SERMON SUR 1 TIMOTHÉE III
Sans contredit, le mystère de la piété est grand.
Jftes Frères,
Sans contredit, le mystère de la piété est grand! Voilà un de ces traits auxquels vous reconnaîtrez à la fois le génie d'un grand homme et l'humilité d'un vrai croyant. Le mot du texte n'est pas une de ces confessions de foi incertaines et vagues, où, tout en s'humiliant, la raison s'irrite de devoir s'humilier, entre en contestation avec Dieu, et lui demande plus de lumière; la raison ici se contente de ce qu'elle sait et ne demande rien de plus; aussi l'apôtre ne déclare pas faiblement que la religion qu'il annonce est çà et là obscure et difficile; il va plus loin; il monte plus haut; il tranche la question; il déclare que sans contredit , ce mystère est grand... M. F. est-ce que nous qui oserons le contredire? Nous!... Remarquez d'abord à qui St. Paul fait cet aveu. Cette épître n'est point adressée à
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une église entière, dont l'intérêt même du christianisme naissant obligeait de ménager la foi mal affermie ; elle n'est pas une lettre circulaire adressée à tous les fidèles d'une cité, à tous les prosélytes d'une province; vous y chercheriez vainement un traité raisonné et suivi sur l'ensemble des vérités chrétiennes; ce n'est pas aux Romains ou aux Galates que parle ici l'apôtre; vous auriez pu dire que, s'adressant à la foule, écrivant pour la multitude des fidèles, pour les simples autant que pour les sages, pour les ignorans autant que pour les doctes, il fallait bien leur présenter comme un grand mystère ce qui était au-dessus de leur petite intelligence , et leur montrer la religion nouvelle comme très-élevée pour mieux les consoler de ne pouvoir y atteindre. Ici, vous ne voyez qu'un ami écrivant à un intime ami; un maître plein de confiance écrivant au plus cher de ses disciples ; c'est un échange de pensées, de conseils et d'expérience fait sous le sceau de l'amitié. En un mot, ce n'est pas tant l'illustre apôtre des gentils, le fondateur de tant d'églises, le docteur dont l'opinion triomphe au premier concile de Jérusalem, X instrument délite, choisi pour porter la parole de Christ devant les gentils, les rois et les enfans d'Israël, qui transmet ici ses instructions et ses ordres; c'est Paul qui s'entretient avec Timothée, et qui, tout étonné des vérités magnifiques qui s'offrent une à une à son esprit, s'humilie le premier et invite son ami à s'humilier avec lui devant les merveilles de la religion,
et laisse tomber naturellement ces mots : Sans contredit, le mystère de la piété est grand. ... M. F. , si cela n'est pas sincère, la sincérité n'est qu'un vain mot du langage des hommes.
Vous venez de voir en St. Paul l'ami qui dépose comme une simple confidence cette solennelle déclaration dans le sein de son ami ; vous ne pouvez donc dire que cette parole, applicable au vulgaire et écrite pour lui seul, ne nous concerne point; revenez maintenant à considérer en St. Paul l'envoyé divin et le grand homme. Un trait caractéristique des hommes de génie est cette humilité dont un apôtre nous donne ici l'exemple. De tous temps, les intelligences les plus élevées et les plus fortes ont été les plus humbles , et l'explication de ce phénomène intellectuel est bien simple: c'est que mieux on se sert de sa raison, mieux on en reconnaît la faiblesse et les bornes. Dans l'antiquité, le plus sage des philosophes avait coutume de dire: Ce que je sais, c'est que je ne sais rien; tant il voyait qu'il lui restait à apprendre. Et dans nos temps modernes, le plus illustre des astronomes, celui qui a frayé le chemin où tous sont suivi, celui qui a appris le premier aux hommes ce que c'est que la lumière, et comment tous ces mondes que vous voyez chaque soir pèsent les uns sur les autres et tiennent ensemble dans les cieux; celui-là, M. F., a pensé que les semaines de Daniel étaient un calcul aussi important à faire que celui des étoiles du firmament; celui-là était un des plus humbles chrétiens
