‹ Sermons (volume 3)Chapitre 26 sur 61 · SERMON SUR ST. JEAN XV · texte numérisé non relu

SERMON SUR ST. JEAN XV

Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que le maître fait ; mais je vous ai appelé mes amis, parce que je vous ai dit tout ce que j'ai ouï de mon Père.

JtMes Frères a

Depuis que vous étudiez les dispensations de la Providence, depuis que votre piété et votre foi s'attachent à reconnaître la sagesse et la bonté des conseils du Seigneur, depuis que vous contemplez attentivement ces voies dont nous n'apercevons que les bords, avez-vous jamais trouvé, dans la foule des dispensations divines venues à votre connaissance, une seule qu'il fût possible de séparer entièrement de toutes celles qui l'ont précédée ou suivie? Non sans doute; tout est lié dans tout ce qui nous arrive; tout se tient et se suit dans les évènemens qui remplissent notre vie, dans les épreuves que Dieu nous envoie, les prospérités qu'il nous

dispense, les vocations qu'il nous adresse. Quand nous ne voyons pas la chaîne qui attache ensemble tous ces conseils divins , elle n'en est pas moins serrée, et Dieu la voit; Dieu la tient suspendue du haut des cieux de sa main puissante, et ce soin paternel que notre Père céleste prend de nous, commence au premier battement de notre coeur et se continue sans interruption jusqu'au dernier souffle qui s'échappe de nos lèvres expirantes. Chaque jour de notre vie dépend de la veille et prépare le lendemain; et quand nous disons d'un accident ou d'un bienfait: je ne sais comment cela m'est arrivé, ce langage peut convenir à notre faiblesse; mais si nous ne le savons pas, Dieu le sait.

Vous voyez donc que tout est lié dans les vicissitudes de notre vie. Eh bien! appliquez, par un facile effort d'intelligence et de foi, au sort du genre humain tout entier ce que je viens de vous dire du sort de chacun de nous. Comme tout est lié dans la destinée de chaque homme, ainsi tout est lié dans la destinée de tous. Ce lien est plus vaste, et nous avons d'autant plus de peine à le bien voir, mais il est formé et serré de la même manière; la même Providence le dirige, et vous sentez qu'il serait absurde de croire que ce que la Providence fait pour chaque homme en particulier, elle ne le fait pas pour la race humaine. Dieu veille sur tous les hommes comme il veille sur chaque homme, sur tous les berceaux comme sur ceux de vos enfans, sur tous les sépulcres comme sur le dernier

LKS DEUX ALLIANCES. 1^3

où vous avez pleuré. Dans le cours des évènemens qui nous arrivent, nous voyons qu'un jour prépare le jour qui vient; ainsi clans les conseils de la sagesse suprême, an siècle prépare un autre siècle, et ils s'enchaîneront l'un à l'autre jusqu'à leur consommation, jusqu'à ce que l'ange vienne annoncer quil iiy aura plus de temps.

Réfléchissez combien cette manière de concevoir la Providence est conforme à la nature de Dieu. Dieu est éternel: peut-il ne travailler que pour un jour; peut-il ne s'occuper que d'un moment ou d'un siècle à la fois! Dieu sait tout: peut- il ne s'occuper que d'un seul but à atteindre, que d'un seul moyen à prendre? Dieu est présent partout: peut-il donc ne regarder que vers un lieu de la terre, et ne pas assister à la fois dans toutes les maisons où l'on se réjouit comme dans toutes celles où l'on pleure, et partout où il fait descendre ses pluies et lever son soleil sur les justes et les injustes? Enfin, Dieu est notre père: croyez-vous donc qu'il oublie quelques-uns de ses enfans pour songer plus à d'autres, au lieu de tendre à tous une main également, secourable, de faire servir- partout le bien individuel au bien général, de consulter les intérêts de tous en jetant çâ et là ses bienfaits dans le monde, comme le laboureur jette le grain de sillon en sillon afin que tout le champ soit couvert d'une moisson abondante.

