‹ Sermons (volume 2)Chapitre 20 sur 60 · II · texte numérisé non relu

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nous reste, quoique bien appauvri; et Jacob possédait le sien, quand il croyait que ses cheveux blancs descendraient avec douleur vers son fils au sépulcre, comme lorsqu'il s'écriait: Mon Jils vit

encore; j'irai et je le reverrai avant que je meure!

Me demanderez-vous où est le trésor de ces hommes dont le trait de caractère dominant est l'insouciance, qui n'ont de passion que celle de n'en point avoir, et qui, froids et glacés comme si leur vie était une espèce de mort, ne s'émeuvent, ne s'indignent, et ne s'embarrassent de rien? On pourrait répondre que cette insouciance est une chimère ou un voile de l'égoïsme, que les plus indifférens sont les plus intéressés, et qu'il y a toujours quelque chose qui les ranime, savoir, leur avantage et leur profit. Mais adoptons la conjecture et supposons qu'il existe des hommes dont le coeur , éteint avant l'âge et mort avant la mort , ne prenne plaisir à rien; M. F., cette insouciance même est leur trésor.

Et voyez quels heureux et touchans devoirs de charité naissent des principes que nous venons jk d'approfondir et des faits que nous venons de constater. Il en résulte que chacun est libre de se choisir et de se faire comme il lui plaît son trésor; que nous devons reconnaître et laisser a chacun cette liberté; que nous ne pouvons jamais juger à coup sûr du trésor de notre prochain, puisque nous ne pouvons ni comprendre toute sa situation, ni sonder toute son âme; que; par conséquent,

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nous devons nous garder de blâmer témérairement ses résolutions et ses entreprises, ses joies, ses tristesses ou ses espérances, et nous souvenant que chacun a sa manière de travailler et de vivre, et d'être dans la joie, la tristesse ou la gloire, et de mourir même, nous devons considérer le trésor de notre prochain comme un bien inviolable auquel c'est un tort de toucher, de sorte que notre devoir est seulement de lui dire: à votre trésor, que puis-je ajouter? Est-il besoin de dire qu'il ne s'agit point ici de transiger avec les faiblesses et les passions humaines, de ménager le vice, d'accepter ses trompeuses excuses, et de respecter entre les mains du méchant le trésor de richesses iniques, dont il ne veut point se séparer, sous prétexte des forces du tempérament ou de l'empire de l'habitude; non, le vice n'est nécessaire à personne, et il ne vaut pas mieux érigé en système que faussement transformé en besoin. Non, mais il s'agit ici d'un juste respect pour l'usage que chacun fait de sa vie; le péché est l'abus de la vie, et n'a droit à rien; il s'agit de cette indépendance native avec laquelle chacun doit pouvoir se servir de ses facultés et se faire un bonheur; il s'agit de cette attention généreuse que nous devons tous apporter à ne désenchanter nos frères sur rien , si ce n'est le mal et le mensonge. M. F., la politique, dans son indulgence, et la civilisation, avec son adresse accoutumée, ont fait consacrer le principe que la vie privée doit être murée; à plus forte raison, la charité a droit

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de murer pour ainsi dire la vie intime de l'intelligence et de la sensibilité. Que la société serait plus heureuse et plus sainte; que toutes nos relations seraient plus douces et plus sûres, si nous savions toujours nous montrer, en fait de bonheur ce genre d'égards ! Que la paix domestique serait partout mieux établie! Que de larmes de moins on verserait sur la terre ! La médisance n'obtiendrait plus d'attention, et la moquerie n'exciterait plus de sourire. Aucune querelle, aucune envie ne serait attisée, et que cette prière: pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, serait plus souvent prononcée sans remords, et que nos jours seraient plus doux, nos relations plus paisibles, nos amitiés plus intimes, nos bienfaits plus chrétiens, les deuils même moins pesans, et les trépas moins terribles!