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de son siècle. Cette docilité de la raison se retrouve à travers tous les âges de l'Écriture Sainte; les plus grands hommes de l'ancienne Alliance ont été les plus humbles et ont reconnue le plus hautement que Dieu est incompréhensible dans ses merveilles et ses voies. Voyez comment le grand Moïse marque à la raison humaine le champ qui lui est interdit et le sillon qui lui est ouvert: Les choses cachées, dit-il, sont pour l'Eternel, et les choses révélées pour nous et nos enfans à jamais. Ecoutez ce David, qui certes ne manquait pas de génie: Il est impossible de sonder la grandeur de Dieu; écoutez ce Salomon, qui certes ne manquait pas de science: V Eternel habite dans P obscurité; ouvrez ce livre de Job, où le mystère du mal est approfondi, autant qu'il pouvait l'être avant le christianisme, et voyez comment la pensée de l'auteur sacré recule devant tant d'autres : Trouveras-tu le fond de Dieu en le sondant; ce sont les hauteurs des deux, qu y feras tu? Ce sont les profondeurs des abîmes, quj verras lu? Et cet Esaïe qui a décrit la majesté divine autant peutêtre que le langage humain la peut décrire, écoutez-le déclarer qu'il n'y a pas moyen de pénétrer l' intelligence de Dieu! A tous ces grands noms on peut ajouter celui de St. Paul, sans qu'il perde à la comparaison, et autant que les Moïse et les David, les Salomon et les Ésaïe , St. Paul humilie l'intelligence qu'il possède devant la révélation qu'il annonce, et reconnaît que, sans contredit, le mystère de la piété est grand.
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Son exemple amène une réflexion à laquelle aucune expérience ne conduit mieux que la sienne. Le monde se partage d'ordinaire en sages et en fidèles, en hommes pleins de foi dans leur propre raison et qui prétendent y ramener l'Évangile, et en hommes plus dociles à la révélation, et qui s'efforcent d'y assujettir leur intelligence; je m'adresse à tous aujourd'hui. Vous qui êtes versés dans les sciences humaines, et qui avez appris ce qu'on peut s'apprendre d'homme à homme, S1. Paul, des écoles de Tarse avait passé à celles de Jérusalem; S1. Paul, s'il n'avait été disciple de Christ, aurait été un sage du monde, un disputeur du siècle; il a même commencé par là. Songez-y donc bien, c'est un des vôtres qui vous donne ici l'exemple de vous humilier devant le grand mystère de la piété; et qui de vous peut contester le génie de ce Paul, sa force de pénétration, sa profondeur de pensée? s'il s'est humilié, que ne vous humiliez-vous donc, et pourquoi vous étonnez-vous de trouver un mystère où ce grand homme en trouvait un ? Et vous qui n'êtes pas doctes selon le monde, mais croyans selon l'Évangile, ou qui savez être l'un et l'autre, vous qui avez la foi et qui priez Dieu de vous l'augmenter sans cesse, voici un apôtre, un saint, un inspiré, un homme qui n'a pas étudié seulement comme vous l'Évangile, mais à qui l'Esprit saint l'a enseigné, un homme qui a vu le Christ dans sa gloire et qui a reçu du Seigneur ce qu'il nous a donné , un homme qui a été ravi au ciel et qui a entendu des secrets
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ineffables; et cet homme, enrichi de tant de grâces, honoré de tant de connaissances, comblé des dons de l'esprit de Dieu, cet homme déclare que sans contredit le mystère de la piété est grand — Chrétiens; je vous le demande, est-il possible, s'il était grand pour cet apôtre, qu'il ne le soit pas pour nous?.... Vous qui doutez encore et vous qui croyez, je vous cite donc tous au tribunal de votre propre raison. Sages, niez que Paul soit un grand homme; fidèles, niez que Paul soit un grand apôtre, ou préparez-vous tous à reconnaître avec lui que le mystère de la piété est grand.