Et de plus, réfléchissez combien cette simple et grande doctrine, cette liaison ininterrompue dos

! ^4 LES i>EUX ALLIANCES.

dispensations divines, si digne de Dieu, si conforme à sa sagesse et à sa bonté, est conforme encore à la nature de l'homme. L'existence de chacun de vous se compte jour par jour, et la Providence lie ces jours ensemble et en fait votre vie; de même, l'existence de l'humanité se compte de génération en génération, et lés conseils divins, d'accord avec les liens du sang, lient toutes ces générations ensemble, et Dieu se souvient de toutes à la fois. Vous êtes où vos pères vous ont mis, et vos enfans à leur tour seront dans la situation où vous les placerez; tous, à travers le berceau et à travers le sépulcre, nous sommes responsables les uns envers les autres; nos ancêtres ont préparé la place où nous nous trouvons, et nous préparons celle où se trouveront nos descendans; c'est là un lien que rien ne peut briser; tout ce que nous possédons en tout genre, arts, sciences, industrie, conquêtes sur la nature, civilisation, ordre public, justice, liberté, culte même et piété, n'est qu'un vaste héritage que nous avons recueilli pour le transmettre, un dépôt que nous avons reçu pour le rendre à ses légitimes possesseurs, et ces légitimes possesseurs après nous sont nos fils , qui viendront le relever sur nos tombeaux. Il est donc conforme et à l'essence de Dieu et à la nature de l'homme que la Providence soit une; oui, elle est une pour la vie de l'humanité; on peut dire même qu'elle est une pour l'éternité. Mais de ce que tous les conseils de Dieu, qu'on les nomme grâce ou providence, sont liés, il ne

s'ensuit point qu'ils soient pareils; c'est une chaîne dont les anneaux diffèrent, et les alliances divines, quoique fortement scellées l'une à l'autre, peuvent

être tantôt des servitudes, tantôt des amitiés

M. F. j'espère vous montrer que le premier peuple élu, les anciens Hébreux pouvaient être justement appelés serviteurs, parce qu'ils ne savaient point ce que le maître faisait, et que vous, le second peuple du Seigneur, les nouveaux adorateurs de son nom, les nouveaux participans de son alliance, vous pouvez être appelés les amis de Christ, parce qu'il vous a dit tout ce qu'il a ouï de son père.

Je m'empresse, M. F., en commençant, de rassurer une crainte qui pourrait inquiéter une piété timorée, et aussi de dissiper une illusion qui pourrait séduire une piété enthousiaste; je ne viens point immoler en quelque sorte l'ancien testament à la gloire du nouveau, et rabaisser le peuple juif pour mieux relever le peuple chrétien. Moïse et Christ sont venus, quand ils devaient venir; les deux alliances ont été ce qu'elles devaient être; les révélations se sont succédé dans un ordre parfait; elles ont toujours été proportionnées au siècle qui les devait recevoir, et les deux lois sont différentes parce que les deux peuples sont différens. Aussi, des deux révélations l'une a tous les caractères d'une servitude; l'autre, tous ceux d'une amitié; et cette grande différence, toute en notre faveur, se retrouve partout quand on considère les deux

alliances sous le triple point de vue de la Providence, de la sanctification et de l'immortalité.

