‹ Sermons (volume 3)Chapitre 25 sur 61 · SERMON SUR ST. MATTHIEU VI · texte numérisé non relu

SERMON SUR ST. MATTHIEU VI

Là où est votre trésor, là sera votre coeur aussi.

Mes Frères,

Un des traits qui attestent le plus clairement la dignité de notre nature et la force de notre esprit, un de ceux qui justifient le mieux cette noble exclamation du Psalmiste: O Dieu, tu as créé V homme un peu moindre que les anges, tu l'as couronné de gloire et d'honneur, est le nombre immense des objets qui peuvent occuper l'énergie et l'activité humaine. Accoutumés comme vous l'êtes au cours d'une vie paisible, à la régularité d'une destinée depuis long-temps fixée et d'une carrière depuis long-temps choisie, chaque jour ramène pour vous les affaires et les intérêts, les pensées même et les émotions du jour précédent, et le lendemain dans votre vie ressemble trop à la veille, pour que l'habitude ne vous fasse pas oublier quelquefois qu'il y a autre chose a faire dans ce monde que tout ce que vous y faites. Sortez un instant du cercle étroit qui renferme vos jours; cessez de prendre votre

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horizon pour les bornes du monde, cessez de tout ramener à votre mesure; regardez autour de vous, mais plus loin que vous ne regardez d'ordinaire, et vous reconnaîtrez avec admiration que les grains de sable du rivage des mers sont moins nombreux que les travaux de l'homme, que les pensées de son génie et les émotions de son âme. S'agit-il d'intelligence? Où sont les bornes de l'esprit humain? Il s'arrête, il est vrai, où s'est arrêté St. Paul, devant cette lumière inaccessible que nul n'a vue ni ne peut voir; il recule devant ces choses cachées qui sont pour l'Éternel, mais toutes les choses révélées sont pour nous et nos enfans. Dieu a livré le monde à nos disputes, et quelle arène de discussions que ce monde, depuis les abîmes d'où les volcans s'élancent jusqu'aux astres les plus éloignés que nos verres aient atteints! Adam nous est représenté dans son état d'innocence imposant des noms aux animaux à mesure qu'il les rencontre, et ce travail a été le premier exercice de son intelligence; mais ce travail qui a commencé avec notre race n'est pas fini, et après six mille ans et plus, l'homme est encore occupé à reconnaître et à nommer les sujets de son empire et les ornemens de sa demeure. A toutes les recherches dont la nature est l'objet, ajoutez tous les souvenirs de l'histoire, les procédés des arts, les travaux de l'agriculture, les échanges du commerce, les produits de l'industrie, les études qui naissent de la différence des langues, et de l'application des lois... M. F., à ce tableau l'esprit

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Immain s'effraie de tout ce dont-il peut s'occuper, et l'on est tenté de s'écrier avec ce roi qui savait tout ce qu'on pouvait savoir en son temps, avec Salomon: fai appliqué mon coeur à rechercher la science , et fai reconnu que cest un rongement d'esprit! N'importe! il faut que l'esprit humain soit rongé et travaillé ainsi. Le repos lui est contraire, l'oisiveté lui est impossible, et en vain, dans un accès d'humeur, dans un moment de fatigue, rebuté de poursuivre un but qui semble s'éloigner sans cesse, en vain il veut s'arrêter; il ne tarde pas à reprendre sa course et à marcher d'erreur en erreur, d'incertitude en incertitude, mais aussi de découverte en découverte et de triomphe en triomphe, vers cette époque de développement où le voile qui lui dérobe la vue de tant de merveilles sera levé pour ne retomber jamais.

Il n'y a donc pas de fin aux études humaines, et le monde entier, avec tout ce qu'il a hérité des siècles, est le champ que l'esprit humain explore. Ce n'est pas tout; le domaine de notre sensibilité touche à celui de notre intelligence, et aux études dont notre entendement est capable, il faut joindre les affections dont notre coeur est susceptible. Ici, un champ nouveau, aussi vaste que le monde, s'ouvre devant nos regards; c'est un monde intérieur que nous nous créons à nous-mêmes, et où notre coeur s'agite et s'épanche en liberté. Songez à la variété infinie des caractères; songez à la différence infinie de nos goûts et de nos penchans.

