‹ Sermons (volume 2)Chapitre 3 sur 60 · A BIT A · texte numérisé non relu

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Opinions de l'ancien Israël. Elle y est plutôt supposée et admise, que laborieusement prouvée; elle est plutôt dans les faits que dans les enseignemens, et pourquoi? M. F.; parce qu'elle était présente à tous les esprits, parce que personne ne songeait à la révoquer en doute. L'immortalité de Tâme a été l'opinion courante de tous les peuples, et plus on remonte haut dans l'antiquité, plus on l'y trouve. On ne l'a contestée que plus tard, lorsque à force de réfléchir l'esprit humain s'est perdu dans ses propres réflexions; lorsque l'homme, tout adonné aux délices de cette vie, n'en a pas voulu d'autres. Mais avant l'époque de ces excès, l'espoir d'une autre vie a sans nul doute été général, et ce serait donc le seul peuple de Dieu qui aurait fait exception; ce serait la nation élue par celui qui se nommait l'Eternel, qui, seule, aurait oublié l'éternité! Et la race dépositaire des deux grandes vérités de l'unité de Dieu et de la venue d'un Sauveur aurait été laissée dans l'ignorance sur la vérité non moins importante de l'immortalité de l'âme! Non, M. F., ni sous la promesse, ni sous la loi, l'ancienne alliance n'a été si incomplète. Le nom seul de ces grands hommes me paraît assez l'attester; vous estil possible de vous représenter un Abraham , un Moïse, un David, un Esaie et tant d'autres, ne sachant rien de l'immortalité, et ne s'attendant à rien après la vie? Pensez-vous qu'on n'ait su tirer en Israël aucune conséquence de deux évènemens aussi extraordinaires que le transport d'Hénoch et d'.Élie?

La leçon à. puiser dans ces éclatans prodiges était d'autant plus facile que, selon la philosophie d'Israël, dont la Bible offre partout la trace, il existait pour les morts un asile sans discours, sans occupation, sans sagesse, oii ils attendaient leur réveil. iVussi, St. Paul déclare que les Patriarches pensaient n'être qii étrangers et vojageurs dans ce monde, qu'ils cherchaient un pays meilleur, savoir le céleste; et s'il faut à ces sublunes et nobles images, dont la foi en tout temps colore ses espérances, s'il faut joindre des paroles empreintes de plus de réflexion , le premier écrivain d'Israël qui a composé des traités plutôt que des récits ou des hymnes, le premier philosophe et le premier moraliste d'Israël, n'a-t-il pas bien marqué d'un seul mot toute la différence de la mort et de l'immortalité, et bien exprimé toute l'opinion de son temps, quand il a dit: La poudre retourne à la jxyudre , et V esprit remonte à Dieu qui Va donné? Si les prospérités terrestres occupent dans l'Ancien-Testament plus de place que les espérances immortelles, c'est que la théocratie ne pouvait avoir d'autre base; c'eût été ne faire aucune exception en faveur d'Israël que de lui promettre seulement l'immortalité, que tous les peuples attendaient.

Voilà, M. F., d'incontestables preuves. Il m'en reste une à vous donner qui les confirme toutes, et dont l'application est générale. Voulez-vous savoir ce qu'un peuple pense de l'immortalité? demandez-lui ce qu'il pense de la mort. Vous ne

VOUS y tromperez point; car, par une liaison naturelle, l'idée qu'or^ se fait du trépas et du sépulcre, dépend de l'idée qu*on se fait de ce qui doit suivre. Cette règle est infaillible pour les nations les plus grossières comme pour les plus civilisées. Les pauvres sauvages, qui, au lieu d'hériter avidement des humbles richesses d'un de leurs proches, jettent dans sa tombe les objets qu'il aimait les plus pendant sa vie, que font-ils? ils donnent la preuve de leur croyance en une immortalité; car l'idée ne leur serait jamais venue d'ensevelir avec un mort ses ornemens et ses armes, s'ils croyaient perdue à jamais la joie de s'en servir. Convenez-en donc: voulez-vous savoir ce qu'un peuple pense de l'immortalité, demandez-lui ce qu'il pense de la mort? Eh bien! M. F., voici ce que pensait de la mort l'ancien Israël; voici ce qu'il en apprenait de ses prophètes: au milieu d'une famille impie et d'une cour idolâtre, un jeune homme seul, Abija, le fils aîné de Jéroboam, en dépit de toutes les séductions du rang de prince, en dépit de tant de mauvais exemples qu'il voit de si près, un jeune homme seul reste pur, et sauve sa vertu et sa foi; seul de sa maison il est agréable à Dieu; et savez-vous quelle première récompense Dieu lui accorde, et annonce à sa mère par la voix d'un prophète? La mort, et une sépulture honorable; la mort à la fleur de l'âge, et au milieu de toutes les espérances de la jeunesse: Le jeune homme mourra, dit un prophète à sa mère, et tout Israël mènera deuil sur