Sous quel aspect la Providence se présentait-elle aux regards d'un juif plein de foi, d'un homme profondément pénétré de ce fait fondamental, que la mission de Moïse avait été divine autant que la vocation d'Abraham, et qui se glorifiait de ces deux titres inséparables depuis tant de siècles, de descendant d'Abraham et de disciple de Moïse? M. F., l'idée dominante de la foi d'Israël était celle-ci: nous sommes le peuple de Dieu; Dieu est notre Dieu, et il ne l'est pas de même des autres nations': il l'est plus pour nous que pour elles; le reste des hommes ne se compose que de payens, de gentils, d'idolâtres, qui doivent devenir prosélytes de la justice pour être quelque chose, et à qui nous dirons, s'ils viennent à nous sans se convertir: Vous ri avez ni part , ni droit, ni mémorial a Jérusalem, nous sommes le peuple unique de Dieu! Ces pensées, si flatteuses pour l'orgueil national, étaient l'inévitable conséquence de la religion d'Israël. Il n'y avait pas eu deux Abraham ni deux Moïse, pour qu'un autre peuple pût disputer aux Juifs cette supériorité, qu'ils regrettent encore si amèrement; et, fils d'Abraham le seul père des croyans, disciples de Moïse le seul prince des prophètes, ils naissaient, ils vivaient, ils mouraient dans cette idée: nous sommes le peuple unique de Dieu. Du haut du Sinaï avait retenti cette parole: Je suis l 'Eternel- Ion Dieu, et ils s'en sont si bien souvenus que mè-

me à Babylone, vers l'époque de la captivité, les amis de Daniel répondaient au tyran de l'Asie: Notre Dieu, que nous servons, nous délivrera, 6 roi, de ta main!... De là, M. F., est résulté que la Providence semblait aux yeux des Juifs une protection spéciale et particulière; la Providence était comme nationale à leurs yeux; le dirais-je? la Providence à leurs yeux était en quelque sorte Israélite. Les continuels avertissemens des prophètes, qui venaient expliquer chaque dispensation, confirmaient cette manière de penser; et si vous appliquez ce système aux vicissitudes ordinaires de la vie, voyez à quoi vous arrivez : qu'était-ce que des prospérités pour un Israélite? l'accomplissement des promesses divines, la fertilité si souvent prédite de la Terre Promise, les champs découlans de lait et de miel, la terreur de l'Eternel notre Dieu sur les ennemis de son nom, les bénédictions d'Abraham confirmées par Moïse, les triomphes du peuple élu

Et qu'était-ce que des calamités pour un Israélite? des chàtimens, des jugemens du Très-Haut qui se retirait de son tabernacle, l'abandon de Dieu, sa gloire vengée, son bras étendu, sa face détournée de son peuple. Comment les Hébreux n'auraient-ils pas nourri ces idées, lorsque même dans leur siècle le moins idolâtre. Gad le prophète venait au nom de Dieu proposer à leur roi de choisir entre trois désastres un châtiment pour son peuple et pour lui-même? Aussi, leur reconnaissance souvent se réduit à cette action de grâce: Seigneur, tu as rem-

pli tes promesses; leur résignation, à cette prière: Jusques à quand nous consumeras-tu? et si vous voulez voir combien ils se montraient persuadés que la gloire de Dieu était intéressée à leur propre gloire, et que la Providence leur était acquise, écoutez Moïse intercédant pour Israël: Seigneur, disaitil, quand tu auras fait mourir ce peuple, les nations qui auront entendu parler de toi, diront: Parce que V Eternel ne pouvait faire entrer ce peuple dans la Terre Promise, il les a tués au désert; écoutez Josué: Israël a fui devant ses ennemis; les Cananéens Uentendront, et nous extermineront; et que feras-tu pour ta gloire? écoutez David: Non point à nous, o Eternel , mais à ton nom donne gloire; car, pourquoi diraient les nations étrangères: oh est maintenant leur Dieu? M. F., que toutes ces idées sur

les voies de la Providence sont étroites, dures et pauvres, en comparaison de celles que suggère l'Evangile! Encore une fois, je ne viens point dénigrer devant vous l'ancienne alliance et calomnier ses grands hommes; nous ne savons pas assez jusqu'où s'élevait le génie d'un Moïse, d'un David, d'un Esaïe. Mais le génie des grands hommes n'est pas la mesure des opinions du peuple, et je ne crains pas de le dire, quand on compare les idées juives et les idées chrétiennes sur la Providence, il est évident que les anciens Hébreux ont été des serviteurs qui ne savaient ce que le maître faisait, et que vous, vous êtes des amis à qui le Christ a dit tout ce qu'il a ouï de son Père. Israël, pour