à la multitude de nos passions, qui souvent régnent toutes à la fois, les unes avec plus, les autres avec moins d'empire, et dont une seule suffit souvent pour dominer notre âme. Songez à la force de nos affections, avant que la mort ne les brise ou après qu'elle les a brisées, à ces liens si doux et si intimes qui nous unissent à nos proches, à nos enfans, à nos amis, à nos bienfaiteurs. Songez enfin au champ immense où notre imagination nous entraine, notre imagination, sorte de sensibilité plus vaste que cette terre, plus belle que cette nature, plus douce que cette vie, notre imagination qui peut créer pour nous des mondes plus radieux, des joies et des affections nouvelles, quand nous nous

déplaisons ici-bas Vous le voyez, la sphère de

notre sensibilité est plus étendue que celle de notre entendement; si notre esprit peut beaucoup étudier, notre coeur peut ressentir davantage, et quand notre raison confondue s'arrête aux limites que Dieu lui a marquées, notre sensibilité va plus loin, traverse cette terre et cette vie, dépasse la mort , emporte avec elle de ce monde tout ce qu'elle aime le plus, et s'en va jusque devant la lumière inaccessible dire à Dieu: Me voici, reconnais-moi! me voici avec tous ceux que tu m'as donnés !

Revenons, Chrétiens, d'où ces pensées nous entraînent. L'homme, être intelligent, être sensible, peut occuper sans cesse de mille et mille manières son intelligence et sa sensibilité; mais ce qui lui est impossible, c'est de les occuper de tout à la

fois. En vain, il voudrait tout savoir; en vain, il voudrait tout éprouver; son esprit est trop faible pour recevoir tant de pensées, et son coeur trop faible pour nourrir tant d'émotions; il succomberait sous le fardeau; il le reconnaît et n'essaie pas de le soulever; mais alors que fait-il? Il choisit de bonne heure dans sa vie, par degrés, insensiblement, sans s'en apercevoir, il choisit de toutes ces choses celles qui lui plaisent le mieux; il se livre, quelquefois en imprudent et en aveugle, à l'instinct de son génie; il pèse pour ainsi dire de tout son poids sur le pli de son caractère, sans assez s'inquiéter si ce pli est bon ; il arrête les forces de son intelligence, il transporte les ardeurs de sa sensibilité sur quelques objets qu'il préfère, ne pouvant les fixer sur tous ces objets réunis; il suit un filon de la mine que Dieu lui donne à exploiter, parce qu'il ne peut l'exploiter toute entière; en un mot, parmi tant de richesses, il se choisit un trésor;... et là où est votre trésor, là sera votre coeur aussi. Que cette parole, M. F., adage populaire en usage parmi les Juifs à l'époque de l'Evangile, consacré ici par l'autorité du Christ, et amené dans ce sublime discours de la montagne par l'idée du prix des biens périssables de ce monde, que cette parole est juste et profonde! Que d'expérience il y a dans ce peu de mots! Voyons d'abord en quoi consiste le trésor dont il s'agit; nous verrons ensuite quelles hautes leçons morales sont à déduire de ce que notre coeur y est toujours lié.

i56 notre tiu:soi;.

Les réflexions auxquelles nous venons de nous livrer ont dû vous faire pressentir en quoi consiste le bien, si cher à notre coeur, que le texte signale. Ce trésor, ce n'est pas un objet simple et défini, qui frappe tous les yeux, excite toutes les ambitions, et flatte toutes les espérances; ce n'est pas un avantage particulier qui ait un nom connu de tous ; ce n'est pas un bien qu'on puisse décrire de manière à en faire naître l'envie parmi ceux qui écoutent. Ce trésor, par exemple, ce n'est pas la santé; il y a des gens qui aiment à rester dans un état de langueur, à recevoir des soins, à prendre des ménagemens, à s'environner de précautions, et dont la vie n'est qu'un long régime. Ce trésor, ce n'est pas la gloire; souvent ceux qui la méritent le plus, l'estiment le moins, et cherchent à faire taire autour d'eux ce vain bruit qui les importune. Ce trésor, ce n'est pas la richesse; Agur, au moins, n'en serait pas convenu, lui qui ne demandait à Dieu ni pauvreté ni richesse, mais seulement le pain de son ordinaire. Vous le voyez donc, sans multiplier ces exemples, ce trésor n'est autre chose que l'ensemble de ce qu'il va, selon nous , de bon et de précieux dans notre vie. C'est ce que vous aimez le plus et ce que vous savez le mieux; c'est ce qui exerce, le plus heureusement pour vous, votre intelligence et ce qui émeut, le plus heureusement pour vous, votre sensibilité; c'est le but de vos efforts, quel qu'il soit: le comble de vos désirs, le sujet de vos re-

