SERMON SUR 2 TIMOTHÉE II
Celui qui combat dans la lice, n'est point couronné, s'il n'a combattu selon les lois.
jnLes n'y ères»
Ce trait de la dernière épître de St. Paul, de ces admirables adieux faits à son disciple chéri et où respire tout son génie et toute sa foi, ce trait, dont j'espère vous montrer que la portée morale est immense, est d'une grande beauté pour quiconque a quelque idée des moeurs, des institutions et des fêtes de l'antiquité, et des trois comparaisons que l'apôtre, avec la fécondité ordinaire de son style, réunit en ce passage, celle-ci est sans nul doute la plus frappante et la plus belle. Ce n'est pas, il est vrai, avec nos idées modernes qu'il convient de la juger. On n'en comprendrait alors ni la force ni la poésie. Il faut se transporter en un temps qui ressemble peu au nôtre, chez des nations bien différentes de celles de l'Europe actuelle , au
LES LOIS DU COMBAT. IqS
milieu d'une autre civilisation, en des climats plus tempérés, sous des cieux d'un plus brillant azur, et la moindre connaissance de l'histoire suffit pour se retracer le tableau de ces jeux solennels où la Grèce invitait en foule et les peuples et les rois. C'étaient des pompes simples et imposantes que ces luttes et ces combats du cirque, ces amphithéâtres immenses où quarante milles spectateurs trouvaient place, où chaque nation avait sa tribune, où les prix n'étaient que des couronnes de feuilles flétries le lendemain et une longue gloire qui ne périssait pas, où chaque cité avait son combattant dans la lice pour qui elle faisait des voeux, où les rois même n'ont pas dédaigné de paraître et de disputer le prix, où enfin, dans les anciens temps, les premiers poètes sont venus déclamer leurs vers et les premiers historiens reciter leurs annales. Et ne croyez pas que dans ces fêtes tout se réduisit à la force, à l'agilité, à l'adresse, et pour aiguillon à l'amour d'une vaine célébrité. Il faut le dire à l'honneur de l'ancienne Grèce, qui paraît avoir donné au monde les premiers exemples de ces jeux, et pour mieux expliquer le parti que St. Paul a souvent tiré de ces souvenirs, un profond sentiment de justice, de morale et de vertu y régnait. Ainsi, pour être admis à concourir, il fallait une naissance, une probité, une réputation sans tache; c'était peu d'être un athlète illustre, il fallait être un homme de bien: les noms étaient proclamés en présence de la multitude , et quiconque se présentait sans une renommée intacte