base de sa foi, considérait Dieu comme son Dieu, et vous, pour base de la votre, vous dites dans votre plus sainte prière : Notre Père qui est aux deux ! en reconnaissant que tous les hommes ont pour le dire le même droit que vous. Cette même Providence, qui était presque une faveur particulière aux yeux d'un juif, est universelle à vos yeux, et veille sur le genre humain entier avec un égal amour. Pour vous, les bienfaits que Dieu vous accorde ne sont pas l'accomplissement d'antiques promesses faites à vos ancêtres; pour vous, les bienfaits de Dieu sont simplement des bienfaits; votre reconnaissance ne court jamais le risque d'être refroidie par ce souvenir: Dieu l'avait juré! il ne s'est engagé à rien envers vous, et le pain que vous mangez ne vous appartient jamais d'avance, et vous n'avez pas le droit de le demander pour deux jours, et le Christ lui-même l'a nommé le pain quotidien. Pour vous, les épreuves sont des épreuves, et non des chàtimens; vous avez bien rarement le droit de croire que Dieu vous punisse, dans le sens Israélite de ce mot, et quand sa justice vous atteindrait dans ce monde, il dépend de vous de changer sa sentence en salutaire épreuve; et comment? M. F., en en profitant. Et vous savez que Dieu ne se venge point; qu'il ne vous abandonne point; qu'il ne se retire point de vous; qu'il ne transporte point sa protection à vos ennemis; qu'il ne vous cache point sa face ; qu'il ne rejette jamais vos offrandes; qu'il n'est jamais sourd à vos prières et insensible à vos

l8o LES DcLX ALUA.AŒS.

larmes. Toutes ces idées ont pris fin avec le culte et les moeurs et l'économie qui les rendaient nécessaires, et ce mot terrible: Ma peine est plus grande que je ne puis la porter, ce mot-là ne peut sortir de la bouche d'un chrétien. Quels que soient vos besoins, il y a maintenant partout dans ce monde des montagnes de Morija dont vous devez dire: En la montagne de l'Eternel il y sera pourvu, et les dispensations de la Providence sont pour vous si lumineuses et si douces à la fois, qu'a l'exemple de S1. Paul vous pouvez tous apprendre à être contens de la situation oh vous vous trouvez, qu'il vous est interdit de vous tourmenter pour le lendemain et de vous mettre en peine de quoi vous serez nourris et vêtus; que toutes choses tournent à votre bien, lorsque vous aimez le Seigneur, et que si vous cherchez premièrement le royaume des deux et sa justice, toutes choses vous seront données par dessus. Yoilà, Chrétiens, les grands traits de la Providence selon l'Évangile; voilà les bords de ses voies éclairées par la foi en Christ; convenez, en repassant dans vos coeurs ces persuasions si douces, qui se trouvent aujourd'hui dans tous les coeurs fidèles; convenez qu'à chaque joie comme à chaque épreuve, si vous en jugez chrétiennement, Jésus semble vous dire du haut des deux: Je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai dit tout ce que j'ai ouï de mon Père.

Dans les révélations divines, tout se balance, tout est en proportion; une doctrine ne l'emporte

LES DEUX ALLIANCES. iSl

pas en clarté sur une autre; chaque vérité reçoit le degré d'évidence qui devient nécessaire au système entier, et ce que les anciens Hébreux savaient de la sanctification , répond parfaitement à ce qu'ils savaient de la Providence. Il est inutile, pour vous en convaincre , de comparer longuement devant vous la morale de Moïse et celle de Christ, et de rechercher ce que le sermon sur la montagne ajoute aux dix commandemens. Le fond des deux doctrines est absolument le même, et le sommaire de la Loi est là pour le prouver. La voix de Jésus a répondu au travers des siècles à la voix de Moïse. Aimer Dieu de tout son coeur, de toute sa pensée, de toutes ses forces, et son prochain comme soi-même, voilà la Loi et les Prophètes 3 voilà les fondemens de la morale; voilà les grands principes dont tous nos discours sont des commentaires et toutes nos actions des violations ou des accomplissemens; voilà le premier et le plus grand commandement , et le second qui lui est semblable ; voilà le résumé de la