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lui, et V ensevelira, et lui seul entrera au sépulcre, parce quen lui seul de toute la maison de Jéroboam, l'Éternel, le Dieu d'Israël, a trouvé quelque chose de bon.

Une mort prématurée, présentée comme une grande récompense, voilà, M. F., de ces choses qu'on ne trouve que dans l'Écriture. Étudions avec joie un si frappant exemple des miséricordes de celui qui tient entre ses mains notre vie et notre immortalité.

Les faits, que le texte rappelle et les termes du récit n'ont aucune obscurité; je ne sais même s'il est utile de s'arrêter à réfuter l'opinion sans fondement, que la récompense du jeune Abija consiste dans sa sépulture et non dans sa mort. On a prétendu que le prophète menace ici la famille de Jéroboam et de périr de mort violente et d'être privée de sépulture, et que seul ce jeune homme serait sauvé de ces désastres et de ces ignominies. M. F., je crois au contraire qu'il ne faut voir dans ces expressions du prophète que de vives images par lesquelles il représente les calamités qui devaient marquer la fin du règne de Jéroboam et l'extermination de sa race. En effet, on ne lit nulle part que ce prince ait péri par le glaive, et que son corps n'ait point reçu d'honneurs funèbres. Au contraire, l'auteur des Chroniques rapporte que l'Eternel le frappa e quil mourut, expression qui désigne une maladie douloureuse, une longue

agonie, et l'auteur des Pvois dit quHl s'endormit avec ses pères, expression qui n'est employée le plus souvent qu'après un ensevelissement honorable dans les sépulcres paternels. Il faut donc en revenir au sens qui se présente le premier et que l'étude des évènemens de l'époque appuie. Il était entré dans les mystérieux desseins du Seigneur de permettre que le royaume de David fût divisé en deux États. Cette révolution qui comme tout autre grande commotion populaire, était préparée de loin, et dont on peut suivre la trace depuis la sortie d'Egypte, cette révolution comme 'tout autre avait besoin d'un homme ; Jéroboam parut sur la scène d'Israël et fut le premier roi des dix tribus. Ce piince eut le malheur, car ce fut pour lui un malheur, d'être un grand génie politique. Plein de confiance en luimême, il cessa de se confier en Dieu; il crut pouvoir se passer sur son trône d'un jour du secours de l'Eternel, et dès-lors tout fut perdu; entré dans cette fausse voie, il n'en sortit plus, oublia que son peuple était israélite, inventa un nouveau culte pour servir d'appui à son nouveau gouvernement et renouvela en Israël les veaux d'or du désert de Sinaï; fatale institution! la première des idolâtries nationales des Hébreux, qui dura autant que ce royaume, et ne fut entièrement détruite qu'après que le royaume même eut été détruit. Dès-lors le règne de Jéroboam n'offrit plus que faute sur faute, impiété sur impiété; mais Dieu le jugeait, Dieu intervint, et ses excès amenèrent malheur sur

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inalheiir. Le plus cruel, celui qui paraît l'avoir le plus confontlu, fut la maladie dangereuse du jeune Abija, son fils aîné, l'héritier de ce trône qu'il payait si cher, l'objet de toutes ses espérances M. F., les afflictions les plus terribles pour

