‹ Sermons (volume 3)Chapitre 57 sur 61 · SERMON SUR X SAMUEL XXIV · texte numérisé non relu

SERMON SUR X SAMUEL XXIV

L'Éternel envoya la mortalité en Israël depuis le matin jusqu'au temps marqué, et il mourut du peuple depuis Dan jusqu'à Beersébah soixante et dix mille hommes; et quand l'ange eut étendu sa main sur Jérusalem pour la détruire, l'Éternel se repentit de ce mal et dit à l'ange : c'est assez! retire ta main.

jftes Frères,

Entre l'histoire sainte, telle que l'ont écrite Moïse et les prophètes, et l'histoire profane telle que nous l'ont transmise les traditions des peuples et les ouvrages des hommes de génie qui n'ont pas voulu laisser passer les siècles sans les arrêter un moment et les juger au passage, il existe une seule grande différence. T/une et l'autre nous montrent

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l'homme toujours exposé du berceau à la tombe à tous ces accidens de prospérité et de malheur qui sont notre véritable éducation pour le ciel; l'une et l'autre sont également remplies du récit de ces calamités nationales, qui sont la leçon des peuples comme les malheurs privés sont celle des individus; fléaux de tout genre et dont le nom seul épouvante : famine, sécheresse, inondations, maladies contagieuses, explosions volcaniques, orages dévastateurs. Sous tous ces tristes rapports, aucune exception n'a été faite en faveur d'Israël; le peuple de Dieu a été mis au même rang que le commun des peuples; il a eu sa part de calamité; Jérusalem a porté autant de deuils que Babylone et Ninive, que Rome et Athènes; les tombes qui sillonnent le sol de Judée ont reçu autant de larmes que toutes nos sépultures, et certes, quand il s'agit de malheurs, l'incrédulité a mauvaise grâce d'en croire moins Moïse et les prophètes que les historiens célèbres de la Grèce et de l'Italie. Je concevrais cette défiance si les annales d'Israël présentaient une suite non interrompue de prospérités, si les ruisseaux de lait et de miel promis de la conquête avaient coulé toujours, si les vignes de Judée avaient toujours donné des grappes comme celle des espions de Moïse, si la mort avait eu en Judée un autre aiguillon qu'ailleurs. Mais non: l'histoire d'Israël est aussi tachée de larmes et de sang que toute autre, et voici le grand trait qui la distingue des annales profanes: l'historien profane ne voit que le

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fléau et n'en voit pas la cause; il le raconte comme un phénomène naturel et non comme une dispensation divine; il sait ce qui s'est passé dans ce monde, il ne sait point ce qui s'est passé dans les conseils de Dieu; il est historien, il n'est point prophète; il faits des récits, il ne rend point d'oracles, et il vous dit que la foudre est tombée sans vous dire pourquoi Dieu l'a lancée. Et comment vous le dirait-il? Nul ne connaît les intentions de Dieu, que Dieu lui-même et ceux à qui il lui plaît de les révéler. L'historien sacré, au contraire, écrivant sous l'empire d'une inspiration, voit le règne de la Providence à côté de celui de la nature, et nous parle des deux. Un grand bienfait ou un grand malheur se présente à lui sous un double aspect; il voit dans l'événement la cause naturelle qui l'a produit, c'est un nuage qui s'abaisse, un vent qui s'élève, un fleuve qui déborde, un orage qui gronde, un volcan qui éclate; mais il voit aussi dans l'événement la raison providentielle, l'utilité morale qui l'explique et le justifie; il voit partout ce Dieu qui dispose des forces de la nature, qui fait des vents ses anges et des fla/nmes de feu ses ministres, qui a dit à la mer jusqu'où elle devait venir, et qui pèse également dans sa main les planètes du firmament et le grain de sable de nos rivages et les grains de poussière de nos champs. Ainsi, il faut un grand exemple aux peuples de Canaan, il faut un avertissement qui leur épargnera peut-être, s'ils le suivent, la terrible conquête de Josué; So-

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dome et Gommorre seront détruits; les villes de la plaine qui ont porté le plus loin les trois traits caractéristiques des moeurs de cette contrée, l'idolâtrie, la cruauté et l'impureté, périront: le jour vient, elles disparaissent dans les feux, et Moïse a eu soin de nous dire que le sol effondré et entr'ouvert de toutes parts était couvert de naphte et de bitume. Cette catastrophe n'est donc que la dernière explosion d'un volcan qui s'éteint et laisse un lac à sa place; voilà de l'histoire ordinaire, mais écoutez l'admirable entretien d'Abraham et des anges, écoutez la touchante prière du patriarche, et vous comprendrez avec lui la sagesse et la justice de Dieu, vous saurez pourquoi le volcan a éclaté en ce siècle plutôt qu'en un autre. M. F., l'histoire des hommes n'est qu'une mauvaise suite de hasards, ou voilà de l'histoire sacrée. Ainsi encore, il faut à la vérité religieuse un peuple qui la représente et la conserve en ce monde; si ce peuple reste soumis à l'Egypte, il se fondra avec les Egyptiens, et la vérité de l'unité de Dieu disparaîtra avec lui, il faut assurer à ce peuple sont indépendance et sa nationalité; car sans indépendance une nation n'est pas vraiment une nation: elle n'est qu'un assemblage d'hommes. Moïse délivre Israël et l'entraîne à sa suite vers la terre promise; l'Egypte se lève et court ressaisir et ramener ses esclaves; Israël va périr, atteint par ses tyrans sur les bords de ces eaux peu profondes qui s'engagent dans les sables au nord-ouest de la mer Rouge et y forment un

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golfe étroit. Moïse étend sa verge sur les eaux; elles se séparent, et le peuple passe. Voilà le prophète; mais il a soin de nous dire que l'Éternel fit reculer la mer par un vent véhément qui souffla toute la nuit: M. F., voilà l'historien. Partout donc dans la Bible il y a la nature, et le Dieu de la nature qui seul la régit, qui la fait servir à l'éducation religieuse du genre humain, et le serment solennel que le Créateur a prêté le lendemain du déluge: Tant que la terre sera, les semailles et les moissons, le froid et le chaud, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne manqueront point, ce serment tient toujours; mais Dieu règne sur cette suite de phénomènes, et la Bible souvent nous montre comment sa Providence y intervient.

Ces premières considérations conduisent à une pensée qui m'a vivement saisi. M. F., que serait-ce si toute l'histoire, la nôtre y compris, était écrite comme celle d'Israël? Que serait-ce s'il n'y avait point d'histoire profane et si tout était histoire sainte? Que serait-ce s'il nous était donné de connaître tous les secrets de la Providence, et délire dans les évènemens la volonté de Dieu? C'est là trop demander. Cette science nous est réservée pour une existence future; à la mort sans doute le voile tombe, et la Providence se montre à découvert. Mais en attendant que nous cessions de connaître en partie, il est utile de chercher dans l'histoire sainte notre propre histoire, et de retrouver notre destinée dans celle d'Israël; quoique le laps des siècles amène

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