doctrine du Christ ouvrez le Lévitique; ouvrez

le Deutéronome; vous y trouverez ces deux pensées, ces deux paroles. Et si pour la sanctification les Hébreux ont été traités en serviteurs, et les chrétiens en amis, ce n'est pas non plus que la loi de Moïse ait été défigurée; car, hélas! la loi de Christ l'a bien été à son tour. Chez les deux peuples de Dieu, il n'a pas manqué de Pharisiens pour nettoyer seulement le bord de la coupe et blanchir seulement l'extérieur du sépulcre; chez les deux peuples

de Dieu, avec une égale hypocrisie ou une égale ignorance, on a mis la lettre qui tue à la place de F esprit qui vivifie, des observances à la place des vertus, des redites à la place des prières, et des sacrifices qui ne coûtent rien à la place des passions immolées en victimes. Non, il faut chercher ailleurs la supériorité du christianisme quant à la sanctification, et en voici le trait dominant: la loi de Moïse réglait surtout les actions, la loi de Christ règle surtout les coeurs; Moïse apprend à l'homme ce qu'il doit faire, Christ nous apprend ce que nous devons penser; et ce que nous faisons, M. F., n'est que la suite de ce que nous pensons. Ainsi, quant à la charité, Moïse dit: Vous ne cueillerez pas toutes les olives de vos oliviers, ni tous les raisins de vos vignes; vous ne moissonnerez pas tous les épis de vos champs , et vous en laisserez, afin que lorsque le pauvre viendra, il en trouve encore quelque peu. Mais l'Evangile nous commande simplement de faire aux autres ce que nous désirons qu'ils nous

fassent Si ce précepte était bien suivi, combien

il resterait dans nos champs et d'olives et de raisins et d'épis pour les pauvres que le Christ nous a laissés!... Tous ces avantages se retrouvent, si vous comparez les lois des deux alliances, non plus dans les devoirs qu'elles prescrivent, mais dans les transgressions qu'elles condamnent, si vous considérez l'Israélite et le chrétien après un péché. M. F., savez-vous bien ce qu'il fallait à un Hébreu pour diriger sa repentance et lui faire entrevoir un pardon?

11 lui fallait un prêtre et un sacrifice; dans ces sacrifices, toujours différens selon les personnes, la victime à offrir dépendait du péché a expier, et en vain, pour que la vraie repentance ne se perdit pas au milieu de ces cérémonies, en vain David, Ésaïe, Jérémie, .Amos, réclament avec force contre la vanité d'une oblation présentée sans- pénitence, et déclarent que de tels rachats du péché ne rachetaient rien; trop souvent, il est arrivé en Israël qu'on a cru s'être repenti du péché après s'être acquitté du sacrifice. Mais vous le second peuple de Dieu, vous à qui le Christ a dit tout ce qu'il a ouï de son Père, l'offrande de votre repentir est votre coeur en sacrifice vivant et saint; pour vos expiations, vous n'avez besoin ni de temple et d'autel, ni de feu et de couteau, ni de sacrificateur, et d'assistant; il ne vous faut que de la sincérité; votre temple est partout; votre autel est partout; nul n'a droit d'intervenir entre vous et Dieu, et de vous demander compte de votre repentance; vous êtes vous-mêmes votre pontife, et cet encens secret est d'autant plus saint que nul n'en respire le parfum,

si ce n'est vous et votre Dieu Portez plus loin

vos regards, au-delà de l'accomplissement des devoirs journaliers, au-delà des émotions du repentir; ce qui manquait surtout à la sanctification chez les Hébreux, c'était une connaissance populaire et profonde de la source du mal; l'histoire du premier péché ouvrait leur histoire, et cependant il a fallu un chrétien, S1. Paul, pour déplover

l84 LES DEUX ALLIANCES.

