DU CHRISTIANISME
conducteurs, exprime en termes si énergiques et si simples, sa persuasion de la perpétuité du christianisme, et s'appuie de cette grande pensée pour presser les chrétiens de ne pas mêler aux doctrines chrétiennes, qui ne périront point, les observances
mosaïques, devenues inutiles Et sans doute,
M. F., à mesure qu'on avance dans sa carrière et qu'on voit disparaître autour de soi et périr les choses périssables, on sent mieux le prix de cette ferme espérance; on apprend à ne compter sur rien des joies de ce monde; les années passent et nous emportent avec elles; les premiers cheveux qui blanchissent avertissent que d'autres blanchiront aussi; et en vain du sillon que la Providence nous a donné à défricher d'abord , elle nous envoie cultiver au loin un sillon nouveau; en vain la scène change, sa mobilité ne change pas; les berceaux où nous avons veillé disparaissent et font place à d'autres; les tombes recouvrent les tombes; et par moment on s'arrête dans le cours de sa vie pour rechercher ce qui reste des intimités et des tendresses d'autrefois; et en laissant tomber une larme là où la place est vide, et en s'élançant pour une douce étreinte là où la place est occupée, quelle consolation et quelle force on puise dans cette pensée, que supérieure à toutes ces vicissitudes de la vie et de la mort, la foi les domine toutes, et que Jésus-Christ est le même hier, et aujourd'hui, et éternellement!... En développant cette certitude du fidèle, nous serons naturellement amenés à
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démasquer les vaines objections qu'on élevé contre elle.
Le Christianisme est la religion définitive de l'humanité; voilà, M. F., l'assertion qu'il s'agit d'établir. N'est-ce pas donner au Christianisme plus de gloire qu'il n'en veut, et lui promettre des siècles et une domination qu'il ne s'est point promis? Le texte même de ce discours, qui semble si positif et si clair, n'admettrait-il pas une autre interprétation; ne s'agit-il pas ici de la majesté divine de Jésus, de la gloire du consommateur de la foi, plutôt que de son oeuvre et de la durée de sa religion? Non, M. F.; dans ce mémorable passage de la fin de l'épitre aux Hébreux, comme dans une foule d'autres textes, le nom du Christ désigne le christianisme; c'est le sens adopté par l'opinion unanime des interprètes; c'est le seul qu'autorise la liaison des idées, et ce n'est pas attribuer à la foi chrétienne une domination qu'elle refuse. Partout, dans ses livres sacrés, le christianisme se donne pour une loi parfaite, se pose comme une religion définitive; il se proclame héritier unique des saintetés de la première alliance; il se déclare mis en possession de tous les siècles par celui qui les a faits; il avoue hautement l'espérance de régir à jamais l'humanité. Jésus ne dit pas à son peuple comme Moïse au sien: L'Eternel vous suscitera un prophète semblable à moi, d'entre vos Jrères; vous V écouterez ; il ne promet au monde aucune mission après la sienne.
