SERMON SUR HÉBREUX XIII
Jésus-Christ est le même, hier et aujourdhui et éternellement.
Jftes Frères,
Quand on étudie d'un regard attentif l'aspect actuel de la chrétienté, on découvre facilement que les peuples qui la composent se divisent en deux classes distinctes et suivent deux voies différentes , dont le point d'arrivée, heureusement, est le même: d'un côté, les peuples qui ont une religion; ils en connaissent par expérience tout le prix; ils en imprègnent pour ainsi dire de plus en plus leurs moeurs, leurs institutions, leurs études; ils bénissent Dieu d'avoir reçu de leurs ancêtres ce puissant moyen de progrès et de bonheur, et se proposent de le transmettre fidèlement à leur postérité; d'une autre part, les peuples qui cherchent une religion
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et qui n'ont guère, en attendant mieux, qu'une religion nominale; ils sentent instinctivement le besoin d'une foi vivante et active et ne savent à qui la demander ni où la prendre; ils s'effraient de voir que les moeurs et les idées du jour laissent comme en arrière la religion populaire, et se trouvent en désaccord avec elle; ils admirent avec un impuissant regret les siècles où la vie civile et religieuse formait un harmonieux ensemble, et s'inquiètent amèrement de ne savoir en quelle croyance élever leurs enfans. Sans doute, il faut admettre de part et d'autre des exceptions et des ombres dans ces deux tableaux; ici, tout n'est pas foi qui se maintienne; là, tout n'est pas incrédulité qui se réveille; il y a des infidèles, des indifférens, des moqueurs, même parmi les populations les plus pieuses, et des croyans au sein des peuples qui ont la réputation de ne point croire. Mais à regarder autour de soi en grand et en général, c'est bien ainsi que la chrétienté moderne se divise: ici, une foi quia conservé son empire; là, une foi qui meurt et qui n'est point encore assez morte pour être déjà remplacée. Il semble, à cet aspect des choses, que l'incrédulité doit avoir posé les armes, ou du moins interrompu le combat; non, sans doute, cette incrédulité superficielle qui se prend aux mots et aux formes et juge les dogmes d'après les phrases faites de la piété ou les pompes extérieures de ses temples, comme un enfant juge un arbre sur son écorce et ne sait s'il est mort ou vivant; mais cette
incrédulité plus sérieuse et plus sincère qui remonte aux sources et qui regarde aux doctrines. 11 semble qu'épuisée par la longue guerre du dernier siècle, et peut-être même effrayée de ses triomphes, l'incrédulité ait dû renoncer à la lutte, ici pour avoir trop réussi, ailleurs par désespoir de réussir, et laisser les peuples qui doutent chercher une religion et les peuples qui croient se contenter de la leur. Mais non, et ce double Caractère de la chrétienté moderne vient d'inspirer à l'incrédulité un nouvel argument qu'elle affectionne; elle voit flotter les esprits à tout vent de doctrine, sans savoir quel calme viendra apaiser ces orages; elle reconnaît dans notre siècle une époque de transition, sans savoir quel avenir cette transition prépare, et voici le sophisme qu'elle aime à jeter au hasard devant nos pas: le christianisme, dit-elle, est une religion admirable, salutaire, divine même; mais le christianisme est fini; il a fait son temps; il a atteint son but; il est usé et épuisé; il a suffi au passé et ne peut suffire à l'avenir: venu pour refaire l'état social de l'humanité , qui périssait dans la dissolution du monde romain, il s'est élevé sur ces vastes ruines et s'est constitué, non en repoussant les invasions des barbares, mais en les retenant au midi pour les civiliser, et son triomphe est le moyen âge où l'unité européenne apparait dans sa gloire; depuis, l'astre du christianisme a pâli; son impuissance à fournir au monde un renouvellement nouveau est constatée par assez de stériles efforts, et l'Évangile,
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malgré sa sainteté, est un livre vieilli, inutile désormais, dont le monde se lasse et qu'il commence à fermer; le christianisme est fini, il ne reste qu'à le remplacer et à nous remettre en marche à travers ses ruines.
Cette conjecture gratuite, qui calomnie à la fois le passé et l'avenir, a un air de nouveauté dont on peut être séduit, et n'est au fond qu'une imitation de plus de cet esprit d'impatience et de murmure, le caractère de tous les siècles de transition. L'homme souvent c'est déclaré mécontent du bonheur humain; sur la terre, il a voulu un céleste paradis; mortel, il a voulu avant le temps un bonheur d'ange, et dans l'imprudence de son ambition, il a gâté la réalité qu'il possédait en s'élançant vers de chimériques félicités qui fuyaient devant lui Et
l'homme s'est déclaré mécontent du moncfe que Dieu lui a donné pour demeure; il a vu dans la nature un obstacle à ses progrès, et non un thème magnifique d'études, l'instrument de toutes ses industries; il a demandé des deux d'un autre azur, des astres plus voisins, un globe plus fertile, sillonné seulement par des zones tempérées... Et l'homme a désiré une autre science; il s'est irrité des bornes divinement posées devant sa raison; parce qu'il sait quelque chose, il s'est irrité de ne pas tout savoir: et de sa faible vue, que des vérités trop éclatantes éblouiraient, il a prétendu contempler face à face... Et plus souvent encore, l'homme s'est révolté contre la mort; en admettant la nécessité de
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sortir de ce monde, il aurait voulu une autre porte de sortie; il aurait voulu un sentier plus facile; il aurait voulu que sur le char enflammé d'Élie il y eût place pour l'humanité.... Son bonheur et son monde, sa raison et sa mort, tout par moment, selon la disposition d'esprit du siècle qui passait, tout lui a déplu. Mais il a fallu notre siècle qui a épuisé tant de coupes jusqu'à leur lie, quelle qu'elle fût; notre siècle avec tous ses essais et tous ses mécomptes; notre siècle avec tout ce qu'il a fait de mal et tout ce qu'il a voulu de bien, pour déclarer que le christianisme n'était plus assez bon, que le monde allait dépasser le christianisme, que son règne était à bout, et que le jour était venu de poser un autre état social sur un nouveau fondement religieux Quoi donc! la croix du salut aurait été
rongée, comme un bois ordinaire, par les vers de ce monde! Des mains d'homme auraient de page en page effacé sous de superbes ratures ce livre dont il ne devait pas tomber un iota! Le Fils de Dieu serait venu dans ce monde pour une oeuvre de dixhuit siècles seulement? Non, M. F., FÉvangile a protesté d'avance contre ceux qui croient voir le dernier jour du christianisme avant que l'humanité ait vu le dernier de ses tombeaux; Jésus- Christ, est-il dit, est le même hier et aujourd'hui et éternellement.
C'est comme un puissant encouragement à persévérer dans la pureté de la foi, que St. Paul, après avoir cité aux fidèles l'exemple de leurs premiers