grets, l'ensemble de vos connaissances et de vos sentimens. Et pour mieux vous faire comprendre ce qu'il y a de mystérieux, de vague, de délicat dans cette idée, avez- vous jamais réfléchi combien il est difficile d'expliquer aux autres ce qui nous rend heureux? Qui d'entre vous pourrait dire en quoi consiste son bonheur? Qui d'entre vous pourrait expliquer les émotions de la joie ou les douceurs de la paix dont son coeur est rempli? Il faudrait, pour y réussir, faire sentir en quelque sorte à autrui vos propres sentimens, et vous ne le pouvez pas, parce que vos contentemens ou vos peines, je puis les éprouver aussi, mais à ma manière et non à la vôtre. Et quand on demande à son prochain: en quoi consiste votre bonheur, quelle réponse obtient-on? L'un parle de ses richesses; un autre, de ses honneurs; un autre encore, de ses études, celui-ci nous vante sa santé continuelle; celui-là nous dépeint sa paix domestique; plusieurs tracent des tableaux de plaisirs ou donnent des leçons de renoncement. Mais ne voyez-vous pas que toutes ces choses sont les moyens du bonheur, et non le bonheur même; vous avez décrit vos destinées, mais non pas vos impressions; vous avez montré quel est votre sort, votre état, votre fortune, votre gloire; c'est votre coeur qu'il fallait nous montrer; vous avez répondu à la question: que possédez-vous, question facile dont la réponse éclate à la lumière du soleil; mais vous n'avez pas répondu à la question bien plus délicate: qu'éprouvez-vous?

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parce qu'en effet personne ne peut complètement y répondre; la réponse est cachée dans les profondeurs de votre âme. Vos émotions ne peuvent passer au fond du coeur d'un autre sans changer dans ce passage; le bonheur est une affaire individuelle; chacun se fait le sien comme il lui plait, et tous placés dans la même situation respective, comme je ne puis comprendre le votre, vous ne pouvez comprendre le mien. On peut dire que le bonheur est une fleur si frêle et si sensible, qu'elle se fane au grand jour et meurt sous le moindre rayon. Il est probable que parmi les affections de la terre on ne trouve pas un lien si étroit, un épanchement si intime que deux humains puissent assez bien se dire en quoi consiste leur trésor; les mots manquent pour cette conversation impossible, et quand on l'essaie, on est réduit à se servir de termes si recherchés, si ingénieux, si fins que l'on croit se comprendre et qu'un moment après on ne se comprend plus. Les jugemens même que dans nos entretiens familiers nous portons sur la vie privée de nos frères, offrent sans cesse la preuve que sur ce sujet nous ne nous entendons jamais qu'à moitié. Quand vous apprenez en détail quelle est la manière de vivre d'un de vos prochains, ses habitudes, ses goûts, ses plaisirs, ne vous êtes-vous pas souvent écriés: comment peut-on vivre ainsi? Comment peut-on se laisser prendre à cette illusion, se laisser aller à cette habitude?... Ce moment de surprise, dont vous n'avez pas été maîtres, prouve.

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selon l'expression de Sf. Paul, que nul ne connaît les choses de l'homme sinon l'esprit qui est en lui, et que nul ne sait où ses frères ont caché leur trésor. Nous sommes certains néanmoins que chaque homme a le sien. Personne ne traverse la vie sans s'amasser selon son goût, en bien ou en mal, un trésor; personne ne va du berceau à la tombe sans apprendre, sans croire, sans jouir, sans aimer, sans pleurer; l'homme ne peut échapper à la nécessité de prendre sa part des choses humaines; il ne vit point sans éprouver le tumulte des passions, sans contracter des habitudes, sans concevoir des désirs, sans nourrir des regrets , et de tout cela chacun se fait à son gré un trésor. Il n'est aucune situation de la vie, aucune approche de la mort, où l'on ne s'emploie à compléter ce trésor, auquel il manque, hélas! toujours quelque chose, à retrancher ce qui en diminue le prix, ou à y verser ce qui en rehausse la valeur. Jeunes ou vieux, riches ou pauvres, simples et sages , inconnus et illustres , chacun cultive ce champ qu'il a défriché lui-même , et dont il est sur de recueillir quelque moisson , parce que le trésor qu'il recèle rapporte toujours quelque intérêt. Dépouillé de tout et cherchant en vain un lieu où reposer sa tète, on emporte toujours ce trésor avec soi, et Salomon n'en était pas plus maître sur le trône que Job sur le fumier qui lui servait de lit de douleur. Séparé de toutes ses affections, séparé de ceux que l'on aime par l'envie, des querelles ou la mort, ce tiésor

