbrts de son amour; et cet amour méprisé, insulté, bravé, peut-il ne pas éterniser votre indignation, votre colère et vos vengeances ?

Ah ! il faut , Pécheurs , et il est

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juste qu'il soit éternellement vengé, ce sang divin que vous aurez rendu pour vous éternellement inutile; il faut qu'éternellement elle s'exerce sur vous, cette justice que Jésus seul pouvoit satisfaire, puisque vous avez refusé d'avoir part à ses satisfactions. Il faut qu'éternellement cette justice règne, puisque vous n'avez pas voulu dans le temps laisser régner la miséricoixle. Autrement il ne faut donc sur vous d'autre règne que celui du péché.

Je parle du règne de la miséricorde. Ah! mes Frères, pouvez-vous aujourd'hui méconnoître ce qu'exige de vous la bonté de Dieu, pour vous pardonner?

Les tribunaux de cette bonté vous sont toujours ouverts. Vos crimes , fussent - ils aussi multipliés que les instants de votre vie, assez énormes pour saisir le Ciel et la

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Terre d'étonnement. Réclamez -la, cette bonté dans la sincérité de votre repentir. Il est désarmé, il efface Tarrét de votre condamnation; il vous rend sa grâce efficace. A sa voix le Giel va s'ouvrir à vos désirs, et l'Enfer se ferme sous vos pas.

Comme une larme, selon l'expression d'un Père, enchaîne sa toutepuissance; elle répanl sur vous les trésors de sa miséricorde. Si cet excès de bonté n'a rien qui vous touche : Périssez, malheureux, périssez à jamais; votre sort n'a rien qui m'étonne. J'adore en tremblant la justice qui vous frappe. Ce que j'ai peine à comprendre, c'est l'excès de l'aveuglement et de la malice qui vous perd.

Disons quelque chose qui vous soit plus personnel encore. Il y a un Enfer. Or, mille fois vous l'avez mérité, et vous le méiitez <eu*

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core à ce moment. Depuis plusieurs années, il vous demande comme sa victime. Eh! au lieu, mes Frères, de demander vous-mêmes comment Dieu étant si bon, il y a un Enfer; concluez plutôt qu'il faut que Dieu soit bien bon, puisque l'Enfer n'est point encore votre demeure. Vous êtes frappés de la manière dont Dieu punit le péché; et vous n'êtes point attendris de ce qu'il n'a point encore puni les vôtres. Vous murmurez de la sévérité avec laquelle il vous menace; et vous oubliez la douceur avec laquelle il vous épargne. Ce Dieu si bon vous jirotége visiblement; et vous outragez cette même bouté k qui vous devez cette protection. Us sont plus équitables que vous, les malheureux qui, actuellement dans l'Enfer, n'ont plus rien à espérer de Dieu. Forcés à reconnoître qu'ils pouvoient tout 5. 2 *

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en obtenir, ils gémissent de n'être plus en droit de lui rien demander ; ils blasphèment le Dieu qui se venge; mais ils avouent, par leurs remords, que Dieu fit de sa part tout ce qui étoit nécessaire pour les sauver. Ce qui les accable sous le poids de sa justice, c'est de n'avoir pas voulu devenir la conquête de sa miséricorde.

Ah ! Chrétiens , cette supposition seule me fait frémir; mais le zèle de votre salut doit-il craindre de s'alarmer pour vous, et de vous alarmer vous-mêmes. Qu'à cet instant, Dieu vînt à prononcer contre vous son dernier arrêt : qu'auriez- vous à répondre?

Vous en étiez fréquemment avertis et menacés ; vous aviez abondam • ment les secours et les moyens pour vous préserver; vous étiez vivement pressés, sollicités d'en user; pendant longtemps vous aviez

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été patiemment attendus et ménagés!

Que falloit-il donc pour vous arracher à l'Enfer, vous arracher au péché?

Pour vous y engager , voyons à présent ce que c'est que TEnfer.

SECaNDE PARTIE.

Si la Religion étoit Touvrage des hommes ; nous pourrions la proportionner h leurs idées , la modifier, l'adoucir, Tinterpréter à leur gré, et chercher ainsi, par des voies humaines, à leur faire goûter ce qu'auroit imaginé l'esprit humain. Mais, parce que nous vous annonçons la Religion d'un Dieu; parce que toutes les pensées des hommes doivent céder à la voix de Dieu; parce que jamais les hommes n'ébranleront la vérité immuable des oracles de Dieu; nous vous prêchons toujours la Religion telle

Ob SUR L ENFER.

qu'elle vient de Dieu. Ainsi, malgré le raffinement des connoissances que la Religion ne craint point ; malgré l'orgueil de l'impiété que la Religion ne ménage point; malgré les faux tempéramens d une sagesse pvofane que la Religion n'admet point; nous prêcherons l'Enfer et tous ses tourmens, l'Enfer et tous ses feux , l'Enfer et toute sa durée, l'Enfer et son éternité.

Et vous, qui, même par une conviction de foi , craignez d'en entendre développer les menaces ; vous, qui, sous prétexte du trouble que cette vériié vous cause, voudriez nous dissuader de vous en rappeler le souvenir, vous qui peut-être n'eussiez point assisté à ce discours si vous en eussiez prévu la matière ; écoutez des vérités terribles, parce que leur salutaire terreur peut ai-

sus. l'enfek. 37

der à vous garantir de ce qu'elles ont de réalité. Que le Seigneur ne nous parle point, disoieut autrefois les Juifs à Moïse, de peur que nous ne mourrions; et c'est pour écarter de vous une mort éternelle que le Seigneur ordonne à ses Ministres de vous parler de sa part , et de vous annoncer les rigueurs de l'Enfer. Eh î que, ne pouvons -nous en imprimer vivement l'idée dans vous ; la graver en caractères ineffaçables dans l'esprit de tous les Pécheurs; la réveiller surtout au moment de la tentation et dans l'indolence de l'habitude! Que ne peut alors notre voix se faire entendre à eux , et leur rendre avec effroi les gémissemens de ceux que TEufer retient et que le péché y a conduits?

Seigneur^ pour mieux seconder vos

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desseins, comme le mauvais Riche souhaitoit autrefois que Lazare revînt sur la terre pour instruire ses frères ; je vous demanderois ici volontiers de nous envoyer luimême ce Riche réprouvé pour nous peindre les maux qu'il souffre, et dont il peut lui seul nous donner une juste idée, Rogo te ut mittas eum. [ Luc. xvi. 27. ]. Puisse-t-il paroitre comme un de ces criminels livrés au supplice, à la vue de tout un p-'uple, pour servir d'exemple. Que ce témoignage sensible vienne enlever à TEnfer ceux qui l'oublient, et qui sont à la veille d'en éprouver les lourmens, Testetur illis ne et ipsi veniant in hune locuin tormentorum. [ Ib.

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