‹ Sermons (volume 2)Chapitre 55 sur 60 · I.A MOIÎTALlTi · texte numérisé non relu

I.A MOIÎTALlTi

golfe étroit. Moïse étend sa verge sur les eaux; elles se séparent, et le peuple passe. Voilà le prophète; mais il a soin de nous dire que l'Éternel fit reculer la mer par un vent véhément qui souffla toute la nuit: M. F., voilà l'historien. Partout donc dans la Bible il y a la nature, et le Dieu de la nature qui seul la régit, qui la fait servir à l'éducation religieuse du genre humain, et le serment solennel que le Créateur a prêté le lendemain du déluge: Tant que la terre sera, les semailles et les moissons, le froid et le chaud, l'été et Vhiver, le jour et la nuit ne manqueront point, ce serment tient toujours; mais Dieu règne sur cette suite de phénomènes , et la Bible souvent nous montre comment sa Providence y intervient.

Ces premières considérations conduisent à une pensée qui m'a vivement saisi. M. F., que serait-ce si toute l'histoire, la nôtre y compris, était écrite comme celle d'Israël? Que serait-ce s'il n'y avait point d'histoire profane et si tout était histoire sainte? Que serait-ce s'il nous était donné de connaître tous les secrets de la Providence, et de lire dans les évènemens la volonté de Dieu? C'est là trop demander. Cette science nous est réservée pour une existence future; à la mort sans doute le voile tombe, et la Providence se montre à découvert. Mais en attendant que nous cessions de connaître en partie, il est utile de chercher dans l'histoire sainte notre propre histoire , et de retrouver notre destinée dans celle d'Israël; quoique le laps des siècles amène

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sans doute de vastes différences entre les générations des hommes, bien au-dessus de ces nuances plane cette Providence immuable et suprême qui n'a qu'un seul but, le perfectionnement et le progrès de l'humanité. Le temps passé est le miroir du temps présent: essayons aujourd'hui, M. F., selon la simple expression de l'Évangile, d'y contempler notre ressemblance naturelle; nous sortons de la désolation d'un fléau cruel qui laisse bien des deuils après lui; voyons si la voix de nos actions de grâces ne trouvera point dans les siècles écoulés d'écho qui lui réponde; et ne semble-t-il pas lire en style antique les dernières pages de notre histoire dans ce funèbre récit de l'Écriture: l'Éternel envoya la mortalité en Israël depuis le matin jusqu'au temps marqué, et il mourut du peuple depuis Dan jusqu'à Beersébah soixante et dix mille hommes; et quand l'ange eut étendu sa main sur Jérusalem pour la détruire, l'Éternel se repentit de ce mal et dit à l'ange: C'est assez! retire ta main.

Vos pasteurs et vos conducteurs, M. B'., ont pensé qu'il vous serait utile et qu'il vous serait doux, puisque le fléau qui nous a désolés se retire, de consacrer un de nos jours de culte à en rendre au Seigneur d'humbles actions de grâces; j'espère vous montrer que chaque trait du récit sacré s'applique avec une exactitude parfaite et à notre deuil et à notre reconnaissance.

VEtenipJ erwoya donc la wottaUlé en f.fraël.

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Cette simplicité, cette franchise avec laquelle les auteurs sacrés attribuent à Dieu les fléaux les plus terribles, est une preuve irrésistible de leur sincérité, et doit leur mériter une entière confiance. Jamais ils n'ont représenté Dieu comme un être méchant et injuste, qui se plaît à voir couler les larmes et ne consulte point l'équité dans ses voies; jamais ils n'ont fait de Dieu l'auteur du mal; mais avec cette naïveté tranquille et ferme qui ne recule devant aucune vérité, sûre que la vérité triomphera toujours, ils ont compris que le règne de la Providence embrasse les épreuves autant que les bienfaits, et ils n'ont pas craint de le dire. Les biens et les maux, s'écrie Jèrémie pleurant sur les ruines de sa patrie , procèdent du commandement de V Eternel, et dans les paroles du texte, il est dit du fléau désolant d'une mortalité soudaine: L'Eternel envoy^a la mortalité en Israël. Votre foi est trop éclairée pour que ce langage l'étonné. Il est impossible de reconnaître la Providence pour le bien et de la nier pour le mal; il est absurde de croire qu'elle s'occupe de la vie et ne s'occupe point de la mort; il est contradictoire de dire près de nos berceaux: l'Éternel est ici, et de dire près de nos tombes: l'Éternel n'y est pas! Dieu est partout, ou il n'est nulle part; Dieu gouverne tout ou il ne gouverne rien; les cheveux même de nos têtes sont comptés, et il n'en tombe pas un seul sans sa permission , ou rien n'est compté, et tout tombe et s'anéantit sans qu'il le veuille et sans qu'il le sache. Cherche/.