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nous reste, quoique bien appauvri; et Jacob possédait le sien, quand il croyait que ses cheveux blancs descendraient avec douleur vers son fils au sépulcre, comme lorsqu'il s'écriait: Mon fils vit

encore; J'irai et je le reverrai avant que je meure!

Me demanderez-vous où est le trésor de ces hommes dont le trait de caractère dominant est l'insouciance, qui n'ont de passion que celle de n'en point avoir, et qui, froids et glacés comme si leur vie était une espèce de mort, ne s'émeuvent, ne s'indignent, et ne s'embarrassent de rien? On pourrait répondre que cette insouciance est une chimère ou un voile de l'égoïsme, que les plus indifférens sont les plus intéressés, et qu'il y a toujours quelque chose qui les ranime, savoir, leur avantage et leur profit. Mais adoptons la conjecture et supposons qu'il existe des hommes dont le coeur, éteint avant l'âge et mort avant la mort, ne prenne plaisir à rien; M. F., cette insouciance même est leur trésor.

Et voyez quels heureux et touchans devoirs de charité naissent des principes que nous venons d'approfondir et des faits que nous venons de constater. Il en résulte que chacun est libre de se choisir et de se faire comme il lui plait son trésor; que nous devons reconnaître et laisser â chacun cette liberté; que nous ne pouvons jamais juger à coup sûr du trésor de notre prochain, puisque nous ne pouvons ni comprendre toute sa situation, ni sonder toute son âme; que; par conséquent,

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nous devons nous garder de blâmer témérairement ses résolutions et ses entreprises, ses joies, ses tristesses ou ses espérances, et nous souvenant que chacun a sa manière de travailler et de vivre, et d'être dans la joie, la tristesse ou la gloire, et de mourir même, nous devons considérer le trésor de notre prochain comme un bien inviolable auquel c'est un tort de toucher, de sorte que notre devoir est seulement de lui dire: à votre trésor, que puis-je ajouter? Est-il besoin de dire qu'il ne s'agit point ici de transiger avec les faiblesses et les passions humaines, de ménager le vice, d'accepter ses trompeuses excuses, et de respecter entre les mains du méchant le trésor de richesses iniques, dont il ne veut point se séparer, sous prétexte des forces du tempérament ou de l'empire de l'habitude; non, le vice n'est nécessaire à personne, et il ne vaut pas mieux érigé en système que faussement transformé en besoin. Non, mais il s'agit ici d'un juste respect pour l'usage que chacun fait de sa vie; le péché est l'abus de la vie, et n'a droit à rien; il s'agit de cette indépendance native avec laquelle chacun doit pouvoir se servir de ses facultés et se faire un bonheur; il s'agit de cette attention généreuse que nous devons tous apporter à ne désenchanter nos frères sur rien , si ce n'est le mal et le mensonge. M. F., la politique, dans son indulgence, et la civilisation, avec son adresse accoutumée, ont fait consacrer le principe que la vie privée doit être murée; à plus forte raison, la charité a droit

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de murer pour ainsi dire la vie intime de l'intelligence et de la sensibilité. Que la société serait plus heureuse et plus sainte; que toutes nos relations seraient plus douces et plus sûres, si nous savions toujours nous montrer, en fait de bonheur ce genre d'égards ! Que la paix domestique serait partout mieux établie! Que de larmes de moins on verserait sur la terre! La médisance n'obtiendrait plus d'attention, et la moquerie n'exciterait plus de sourire. Aucune querelle, aucune envie ne serait attisée, et que cette prière: pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, serait plus souvent prononcée sans remords, et que nos jours seraient plus doux, nos relations plus paisibles, nos amitiés plus intimes, nos bienfaits plus chrétiens, les deuils même moins pesans, et les trépas moins terribles!