les princes sont leurs afflictions de famille, parce qu'ils se sentent alors faibles comme nous au milieu de leurs grandeurs; parce qu'ils ne trouvent moyen dans leur gloire ni de s'en dédommager, ni de s'en distraire; parce que la pompe qui les environne les gène dans leurs larmes; ce n'est pas sur un trône que l'on pleure à son aise, et un malheur domestique y frappe d'autant plus fortement, que l'on est puissant contre tout,^ excepté contre ces douleurs. Aussi Jéroboam, qui avait résisté à tant d'avertissemens du Ciel, ne tint pas contre celui-ci. Depuis long-temps il avait rompu tout commerce avec le vieux prophète qui était venu de la part de Dieu, au commencement de son règne, lui annoncer ses grandes destinées et lui prescrire ses grands devoirs. Jéroboam l'avait oublié. Il s'en souvient quand il ne sait plus qui consulter sur le sort d'un fils chéri, malade et mourant, sans espoir sous ses yeux, et il envoie son épouse l'interroger. C'était, vous le voyez, donner un démenti au culte des veaux d'or qu'il avait fondé, que de recourir à un prophète de l'Éternel; c'était renverser d'une main les idoles qu'il élevait de lautre; c'était dire à ses sujets: Ces dieux-là et ces prètres-là sont assez bons pour vous; mais pour

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moi et les miens il en est d'autres! Que faire pour sauver ces déshonnorantes et dangereuses contradictions? Jéroboam fait déguiser son épouse. La reine d'Israël se couvre d'humbles vêtemens. Une mère se cache pour aller demander la santé de son enfant, et a honte de ce qu'elle fait. Voilà bien, M. F., comment les méchans s'embarrassent dans leurs propres oeuvres et font une bonne action en secret, parce que ce jour seul de leur vie en condamnerait tous les autres ! Mais le prophète avait été divinement averti, et dès qu'il entendit approcher la reine d'Israël, qui arrivait avec confiance, se croyant loin d'être reconnue, il lui dit: Entre ^ femme de Jéroboam; pourquoi fais-tu semblant cC être quelque autre? Elle se présente interdite et confondue, et alors le prophète lui trace le tableau déchirant de la ruine de sa maison et de la chute de sa dynastie; mais de cette condamnation générale, un seul de sa race est excepté; un seul, ce fils de Jéroboam, ce jeune Abija entrera honorablement et paisiblement au sépulcre, parce que Dieu en lui seul, de toute la maison de son père, a trouvé quelque chose de bon; et l'infortunée et coupable mère repartit, sure, selon la parole du prophète, de revenir à temps pour voir expirer son fils.

Quelle scène étonnante, M. F.! N'est-ce pas ici un de ces tableaux où Dieu dévoile sa providence à nos yeux^ et nous permet d'approcher des bords de ses voies? Où avez-vous vu la gloire de la vertu

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et la confusion de l'iniquité se toucher de plus près? Vous aimeriez à rechercher, avant d'aller plus loin, en quoi a consisté cette vertu du jeune Abija, que Dieu récompense d'une façon si éclatante? M. F., elle ne reçoit qu'un seul éloge, un seul témoignage, et tout ce que nous en savons est ce que le prophète en a dit; mais cet éloge, ce témoignage est assez et suffit pour en juger. C'est une approbation de Dieu même, le souverain juge de toute vertu; c'est une approbation transmise par la voix d'un prophète. Que désirer de plus, et quand aucune circonstance accessoire ne nous permettrait d'ajouter une seule idée à ce favorable jugement, que manquerait-il à la gloire d' Abija, lorsque Dieu même prend sa défense et déclare son intégrité? Comptez cependant les traits qui rehaussent sa vertu et le rendent digne de plus d'admiration. Il était jeune! . . . . , M. F., à Dieu ne plaise que je vienne vous peindre sous de trop vives couleurs les séductions qui nous assaillent dans l'âge des passions, et courir le risque de vous faire croire qu'à cette époque de la vie les devoirs sont trop difficiles! Ce serait là une dangereuse erreur: chaque âge a ses périls ; il y a des écueils dispersés sur tout le chemin de nos pèlerinages. Toutefois, sans tomber en de vaines exagérations, il faut reconnaitre qu'au milieu des ardeurs de la jeunesse, les passions ont plus d'empire, les délices du monde plus d'attrait, les occasions du mal plus de retours; des scandales répugnent à la maturité de l'âge, et des péchés

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couronnent si tristement des cheveux blancs, qu'on est toujours tenté de croire qu'une grande vieillesse

est accompagnée d'une grande vertu La pureté,

la foi, la piété, au milieu de l'effervescence et de la gaîté de l'adolescence, sont les meilleurs auspices pour prendre rang parmi ses concitoyens, et un jeune homme, véritablement vertueux, qui vit comme Jonathan ou qui meurt comme Etienne, est l'un des plus beaux spectacles que ce monde puisse offrir aux célestes intelligences qui le regardent