M. F., saisissez bien cette dernière idée, et ne m'accordez rien de plus que ce que je vous demande. Vous ne devez suivre en aveugles l'exemple de personne, pas même d'un apôtre; avant de s'humilier, il faut savoir pourquoi on s'humilie; seulement, convenez d'avance que si ces motifs de s'humilier ont suffi à S1. Paul, ils doivent vous suffire. J'essaierai de vous montrer que le salut du monde est un grand mystère, considéré à l'égard de Dieu, qui l'a donné ; de Christ, qui l'a accompli; de vousmêmes, qu'il appelle à le recevoir.
Il est indispensable de fixer, d'une manière claire et précise, ce que S*. Paul entend par le mystère de la piété; il semble affectionner cette expression , il l'emploie souvent dans ses épitres : elle répondait à l'élévation de sa foi. J'ai rassemblé, M. F., tous ces différens passages où l'apôtre se
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sert de ces termes, et, sans que je vous fatigue ici des longueurs de cet aride travail, il suffira de vous dire qu'une comparaison attentive des textes, surtout dans les (''pitres aux Romains, aux Corinthiens, aux Éphésiens et aux Colossiens, montre que dans la pensée de St. Paul, le mystère de Christ, le mystère de la foi, le mystère de la piété, est toujours la rédemption; la suite du verset même d'o le texte est tiré en offre la preuve. Ce verset, l'un des plus célèbres de l'Evangile, est un de ces passages sur lesquels on dispute depuis des siècles , et sur lesquels on disputera sans s'accorder bien des siècles encore; sur aucune autre ligne des livres saints on n'a porté plus loin l'esprit minutieux de critique, l'art des conjectures, les explications forcées, les subtilités ingénieuses, et il faut bien le dire, à la honte éternelle d'un étroit fanatisme, les fraudes prétendues pieuses, armes indignes d'un chrétien, armes empoisonnées qui blessent celui qui s'en sert, et qui défendent la vérité par des mensonges. Mais quelque texte que l'on suive, quelque version que l'on préfère , il est impossible de ne pas voir la rédemption dans l'ensemble de ces pensées. Cette remarque confirme notre explication , et achève de vous montrer que le grand mystère de la piété, c'est la rédemption.
Ce mystère est grand , si vous le considérez à l'égard de Dieu qui nous a donné le salut.
M. F. , l'idée de Dieu , sous quelque rapport qu'on l'envisage, est toute remplie de mystère; l'idée d'un
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être éternel et immense, sans commencement et sans fin, sans mesure en sa durée, sans limite en sa puissance, qui sait tout, qui conserve tout, qui bénit tout, est supérieure à l'intelligence des anges même; et, du milieu de notre temple, comme Salomon dans le sien, nous pouvons dire que l'Eternel habite clans l'obscurité. Cependant, l'idée de Dieu une fois admise (et vous savez que l'insensé seul dit en son coeur qu'il n'y a point de Dieu), quelque lumière brille au sein de ces ténèbres profondes; notre raison, qui ne peut sonder ses voies, en découvre les bords, et nous savons quelque chose de ses perfections et de ses ouvrages. Aussi, je conçois un Dieu créateur; je conçois que Dieu soit sorti de son repos éternel, et qu'il ait tiré des mondes et des êtres du sein du néant, afin de pouvoir se dire ensuite que tout ce qu'il avait fait était très bon. Je conçois que l'être souverainement parfait et souverainement heureux ait formé des créatures à sa ressemblance, c'est-à-dire, qu'il leur ait donné une part de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté, et ainsi, une part de son bonheur. Toute l'étendue me donne à connaître les ouvrages de ses mains, une voix secrète s'élève du fond de mon âme, répond à cette voix des deux qui me raconte sa gloire, et m'assure que j'ai reçu de lui seul la vie, le mouvement et l'être, et, de la création , mon esprit remonte sans s'égarer au Créateur. Un second effort de la raison, un second progrès de la foi, est de reconnaître un Dieu conservateur