tout entiers devant le monde ces deux hommes qui se combattent en nous, et pour arracher du fond de tous les coeurs ce cri, le cri de détresse du genre humain : Je ne fais pas le bien que f aime, et je fais le niai que je hais! Et ce qui manquait encore à la sanctification chez les Hébreux, c'était de savoir jusqu'où elle devait aller. Moïse leur avait dit souvent au nom de Dieu: Soyez saints, parce que moi, l'Eternel votre Dieu, je suis saint! Là vous voyez que la sainteté du Seigneur est proposée comme motif, et non comme modèle; mais l'Évangile est venu nous apprendre qu'il n'y a aucune fin à notre perfectionnement sous l'empire de ce commandement sublime: Soyez parfaits, comme votre Père qui est aux deux est parfait; ici, vous voyez que les attributs suprêmes sont indiqués comme modèles des vertus humaines. C'est le Fils de Dieu qui nous l'a dit, et dès-lors vous ne serez plus surpris que St. Paul ait osé écrire à de faibles mortels comme vous: Soyez les imitateurs de Dieu! Il savait, l'ancien peuple, que Dieu a créé l'homme à son image; mais il ne savait pas que la ressemblance doit aller jusqu'à être parfait comme Dieu est parfait, saint comme il est saint, miséricordieux comme il est miséricordieux. Et en effet, dans quel siècle de leur histoire les Hébreux avaientils vu les perfections divines mises en action sur la

terre? Jamais Quelle voix en Israël avait dit:

Lequel Centre vous me convaincra de péché? Aucune Qui, en un mot, de tous leurs sages,

leurs justes, leurs saints, qui avait été semblable a nous en toutes choses excepté le péché? Personne... Aussi, ce qui manquait encore à la sanctification parmi eux, c'était un terrestre modèle, capable d'achever toute l'oeuvre qui lui avait été donnée à faire. Abraham a la foi; Joseph, la bonté; Jonathan, la générosité; Élie, la ferveur; Jérémie, la résignation; Moïse, toutes ces vertus réunies. Il y a là beaucoup de vertus; il n'y a là aucune perfection. Non, non... lumignons fumans que le Seigneur a daigné ne pas éteindre, disparaissez devant l'astre du jour en son midi!... A vous, ses amis, Jésus a laissé un exemple afin que vous suiviez ses traces y un exemple que les plus saints Anges admirent autant que vous, un exemple complet et parfait auquel le ciel même ne saurait rien ajouter, un exemple pourtant que vous ne pouvez récuser comme trop difficile, puisque St. Paul veut que le même sentiment d/iumi/ité et de charité soit en nous, qui a été en Jésus-Christ , et que St. Jean déclare qu'un fidèle qui demeure ou qui croit en Christ doit vivre comme Jésus-Christ lui-même a vécu. Chrétiens! Admirez donc ce que c'est qu'être chrétien: pour guide, la loi la plus simple et la plus sainte; pour ressource, une repentance seulement de coeur; pour motif de vigilance, une connaissance de nous-mêmes qui rend inutile tout message d'un Nathan venant nous dire: Tu es cet homme là; pour terme de vos efforts, la perfection de Dieu; pour modèle de vos progrès, la vertu de Christ;

pour encouragement à s'appliquer ces magnifiques doctrines, une parole de Dieu même qui les confirme toutes : Ma grâce te suffit. Et qui de vous

ne reconnaîtra pas avec joie que pour la sanctification comme pour la Providence, vous n'êtes point des serviteurs qui ne savent ce que le maître fait, mais des amis à qui le Christ a dit tout ce qu'il a ouï de son Père?

