LE BUT
qui ont frappé à sa voix les peuples du Nil, et la sortie d'Egypte, et les merveilles du Sinaï, et la sentence prononcée contre cette génération ingrate, incapable et indigne de conquérir sa patrie, et le long pèlerinage dans le désert. Tous les commandemens du Seigneur, les fonctions du sacerdoce, les pompes des solennités saintes, les dessins mêmes du tabernacle, seront écrits. Les monumens des anciens temps sont fidèlement recueillis et les traditions des patriarches présentes à son esprit. Joseph, Jacob, Isaac, Abraham revivent à sa pensée. Le tableau du déluge se développe à ses regards. Les ombrages d'Eden s'entr'ouvent, et audelà du glaive enflammé de l'Ange , il a vu la félicité de l'état d'innocence. Les organisations successives de notre globe semblent se renouveler à ses yeux, pour qu'il puisse les compter dans leur ordre. L'esprit divin descend et l'inspire, lui certifie ce qu'il sait, lui révèle ce qu'il ignore, et, plein de joie d'annoncer à son peuple les choses magnifiques de Dieu , sa main mortelle trace ces mots impérissables: au commencement Dieu créa les deux et la terre.
M. F., quel début! Que cette introduction si courte et si simple a de majesté et de grandeur! Moïse en quelque sorte n'a fait qu'un pas encore; mais quel chemin immense il a déjà parcouru ! L'existence de Dieu, voilà le premier principe; la création de l'univers, voilà le premier fait, et il semble que puisque Dieu a tout créé d'un mot,
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l'auteur inspiré ait dû tout exprimer en une parole. Cette vérité est si grande, si sainte, si belle, que tout développement est inutile, que tout ornement est impossible; ce n'est pas encore le moment des détails; il n'en est point d'assez important pour se mêler à une pensée si solennelle; il ne s'agit encore que de la création et du créateur.
Et les Hébreux, pour qui ce livre était écrit, de quel étonnement et de quelle admiration, la première fois qu'ils l'ont entendu, a dû les frapper cet exorde: au commencement Dieu créa les cieux et la terre! C'est leur histoire qui va suivre; les noms de leurs ancêtres vont prendre place sur ces pages divines; avec quel respect ils ont dû écouter les récits de Moïse, après ces premiers mots! Cette déclaration, lue en présence d'Israël, et gravée dans tous les coeurs , témoignait assez qu'il n'y aurait dans cette doctrine de secrets pour personne, et suffisait pour rendre toute comparaison impossible entre leur religion et celles des nations corrompues qu'ils allaient conquérir et déposséder, ou du peuple même dont ils avaient fui l'oppression et qui se glorifiait de la sagesse de ses prêtres. Leur loi et leur patrie, toutes deux d'institution divine, recevaient une sanction nouvelle de la promulgation de cette vérité fondamentale; la connaissance d'un Dieu créateur devenait la clé de voûte de leur édifice social, et dèslors le passé, depuis le commencement, était là devant leurs yeux pour répondre de l'avenir.
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En effet, cette ère primordiale à laquelle la pensée du grand prophète remonte d'un seul essor, cette date de la création que sa main puissante grave au frontispice de sa religion naissante, ce commencement, montre assez que son Dieu fr'est pas quelque idole plus adroitement imaginée que les divinités du Nil, que son Dieu est le vrai Dieu, Jéhova, l'Éternel, l'Etre des êtres, l'Etre infini. Selon la valeur incontestée des expressions du texte, il ne s'agit point, dans cette première ligne de Moïse, du commencement de l'économie à laquelle nous appartenons, de la nature dont nous sommes les rois, de la planète que le Tout-Puissant nous a choisie pour demeure; il ne s'agit du commencement ni de Thumanité ni de la terre; des siècles sans nombre, que le génie ne peut pas mieux compter que la foi, séparent le premier et le second verset de la Genèse, et ouvrent là un de ces abîmes où les Anges mêmes ne regardent qu'en tremblant. Ils s'agit ici de l'univers, et non pas de nous, M. F.; il s'agit du commencement de toute chose et de tout être, excepté ce Dieu qui n'a point eu de commencement et n'aura point de fin. Selon l'esprit de son siècle et de son peuple, selon l'esprit même de la mission qu'il remplissait et que la philosophie de nos jours commence, enfin, à croire divine, Moïse proclame, sans le discuter, le dogme fondamental hors duquel il n'y a point de religion, le dogme que Dieu est et qu'il a tout créé; et sitôt qu'il a posé ce fondement inébranlable, sa pensée quitte en quelque sorte l'uni-