Ces devoirs mutuels de paix et de bonté ne sont pas si difficiles qu'il le semble; car, si d'un côté la différence des humeurs et des caractères est cause que tous nos trésors sont différens, d'un autre coté, ils se ressemblent tous pour le fond, M. F., et pour la valeur. Dans tous, vous remarquerez trois traits qui se reproduisent sans cesse. D'abord, nous possédons tous un trésor de travail; d'une manière ou d'autre, l'activité de l'homme se déploie dans sa vie; nous faisons tous quelque chose; nous commençons au moins, si nous n'achevons pas; et depuis le pauvre artisan qui ne mange son pain qu'à la sueur de son front , et pour qui le travail est un

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besoin, jusqu'à l'homme riche qui se demande chaque matin: que ferai-je aujourd'hui? et pour qui le travail n'est jamais qu'un délassement, nul n'est absolument oisif, et ne rien faire, c'est ne rien faire d'utile. Ne m'objectez pas ici l'exemple du paresseux; je vous dirais du paresseux ce que je vous ai dit de l'insouciance: sa paresse est son trésor, et, en un sens, c'est un trésor de travail; car il n'y a pas d'occupation plus assidue et plus fatigante que le soin d'éviter sans cesse toute occupation. En second lieu, nous possédons tous un trésor d'affections. Qui n'a rien aimé et qui n'aime rien dans le monde ? Est-il possible de se représenter une vie humaine qu'aucune affection n'ait embellie et consolée? Les liens de prévenance et d'attention qui forment une société, les liens de dévouement et de confiance qui forment une amitié, les liens de bonté et de reconnaissance qui naissent des services et des bienfaits, enfin les liens purs, intimes et sacrés qui forment la famille, nous appartiennent à tous comme l'air, comme la nature, comme le soleil, comme la religion, comme l'immortalité; et qui refuse toutes ces émotions, qui rejette toutes ces tendresses, quel coeur ne s'y est ouvert, et qui peut descendre dans la tombe avec la conscience de n'avoir rien aimé avant d'y arriver? Enfin, nous possédons tous un trésor de souvenirs, auquel nos affections sans doute pour une grande part contribuent. Nous avons tous un passé dans notre vie, et dans ce passé quel trésor de secrets que nous

gardons pour nous seuls! que de choses pour lesquelles nous ne voulons point de confident, et dont nous aimons à nous souvenir quand nous sommes seuls, quand nous ne courons pas le risque d'être vus ou interrogés: des repentirs, dont seuls nous savons la cause; des essais, dont seuls nous savons la fin; des liaisons, dont seuls nous savons la rupture, des joies, dont seuls nous savons la source, des humiliations et des tristesses, dont seuls nous savons l'amertume; des discours sans nombre, dont seuls nous mesurons la sincérité; et, surtout, qui n'a eu rien à regretter dans sa vie, qui n'a rien perdu et n'a rien pleuré, qui ne porte dans son âme le sentiment ineffaçable de quelque tendresse, de quelque amitié que la mort seule pouvait finir, de quelque séparation où une tombe s'est mise entre deux? Ah! la mort qui peut nous rendre si pauvres, ne peut nous dépouiller de ce trésor; ce bien douloureux et cher est à l'abri de son pouvoir, et une image chérie, gravée dans nos coeurs, ne meurt qu'avec nous, ou plutôt descend avec nous dans la tombe pour que nous la retrouvions dans les cieux.

S'il est toujours difficile de définir et de dépeindre ce trésor, dont tous nous sommes possesseurs, même lorsque l'expérience, d'une main sûre, guide le pinceau, il est plus difficile encore de trouver des expressions, de choisir des images qui donnent la preuve que là où est votre trésor, là est votre