du monde. Que celui qui a créé veille à la conservation de son ouvrage; ces deux idées sont inséparables. Que deviendrait l'univers sans la Providence; où y aurait-il un abîme assez grand pour l'y laisser tomber et périr; quelle absurdité qu'un Dieu qui crée, et qui, l'instant après, ne prend aucun intérêt, ne donne aucune attention à son oeuvre, et l'abandonne à une destruction ou lente ou prochaine? D'ailleurs le fait est là, sous nos yeux; nous, nous sommes d'hier, mais la création n'est pas d'hier; ce firmament qui brille sur nos têtes n'est pas d'hier; l'univers est une chose ancienne; la terre même qui nous porte est plus vieille que nous: elle garde de son antiquité la preuve dans son sein. Et qui donc a conservé le monde jusqu'à ce siècle, ce jour, ce moment, si ce n'est le Dieu qui l'a créé? Enfin, sans se perdre dans des ténèbres impénétrables, notre raison et notre foi conçoivent un Dieu, arbitre des destinées et juge des actions , un Dieu qui demandera compte à des créatures qu'il a faites lui-même responsables et libres, un Dieu à qui appartient la vengeance, et à qui, par conséquent, appartient aussi la rénumération; il y a des lois, donc il y aura un jugement, le grand mystère serait qu'il n'y en eût point. Création, Providence, Jugement, voilà donc où la raison arrive sans broncher, où la foi s'élève par un facile essor; voilà des connaissances qui ne sont pas sans mystère, il est vrai, mais où la lumière éçale au moins les ténèbres; voilà des
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faits, des vérités, des doctrines que le ciel et la terre, et le consentement universel de nos générations, et la voix de la conscience, et cet instinct religieux que Dieu même a gravé dans notre sein , attestent de concert. Mais représentez-vous ce Dieu: créateur,... qui en peut douter? conservateur,... qui ne le voit? juge,... qui ne le sent?... représentez-vous ce Dieu résolvant dans ses conseils éternels et infaillibles que le monde sera sauvé, et que son divin Fils en deviendra le chef, le modèle, le rédempteur. . . M. F. , le mystère de la piété est grand! Dès l'instant où le fruit fatal eut empoisonné cette pure respiration de vie que Dieu nous avait donnée, dès l'instant que l'homme usa mal de sa liberté sainte, dès l'instant que le péché fut entré dans ce monde et après lui la mort et le malheur, Dieu a résolu la rédemption, et a remis seulement à quelques milliers d'années le jour de l'accomplir. La pitié divine commença aussitôt que notre malheur, et ces mots fameux que vous lisez au début des révélations divines: La postérité de la jemme écrasera la tête du serpent, ces mots, savez-vous bien ce qu'au fond ils signifient; ils signifient que Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique au monde , afin que quiconque croit en lui ne périsse point et obtienne la vie éternelle. Depuis cette première lueur d'espérance, la providence a été sans cesse employée à préparer ce grand bienfait; une longue suite de précurseurs aplanit les chemins et prépare les voies du Messie ; chaque siè-
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cle écoute un oracle; chaque génération obtient un témoignage; chaque livre sacré fournit sa part de promesses et de preuves; les patriarches saluent de loin la journée du Seigneur, et déclarent en mourant qu'ils ont attendu le salut; Moïse annonce un prophète semblable à lui; David déclare que le bienaimé de l'Eternel n'éprouvera point, la pourriture du tombeau; Michée promet à Bethléem qu'elle ne sera point la plus petite des cités de Juda, et que de son sein sortira le conducteur d'Israël; Ésaïe le dépeint se laissant conduire comme la brebis muette devant celui qui la tond, et marque son sépulcre avec les riches, quoiqu'il doive