SUR LE VÉRIT. ESPRIT DU CHRIST
les a autrefois divisées, la charité chrétienne les unira toutes , et qu'il n'y en aura point de si rude , ni de si irrégulière , en laquelle on ne prêche le Sauveur Jésus et les mystères de son Évangile. Que reste-t-ildonc maintenant, sinon que , participant de tout notre cœur à la joie commune de tout le monde, nous tâchions de nous revêtir de Tesprit de cette Église naissante, c'est-à-dire du Saint-Esprit même, après que nous aurons imploré sa grâce par Tintercession de Marie , qui le reçoit aujourd'hui avec tous les autres , mais qui était accoutumée dès longtemps à sa bienheureuse présence , puis (u'il était survenu en elle , lorsque l'Ange la salua par ces mots : Àve, Maria?
Puisque cette sainte journée fait recevoir à tous les fidèles la solennité bienheureuse en laquelle l'Esprit de Dieu se répandit avec abondance sur les disciples de Jésus-Christ et sur son Église naissante, je me persuade aisément, âmes saintes et religieuses, que, rappelant en votre mémoire une grâce si signalée , vous aurez aussi préparé vos cœurs pour la recevoir en vous-mêmes, et pour être les temples vivants de ce Dieu qui descend sur nous. Que si je ne me trompe pas dans cette pensée , s'il est vrai , comme je l'espère , que le Saint-Esprit vous anime , et que vous brûliez de ses flammes; que puis-je faire de plus convenable pour édiOer votre piété , que de vous exhorter, autant que je puis , à conserver cette ardeur divine , en vous disant avec l'Apôtre : Spiritum noUte exiinguere » : « Gardez-vous d'éteindre l'esprit ? » Car mes sœurs , ce divin esprit, qui est tombé sur les saints apôtres sous la forme visible du feu , se répand encore invisiblement dans tout le corps de l'Église : il ne descend pas sur la terre pour passer légèrement sur les cœurs ; il vient établir sa demeure dans la sainte société des fidèles : Jpudvos manebit*. C'est pourquoi nous apprenons par les Écritures ^ qu'il y a un esprit nouveau , un esprit du christianisme et de l'Évangile , dont nous devons tous être
» I. Thess. V, 19. - 2 joan, ^iv, 17. — ^ Ezech. xi, 19; xxxyi, 26.
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revêtus; et c'est cet esprit du christianisme que saint Paul nous défend d'éteindre. Il faut donc entendre aujourd'hui quel est cet esprit de la loi nouvelle qui doit animer tous les chrétiens : et pour le comprendre solidement, écoutez, non point mes paroles , mais les saints enseignements de T Apôtre que je choisis pour mon conducteur. Grand Paul , expliqueznous ce mystère.
Nous voyons par expérience que chaque assemblée, chaque compagnie a son esprit particulier; et quand nos charges ou nos dignités nous donnent place dans quelque corps , aussitôt on nous avertit de prendre l'esprit de la compagnie dans laquelle nous sommes entrés. Quel est donc l'esprit de l'Église , dont notre baptême nous a faits les membres ? et quel est cet esprit nouveau qui se répand aujourd'hui sur les saints apôtres, et qui doit se communiquer à tous les disci{/les de l'Évangile.^ Chrétiens, voici la réponse de Tincomparable docteur des Gentils : Non dédit nobis Deus spirUum timoris , sed virtutis et dilectionh ' : « Sachez , dit-il , mon cher « Timothée (car c'est à lui qu'il écrit ces mots), que Dieu « ne nous donne pas un esprit de crainte , mais un esprit de « force et d'amour : » par conséquent saint Paul nous enseigne que cet esprit de force et de charité , c'est le véritable esprit du christianisme.
Mais il faut entrer plus avant dans le sentiment de l'Apôtre ; et pour cela remarquez , messieurs , que la profession du christianisme a deux grandes obligations que Jésus-Christ nous a imposées. Il oblige premièrement ses disciples à l'exercice d'une rude guerre; il les oblige secondement à une sainte et divine paix. Il les prépare à la guerre , quand il les avertit en plusieurs endroits que tout le monde leur résistera ; c'est pourquoi il veut qu'ils soient violents : et il les oblige à la paix , lorsque , malgré ces contradictions , il leur ordonne d'être paciGques. Il les prépare à la guerre , quand il les envoie « au milieu des loups , » in medio luporum > ; et il les
» II. Tim. I, 7. - » Matth. x, I6.