M. F. , Abija était jeune. C'est peu toutefois, et vous me reprocheriez d'oublier un des traits de sa gloire; il était prince, et les séductions du rang suprême se joignaient pour lui à celles de son âge. C'est un sujet usé, que le danger des grandeurs, et je ne saisirai point ce prétexte de le traiter. Que nous importe d'ailleurs, à nous que Dieu a cachés dans l'heureuse médiocrité, des périls que nous ne connaîtrons jamais, et si ce n'est pour bénir Dieu plus ardemment d'être ce que nous sommes, qu'avonsnous besoin de les étudier? Je ne vous suggérerai qu'une idée, qui n'est pas sans importance. Il s'agit ici des climats et des gouvernemens de l'Asie; il s'agit ici, non de notre état de société moderne, où le prince lui-même est soumis et à la loi et à l'opinion, souvent plus forte qu'elle; il s'agit de ces trônes de l'Orient où ne s'est jamais assis que le despotisme, de ces états où tout était despotique, même les vices, même les impiétés, et où si souvent l'iniquité à été effrontée, parce qu'elle était toute-puis-

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santé. Les exemples de tant de rois d'Israël, les exemples et des fils d'Héli et des fils de Samuel sont là pour montrer jusqu'où l'on peut descendre dans la fange de l'impureté, quand on y tombe pour ainsi dire du haut d'un trône Et pourtant le comble de la gloire d'Abija n'est ni dans son âge ni dans son rang; le comble de sa gloire est dans les mauvais exemples dont il a été sans cesse entouré; nonseulement il était jeune, il était prince; mais il était le seul de sa race, le seul de sa famille qui eût persévéré dans le bien, le seul qui fût resté pur et saint, Je seul qui n'eût point fléchi le genou devant les infâmes veaux d'or, placés par Jéroboam aux deux extrémités du royaume, à Dan et à Bethel, pour attirer et les tribus du nord et celles du midi; le seul qui fût resté fidèle au culte pur et au vrai Dieu, le seul qui se fût souvenu du commandement de la loi : Tu ne te feras pas d images tailléee et ne te prosterneras point devant elles; tu adoreras V Eternel ton Dieu et le serviras lui seul. En vain il semble que cette idolâtrie soit utile à ce nouveau trône dont il doit hériter , et puisse devenir un des appuis de sa future grandeur. Ce qui est plus important que de régner, c'est de servir Dieu comme il veut être servi; et surtout remarquez que ce ne sont pas des exemples étrangers qu'il rejette, ce ne sont pas des scandales étrangers qu'il fuit; non; chose affreuse à dire! ce sont les voies que suivent ses proches, ses parens, ses frères et son père et sa mère; il reste pur au milieu d'une impureté dômes-

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tique, il voit tout les siens se détourner vers le mal, et il ne poursuit que le bien; il voit tous ceux qu'il aime, et qu'il voudrait respecter, prendre la mauvaise part et quitter la seule chose nécessaire^ et il choisit la bonne part... M. F. elle ne lui a point été ôtée! Quel exemple que, même au milieu des médians, on peut être bon ! Quelle preuve que les mauvais conseils sont toujours ensuite une mauvaise excuse; qu'on peut fuir la corruption, de quelque près qu'elle nous touche; éviter le péché, même s'il nous attend à la porte; et quelle preuve enfin que quiconque c'est corrompu pouvait ne pas se laisser corrompre! Il le sait, ce Dieu qui juge de la fidélité en est aussi le rémunérateur. Ses voies quand il bénit sont souvent aussi profondes que quand il afflige, et pour récompense de cet Abija seul approuvé de toute sa race, Dieu déclare que sa maladie est mortelle et qu'il mourra. O M. F. ! c'est que Dieu conforme ses récompenses autant que ses jugemens aux circonstances où nous nous trouvons. J'ai cru qu'il était indispensable de commencer par vous montrer combien la vertu de ce jeune homme est brillante et pure, pour relever d'autant le prix qu'elle a reçu, et maintenant je dédaigne, je vous l'avoue, de répondre à cette servile crainte de la mort et à cet amour déraisonnable de la vie, pour qui mourir, comment que ce soit , est le pire des maux, et vivre, comment que ce soit, le meilleur des biens. Nous chrétiens, nous disciples de l'Evangile, nous n'en sommes plus là. Voyons, sans nous