être avec les malfaiteurs en sa mort; Daniel compte les dernières semaines de son attente; Aggée affirme qu'en paraissant dans le second temple, il en élèvera la gloire au-dessus de celle du premier. Le jour vient, une crèche sert de berceau à un enfant ; et il se trouve que cette crèche est celle d'une étable de Bethléem! Une croix se dresse, et il se trouve que le condamné y marche comme la brebis muette prédite par Ésaïe! Une tombe se creuse, et il se trouve que le corps qui y descend est seul de tous les cadavres de la race humaine, seul dispensé de la pourriture de la mort selon l'annonce de David; et il suffit de cette crèche, de cette croix, de cette tombe; Dieu ne demande rien de plus pour pardonner à tout un monde de pécheurs; tout est accompli, et le monde est sauvé M. F., que le mystère de la piété
est grand! Oui, c'est un grand mystère, que,
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n'ayant nul besoin de nous régénérer et de nous pardonner, Dieu nous offre régénération et pardon. Oui, c'est un grand mystère, que pour notre salut Dieu n'ait pas même épargné son propre Fils , et qu'il l'ait livré pour nous à la mort, à la mort même de la croix. Oui, c'est un grand mystère, que Dieu ait accepté le triple sacrifice de sa venue sur cette terre de deuil et de péché, de sa vie si pleine de traverses et de sa mort si pleine de douleur, et qu'il ait laissé le Christ boire jusqu'à la lie cette coupe d'amertume, au lieu de la répandre, dans sa colère, sur la terre des vivans où elle se serait brisée contre la pierre de nos tombes. Créateur, j'admire sa grandeur et sa gloire; conservateur, je reconnais sa providence; juge, je prévois son jugement, et ma raison, sur toutes ces vérités, vient facilement à l'appui de ma foi. Sauveur!... à cette idée toute ma raison tremble et fléchit; je ne puis plus que m'humilier, je ne sais plus que croire, et je dis: Seigneur, augmenterions la foi... le mystère de la piété est grandi
Le mystère ne perd rien de sa grandeur, si votre esprit passe de l'idée de Dieu, qui avait promis la rédemption du inonde, à celle de Christ, qui l'a accomplie, qui selon l'énergique image de l'apotre, a porté nos péchés en son corps sur le bois , et après être mort pour nos offenses est ressuscité pour notre justification. Pour vous convaincre sous ce nouveau rapport que le mystère de la piété est grand, je n'ai pas besoin de vous conduire vers ces issues
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d'ancienneté dont parle St. Jean, quand il déclare q\i au commencement la Parole était avec Dieu , la Parole qui a été jaite chair, et qui a habile parmi nous ; jusqu'où faudrait-il reculer dans les âges du passé pour contempler ce commencement? Et je n'ai pas besoin non plus de vous transporter à cette fin de toutes choses dont parle St. Paul, quand il affirme qu'un jour le Fils lui-même sera assujetti au Père, afin que Dieu soit tout eu tous; jusqu'où faudrait-il pénétrer en idée dans les âges de l'avevenir pour arriver là? Ne jetons pas les yeux dans ces profondeurs; Jésus lui même a dit: Personne ne connaît le Fils que le Père, et qui sommes-nous, pour prétendre connaître le Fils comme ils est connu de celui qui l'a fait Christ et Roi? Non, je n'ai à vous parler que du Christ semblable à vous en toutes choses excepté le péché. Vous venez de contempler la rédemption résolue dans les conseils éternels du Souverain, et préparée jour par jour durant les longs siècles de la première alliance; je dois maintenant vous montrer la rédemption exécutée, achevée, accomplie sur cette terre où nous sommes , et vous conviendrez tous que la rédemption est aussi étonnante, vue sous son coté terrestre qu'étudiée sous son aspect divin... Disciples de Christ, qui lui diriez comme le Psalmiste à son Dieu: Quel autre avons-nous au Ciel que toi? disciples de Christ, persuadés qu'en son nom seul vous pouvez être sauvés; disciples de Christ, savez-vous ce que c'est que la rédemption? M. F... c'est une nais-