Ces devoirs mutuels de paix et de bonté ne sont pas si difficiles qu'il le semble; car, si d'un côté la différence des humeurs et des caractères est cause que tous nos trésors sont différens, d'un autre côté, ils se ressemblent tous pour le fond, M. F., et pour la valeur. Dans tous, vous remarquerez trois traits qui se reproduisent sans cesse. D'abord, nous possédons tous un trésor de travail; d'une manière ou d'autre, l'activité de l'homme se déploie dans sa vie; nous faisons tous quelque chose; nous commençons au moins, si nous n'achevons pas; et depuis le pauvre artisan qui ne mange son pain qu'à la sueur de son front, et pour qui le travail est un

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besoin, jusqu'à l'homme riche qui se demande chaque matin: que ferai-je aujourd'hui? et pour qui le travail n'est jamais qu'un délassement, nul n'est absolument oisif, et ne rien faire, c'est ne rien faire d'utile. Ne m'objectez pas ici l'exemple du paresseux; je vous dirais du paresseux ce que je vous ai dit de l'insouciance: sa paresse est son trésor, et, en un sens, c'est un trésor de travail; car il n'y a pas d'occupation plus assidue et plus fatigante que le soin d'éviter sans cesse toute occupation. En second lieu, nous possédons tous un trésor d'affections. Qui n'a rien aimé et qui n'aime rien dans le monde ? Est-il possible de se représenter une vie humaine qu'aucune affection n'ait embellie et consolée? Les liens de prévenance et d'attention qui forment une société, les liens de dévouement et de confiance qui forment une amitié, les liens de bonté et de reconnaissance qui naissent des services et des bienfaits, enfin les liens purs, intimes et sacrés qui forment la famille, nous appartiennent à tous comme l'air, comme la nature, comme le soleil, comme la religion, comme l'immortalité; et qui refuse toutes ces émotions, qui rejette toutes ces tendresses, quel coeur ne s'y est ouvert, et qui peut descendre dans la tombe avec la conscience de n'avoir rien aimé avant d'y arriver? Enfin, nous possédons tous un trésor de souvenirs, auquel nos affections sans doute pour une grande part contribuent. Nous avons tous un passé dans notre vie, et dans ce passé quel trésor de secrets que nous

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gardons pour nous seuls! que de choses pour lesquelles nous ne voulons point de confident, et dont nous aimons à nous souvenir quand nous sommes seuls, quand nous ne courons pas le risque d'être vus ou interrogés: des repentirs, dont seuls nous savons la cause; des essais, dont seuls nous savons la fin; des liaisons, dont seuls nous savons la rupture, des joies, dont seuls nous savons la source, des humiliations et des tristesses, dont seuls nous savons l'amertume; des discours sans nombre, dont seuls nous mesurons la smcérité; et, surtout, qui n'a eu rien à regretter dans sa vie, qui n'a rien perdu et n'a rien pleuré, qui ne porte dans son âme le sentiment ineffaçable de quelque tendresse, de quelque amitié que la mort seule pouvait finir, de quelque séparation où une tombe s'est mise entre deux? Ah! la mort qui peut nous rendre si pauvres, ne peut nous dépouiller de ce trésor; ce bien douloureux et cher est à l'abri de son pouvoir, et une image chérie, gravée dans nos coeurs, ne meurt qu'avec nous, ou plutôt descend avec nous dans la tombe pour que nous la retrouvions dans les cieux.

S'il est toujours difficile de définir et de dépeindre ce trésor, dont tous nous sommes possesseurs, même lorsque l'expérience, d'une main sûre, guide le pinceau, il est plus difficile encore de trouver des expressions, de choisir des images qui donnent la preuve que là où est votre trésor, là est votiT

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coeur aussi. Et pourquoi les argumens manquentils ici? M. F., c'est que cette vérité est toute prouvée dès qu'on l'énonce. C'est qu'il ne faut, pour la reconnaître, qu'un peu d'attention et un peu de sincérité; c'est que chaque jour nous en faisons tous Texpérience; c'est que vouloir vous démontrer que là où est votre trésor, là est votre coeur, c'est vous dire que vous aimez ce que vous aimez, que vous estimez ce qui vous semble digne d'estime, que vous admirez les objets de votre admiration, que vous regrettez les objets de vos regrets. Votre coeur a été fait pour battre dans votre sein, et il y bat toujours; votre coeur, considéré comme le siège et le centre de vos passions, a été fait pour s'émouvoir de tout ce qui peut l'émouvoir en bien et en mal, tristesse et joie, espérance et crainte, honte et gloire, vice et vertu, foi et doute. Votre coeur n'est jamais vide de toute émotion; le dernier sentiment n'en sort que lorsque le dernier soupir s'échappe de vos lèvres ; et où peut-il être ce coeur sans cesse ouvert à tant d'impressions puissantes, s'il n'est pas où est votre trésor? Le bien le plus précieux de notre vie forme comme un centre autour duquel nos pensées et nos sentimens tournent sans cesse; notre sensibilité sans cesse y revient, et notre trésor n'est pour nous un trésor que parce que notre coeur y est attaché; cet attachement en fait tout le prix; en cessant de l'aimer; nous n'y trouverions plus de valeur; ainsi donc, si nous avons un trésor, notre coeur y est, et je vous ai montré que chaque hom-

