‹ Sermons (volume 3)Chapitre 28 sur 61 · LES LOIS DU COMBAT · texte numérisé non relu

LES LOIS DU COMBAT

milieu d'une autre civilisation, en des climats plus tempérés, sous des cieux d'un plus brillant azur, et la moindre connaissance de l'histoire suffit pour se retracer le tableau de ces jeux solennels où la Grèce invitait en foule et les peuples et les rois. C'étaient des pompes simples et imposantes que ces luttes et ces combats du cirque, ces amphithéâtres immenses où quarante milles spectateurs trouvaient place, où chaque nation avait sa tribune, où les prix n'étaient que des couronnes de feuilles flétries le lendemain et une longue gloire qui ne périssait pas, où chaque cité avait son combattant dans la lice pour qui elle faisait des voeux, où les rois même n'ont pas dédaigné de paraître et de disputer le prix, où enfin, dans les anciens temps, les premiers poètes sont venus déclamer leurs vers et les premiers historiens reciter leurs annales. Et ne croyez pas que dans ces fêtes tout se réduisît à la force, à l'agilité, à l'adresse, et pour aiguillon à l'amour d'une vaine célébrité. Il faut le dire à l'honneur de l'ancienne Grèce, qui paraît avoir donné au monde les premiers exemples de ces jeux, et pour mieux expliquer le parti que St. Paul a souvent tiré de ces souvenirs, un profond sentiment de justice, de morale et de vertu y régnait. Ainsi, pour être admis à concourir, il fallait une naissance, une probité, une réputation sans tache; c'était peu d'être un athlète illustre, il fallait être un homme de bien: les noms étaient proclamés en présence de la multitude, et quiconque se présentait sans une renommée intacte

et pure, se voyait honteusement exclu; les lois les plus sévères, ainsi que la plus stricte tempérance, étaient prescrites aux riveaux, qui juraient tous devant l'autel de les observer, et la moindre infraction de ces règles privait de tout droit à la couronne. Cette rigueur de principes dans ces institutions si condamnables sous tant d'autres rapports, est un trait curieux des moeurs de l'antiquité; et s'il est vrai qu'on puisse juger des opinions d'un peuple par ses fêtes, il y avait loin encore de. cette civilisation à celle que le christianisme introduit à sa suite; néanmoins, il y avait là peut-être ce que l'homme, avant l'Évangile, pouvait inventer de meilleur pour occuper son énergie. Mais Rome la maîtresse du monde, Rome, après avoir conquis la Grèce, imita le peuple qu'elle avait vaincu. Rome, à son tour, eut ses amphithéâtres et ses cirques ; seulement elle les ensanglanta; son génie, accoutumé au meurtre par tant de siècles de guerres et de victoires, mit le meurtre au nombre de ses plaisirs. Les gladiateurs remplacèrent les athlètes; Rome n'eut pas seulement dans ses arènes des courses de chars, des luttes et des jeux; elle imagina des fêtes plus conformes à son goût, elle se fit un amusement de voir ses captifs s'entre-tuer sous ses yeux, combattre les bêtes féroces, ou même attendre, pâles, nus et sans armes, que ces bêtes rendues furieuses fussent lancées contre eux. Cependant l'exemple des Romains rendit universelle l'imitation des jeux du cirque, et déjà sous leurs premiers empereurs chaque

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