DE LA CREATION
Une piété timorée peut craindre de rabaisser la majesté divine en parlant trop du bonheur de Dieu, tant l'idée de bonheur rappelle des sentimens humains; il semble que le même scrupule ne puisse naître, quand il s'agit de sa gloire, et Dieu n'a-t-il pas créé pour sa gloire? C'est ainsi qu'il pouvait mettre à l'épreuve ses propres attributs, et faire éclater leur grandeur; c'est ainsi qu'il pouvait les manifester. Sa gloire devait avoir des monumens et des témoins, et quels monumens que la nature, le firmament et l'univers! Quels témoins que les hommes de tous les âges , les anges de tous les cieux, les créatures intelligentes et sensibles de tous les mondes M. F., tout cela, c'est la poésie, et non la vérité de la religion; ce sont des mots, et non des faits; des images, et non des doctrines. Qu'est-ce que la nature aux yeux de l'Eternel? Dans sa pensée, il ne peut y avoir d'admirable que lui. Une de ses plus grandes merveilles, c'est la lumière, soit que les soleils la lancent de sphère en sphère en rayons d'une ténuité prodigieuse, soit que les globes qu'elle environne la fassent onduler au loin en vagues immenses; mais ce qui est incomparablement plus admirable que ces éclatans phénomènes, c'est d'avoir pu dire que la lumière soit^ et la lumière fut. Et de la gloire divine, je puis vous dire comme du bonheur divin, que dans ce système, avant que Dieu eût créé les cieux et la terre, sa majesté était donc moindre que depuis, et si sa majesté change, peut-
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il lui-même demeurer immuable? Si du monde visible vous passez au monde moral, là, vous trouverez, pour servir à la gloire de Dieu, nos temples et nos autels, nos adorations et nos prières; vous trouverez... notre assemblée de ce jour et cette méditation que vous écoutez... et c'est là ce qui aurait augmenté la gloire du Seigneur! En vain objecterez- vous qu'il y a tant de temples et tant d'autels; tous ces temples sont faits demain d'homme; le Seigneur n'y habite point, et tous ces autels sont desservis par des hommes comme nous. Dieu lui-même a dit mille fois à son peuple chéri, qu'il n'avait pas besoin du sang des boucs et des génisses; et croyez-moi, il n'a pas plus besoin du culte meilleur des chrétiens, ni du culte meilleur encore des saints et des anges. La nature, l'église et le ciel n'ont rien ajouté à sa majesté. De toute éternité il a parfaitement connu ses perfections, et n'avait pas besoin de les mettre à l'épreuve. La dignité d'un être borné peut s'accroître par des suffrages étrangers; l'être infini tire toute sa gloire de lui-même. Ne me citez point tous ces passages des livres saints qui semblent contredire ces pensées; ce ne sont encore une fois que des expressions du langage humain. Les deux , est-il dit, racontent la gloire de F Etemel ; mais à qui? A nous, ses créatures, et non à lui; retendue donne à connaître les ouvrages de ses mains, et l'étendue n'apprend rien à l'Eternel; Un jour communique sa science a un autre joui, et une nuit à une autre mut;
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mais pour l'Éternel il n'y a point de jours; il n'y a que l'éternité. Reconnaissons, M. F., à tant de traits le Dieu supérieur à toute autre approbation que la sienne; et qu'est-ce que la gloire, sinon l'approbation d'autrui? Enfin, consultez les faits; depuis tant de siècles que l'homme étudie la nature, qu'est-il arrivé? On a imaginé système sur système, et c'est toujours selon la science du moment que l'on a admiré les merveilles de la création; l'homme ainsi donnait gloire bien plus aux pensées de son génie qu'aux oeuvres de son créateur, et la majesté divine s'est trouvée pour ainsi dire dans la dépendance de la pénétration humaine. Renonçons à de si vaines prétentions, et n'attribuons au Seigneur qu'une gloire qui lui est propre, dont la source est en lui seul et qui ne remplit l'immensité que parce que Dieu est présent partout. Car F Eternel ne s'assure point sur les saints, et les deux et les étoiles ne sont point purs devant lui.