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Jésus ne dit pas comme St. Jean le précurseur à ses disciples: // en vient un après moi qui est plus grand que moi; Jésus n'est le précurseur et le héraut de personne, et il a achevé son oeuvre de manière a ne rien laisser à faire après lui. Dès les commencemens de son ministère, dans ce discours étonnant où il a jeté les bases de sa morale et de sa doctrine, dans ce discours dont il scelle les enseignemens de cette parole d'autorité: Moi, je vous dis!... il veut que ses disciples, aspirent non à une vertu qui serait un jour dépassée, non à une sainteté incomplète, à une gloire limitée; il veut que ses disciples aspirent à être parfaits comme notre Père qui *sl aux deux est parfait; Chrétiens, qu'y a-t-il au-delà de cette perfection, et que nous demander de plus? Les images les plus terribles et les plus fortes sont employées pour dépeindre ce règne futur du christianisme: Les portes de V Enfer ne doivent point prévaloir contre l'Eglise, et c'est bien peu de chose qu'un iota dans le grand nombre des paroles saintes dont elle est dépositaire; cependant, tant que le ciel et la terre subsisteront , il ny aura pas un seul iota, un seul point de la loi qui soit effacé. Dans ses dernières conversations intimes avec ses apôtres, lorsque assis avec eux au sommet de ces collines de Gethsémané, d'où la vue plonge sur Jérusalem, Jésus contemple les bàtimens du temple, dont les apôtres venaient d'admirer la splendeur, il leur annonce la ruine des Juifs, cette fin lamentable de la nationalité créée par Moïse; bientôt il transporte
leur pensée sur de plus grandes scènes , il leur prédit une époque où l'humanité aura terminé ses destinées terrestres, et n'aura plus besoin de cette terre et de ces deux; puis il leur montre pour ainsi dire le christianisme, debout non-seulement sur les ruines du mosaïsme, mais sur les derniers sépulcres du monde, et leur dit: Les deux eL la terre passeront; mes paroles ne passeront point. Ces promesses, faites avant sa croix, il les renouvelle après sa résurrection; dans ses adieux suprêmes à ses apôtres, lorsque prêt à les quitter pour retourner dans les cieux, il leur donne le monde à convertir, ce n'est pas une oeuvre de quelques jours, une institution de quelques siècles, qu'il leur confie; il prend avec ses fidèles un engagement plus digne de sa gloire et de sa bonté: Voici, leur dit-il, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde. Les disciples ont fidèlement hérité de cette grande espérance que le maître leur avait donnée, et ils ont cru travailler pour tous les siècles. St. Pierre emprunte aux poésies d'Esaïe un trait admirable, où la vie et la gloire de l'homme sont comparées à l'herbe qui sèche et à la fleur de l'herbe qui tombe, et en vient ainsi à déclarer avec le prophète que la parole du Seigneur dure éternellement. St. Paul retrouve cette perpétuité du christianisme dans le symbole le plus auguste du culte, et promet à l'Église que la mort du Seigneur sera célébrée à la table sainte, jusqu'à ce qu'il vienne; et le poète sacré de l'Évangile, le disciple bien-aimé qui, dans
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ses allégories imposantes, évite par une prudente obscurité de fournir un aliment à la haine des persécuteurs, et encourage cependant les fidèles en décrivant les destinées et les triomphes de l'Église, St. Jean, dépeint un ange qui vole par le milieu du ciel vers toute nation, toute tribu, toute langue et tout peuple, et leur apporte un Évangile éternel. Cette image, quelque sens qu'on veuille y trouver, représente bien la foi de l'Église naissante en son étendue et sa durée: dès son premier jour, elle a compté sur tous les siècles futurs, comme dès son premier pas elle a prévu la conquête du monde entier; elle savait que Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui, éternellement.
La question que je vous appelle à examiner aujourd'hui, M. F., est donc immense; car le christianisme, vous le voyez, se prétend perpétuel; et si les faits démentent cette prévention, si les siècles ne lui obéissent pas tous, s'il se meurt dans le nôtre, s'il s'est trahi lui-même, il n'est qu'une invention humaine qu'on peut refaire à plaisir, il n'est qu'une religion d'imposture, égale à tant d'autres religions qui ont dit dans leur temps: tous les siècles m'obéiront, et à qui les siècles ont désobéi. Cherchons donc comment le christianisme pourrait mourir... M. F., il n'a pas en lui un principe de mort; il doit durer a jamais, car son essence est telle; il a mis le fond à si grande distance de la forme, il a rendu la vérité tellement indépendante de son expression et de son appareil, il a séparé si