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me a le sien. Consultez d'ailleurs votre propre expérience; rentrez en vous-même et interrogez votre âme; demandez-vous quel est en ce moment le plus grand intérêt de votre vie, le désir qui vous emporte, l'espérance qui vous ravit, le chagrin qui vous consume, le travail qui vous possède le plus, et voyez si, au moment même où ces mots le rendent présent à votre pensée, voyez si votre coeur n'est pas là. Oui, partout où nous plaçons notre trésor, depuis les profondeurs du tombeau jusqu'au parvis des cieux, notre coeur y est. Quand Ézéchias promenait les ambassadeurs de Babylone, de splendeurs en splendeurs, parmi les vanités de sa gloire, c'était là son trésor, et son coeur y était. Quand le prophète Elie se sentait fortement ému de jalousie à cause de V Eternel, quand l'apôtre Paul désirait àe partir de ce monde pour être avec Christ, leur trésor était au ciel, et leur coeur y était; et quand Marie adressait à Jésus ce reproche si plein de foi et de douleur et d'amour, Seigneur, si tu eusses été ici y notre frère ne serait pas mort, Marie n'avait rien sur la terre de plus précieux qu'un tombeau; c'était là son trésor, et son coeur y était aussi. Vous le voyez donc; notre trésor et notre coeur se tiennent et sont inséparables, et de ce fait évident résulte un devoir moral et religieux d'une importance extrême, celui de bien choisir notre trésor; car, quel qu'il soit, notre coeur y sera

Mais quoi! me direz-vous, ce choix dépend-il de nous; ne sommes-nous pas forcés de prendre ce

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trésor tel que nous le font les dispensations de la Providence, les évènemens de notre vie, les bons ou mauvais offices de nos semblables? Non, M. F.; et, comme en dernière analyse tout dépend de notre manière de vivre, de penser, de travailler, d'aimer et de croire, de vieillir et de mourir, il s'en suit que notre trésor dépend de nous. On vous offense, on vous abandonne, on vous calomnie, et de tout cela vous pouvez vous faire un trésor de vengeance Pardonnez à ceux qui vous méconnaissent, qui vous haïssent, qui vous persécutent, et vous n'aurez plus qu'un trésor de générosités, peut-être de réconciliation. Dieu vous envoie des prospérités, et vous dites: j'ai maintenant des biens amassés en abondance pour un grand nombre dannées; mon âme, mange, bois et te réjouis! et vous n'avez qu'un trésor de vanités... Dites comme Jacob: Seigneur, je suis trop petit au prix de tes bienfaits, et vous aurez un trésor de gratitude. Dieu vous envoie des épreuves, et vous regimbez contre l'aiguillon, et vous vous amassez pour tout trésor des murmures et le tardif remords d'avoir

' murmuré en vain Résignez vous à la volonté

divine, et quand il ne vous resterait pour richesse que la froide terre de quelques tombeaux, votre trésor en sera un de calme et de paix. Vous voyez donc qu'en dernier ressort, c'est vous qui vous rendez vous-mêmes vraiment riches ou vraiment pauvres. Avec quelle attention vous devez donc prendre garde de bien choisir! Que d'exemples vous