coeur aussi. Et pourquoi les argumens manquentils ici? M. F., c'est que cette vérité est toute prouvée dès qu'on l'énonce. C'est qu'il ne faut, pour la reconnaître, qu'un peu d'attention et un peu de sincérité; c'est que chaque jour nous en faisons tous l'expérience; c'est que vouloir vous démontrer que là où est votre trésor, là est votre coeur, c'est vous dire que vous aimez ce que vous aimez, que vous estimez ce qui vous semble digne d'estime, que vous admirez les objets de votre admiration, que vous regrettez les objets de vos regrets. Votre coeur a été fait pour battre dans votre sein, et il y bat toujours; votre coeur, considéré comme le siège et le centre de vos passions, a été fait pour s'émouvoir de tout ce qui peut l'émouvoir en bien et en mal, tristesse et joie, espérance et crainte, honte et gloire, vice et vertu, foi et doute. Votre coeur n'est jamais vide de toute émotion; le dernier sentiment n'en sort que lorsque le dernier soupir s'échappe de vos lèvres ; et où peut-il être ce coeur sans cesse ouvert à tant d'impressions puissantes, s'il n'est pas où est votre trésor? Le bien le plus précieux de notre vie forme comme un centre autour duquel nos pensées et nos sentimens tournent sans cesse; notre sensibilité sans cesse y revient, et notre trésor n'est pour nous un trésor que parce que notre coeur y est attaché; cet attachement en fait tout le prix; en cessant de l'aimer; nous n'y trouverions plus de valeur; ainsi donc, si nous avons un trésor, notre coeur y est, et je vous ai montré que chaque hom-

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me a le sien. Consultez d'ailleurs votre propre expérience; rentrez en vous-même et interrogez votre âme; demandez-vous quel est en ce moment le plus grand intérêt de votre vie, le désir qui vous emporte, l'espérance qui vous ravit, le chagrin qui vous consume, le travail qui vous possède le plus, et voyez si, au moment même où ces mots le rendent présent à votre pensée, voyez si votre coeur n'est pas là. Oui, partout où nous plaçons notre trésor, depuis les profondeurs du tombeau jusqu'au parvis des cieux, notre coeur y est. Quand Ézéchias promenait les ambassadeurs de Babylone, de splendeurs en splendeurs, parmi les vanités de sa gloire, c'était là son trésor, et son coeur y était. Quand le prophète Élie se sentait fortement ému de jalousie à cause de V Eternel, quand l'apôtre Paul désirait de partir de ce monde pour être avec Christ , leur trésor était au ciel, et leur coeur y était; et quand Marie adressait à Jésus ce reproche si plein de foi et de douleur et d'amour, Seigneur, si tu eusses été ici, notre frère ne serait pas mort, Marie n'avait rien sur la terre de plus précieux qu'un tombeau; c'était là son trésor, et son coeur y était aussi. Vous le voyez donc; notre trésor et notre coeur se tiennent et sont inséparables, et de ce fait évident résulte un devoir moral et religieux d'une importance extrême, celui de bien choisir notre trésor; car, quel qu'il soit, notre coeur y sera..... Mais quoi! me direz-vous, ce choix dépend-il de nous; ne sommes-nous pas forcés de prendre ce

trésor tel que nous le font les dispensations de la Providence, les évènemens de notre vie, les bons ou mauvais offices de nos semblables? Non, M. F.; et, comme en dernière analyse tout dépend de notre manière de vivre, de penser, de travailler, d'aimer et de croire, de vieillir et de mourir, il s'en suit que notre trésor dépend de nous. On vous offense, on vous abandonne, on vous calomnie, et de tout cela vous pouvez vous faire un trésor de vengeance Pardonnez à ceux qui vous méconnaissent, qui vous haïssent, qui vous persécutent, et vous n'aurez plus qu'un trésor de générosités, peut-être de réconciliation. Dieu vous envoie des prospérités, et vous dites: j'ai maintenant des biens amassés en abondance pour un grand nombre dannées; mon âme, mange, bois et te réjouis! et vous n'avez qu'un trésor de vanités... Dites comme Jacob: Seigneur, je suis t/vp petit au prix de tes bienfaits , et vous aurez un trésor de gratitude. • Dieu vous envoie des épreuves , et vous regimbez contre l'aiguillon , et vous vous amassez pour tout trésor des murmures et le tardif remords d'avoir

murmuré en vain Résignez vous à la volonté

divine, et quand il ne vous resterait pour richesse que la froide terre de quelques tombeaux, votre trésor en sera un de calme et de paix. Vous voyez donc qu'en dernier ressort, c'est vous qui vous rendez vous-mêmes vraiment riches ou vraiment pauvres. Avec quelle attention vous devez donc prendre garde de bien choisir! Que d'exemples vous