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profondément l'extérieur et l'entourage de tout ce qui intéresse la conscience, la raison et l'amour, qu'à vrai dire le christianisme, si j'ose ainsi parler devant vous, n'a pas de côté faible; et il est perpétuel, parce qu'il est invulnérable. Voyez toutes les religions que l'homme a faite dans sa sagesse; les questions de discipline et de sacerdoce, de culte et d'observances, de secret et de publicité, dominent, et sont en première ligne. Qu'arrive-t-il ? Au point de départ et au premier jour, tout est bien; les choses, arrangées en vue d'un certain point sur la face de la terre et d'une certaine époque dans le cours des âges, leur conviennent; les générations contemporaines, et les races voisines s'en contentent et ne demandent rien de plus. Mais la religion nouvelle sort de son étroit berceau, et grandit; elle s'étend au loin, et qu'arrive-t-il alors? Ce qui était un avantage à sa naissance , devient un obstacle insurmontable plus tard et ailleurs; elle traîne avec elle le principe de mort qui la détruira; à des générations d'un autre temps, à des races d'un autre sol, elle parle un langage qu'ils ne peuvent comprendre; elle se montre sous des symboles qu'ils ne peuvent chérir; et la religion, qu'on disait éternelle, s'est dissipée comme les vapeurs d'un climat au souffle des vents d'un autre; oeuvre d'un seul lieu, elle s'est perdue en s 'éloignant; oeuvre d'un seul jour, elle a duré son jour, et tombe, en donnant le démenti à l'apothéose de ses fondateurs. Voilà l'histoire de toutes les religions que l'homme
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a laites, et l'on peut d'avance écrire sur ce plan l'histoire de celles qu'il voudra faire. Quand pour échapper à ce danger, de voir les symboles et les rites s'user avant les dogmes et en dégoûter les esprits, il veut sacrifier entièrement les formes aux croyances et l'habitude du culte aux principes de la foi, il se jette dans un extrême pour en fuir un autre; il ne crée plus qu'une religion sans culte, c'est-à-dire une religion impossible , où la piété manque d'un aliment nécessaire; il expose ses adhérens à se perdre dans les nuages d'un mysticisme sans limites, qui peut conduire à tout, à la folie comme au péché, et alors même il n'assure à sa foi trompeuse qu'un régne bien court; car il est de l'essence du mysticisme de ne pas durer long-temps; tous les nuages sont faits pour s'évanouir. La religion divine de l'Évangile, seule entre toutes, occupe à un juste degré toutes les puissances de notre Ame, donne à tous les élémens de l'instinct religieux leur juste importance, laisse en dehors du sanctuaire ce qui n'est pas essentiellement saint, et se présente au monde avec une harmonie parfaite des accessoires et de l'ensemble; discipline et sacerdoce, culte et symboles, commandemens et exemples, vérité, révélation , foi, espérance, et pour couronnement du majestueux édifice, la charité, la plus excellente des vertus, vertu terrestre et divine à la fois, amour du prochain et amour de Dieu, tout dans le christianisme est dans un ordre si parlait et si mesuré qu'il peut s'en aller à la rencontre
de tous les siècles; ils n'auront rien qui le puisse menacer.
Et pourquoi me suis-je arrêté à vous parler du faible conseil des hommes, quand je puis citer à l'appui des assertions de ce discours, les conseils mêmes de Dieu? Regardez le mosaïsme, et comparez-le sous ce rapport à l'Evangile. Le mosaïsme est un accident dans l'histoire religieuse de l'humanité; la Loi a été un conducteur pour amener à Christ; et si l'humanité avait pu se souvenir fidèlement des deux grandes vérités de l'unité de Dieu et de la promesse d'un Sauveur, et ne point les perdre de vue dans les ténèbres de l'idolâtrie, il n'y aurait point eu de peuple dépositaire et gardien de ces deux grandes doctrines; il n'y aurait point eu d'Israël, ni de vocation d'Abraham, ni de mission de Moïse, Dieu aurait laissé toutes les nations marcher dans leurs voies, qui eussent été droites et sûres; et lors de la venue du Rédempteur, l'humanité se serait prosternée en disant d'une voix: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Mais le paganisme a rendu le mosaïsme nécessaire, et la première alliance a sauvé de l'oubli le nom de Jéhova, pour que le monde écoutât retentir le nom de Christ, ce nom, le seul par lequel les hommes sont sauvés. Par son essence même et par son but, le mosaïsme n'a donc été fait que pour un peuple, pour un temps, pour un lieu; et tout dans son culte, tout dans ses institutions, où la vie civile et religieuse sont confondues, tout trahit une religion