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dans votre raison et votre foi, vous ne trouverez point de milieu entre ces principes, point d'alternative entre ces doctrines. Croyez donc en Dieu sans faire d'exception dans son règne, ou n'y croyez pas, et alors.... je vais vous dire en quoi vous croirez: vous croirez au matérialisme, c'est-à-dire, vous aurez foi en la poussière; vous aurez confiance en la pourriture; votre Dieu sera un peu de limon organisé, et quand la mort apparaîtra dans le cercle de vos amitiés et de vos amours, vous aurez la science pour essuyer vos larmes; vous aurez l'histoire naturelle pour consoler votre deuil; vous direz de la mort qu'elle est une séparation de parties, une solution de continuité; vous serez soulagés dans votre tristesse par la pensée que le tout n'existe plus, mais que les parties existent toujours, réunies à ce grand tout qu'on appelle l'univers; et quand il viendra une mortalité en Israël, vous direz que les airs sont viciés, que les eaux contiennent des principes impurs, que la terre exhale des miasmes pestilentiels, que des animalcules venimeux tombent des cieux, qu'un astre étranger enveloppe notre globe dans son atmosphère immense; vaines conjectures qui ne font que prouver la faiblesse de la raison et l'imperfection de la science; et nous, qui croyons en un Dieu attentif à ce monde comme à tous les mondes, gouvernant toutes choses selon des voies qui ne sont pas nos voies et des pensées qui ne sont pas nos pensées y nous, tranquilles par notre foi au milieu de tant de tombeaux, nous croirons que la

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foi domine ici la science, et nous dirons avec calme: l'Eternel em'uja la mortalité en Israël.

Qu'importe! répondrez-vous peut-être, c'est toujours une ^mortalité, et que la science l'explique mal ou que la religion l'explique mieux, c'est toujours mourir, perdre ou quitter ceux l'on aime, et s'en aller dans ce froid et silencieux sépulcre qui ressemble si peu à la vie. Qu'y a-t-il donc de plus consolant dans la foi, et que gagnons-nous à croire?... Vous y gagnez d'abord, selon les paroles mêmes du texte, la certitude que la mortalité durera seulement depuis le matin jusqu'au temps marqué. Il y a donc un temps marqué pour que tous les fléaux finissent, un temps marqué où l'ange de la mort replie ses ailes et s'en va lom des populations qu'il désole, un temps marqué où le cours ordinaire de la Providence et de la nature recommence! Yoilà ce que vous dit la religion; elle sait que le fléau le plus rapide et le plus cruel ne peut durer une seule minute de plus que les jours qui lui sont comptés par Dieu même, et qu'à l'heure fixée dans les suprêmes conseils, fût-ce tout-à-coup, fût-ce au moment de ses plus terribles ravages , fût-ce au moment où on l'espère le moins, elle sait qu'il doit finir, et de plus, la religion sait d'une manière positive et incontestable qu'il faut bien que chaque fléau ait son temps marqué , que le genre humain ne peut s'éteindre dans une lente et triste mortalité, que Dieu a promis le contraire, que quiconque tombe dans le découra-

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genient et le désespoir a tort, que les destinées de l'humanité sont loin d'être remplies, que la plénitude des gentils iiest point entrée dans l'église de Christ, que la foi ne convie pas la terre comme les eaux de la mer coui^rent leur fond, que tous les peuples ne sont pas encore devenus peuples de Dieu. La religion sait et croit ces choses; elle se tient sûre en conséquence qu'il y a un temps marqué pour chaque fléau, et ce temps que Dieu voit dans l'avenir, elle l'attend, résignée et tranquille, persuadée que la volonté de Dieu, quoi qu'il arrive, sera stable. M. F., la science ne peut pas vous en dire autant; son expérience ne vaut pas notre foi; pour elle, il n'y a point de temps marqué, et quand elle se hasarde à le promettre, elle déclare plus qu'elle ne sait, et promet plus qu'elle ne peut tenir; car enfin , si le matérialisme a raison , s'il n'y a pas de Providence, si le genre humain n'est qu'un assemblage de machines animées, assujetties pour tout gouvernement et tout ordre à l'influence de forces inconnues, tantôt salutaires, tantôt malfaisantes, qui existent dans la nature... une mortalité commence, c'est qu'une force nouvelle se fait jour; comment-savez vous si elle prendra fin? c'est qu'un nouveau principe de mort règne; comment savezvous que les principes de vie reprendront le dessus.^ Vous ne le savez pas, vous ne pouvez le garantir; le fléau qui apparaît peut être éternel; cette nouvelle méthode de dissolution, cette nouvelle voie de pourriture, vous n'en apercevez pas le terme;

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VOUS savez peut-être, à force de recherches, quand elle a commencé le matin, vous ne savez pas quel est son temps marqué , ni si elle en a un, ni si jamais elle finira; mais Dieu le sait, et ceux qui croient se confient en sa bonté et attendent, parce qu'ils se souviennent qu'il a dit: Je ne maudirai plus la terre et je ne détruirai plus ce qui i^it.

