‹ Sermons (volume 2)Chapitre 7 sur 60 · LES DEIJX A10RA.LES · texte numérisé non relu

LES DEIJX A10RA.LES

retrouvent les mêmes différences entre ce dont le monde et ce dont le Ciel se contente; partout, selon l'homme, vous ne voyez en pratique qu'une vertu fausse et mauvaise, qui finit par s'exhaler en iniquités abonne intention, ou bien une vertu incertaine, chancelante, qui ne va au bout de rien; et partout, selon Dieu, vous voyez que la fidélité doit être pleine et entière, persévérante, infatigable, invincible. Résumez en quelques mots les deux morales, et vous entendrez la voix du monde vous dire: Thomme est faible; et chacun a ses passions; et les séductions sont si enivrantes; et l'habitude a tant d'empire; et il est si difficile de changer son caractère; et il n'y a pas tant de mal en ces choses, et quelques péchés ne sont pas la perdition, et Dieu est si bon! et l'on ne peut pas être parfait!... Mais à rencontre de ces funestes principes, écoutez, écoutez la voix du ciel vous dire: Vous pouvez tout par Christ qui vous fortifie ; la grâce de Dieu vous suffit; Dieu est fidèle, qui ne permettra pas que vous sojez tentés au-dessus de vos forces ; ne vous persuadez point d'avoir atteint le but; persévérez jusqu à la fin et vous serez sauvés; persévérez, et soyez parfaits comme notre Père qui est aux cieux est parfait]

Maintenant, M. F., pour conduire en peu de mots cette étude à une conclusion simple et utile, représentez-vous deux hommes se conduisant d'après les principes que nous avons comparés. Mettez en

action ce que vous avez passé en revue; animez ces deux tableaux; donnez-leur vie et mouvement; donnez-leur corps et âme; qu'ils agissent, qu'ils vivent, qu'ils meurent devant vous !.. . Représentezvous d'abord un homme fidèle aux principes de la morale humaine, et même ne les suivant qu'en ce qu'ils ont de meilleur ; un homme qui ne souffre aucune tache sur son honneur, remplit avec intégrité tous ses engagemens, évite tout scandale, se montre modeste quand il le faut et bienfaisant quand il le peut, qui ne poursuit aucune vengeance, ne viole aucune justice, et qui prête même quelque attention aux reproches de sa conscience. Vous le voyez; je n'oublie rien, je rassemble tout les mérites de la morale mondaine, pour en faire le mérite d'un seul homme; et alors, dites-moi comment s'appelle un tel caractère dans le monde; quel est l'éloge qu'il reçoit et le nom qu'il porte; vous le savez; on en dit alors : c'est un parfait honnête homme ! c'est un homme d'honneur! A Dieu ne plaise que je veuille avilir ce titre , l'environner d'accusations injurieuses, et en diminuer à vos yeux la valeur et la dignité; non, élevez-le aussi haut que vous le voudrez dans votre estime, reconnaissez toute la confiance qu'il inspire, toute l'admiration qu'il mérite. Le chrétien, le vrai serviteur de Christ, le vrai disciple de l'Évangile; celui qui s'impose pour régie les saints commandemens et pour modèle les saints exemples de Jésus, celui-là, M. F., sera le parfait honnête homme; et quelque chose de plus:

y/^ LtS DEUX, MOKALES.

celui-là sera un homme d'honneur, de probité, de bonnes moeurs, bienfaisant et indulgent, et quelque chose de mieux!... il unira à tout ce que le monde estime, tout ce que le ciel approuve; son honneur sera le véritable honneur; tous ses engagemens seront également sacrés et tous ses gains également licites; il ne fuira pas seulement les scandales, mais aussi les impuretés; à la modestie il joindra l'humilité; à la bienfaisance, la charité; à la justice, l'équité; ses pardons seront aussi bons de près que de loin, et sa repentance sera celle qui fait dire à Dieu même: Je ferai passer ton péché; ta ne mourras pointl M. F. choisissez ! . . . Il est temps de le dire, et il importe de le dire hautement: l'honnête homme n'est pas le vrai chrétien; il est en chemin, si vous voulez; mais il n'est pas arrivé; il a beaucoup fait peut-être, mais pas encore assez; et il faut le mettre au même rang que le scribe à qui le Christ disait: Tu n'es pas loin du rojaume des deux! Non, le simple honnête homme n'est pas encore le vrai chrétien; fidélité, foi, grâce, espérance, tout les sépare; mais le vrai chrétien est toujours l'honnête homme. Personne n'est l'un sans être l'autre, et qui fait le plus, M. F., fait aussi le moins. Je ne vous parle ici ni de ces chrétiens hypocrites, qui considèrent l'honneur comme trop peu de chose pour que leur sainteté daigne y prendre garde, ni de ces prétendus honnêtes gens, qui n'ont de religion qu'au moment de lever la main devant im tribunal pour jurer. Je laisse tous ces extrêmes;

je considère l'honnête homme dans sa probité et sa vertu; le vrai chrétien, dans sa foi et sa charité, et je vous déclare qu'ils ont été pesés à la balance, et que l'un des deux a été trouvé léger. Sans cela, à quoi nous sert donc l'Évangile? que gagnons-nous au christianisme? qu'est venu faire le Fils de Dieu dans ce monde? Rien, et s'il suffisait d'être honnête, Dieu ne nous demanderait pas d'être chrétien. Toutefois j'en conviens, ces différences s'effacent et disparaissent au milieu du tumulte du monde; le bruit de vivre se confond avec la vie; nous ne nous distinguons par les uns les autres; heureusement ce n'est pas à nous à faire la distinction, et le Seigneur sait ceux qui sont siens. Toutefois un moment arrive où la différence perce souvent; ai-je besoin de vous le dire? ce moment, c'est le dernier; il semble pendant la vie que ce soit assez d'être honnête homme; mais on sent à la mort que ce n'est pas assez; si près du tribunal qui demande plus, on regrette de n'avoir pas fait davantage, on regrette amèrement de n'avoir pas joint à toutes les lumières de la raison et à toutes les directions de la conscience, les leçons meilleures du christianisme, les fruits de la grâce, les saintetés de la prière, les prémices de l'immortalité. Et tandis que l'honnête homme devra dire: me voici, seul et sans défenseur, le chrétien mourant dira: me voici, ôDieu, ne paraissant devant toi que sous l'appui de mon Rédempteur exalté, Jésus-Christ! O M. F., qu'ajouter à ces pensées, pour vous montrer que garder

les seuls comman démens du monde, même les meilleurs, est insuffisant, et que te craindre, 6 Dieu, et garder tes commandemens y c'est le tout de l'homme! Que nos semblables soient donc nos témoins, nos émules, nos compagnons de travail, et jamais nos seuls maîtres; n'en croyons que Dieu; n'en croyons que Christ; n'en croyons que l'Évangile; cette loi seule comprend toutes les lois; et seule peut nous rendre irréprochables devant le monde, et sancti* fiés devant le Seigneur!

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