arrêter à ces vaines pensées, voyons comment cette mort était pour Abija une récompense. Au premier aspect, mourir, mourir sur un lit de maladie, mourir à la fleur de l'âge, au milieu de toutes les espérances de la jeunesse, et au pied d'un trône où l'on croyait monter, semble, à en juger sans réflexion , un malheur de plus , et non le prix d'une intégrité éclatante. Il n'en est pas ainsi, et d'abord convenez que Dieu, en retirant à lui son jeune serviteur, le garantissait de tout mal; aucune affliction ne nous suit et ne nous menace dans le tombeau; toutes les épreuves y finissent , toutes les larmes s'y arrêtent, toutes les anxiétés y sont à leur terme, et de là vient que vous trouvez profondément empreint dans l'esprit de tous les peuples que la mort est un repos; un repos! c'est-à-dire ce que nous pouvons nous imaginer de plus doux; un repos! et il y a tant de paix, tant de bonheur, et une joie si sûre et si calme, dans cette idée! ; Le plaisir est une fatigue d'ordinaire, mais le repos emporte l'idée d'un plaisir sans fatigue, sans peine, sans effort, et tout cela est si vrai que la religion même s'est emparée de ces pensées et de ces termes, et que nous disons d'un frère qui n'est plus: Dieu l'a retiré dans son repos. Ce n'est pas seulement loin des malheurs que Dieu appelait ainsi Abija; c'est loin des transgressions et des impiétés; il le mettait à l'abri de tout péché et hors de la vue de toute idole; il lui faisait terminer son bon combat au milieu de la victoire; il lui accordait de mourir,

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sans avoir de poignans remords à éprouver, de mourir pur encore, et avec toute sa vertu. O M. F.! c'est là un bienfait auquel nous ne pensons pas assez, quand l'occasion en vient. Les péchés, comme les malheurs, finissent à la tombe; ce repos, comme il est sans douleur, est aussi sans iniquité, et le sépulcre est le seul lieu de ce monde où le péché ne pénètre pas. Enfin, pensez que Dieu retirait Abija loin des malheurs, des opprobres, des châtimens de sa famille; il ne verrait pas sa maison détruite et exterminée, ce trône nouveau teint du sang de ses fondateurs, cet empire qui date d'hier déjà ébranlé , une immense armée de son père détruite en une fois, sa puissance abaissée; il ne verrait pas le lit de mort où son père, accablé de tous ces chagrins qu'il s'était faits, a traîné une longue agonie ; il ne verrait pas le cruel Bahasa conspirer contre sa famille, la massacrer tout entière, et au milieu de ses flots de sang ramasser le sceptre d'Israël tombé de leurs mains. Oh! quelle pitié, quelle bonté que de le transporter loin d'un tel avenir dans un paisible tombeau! El j'en appelle à votre propre expérience: combien de morts dont nous sommes témoins sont, pour qui sait y réfléchir, des délivrances de tous malheur, de tout péché, et surtout des calamités qu'ont à subir ceux qui survivent. Ce sont là des pensées tristes et qui peutêtre vous affligent ; mais ce sont des pensées graves et salutaires. Combien peut-être de ceux qui nous ont précédés dans la tombe sont morts à la veille

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de quelque grande séduction qu'ils auraient mal repoussée, à l'approche de quelque grand péché qu'ils n'auraient pas évité, au moment de quelque changement de fortune en mal ou en bien, qui aurait été au-dessus des forces ou de leur humilité, ou de leur résignation? Mais quoi! me crierezvous, nous n'avons pas le droit de faire ces tristes suppositions. Il est vrai, nous n'avons pas le droit de nous livrer à ces conjectures, si rien ne les amène , si ce ne sont que les chimères d'une imagination exaltée, mais si l'expérience les suscite, comme le lendemain de la mort d'Abija; si notre propre vie a été ainsi agitée ou malheureuse depuis la perte de nos proches, notre vie qu'ils auraient partagée; si ces tentations, ces épreuves, ces changemens de fortune qui leur ont été épargnés sont là; si nous avons combattu ces séductions qu'ils auraient eu a combattre, subi ces épreuves qu'ils auraient subies à nos côtés, et passé par ces vicissitudes où ils seraient passés avec nous, oh! alors, sont-ce là de vaines conjectures, et la mort n'a-t-elle pas été une véritable délivrance pour ceux que nous regrettons, puisque Dieu par ce moyen leur a épargné et ces occasions de péché et ces occasions de pleurs? Croyez-moi, le nombre est immense des exemples qui confirment ces réflexions, et vous ne pouvez regarder autour de vous sans voir çà et là des familles qui en sont la preuve; des familles frappées d'un deuil cruel, et l'on a beaucoup pleuré, et Ton ne comprenait pas cette dis-