Ce que St. Paul enseigne aux Ephésiens de la vocation des Gentils, est donc vrai pour toutes les grandes doctrines; ces choses, écrit l'apôtre, n'ont point été données à connaître aux enfans des hommes dans les autres âges comme elles sont maintenant révélées. Il n'y a pas dans ces différences ombre d'injustice, puisqu'il sera exigé de chacun selon qu'il lui a été donné. Avant l'oraison dominicale qui nous a appris à demander notre pain quotidien, une prière comme celle d'Agur suffisait pour implorer les soins de la Providence; la sanctification d'un Israélite, quoique par des chemins différens, tendait au même but que la notre, et j'ose espérer que nous avons comparé sous ces deux rapports les deux alliances sans rien affaiblir, mais sans rien exagérer. L'exagération semble plus difficile à éviter en les comparant sous le rapport de l'immortalité Non, M. F., et loin de chercher ici à décolorer et à rétrécir les doctrines de l'ancien testament sur la vie future, loin de m'arrêter à vous montrer que les livres sacrés de la promesse et de

la loi ne sont pas une longue allégorie représentant le ciel, j'admettrai sans inquiétude dans les révélations du premier peuple de Dieu autant d'immortalité qu'on voudra; nous prendrons toutes les promesses dans un sens spirituel; les félicités de la terre ne seront seules nulle part; nous conviendrons que les joies éternelles sont partout dépeintes sous ces magnifiques ou touchans emblèmes ; et quand votre imagination se sera jouée à son aise au milieu de ces éclatans symboles, revenus à des recherches plus calmes, plus positives, je ne crains pas de vous dire et je ne doute pas de vous montrer que pour les espérances de l'immortalité, les Hébreux, comparés à vous, sont des serviteurs qui ne savent ce que le maître fait, et vous des amis à qui le Christ a dit tout ce qu'il a ouï de son Père... Il est vrai; un Israélite plein de science et de foi, capable d'écouter la voix de ses prophètes et de lire dans ses livres sacrés, non la lettre qui tue, mais l'esprit qui vivifie, devait bien comprendre la mort telle que le péché l'a faite, la mort avec ses tristesses, ses amertumes, ses terreurs; il savait qu'il avait été dit à l'homme, au pied de cet arbre fatal dont les rameaux portaient l'épreuve nécessaire de sa raison, de sa vertu, de sa foi, et qui fleurissait au milieu même de sa félicité afin qu'il lui fût possible de la mériter, il savait qu'il avait été dit: Ja jour que tu en mangeras, lu mourras de mort; ta vie sera empoisonnée et ta mort aussi; tu es poudre, et tu retourneras ainsi dans la poudre; il avait lu,

médité, compris cette profonde sentence; il la retrouvait partout écrite sur les tombes, l'épitaphe universelle du genre humain déchu, et sans étonnement il voyait les générations s'en aller chacune à leur tour par le chemin de toute la terre. Mais pour se rassurer contre cette condamnation et adoucir tant de deuils, mais pour servir de contrepoids à cette sentence par laquelle la mort entrée dans le monde par un seul homme... et l'Israélite en croyait Moïse. . . est venu sur tous les hommes parce que tous ont péché... et l'Israélite en croyait cet unanime témoignage que nous rendent les sépulcres de la terre... pour contre-balancer toute cette juste certitude de mourir, qu'avait-il? des oracles, la promesse vague encore d'un salut, qui semblait fuir devant lui dans les ténèbres de l'avenir; des oracles, oui, l'Israélite le plus fidèle n'avait que cela . . . M. F. , l'accomplissement vaut mieux, et vous, qui avez vu et ouï ces choses magnifiques que les grands hommes d'Israël ont en vain désiré de voir et d'ouïr, vous, pour contre-balancer cette condamnation qui pèse encore sur nos tètes et qui ne sera levée qu'avec la pierre du dernier tombeau humain, vous, vous avez la croix et la tombe du Sauveur. L'immortalité, aux yeux de l'Hébreu le plus éclairé et le plus croyant, n'était qu'une vérité ordinaire de sa foi; rien ne la mettait en relief; l'immortalité, pour vous, est dans toute votre religion, dans les moindres mots de l'Évangile, dans les gouttes d'eau de votre baptême, dans ce peu de pain et de vin

