‹ Sermons (volume 3)Chapitre 43 sur 61 · A'J-2 LE BU · texte numérisé non relu

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terre et de savoir aimer Dieu? Ces deux flammes saintes qui réchauffaient son coeur se sont éteintes ensemble, et l'ont laissé dans les ténèbres de ce froid égoïsme, où il ne savait plus aimer que luimême et des idoles. Et l'on s'étonne que le mal ait enfanté le malheur! L'on s'étonne que, cessant de marcher de progrés en progrès, l'homme, qui ne peut s'arrêter, ait marché de chute en chute! L'on s'étonne que, s'éloignant de la source inépuisable de toute grâce et de tout don parfait, ces grâces et ces dons, l'homme ait cessé de les trouver sur son chemin!... O M. F., il serait bien plus étrange que notre félicité fût parfaite, notre sainteté ne l'étant pas; et si dans ce monde tel que le péché l'a fait, la vie et la mort n'étaient pas tristes et difficiles, c'est alors qu'il serait juste d'éclater en blasphèmes, et de demander à Dieu s'il a encore la justice et V équité pour fondemcns de son trône. Dieu ne pouvait pas rendre l'homme heureux malgré lui; Dieu ne l'a pas créé esclave d'un vil instinct ou d'une nécessité inexorable; il l'a créé maître de son sort et doué d'une noble liberté. L'homme s'est mal servi de ses facultés, dont il pouvait bien se servir; et que pouvait faire de plus le Créateur, que de donner à l'homme tous les moyens d'être heureux, à la seide condition d'être fidèle? Etre moral et responsable, son bonheur ne pouvait être fondé que sur sa fidélité, et cela est si vrai, que s'il nous reste encore dans notre chute profonde quelques pures joies, c'est qu'il nous reste quelques

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faibles vertus. Son bonheur ne pouvait être que celui d'une créature faite à l'image de Dieu, lui disant dans la rectitude de sa conscience: Je C ai juré, f observerai les commandemens de ta justice , et non le bonheur d'une plante qui s'entr'ouvre mollement sous les rayons d'une douce lumière, ou de l'agneau bondissant sur l'herbe tendre de la prairie. Parfait et bienheureux, tel il était à son origine; et roi de la terre, il a entraîné dans sa chute son empire; en introduisant le mal dans son coeur, il l'a introduit dans le inonde, il l'a trainé partout avec lui; et le dernier progrès de la philosophie, peut-être même le dernier de la foi, est de reconnaître qu'un lien mystérieux et indissoluble unit le mal physique et le mal moral, et que le pécheur s'est préparé lui-même le châtiment de son péché. Mais la grande explication de la création demeure incontestable; Dieu a créé pour rendre heureux: voilà l'histoire, en un seul mot, de tous les mondes qui ont conservé leur sainteté primitive. Seulement, pour un monde tel que le notre, il faut ajouter que Dieu a fait le mal à V opposite du bien, afin que Von ne trouve rien à redire après lui.

Il n'y a rien de trop dans ces dernières idées. Elles ne me conduiront pas à vous dire que l'homme est si peu de chose dans le système de la création et tient si peu de place dans l'univers, que toutes ses souffrances ne forment pas une difficulté et ne valent pas la peine d'être comptées en religion; cette vaine humilité rabaisse la nature humaine,

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sans justifier la puissance divine; nulle créature n'est indifférente aux yeux du Créateur, et assez petite pour qu'il l'oublie. Mais l'homme est-il donc la seule créature raisonnable et sensible de Dieu ; cette terre est-elle le seul monde qu'il ait peuplé denfans formés à son image; n'y a-t-il d'intelligence dans l'univers que notre intelligence?... Ah! pour rétrécir ainsi les domaines de la vie, il faudrait n'avoir jamais admiré une nuit étoilée; il faudrait effacer tous ces sublimes tableaux des livres saints, qui nous montrent les cieux et les cieux des cieux, comme autant de sanctuaires où l'homme est attendu, où Dieu est adoré; il faudrait imposer silence à la voix qui nous crie malgré tout notre orgueil, que l'univers est trop grand pour nous seuls et que c'est assez d'un soleil pour l'humanité... et ces pensées admises,... M. F., tandis qu'attachés à la poudre de cette terre, nous disputons sur la bonté divine, tandis que nos souffrances semblent déposer contre elle et qu'il nous faut le sentiment de nos péchés pour nous expliquer l'amertume de nos douleurs, qui sait combien d'enfans de Dieu, dans des sphères plus saintes et plus pures, heureux parce qu'ils sont demeurés fidèles, reconnaissent à leur bonheur quel est le but de la création, adorent Dieu comme père sans le craindre comme juge, et contemplent sans nuage sa bonté souveraine! C'est par leur propre expérience qu'ils savent que Dieu a créé pour rendre heureux; et nous, hélas! nous le. savons surtout par nos re-

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mords, nos pertes et nos regrets!... Mais que dis-je? nous le savons aussi par notre espérance. J'arrive ici à la preuve la plus certaine et la plus douce que Dieu nous a donné l'existence pour nous donner le bonheur; et si ce n'est pas là le but de la création, quel est donc le but de la rédemption en Christ? qu'est donc venu faire Jésus dans notre monde? quel besoin Dieu avait-il de nous envoyer son divin Fils? Quel fruit a-t-il retiré pour luimême de sa mission? Et si Dieu ne nous a pas créés pour la félicité, que ne nous laissait-il dans notre malheur? D'où vient qu'il a pris à notre sort un intérêt qu'il n'éprouvait pas à notre origine, et pourquoi, dès l'instant de la chute, a-t-il promis le rétablissement? Il est si évident qu'un seul et même motif d'amour a décidé et la création et la rédemption; que Dieu a dans sa justice, toujours d'accord avec sa bonté, attaché la même condition au bonheur donné à l'homme innocent et au bonheur offert à l'homme racheté, la sainteté, la fidélité, la foi. D'après ce rapprochement sublime et simple, d'après cette ressemblance du sort de l'humanité avant le péché et depuis la rédemption, tout s'explique; une harmonie céleste unit le don de l'existence et celui du salut; les ombrages d'Eden et de Gethsémané rendent le même témoignage, et je comprends pourquoi les saints sont nommés aussi les bienheureux. Jésus a tout accompli; il a donc accompli ce qu'Adam avait violé; Jésus, semblable à nous eti toutes choses excepté le péché, est

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