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instruisent du danger de se méprendre, et que de faux trésors ont trompé leurs imprudens possesseurs! et que faire à la fin, quand on a mis son coeur en un trésor qui le trompe? Demandez à l'impur où est son trésor, quand ses impuretés ont épuisé sa santé et sa vie, l'entraînent rapidement vers une vieillesse précoce, et font couler ses jours plus vite que Dieu ne veut ! Demandez à l'oisif où est son trésor, quand il succombe sous le poids de son indolence, et cherche en vain quelque état intermédiaire entre l'oisiveté et le travail! Demandez à l'avare où est son trésor, quand de sa main tremblante il doit déposer sur le bord de sa fosse, avant d'y descendre, l'or qu'il ne peut emporter avec lui! O M. F.! pour comble de maux, quand ces trésors sont près de leur échapper, leur coeur, leur faible coeur y tient encore; le trésor, mal choisi et qui n'a rien d'immortel, se détache d'eux ; ils ne peuvent se détacher de lui; ils le traînent à leur suite au travers de toutes les infirmités de la vieillesse, de toutes les approches de la mort, de toutes les douleurs de l'agonie; ils voudraient le cacher dans un pli de leur linceul; et le dernier effort, tant qu'il leur reste quelque force, le dernier coup-d'oeil, s'ils ne peuvent plus que regarder, le dernier souvenir, s'ils ne peuvent plus que sonder en silence leur mémoire confuse, est pour ce trésor dont ils n'ont plus que faire; et comment s'est, donc serrée à ce point cette attache terrible que le coup de la mort peut seul briser? c'est

que là où est votre trésor, là sera votre coeur aussi. On ne peut pas jeter loin de soi le trésor de toute la vie, comme Judas les pièces d'argent sur le pavé du temple, et Judas lui-même a gardé le sien jusqu'au moment M. F., je me servirai de l'expression de St. Pierre, jusqu'au moment où il s en

est allé dans son lieu Changez ce tableau; à la

place de ces trésors de folie et de colère, mettez des trésors Lien choisis; aussitôt que tout est différent et dans la vie et dans la mort! L'homme de bien qui s'est amassé un trésor selon la foi, l'espérance et la charité, y trouve un fonds inépuisable qui suffit à tous les voeux de son âme, à tous les besoins de sa vie , à tous les adieux de sa fin ; son trésor abonde, pour chaque prospérité, en conseils qui la sanctifient; pour chaque malheur, en soulagemens qui l'adoucissent; pour chaque offense, en pardons généreux; pour chaque affection, en noble fidélité; pour chaque tentation, en secours de la grâce; pour chaque inquiétude, en pensées de confiance, et pour chaque deuil, en espérances d'immortalité. Jusqu'à son dernier soupir , ce trésor lui reste, non comme un fardeau qu'il traîne, mais comme un appui toujours à sa portée; quand l'heure des séparations arrive, il trouve dans son trésor, avec le souvenir de cette promesse divine, Laisse tes orphelins et ta veuve, et fen prendrai soin, l'attente du salut de son àme par Jésus son Sauveur, et il peut s'en aller en paix, certain de léguer à ses enfans chéris les

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moyens de posséder un trésor pareil au sien, et l'exemple de l'acquérir.... Est-ce tout? Non; quand la poudre retourne à la poudre, elle n'y emporte rien; la mort n'apauvrit pas le juste; son esprit remonte à Dieu qui l'a donné, et il retrouve son bon trésor entre les mains de Christ qui le lui rendra, mais épuré et sanctifié pour jamais, qui le lui rendra sans qu'il y manque rien , sans qu'il y manque le pardon d'une seule faiblesse, le témoignage d'une seule repentance sincère ou d'une seule prière fervente, le souvenir du moindre verre d'eau donné en son nom; sans qu'il y manque une seule de ces douces affections dont l'immortalité hérite après la vie O M. F., amassons-nous ainsi un trésor véritable, que les larrons ne percent ni ne dérobent, que les vers ne peuvent ronger, pas même les vers du sépulcre, qui sans nous rendre plus pauvres selon le monde, nous rendra riches en Dieu et

toi, ô notre divin Sauveur, soit le dépositaire de nos humbles trésors; qu'ils deviennent, par la grâce, par la foi en ton salut et en ton règne, tels que nous osions te les confier, et garde, garde-les entre tes mains fidèles jusqu'au moment où tu nous les rendras pour l'éternité.

LES

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