que vous recevez à la cène, et, le dirai-je? dans chaque grain de cette poudre où nous rentrerons, parce que Jésus est le c/iemin, la vérité et la vie; parce qu'il nous a trompés, s'il ne l'est pas; parce qu'enfin, si l'immortalité est une chimère, la religion chrétienne tout entière est une flagrante absurdité, une contradiction dérisoire, une énigme sans mot que quelque esprit malfaisant a jetée en pâture à notre crédulité... Aussi, voyez l'Israélite mourant; son souvenir le plus consolant au lit de mort est cette parole: La postérité de la femme écrasera la tête du serpent, et il se rappelait que de génération en génération , on avait espéré cette sainte victoire, mais nul d'entre les Anges n'était encore descendu vers une humble fille de Juda, nulle d'entre les mères d'Israël n'avait osé dire que toutes les siècles la proclameraient bienheureuse ; et la dernière parole la plus douce qu'un Israélite put prononcer, est cet adieu de Jacob: O Eternel , J'ai attendu ton salut! ... Vous, vous n'attendez plus rien, disciples de celui qui seul a pu dire : Tout est accompli! et l'immortalité est mise en évidence autant qu'elle peut l'être. Examinez une à une les objections de la raison contre une vie future; la foi trouve réponse à tout. Est-ce votre corps vivant qui vous embarrasse, et dont vous demandez si les infirmités et les besoins vous importuneront jusque dans les cieux? Le Christ a dit: Dans la résurrection , vous serez comme les Anges de Dieu; ce corps, semé corruptible , revêtira l'incorruptibilité. ISst-ce

I90 hMS DEUX àUJASGBS

votre corps mort qui vous inquiète, et n'osez-vous vous croire immortels à l'aspect de tant de pourriture? Le Christ a dit: Celui qui croit en moi, encore qu'il soit mort, vivra. Est-ce l'innombrable multitude des ressuscites qui vous étonne? Le Christ a dit : Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Et à quand est-il remis, ce rendez-vous général des générations? Le Christ a dit: Ce jour et cette heure, personne ne les sait, non pas même les anges qui sont dans le ciel, ni même le Fils; mais seulement le Père. Et quel signe informera la conscience humaine du terme de nos destinées terrestres? Le Christ viendra dans sa gloire, et alors ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voir, et ce triomphe définitif de la vérité marquera le terme des progrès temporels du genre humain. Et sommes-nous certains que l'immortalité, ainsi que la vie, sera commune, et que nous nous retrouverons dans la patrie celeste... Père, a dit le Sauveur, mon désir est que là où je suis ceux que tu m'as donnés y soient avec moi , et que tous ne soient quu/i comme toi, 6 mon Père, tu es en moi, et moi en toi, queux aussi soient un en nous! Et pour infaillible garantie de toutes ces déclarations, Venez, ont dit les anges du ciel à des mortels comme vous, venez et voyez le lieu ou le Seigneur a été couché! M. F., à ces souvenirs, quel aiguillon reste à la mort? Quelle victoire est laissée au sépulcre? Mères chrétiennes, quel berceau ne vous rappelle cette crèche, qu'une tombe

n'a remplacée que pour trois jours? Familles en deuil, quelle tombe ne vous rappelle la tombe unique ouverte à jamais? Mortels que nous sommes, où pouvons-nous aller dans ce monde, sans être environnés d'immortalité?... M. F. , reconnaissez avec une humble foi ces magnifiques certitudes; reconnaissez combien le christianisme vous découvre et la Providence et la sanctification et l'immortalité. Plaignez tous ceux, quelle que soit leur race, qui ferment les yeux à cette douce lumière, et qui, rivant eux-mêmes leurs fers, s'obstinent à être des serviteurs ne sachant pas ce que le maître fait; vous, soyez toujours des amis à qui le Christ a dit tout ce qu'il a ouï de son Père. Postérité véritable du grand Abraham, soyez comme lui amis de Dieu! Condisciples de celui que le Seigneur aimait, soyez, comme Jean, amis de Christ, et dans la vie, la mort, l'immortalité, il vous montrera qu'il vous a aimés le premier.

LES

Page 1