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sauce humaine, une vie humaine, une mort humaine, une sépulture humaine, une résurrection humaine.... O prodige admirable par sa simplicité même! il y a là toute notre rédemption, et il est impossible d'ajouter un seul fait à ces faits, un seul souvenir à ces souvenirs, un sacrifice à ces sacrifices, un triomphe à ces triomphes; mais aussi n'en retranchez rien, car il ne resterait rien; pour peu que vous diminuiez de ces naïves merveilles, elles s'évanouissent; la rédemption est réduite à néant, et le Christ est le Fils de Dieu, il n'est plus le Sauveur. Reconnaissez donc que la simplicité des moyens n'enlève rien à la grandeur des résultats; à l'époque fixée par tant d'oracles, après des siècles d'attente, le Christ, le Sauveur nous est né; il y a eu un homme de plus parmi les hommes, un Israélite de plus parmi les Israélites, un descendant de plus dans la postérité d'Abraham, un rejeton de plus sur la racine d'Isaï, et le monde a été sauvé! A l'époque fixée, le Christ, le Sauveur nous est né, et il n'a jamais démenti ce qu'il y a eu d'humain dans sa naissance; car il a été semblable à nous ; et il n'a jamais démenti ce qu'il y a eu de céleste dans sa naissance; car il a été semblable à nous en toutes choses excepté le péché; et il a coulé des jours pareils à nos jours, mais il les a autrement remplis; et il a visité des maisons pareilles à nos demeures, mais c'était en allant de lieu en lieu faisant du bien; et il a versé des pleurs pareils à nos larmes, mais non pas sur lui-même; et il est mort d'un trépas
humain, en restant libre d'y échapper; il est descendu dans un sépulcre humain, en restant maître d'en sortir; et de cette tombe, humaine au point que Joseph d'Aritmathée l'avait préparée pour luimême, de cette tombe, il est sorti comme nous sortirons des nôtres, et le monde a été sauvé, et quiconque croira en lui vivra, et Dieu s'est ainsi réconcilié le monde; une seule vie, exempte de tout péché, a obtenu grâce pour toutes nos vies, qui n'en sont jamais exemptes; celui qui n'a bronché en rien assure le pardon de nous tous qui bronchons en plusieurs choses; sa justice seule couvre toutes nos injustices, sa gloire seule répare toutes nos turpitudes; sa sainteté seule balance toutes nos imperfections. Nous sommes tous des serviteurs inutiles qui n'achevons jamais nos oeuvres; seul, il a achevé la sienne; nous sommes tous pécheurs; seul, il n'a point péché; c'est assez, et le monde est sauvé, et en sa faveur Dieu nous fait grâce. O M. F., que le mystère de la piété est grandi A cette extrême simplicité des moyens, à cette irréprochable perfection des vertus que vous remarquez dans l'oeuvre de la rédemption, ajoutez la force des épreuves, l'amertume des souffrances, cette tentation du désert, dans la quelle il est impossible de ne pas voir, de quelque manière qu'on l'explique, toutes les tentations du monde réunies dans une seule séduction pour vaincre celui qui s'est montré invincible; ajoutez trois années d'inutiles efforts au milieu d'un peuple à qui il fallait dire: fous ne vou-
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lez pas venir à moi pour avoir la vie; et de villes en villes, auxquelles il fallait dire, en sortant de leurs murs, malheur à vous , car Sodome et Gomorrhe se seraient repenties, et vous ne vous repentez pas; ajoutez la nuit de Gethsémané, nuit de douleurs telles qu'un ange est venu les adoucir; et la journée du Calvaire, journée d'angoisses et d'horreur, dont les heures sont horribles à compter jusqu'à ce mot: tout est accompli; et c'est du haut de cette croix que le salut est descendu sur les vivans et les morts... M. F. , le mystère de la piété est grandi
