‹ Sermons (volume 2)Chapitre 4 sur 60 · SERMON SUR HÉBREUX XI · texte numérisé non relu

SERMON SUR HÉBREUX XI

Les patriarches ont fait profession d'être étrangers et voyageurs sur la terre.

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C'est une étrange pensée que St. Paul, dans ce passage, prête aux anciens patriarches d'Israël. On est tenté au premier aspect d'en contester la justesse, et quand on remonte aux époques et aux doctrines de la première alliance, quand on cherche ce souvenir dans les discours d'Abraham et de Jacob, dans les prières et les poésies de David, il semble que l'apôtre ait pris dans un sens céleste ce qu'ils ont dit dans un sens mondain; il semble juste de voir ici plutôt une allusion ingénieuse qu'une citation exacte, et d'admettre que dans ces éloges de la foi des ancêtres d'Israël, St. Paul parle plus avec la liberté d'un panégyriste qu'avec la précision

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d'un historien. N'entrons point dans cette discussion aride, et laissons aux patriarches toute leur gloire; certes, St. Paul les connaissait mieux que nous, et il serait facile de prouver, sinon par des traductions littérales, du moins par des analogies victorieuses, que des pensées de ce genre ont du s'élever dans l'âme des patriarches, et ces doctrines rester présentes à leur esprit; sans quoi leur tâche dans les conseils divins qui préparaient de si loin la rédemption, devient insignifiante; la suite des révélations est interrompue, il n'y a plus assez d'immortalité dans la Bible, et le premier tombeau qu'Adam a creusé et qui est fermé encore, n'est plus assez lié à ce tombeau du Christ, le seul ouvert à jamais.

Ces réflexions cependant n'enlèvent à cette pensée rien de ce qu'elle a d'extraordinaire et d'étrange, et dans le fond, la considérer comme une simple rapprochement n'est que la moindre des difficultés qu'elle présente. Ils ont fait profession, dit l'apotre, d'être étrangers et {^ojageurs sur la terre. Et de quel droit? Ce monde ii'est-il donc pas notre monde? Se déclarer étranger et voyageur aux lieux où l'on se trouve, c'est dire avec une entière franchise: Je ne suis pas ici dans ma résidence, ma demeure, ma patrie; je ne suis pas ici où je dois être, où je dois rester; je suis hors du domicile qui m'est destiné, de l'habitation qui m'est convenable,.... et si j'ose me servir d'un terme familier que nous comprenons, que nous aimons tous et qui

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rend bien cette pensée... je ne suis pas ici chez moi; je suis comme le cèdre du Liban transplanté dans la plaine, ou comme l'épine de la vallée forcée de croître au sommet des monts; je suis étranger et voyageur! Vous voyez par ces traits empruntés aux épanchemens de nos conversations familières et aux images des poésies de l'Ecriture, que je n'affaiblis point la pensée pour atténuer les difficultés qu'elle soulève; et encore une fois, de quel droit les patriarches ont-ils fait profession d'être étrangers et voyageurs sur la terre? Ce monde n'est-il pas notre monde? Le Créateur l'a fait pour notre usage; il convient à notre nature et satisfait à tous nos besoins; il nous offre un temps pour toute chose, un temps et de la lumière pour notre travail, un autre temps et les ombres de la nuit pour notre repos, et il nous offre assez de place pour tous nos berceaux, ensuite assez de place pour tous nos ouvrages, enfin assez de place pour tous nos sépulcres. Nous avons faim, et la terre est couverte de nos alimens; nous avons soif, et la terre est arrosée de nos breuvages; nous portons dans nos narines une respiration de vie , et notre monde est entouré d'une atmosphère formée exprès pour nous, tellement que si vous changez l'air qui nous entoure, il nous tue, et il nous sert à vivre, si vous le laissez tel que Dieu l'a fait. Notre oreille est délicate, et il n'y a pas dans ce monde de bruit assez fort pour l'assourdir; notre vue est plus délicate encore, et les deux couleurs qui lui conviennent le mieux sont

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les plus répandues dans la nature. Ce globe a même été proportionné à notre force, à notre industrie; prenez pour exemple et pour preuve l'agriculture, ce premier des arts, sans le quel il n'y en aurait pas. Si la terre était plus fertile, l'homme n'aurait pas assez de travail; si elle l'était moins, il en aurait trop. Mais non, et tout se balance, tout se trouve en juste équilibre; nos mers ne sont pas si larges que nous ne puissions les franchir; et les chaînes de nos montagnes si hautes que nous ne puissions les reconnaître; et les plaines de nos continens si vastes que nous ne puissions les défricher. Pour dernier trait, selon la révélation même, nous sommes les rois de ce monde, ce sceptre, divinement légitime, nous a été mis en main par le Créateur; et, selon la belle expression du Psalmiste, il est vrai que la terre appartient au Seigneur, mais il nous l'a donnée.

A ces pensées, il semble injuste et ingrat de se considérer comme étrangers et voyageurs sur la terre. Où donc chercher ce qui justifie et démontre la vérité de cette parole? M. F., il faut chercher en nous-mêmes. Ce monde est beau sans doute; mais si nous portons en nous le sentiment invincible de mondes plus beaux encore — Notre empire est vaste; mais si notre esprit est plus vaste que lui.... Il y a beaucoup de bonnes choses ici-bas; mais si notre âme en conçoit, en demande, en recherche bien plus. . . Que direz-vous donc? Vous ferez profession (Vctre étrangers et voyageurs sur la terre.

DU MOJNDt ACTUEL.

C'est à cette noble pensée que je voudrais aujourd'hui vous conduire. Je vais ne puiser d'argumens qu'en vous-mêmes, et vous faire passer en revue les trésors secrets que vous portez tous au fond de votre âme; je vais vous montrer que vous avez tous en votre être des germes d'immortalité qui n'attendent que le moment d'éclore; habitans de la terre, je viens vous rappeler que vous avez été faits pour les cieux, et qu'en conséquence vous n'êtes ici-bas qu'étrangers et voyageurs.

Il est deux principes dont nous devons convenir avant d'entrer en matière: si un être tout puissant, tout sage et tout bon nous a créés pour nous rendre heureux, il ne peut vouloir nous donner pour seule patrie un monde qui ne nous convient pas parfaitement, un monde digne seulement qu'on le traverse en un rapide voyage; en revanche, et nos premières réflexions vous l'ont fait pressentir, si dans ce monde nous ne sommes pas de pauvres étrangers cherchant leur pays, il faut qu'il convienne, non pas seulement à notre vie animale et charnelle, mais à notre vie intellectuelle et morale. Notre corps a ses besoins; notre âme a les siens; ce monde doit suffire à tous deux; sans quoi, il n'est pas véritablement notre monde, et nous n'y sommes qu'étrangers et voyageurs. C'est beaucoup sans doute que de pouvoir s'alimenter et s'abreuver, respirer librement, travailler et dormir; mais ce n'est là qu'une moitié de la vie, et la moins grave;

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