Quel a donc été le dessein de l'Etre suprême en tirant l'univers du sein du néant où il pouvait le laisser? Une seule pensée, une seule intention nous explique ce grand mystère: Dieu a créé pour rendre heureux. Dieu souverainement parfait a voulu communiquer quelque chose de ses perfections; Dieu, souverainement heureux, a voulu communiquer quelque chose de son bonheur. Il a fait l'homme être intelligent, et lui a dit: marche vers le vrai; il a fait l'homme être moral, et lui a dit: marche vers le bien; il a fait l'homme être sensi-
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ble, et lui a dit: aitne; et l'homme s'est mis en chemin, et ce chemin se prolonge à l'infini devant ses pas, et il avance de vérité en vérité, de sainteté en sainteté, d'amour en amour, et ses progrès sont les moyens de son bonheur, et sur ce chemin il n'y a que le bonheur. Aussi, le divin historien nous dit que Dieu nous a créés à son image et selon sa ressemblance ; et qu'est-ce que l'image de Dieu en nous, si ce n'est la vérité, la sainteté, l'amour et le bonheur? Oui, le bonheur, voilà le mot de l'énigme de l'univers; voilà le but éternel et général de la création. Chaque être, selon la mesure de ses facultés, recevrait sa part de jouissances; Fange aurait sa félicité; l'homme aurait sa félicité; et partout où il existe d'autres classes d'êtres doués d'intelligence et de sensibilité, ne doutez pas qu'ils ne reçoivent comme les hommes et les anges la félicité qui leur est propre. Oui, Dieu a créé pour rendre heureux; ce motif seul nous intéresse, et que nous importe qu'il y en ait d'autres, ou non? Dieu n'a pas voulu être toujours heureux seul; il a daigné associer des créatures à son bonheur, et il leur donne une part de sa sagesse, de sa puissance, de sa bonté, pour leur donner une part de sa félicité. M. F., que cette pensée est sainte et consolante! Comme elle répond bien à notre connaissance de Dieu! Comme elle s'accorde avec ce profond désir de bien être qui nous anime! Elle met dans le jour le plus sublime la perfection du Seigneur: elle explique tout ce qu'il y a de bon dans
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l'univers; çlle explique la Providence: Dieu créant pour rendre heureux ne pouvait se fier qu'à lui seul du soin de veiller sur son ouvrage; elle explique l'immortalité: Dieu créant pour rendre heureux ne pouvait donner moins qu'un immortel bonheur; elle explique enfin comment sa charité est au-dessus de toutes ses oeuvres, et comment il a promis d'être un jour tout en tous.
Mais hélas! à mesure que j'avance au milieu de ces douces pensées, je vois s'amasser contre cette doctrine les tristes difficultés qu'elle rencontre toujours; j'entends, j'entends gronder soudainement les fatales objections qu'elle soulève... Dieu a créé pour rendre heureux, et l'homme sans doute est entré pour sa part dans ce plan de bonté et d'amour. Mais qu'est devenu son bonheur? comment est-il sorti de l'état heureux et paisible où Dieu l'avait mis? Une vie d'épreuves, d'incertitudes et de combats, voilà son sort dans ce inonde, et pour en sortir, il n'y a que la mort, la mort plus triste que la vie. Qu'est devenu son bonheur?... M. F., la question, sous quelque aspect qu'on l'envisage, revient toujours à demander si l'homme l'a perdu ou si Dieu le lui a ravi. Vous dites: qu'est devenu son bonheur? Il faut dire qu'est devenue son innocence? Créé pour le vrai, ne s'est-il pas détourné vers le mensonge? Créé pour le bien, ne s'est-il pas égaré vers le mal? Crée pour l'amour, n'a-t-il pas indignement prostitué sa divine sensibilité; n'a-t-il pas cessé à la fois et de savoir bien aimer sur la