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instruisent du danger de se méprendre, et que de faux trésors ont trompé leurs imprudens possesseurs! et que faire à la fin, quand on a mis son coeur en un trésor qui le trompe? Demandez à l'impur où est son trésor, quand ses impuretés ont épuisé sa santé et sa vie, l'entraînent rapidement vers une vieillesse précoce, et font couler ses jours plus vite que Dieu ne veut ! Demandez à l'oisif où est son trésor, quand il succombe sous le poids de son indolence, et cherche en vain quelque état intermédiaire entre l'oisiveté et le travail! Demandez à l'avare où est son trésor, quand de sa main tremblante il doit déposer sur le bord de sa fosse, avant d'y descendre, l'or qu'il ne peut emporter avec lui! O M. F.! pour comble de maux, quand ces trésors sont près de leur échapper, leur coeur, j leur faible coeur y tient encore; le trésor, mal choisi et qui n'a rien d'immortel, se détache d'eux; ils ne peuvent se détacher de lui; ils le traînent à leur suite au travers de toutes les infirmités de la vieillesse, de toutes les approches de la mort, de toutes les douleurs de l'agonie; ils voudraient le, cacher dans un pli de leur linceul; et le dernier effort, tant qu'il leur reste quelque force, le dernier coup-d'oeil, s'ils ne peuvent plus que regarder, le dernier souvenir, s'ils ne peuvent plus que son-j der en silence leur mémoire confuse, est pour ce trésor dont ils n'ont plus que faire; et comment s'est donc serrée à ce point cette attache terrible que le coup de la mort peut seul briser? c'est

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que là où est votre trésor, là sera votre coeur aussi. On ne peut pas jeter loin de soi le trésor de toute la vie, comme Judas les pièces d'argent sur le pavé du temple, et Judas lui-même a gardé le sien jusqu'au moment M. F., je me servirai de l'expression de St. Pierre, jusqu'au moment où il s'en

est allé dans son lieu Changez ce tableau; à la

place de ces trésors de folie et de colère, mettez des trésors bien choisis; aussitôt que tout est différent et dans la vie et dans la mort! L'homme de bien qui s'est amassé un trésor selon la foi, l'espérance et la charité, y trouve un fonds inépuisable qui suffit à tous les voeux de son âme, à tous les besoins de sa vie , à tous les adieux de sa fin ; son trésor abonde, pour chaque prospérité, en conseils qui la sanctifient; pour chaque malheur, en soulagemens qui l'adoucissent; pour chaque offense, en pardons généreux; pour chaque affection, en noble fidélité; pour chaque tentation, en secours de la grâce; pour chaque inquiétude, en pensées de confiance, et pour chaque deuil, en espérances d'immortalité. Jusqu'à son dernier soupir , ce trésor lui reste, non comme un fardeau qu'il traîne , mais comme un appui toujours à sa portée; quand l'heure des séparations arrive, il trouve dans son trésor, avec le souvenir de cette promesse divine. Laisse tes orphelins et ta weui^e, et fen prendrai soin, l'attente du salut de son âme par Jésus son Sauveur, et il peut s'en aller en paix, certain de léguer à ses enfans chéris les

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moyens de posséder un trésor pareil au sien, et l'exemple de l'acquérir.... Est-ce tout.^ Non; quand la poudre retourne à la poudre, elle n'y emporte rien; la mort n'apauvrit pas le juste; son esprit remonte à Dieu qui l'a donné, et il retrouve son bon trésor entre les mains de Christ qui le lui rendra , mais épuré et sanctifié pour jamais, qui le lui rendra sans qu'il y manque rien , sans qu'il y manque le pardon d'une seule faiblesse , le témoignage d'une seule repentance sincère ou d'une seule prière fervente, le souvenir du moindre verre d'eau donné en son nom; sans qu'il y manque une seule de ces douces affections dont l'immortalité hérite après la '■ vie O M. F., amassons-nous ainsi un trésor véritable, que les larrons ne percent ni ne dérobent, que les vers ne peuvent ronger, pas même les vers du sépulcre, qui sans nous rendre plus pauvres selon le monde, nous rendra liches en Dieu et

toi, ô notre divin Sauveur, soit le dépositaire de nos humbles trésors; qu'ils deviennent, par la grâce, par la foi en ton salut et en ton règne, tels que nous osions te les confier, et garde, garde-les entre tes mains fidèles jusqu'au moment où tu nous les rendras pour l'éternité.

LES

DEUX ALIIAINCES.

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