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pensation de la Providence, et bientôt des malheurs inattendus sont arrivés; et au milieu de ces souffrances nouvelles, on s'est dit avec une sorte de joie: Quel bonheur que celui qui n'est plus n'ait pas eu à souffrir ce que nous souffrons! Parlez, vous qui dans vos souvenirs, ou dans l'expérience de vos amis, pourriez citer de tels exemples, parlez et dites-nous si alors, comme pour le jeune Abija, la mort n'a pas été une véritable délivrance, un bienfait du Seigneur et le juste prix d'une vie passée dans sa crainte? M. F., il est hors de doute que ces choses arrivent bien plus souvent qu'on ne pense, bien plus souvent qu'on ne sait. Dieu ne nous dit pas tout le bien qu'il nous fait, et Dieu sait quand il nous est bon de mourir. Parmi les vieillards de notre génération il est beaucoup de Siméon, qui meurent parce que Dieu leur a fait voir son salut et qu'ils n'ont plus rien à voir icibas; et parmi les jeunes gens de notre peuple que Dieu retire à lui, il en est beaucoup à qui le Seigneur redemande leur âme, parce qu'il a trouvé en elle quelque chose de bon. Le juste,, dit le Prophète, a été retiré de devant le mal.

Mais la mort, me direz-vous, est toujours la mort. Oui, M. F.; il faut bien cependant qu'elle ne soit pas si terrible et si lugubre qu'elle le semble de loin, qu'elle le semble aux yeux de la chair, puisque Dieu l'accorde en récompense. Ici sans doute les apparences nous trompent. Le temps qu'on met si souvent et la difficulté qu'on trouve

à mourir; tous les détails ordinaires qui remplissent les derniers jours et embarrassent un lit de mort; et quand le fatal instant vient, ce dernier regard, et l'oeil ne voit plus; ce dernier mot, et la bouche est fermée; ce dernier souffle, qu'on voudrait et qu'on ne peut saisir au passage, et alors tout est fini; et ensuite ce froid qui devient plus froid de minute en minute, ce silence, cette raideur, cette immobilité, cette insensibilité, qui ne ressemblent pas, quoi qu'on en dise, au sommeil de la vie, et un peu plus tard, le linceul et ses plis, le sépulcre et ses profondeurs, le bruit de cette terre qui tombe et comble le vide, et enfin, le sol qui redevient ce qu'il était, comme s'il n'y avait

rien au dessous qui de nous l'ignore? toutes ces

apparences que nous ne comprenons pas, nous inquiètent, nous troublent, nous effraient, nous font frissonner; et qui n'a pas frémi par moment à l'idée: Un jour je serai couché la! Mais sans doute toutes ces apparences nous trompent; et au fond, pensez-y bien, ce n'est pas là la mort, ce n'en est que l'appareil et l'extérieur, les signes et les suites; mais mourir dans la vérité et la simplicité du mot, mourir, ce doit être tout autre chose, tout autre chose pour le mourant lui-même, que pour les vivans qui regardent mourir; pour le moiu^ant, ce doit être un simple et tranquille changement d'existence, une séparation de ce qui doit se séparer, la chute lourde et triste de la poudre vers la poudre, l'essor rapide ot délicieux de l'esprit vers celui qui l'a donné, et

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le dernier instant de cette vie touche au premier de la vie immortelle. Est-ce donc le lendemain ou le jour même que le malfaiteur pénitent est en Paradis avec le Seigneur? Aussi, qui n'a vu, un moment avant le dernier soupir, l'âme reprendre son énergie, éclairer les traits et animer le regard d'une flamme encore, et faire ainsi ses adieux à la vie? c'est au même instant le corps qui meurt, et l'âme qui revit. D'accord avec ces témoignages de la nature, voici dans l'Ecriture-Sainte une preuve de fait; voici la mort dispensée, non comme une épreuve, mais comme ime récompense: si elle avait toutes les horreurs que notre imagination lui prête, si elle était aussi à craindre que nous la craignons, si elle ne nous cachait pas des secrets de force et de consolation que nous ne pouvons maintenant entrevoir, jamais elle ne serait présentée comme une récompense divine, et cette récompense serait montrée à nos yeux plus loin dans l'avenir.