Il me reste, M. F., à vous parler de vous-mêmes; il me reste à vous montrer que le mystère de la piété est grand, que le don du salut est étonnant et inconcevable, quand vous ramenez vos pensées de Dieu qui l'a accordé et de Christ qui l'a accompli, à vous-mêmes qui l'avez reçu. Ne suffit-il pas du moindre examen de son coeur, de sa conscience, de sa vie; ne suffît-il pas d'échapper un moment aux illusions de l'amour-propre, et quel amourpropre peut nous suivre devant Dieu! ne suffit-il pas de ce voir un moment tel que l'on est, pour s'étonner de son salut, et se demander avec une irrésistible surprise: Se peut-il que je sois sauvé? M. F. ce qui fait que souvent la rédemption excite moins notre étonnement, ce qui diminue à nos yeux la grandeur du mystère, c'est que nous le considérons comme un bienfait universel, dont nous ne prenons que notre part; il nous semble moindre en
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noire faveur, parce qu'il appartient également aux autres, et quand nous nous rappelons que le Christ est mort pour tous , nous sommes par moment moins frappés de sa mort, moins émus de sa charité. Mais que chacun de vous ramène sur soi la rédemption entière; que chacun de vous ne pense un moment qu'a lui seul, et se dise: le Christ est mort pour moi; ce sang qui efface tous les péchés efface les miens, efface ceux de ma jeunesse, ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui; le Christ est mort pour moi, au point que quand tous les hommes se perdraient,
je pourrais être sauvé O M. F. alors, que le
mystère de la piété est grand; que la miséricorde de Dieu semble immense; que la charité de Christ semble adorable, et comme on se sent anéanti sous le poids de cette grâce! Et vous demanderai-je quels étaient vos droits d'être sauvés, Vous demanderaije à quel tilre vous pouviez dire à votre Dieu d'aimer assez votre monde pour donner son Fils unique à ce monde? Vous demanderai-je comment vous auriez fait descendre le Christ des cieux, si Dieu ne vous l'avait envoyé ? Vous savez assez que vous êtres rachetés par un effet de sa pure grâce; que la Rédemption est un don gratuit; que Dieu ne vous doit rien, et surtout pas le salut; que Dieu n'était pas plus obligé de vous donner son Fils que de vous donner aujourd'hui votre pain quotidien; que Dieu enfin, auteur de la liberté dont l'homme s'est mal servi, pouvant bien s'en servir: est en plein droit de vous dire de vous sauver, et de vous sanc-
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tifier, et de mourir en paix, et de ressusciter en gloire, seuls et par vous-mêmes et sans lui. A cette dernière idée, vous demanderai-je aussi ce que vous seriez devenus sans l'Évangile, sans la rédemption, sans la \enue de Jésus-Christ; ce que vous seriez devenus en cette vie et ce que vous deviendriez dans la vie éternelle? Il est impossible de se représenter où en serait ce monde, s'il n'était pas chrétien; l'imagination ne va pas jusque là. Et l'immortalité, M. F., que serait-elle pour les hommes, si le Christ ne l'avait assurée, s'il n'y avait pas plusieurs demeures dans la maison de son père et s'il n'avait été nous préparer le lieu? ... Mais cessons de raisonner par conjecture, et laissez-moi vous interroger de plus près ; laissez-moi rapprocher de vous la rédemption et vous en faire ainsi mieux apprécier les grâces, mieux connaître les merveilles, mieux entrevoir les magnificences. Vous êtes sauvés! C'est là votre espoir, votre attente, votre ressource. Mais en quoi consistera ce salut? Quelle espèce de joie vous donnera-t-il ? quelle sorte de consolation ou de dédommagement y trouverez-vous ? quel changement aura lieu dans votre condition? en un mot, disciples du Christ, que serez-vous à sa droite, en comparaison de ce que vous êtes maintenant?... Pécheurs, vous serez pardonnes, c'est-à-dire, vous n'éprouverez plus cet éloignement de Dieu, cet effroi de Dieu, que le péché laisse après lui, vous ne redouterez plus ni la présence ni la justice de Dieu; vous sentirez que votre coeur est pur, et vous vous