Maître du cours de notre vie, Dieu l'est du globe de notre demeure, et comme chaque fléau a un temps que Dieu nous marque, chaque fléau a aussi son espace que Dieu lui mesure ; il mourut du peuple, dit le texte, depuis Dan jusquà Beerséhah , du nord au midi, du pied du Liban jusqu'aux frontières de ridumée. M. F., je ne voudrais point vous induire à donner une importance exagérée à ce trait du narré, et je sais que ces mots, depuis Dan jusqu'à Beersébahy étaient en Israël une expression consacrée, une phrase faite qui servait à désigner une des plus grandes distances de la terre promise. Mais ce ne sera rien exagérer que d'appliquer à ce simple détail du récit sacré le juste principe que Dieu conduit, comme par la main, un fléau qui désole la terre, désigne dans sa Providence impénétrable les lieux où il s'arrête, et lui ordonne ici de sévir, là de passer. Au-delà de Dan et de Beersébah, il n'y avait point de mortalité, parce que Dieu ne l'a point voulu, et en dehors de ces hmites l'on n'avait rien à craindre... M. F., rattachez ces pensées à l'un des souvenirs les plus attendrissans du fléau qui nous quitte. Vous vous rappelez, lors de

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l'invasion soudaine de la maladie, combien il était triste d'être éloigné de ses parens et de ses amis. Heureuses alors les familles qui se trouvaient réunies, et qui pouvaient se dire: au moins nous souffrirons ensemble; nous nous soulagerons l'un l'autre; et s'il le faut, nous sommes sûrs de ne point nous quitter sans adieux. . . Et quelles alarmes parmi les familles que les chances de la vie avaient alors dispersées î que de voyages soudains ont été entrepris! combien de pères et mères ont rappelé près d'eux leurs enfans, et quelle inquiétude qu'il ne fût déjà trop tard! et que les heures de ces voyages semblaient longues, et quelle douce joie au moment de l'arrivée! Qui de vous n'a vu ou n'a éprouvé toutes ces émotions? Mais combien ces émotions auraient été plus saintes, et ces joies plus pures, et ces tristesses plus résignées et plus calmes, si partout on s'était souvenu que, selon la volonté de Dieu, la mortalité régnerait en Israël depuis Dan jusqu'à Beersébah, et pas plus loin! Que d'impatience, que d'anxiété, que de précipitation imprudente, et peut-être que de miu^mures de moins! Il y aurait eu moins de larmes, et celles qui ont coulé auraient mieux valu devant Dieu. Admirez donc encore ici l'empire de votre religion sainte; demandez-à la science où le fléau s'arrêtera, et la science confessera son impuissance à l'entrevoir; demandez-le à la religion, et la religion vous dira: Il doit aller de Dan jus qu à Beersébah , et il s'arrêtera en la montagne de V Eternel où il y sera

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poun'u. M. F., (le ces deux réponses, quelle e>L la meilleure?

Dans ces grands traits d'une calamité publique, l'espace de temps qu'elle dure, l'étendue de pays qu'elle couvre, vous retrouvez donc l'action de la Providence; reconnaissez-la encore dans les détails, Elle se voit jusque dans le nombre des victimes, et le texte suggère cette pensée: // mourut du peuple, est-il dit, 70,000 hommes, M. F., c'est un fait admis par tous les maîtres de la science que le nombre des victimes d'une contagion est toujours incertain, et que le compte n'en est connu que de Dieu. La mort frappe si vite qu'elle ne laisse pas le temps de compter ses coups; la mortalité ordinaire se complique avec celle du fléau, de sorte que l'expérience humaine ne les distingue plus; et dans le fond, il importe peu: ce n'est jamais que mourir. Mais ce que les hommes ne savent pas, Dieu le sait, et ce qui importe beaucoup, c'est la certitude qu'au nombre déterminé par sa Providence, pas une seule victime n'est ajoutée; qu'à la dernière tombe qu'il faut creuser est bien réellement la dernière, et que toutes ces tombes, innombrables à nos yeux, sont présentes en ordre aux yeux du Seigneur. Il sait donc, O M. F., il sait combien notre grande cité a perdu de citoyens par le fléau qui l'a ravagée Parcourez nos voies et nos places publiques ; regardez les flots de population qui se heurtent; écoutez le bruit de notre ville, le bruit de ses fêtes et de ses joies, le bruit de ses plaintes

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