L'avenir! O M. F.! je ne sais si dans ces dernières réflexions je vous aurai tous convaincus, parce que chacun juge la mort par l'expérience de ce qu'il en a vu, et qu'ainsi chacun s'est fait des idées qu'il est difficile ou de contredire ou de changer. Mais je suis sûr de vous convaincre pour ce qui me reste à vous dire. Oui, la mort du jeune Abija a été une récompense, sous un rapport que vous connaîtrez tous: une fin telle que la sienne est une fin bienheureuse, et conduit là où l'immortalité dédommage de tout. Dans la tombe, il n'y a plus ni ten-

tations, ni combats, ni péchés; mais aussi dans la tombe, il n'y a point de sainteté, point de triomphe, point de gloire; dans l'immortalité, il y a les saintetés des élus, les triomphes des justes, la gloire de ces couronnes que le Seigneur pose de sa main sur le front de ses serviteurs fidèles. Et la mort sans doute est un repos, où il n'y a rien à souffrir, rien à redouter, et si vous voulez garder l'image d'un sommeil, c'est un sommeil sans rêve, sans émotion, sans lumière; et qui voudrait de ce sommeil pour l'éternité ? Mais dans le ciel qui s'ouvre après que le tombeau s'est ouvert, il y a des joies dont nos joies terrestres ne donnent aucune idée; il y a des affections, dont nos affections charnelles ne sont qu'une faible image ; il y a des torrens de délices, dont nos coupes les plus délicieuses contiennent à peine une seule goutte. Et ces félicités ne sont pas pour un jour, elles sont éternelles; et ces félicités ne sont pas pour quelques-uns, comme les avantages de ce monde, elles sont pour tous, et il y en a assez pour tous; et ce que l'un obtient n'enlève rien à ce qu'un autre a obtenu, car là le Seigneur est tout en tous. Voilà, Chrétiens, voilà l'asile où il reçoit ceux qu'il retire à lui; la mort, qui conduit à cette éternité, n'est-elle pas, quelque sort qu'on laisse ici bas, et quelque amertume qui l'accompagne, n'est-elle pas une récompense? Oui, faire son salut est le travail de la vie, et ce travail est terminé, et ce salut est obtenu, quand le Seigneur a trouvé assez de bon en notre âme pour nous la redemander.

Ce discours facile et ce touchant exemple ne gagnera rien, M. F., en consolation et en utilité, si je vous arrête à en écouter une longue et laborieuse application. Nous sommes tous mortels, nous savons tous combien une telle leçon nous intéresse et nous regarde; c'est assez d'émotions peutêtre, et je ne veux plus vous adresser que quelques paroles simples et tranquilles.

Au milieu de toutes ces iniquités auxquelles il refuse de prendre part, quel est l'appui du jeune Abija? Son histoire^ quelque courte qu'elle soit, le montre assez; sa force était en Dieu. Dieu connaît ceux qui sont siens. Voici toute une nation, une cour, une famille idolâtre et perverse, et à l'ombre de ce trône impie s'élève un seul jeune homme qui garde son coeur de tout piège; ce peu de vertu sera-t-il oublié parmi tant d'iniquités ? cette seule pureté sera-t-elle perdue de vue et laissée sans honneur au milieu de tous ces déréglemens? Non, M. F., Dieu sait qu'en Abija il y a quelque chose de bon. A nos regards, les justes sont souvent confondus avec les méchans; leur vertu perce à peine ces ténèbres tristes et profondes; mais quand nous ne les voyons pas. Dieu les voit toujours; Dieu distingue toujours ses serviteurs fidèles, et nul ne peut se croire oublié par le Seigneur. Il est toujours ce Dieu, qui, au sein d'un peuple corrompu et idolâtre, prosterné devant des dieux qui n'en sont pas, sait que sept mille hommes de reste

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n ont pas fléchi le geiiou devant Baal; il est toujours ce Dieu , qui entre deux rois distingue un Josaphat d'un Achab, et même entre deux frères un Abel d'un Gain; il est toujours ce Dieu, qui, parmi toute une communauté naissante donnant en abondance de ses biens aux pauvres, met à part dans leur mensonge les Ananias et les Saphira. Cette voix, qui a parlé aux sept églises de l'Asie; et leur a dit: Je connais vos oeuvres! cette voix parle à toutes les églises de la terre, et au sein de toutes nos familles : Dieu sait où il y a quelque chose de bon.