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direz sans crainte que le Seigneur n'est pas loin de chacun de vous. Et vous serez sanctifiés; vous n'éprouverez plus ces combats intérieurs de la chair et du sang, ces convoitises charnelles qui font la guerre à l'âme; vous jetterez en paix vos regards autour de vous sans rien voir de souillé; aucune mauvaise pensée, aucune importune distraction, aucune honteuse turpitude ne vous entraînera; tout sera pur en vous, autour de vous et pour vous, et, pour comble, vous ne craindrez plus de pécher. Comparez cette tranquillité d'âme au besoin qui nous presse tous ici-bas d'une vigilance perpétuelle.... O M. F. , que le mystère de la piété est grand!... Dans votre état actuel, votre foi se heurte de tous côtés contre des doutes pénibles; souvent vous cherchez Dieu sans l'atteindre et le voir d'assez près; vous voudriez contempler face à face, et vous ne pouvez; vous regardez dans les voies de la Providence, et vous ne les sondez pas; vous regardez dans les ténèbres de la tombe, et vous n'y voyez rien; vous regardez dans les profondeurs de l'éternité, et vous y voyez moins encore. Eh bien! quand ce salut que vous espérez vous sera confirmé, une lumière sainte et pure inondera votre entendement, la Providence vous sera dévoilée, et toute sa sagesse, sa justice, sa bonté passera devant votre face; la tombe, qui est si ténébreuse aujourd'hui, vous expliquera tous ses secrets; elle vous montrera les détours de ce passade du inonde au ciel, et connaissant comme vous
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êtes connus, le voi!e qui vous cache l'éternité sera levé, vous compterez ses âges, vous mesurerez ses profondeurs, vous y marcherez par la vue.... M. F., que le mystère de la piété est grand! Enfin la dernière heure de toutes vos peines aura sonné; infortunés, vous n'aurez plus rien à pleurer; malades, vous n'aurez plus rien à souffrir; pauvres, vous n'aurez plus rien à recevoir; tous, vous aurez eu vos maux en cette vie, et tous, vous serez consolés; mortels, vous n'aurez plus à mourir; l'aiguillon du trépas ne nous frappera qu'une fois; cette fosse obscure et froide ne nous recevra qu'une fois; le réveil du long sommeil sera un réveil éternel; et, pour dernier trait, il n'y aura plus de deuil ni à craindre, ni à porter, puisqu'il n'y aura plus de sépulcres; les amis seront rendus aux amis; et nos fragiles affections de cette vie seront renouvelées et garanties dans la communion des saints. Disciples de Christ, voilà, voilà le salut en Christ!... Que ce mystère de la piété est grand! Quelle merveille que le péché ne nous perde point, que le trépas ne nous sépare point à jamais! Quelle merveille que nous puissions aspirer à un tel salut! Quelle merveille que le Christ ait pu demander et obtenir pour de misérables pécheurs comme nous que là oà il est nous y soyons aussi avec lui! M. F., que notre foi soit aussi grande, s'il se peut, que le mystère de la piété est grand! La grâce est assez puissante pour nous faire arriver là. Que notre raison s'humilie, que notre espérance s'affermisse, que notre
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gratitude s'élève en tribut unanime vers le Seigneur! Que tout ce qui est au dedans de nous bénisse le nom de sa sainteté, et que notre âme monte Jusqu'à son trône clans les deux pour le trouver! En toutes choses, nous serons plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés, vainqueurs clans les combats de la vie pour en sanctifier le cours; vainqueurs dans les luttes de la mort pour en briser l'aiguillon; vainqueurs sur le seuil de l'éternité pour en saisir la couronne.
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