Voilà l'appui de la vertu; en voici l'écueil. Ce n'est pas Dieu seul qui nous juge en cette vie; nous nous jugeons nous-mêmes, nous portons en nous deux arbitres à qui nous soumettons sans cesse notre conduite, l'amour-propre et la conscience: l'amourpropre, si ingénieux dans ses prétextes et si indulgent dans ses excuses; la conscience, si sévère dans ses avertissemens et si juste dans ses reproches; l'amour-propre, qui ment et nous flatte; la conscience, qui dit vrai et nous accuse; l'amour-propre, qui murmure doucement à notre oreille, Tu as en toi assez de bon, et tu peux mourir sans peur; la conscience, qui nous crie. Auras-tu assez de bon en toi à l'heure de la mort? M. F., quand ces deux voix nous parlent, il faut croire l'une ou l'autre, et voici trop souvent ce qui règle le choix; nous le faisons trop dépendre de l'époque où nous en sommes de nos jours. Avant les tentations et les combats, les grands devoirs et les grands sacrifices, dans la jeu-

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nesse, quand il reste beaucoup de vie au-devant de nous, l'aniour-propre en est bientôt cru, quand il nous fait espérer qu'il y aura en nous assez de bon. Mais tout court risque de bien changer d'aspect, quand on regarde en arrière et non plus en avant, quand on compare ce qu'on a fait à ce qu'on aurait dû faire, quand on considère l'issue de ses voies; et surtout à l'approche du dernier jour, quand on sent, malgré les voeux flatteurs de l'amitié, que la vieillesse est venue, quand enfin on se soulève sur sa dernière couche, comme pour contempler de cette hauteur tout le cours de sa vie, alors c'est la conscience qui parle le plus haut, et nous avons peine à être sûrs qu'il y a eu dans nos coeurs assez de bon. M. F., le jugement que Dieu portera de nous, sera-t-il d'accord avec les suggestions de l'amour-propre ou les avertissemens de la conscience?... Oh! Dieu ne se trompera pas en nous jugeant; prenez donc garde de vous tromper vous-mêmes ; prenez garde d'en croire cet amour-propre que Dieu n'en croira j^as. Vivez comme s'il fallait chaque jour faire ce dernier examen de nos voies, qui est toujours sincère. Toutes les morts, hélas! ne sont pas, comme celle d'Abija, des récompenses; mais il dépend de vous que la vôtre en soit une, et pour vous y encourager, songez à la paix profonde et à l'espérance magnifique de celui qui jeune ou vieux, étendu sur le lit de douleur dont il ne croit jamais se relever, peut se rendre le témoignage que Dieu

trouve en lui quelque chose de bon... Quelque chose! me direz-vous, ce mot plein d'indulgence est ce qui nous encourage le plus. Le Seigneur, qui sait notre faiblesse , n'exige donc pas davantage, et qui de nous ne peut se rendre sûr d'avoir en son âme quelque chose de bon... Oui, Dieu sait toute notre faiblesse, mais // sera demandé à chacun selon qu'il lui a été donné; le jugement du jeune Abija a été ce qu'il devait être pour lui; ètesvous sûrs que ce qui était pour lui assez de vertus en soit assez pour vous? Chrétiens, il vous sera demandé assez de vertus chrétiennes. Travaillez à en acquérir, tandis qu'il en est temps. Voici, la nuit vient, dans laquelle personne ne travaillera plus; quand cette nuit sera commencée pour vous, quand vos amis, vos proches et vos enfans n'auront plus rien de vous que vos souvenirs, vos adieux et vos exemples, et qu'on leur demandera ce que vous avez fait sur la terre, qu'ils puissent avec joie déclarer devant Dieu que vous y avez fait quelque chose de bon, et que, selon leur ferme espérance, vous vous reposez de vos travaux, là où nos oeuvres nous suivent près de Christ pour l'éternité !

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