SUR LE YEBIT. ESPRIT DU CHRISTIAN
oblige à la paix , quand il veut qu'ils soient <c des brebis , >» sicut oves * ; il les prépare à la guerre, quand il dit dans son Évangile qu'il jette un glaive au milieu du monde , pour être le signal du combat : Nonvenipacem mittere, sedgladium* ; et il les oblige à la paix , quand il promet d'allumer un feu pour être le principe de la charité : Ignem veni mittere in terram 3. Il y a donc une sainte guerre pour combattre contre le monde , et il y a une paix du christianisme pour nous unir en notre Seigneur. Pour soutenir de si longs combats , nous avons besoin d'un esprit de force ; et pour maintenir cette paix , Tesprit de charité nous est nécessaire : c'est pourquoi saint Paul 4 nous enseigne que « Dieu ne nous donne « pas un esprit de crainte, mais un esprit de force et de cha- « rite ; v et tel est l'esprit du christianisme dont les apôtres ont été remplis.
En effet, considérons attentivellient l'histoire de l'Église naissante : qu'y voyons-nous d'extraordinaire , et en quoi y remarquons-nous cet esprit du christianisme ? En ces deux effets admirables , je veux dire en la fermeté invincible , et en la sainte union de tous les fidèles ; et vous le verrez clairement, si vous voulez seulement entendre ce que saint Luc a dit dans les Actes : « Ils furent remplis de l'esprit de Dieu : » Bepkti sunt omnes Spiritu ^ancto * ; et de là qu'est-il arrivé ? Deux choses que saint Luc a bien remarquées : Loquebantur cum fiducia ^ : premièrement , « ils parlèrent avec fer- « meté ; » ne voyez-vous pas cet esprit de force ? Et il ajoute aussitôt après : « Et ils n'étaient tous qu'un cœur et qu'une « âme : » Cor unum et anima una i\ et c'est l'esprit de la charité. Voilà donc , et n'en doutez pas , quel est l'esprit du chrislianisme; voilà quel était l'esprit de nos pères : esprit courageux , esprit pacifique , esprit de fermeté et de résistance , esprit de charité et de douceur , esprit qui se met au-dessus de tout par sa force et par sa vigueur, a Esprit qui se met au- « dessous de tous par la condescendance de sa charité : » Per
• Malt. X, îC- ' Ibid., 34. — 3 Luc, xii, 4i>. - < II. Tim, i, » Acl. IV, 31. — « Ibid. — ' Ibid. 32.
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caritatem servite invicem*. Tel est Tesprît de la loi nouvelle : R Chrétiens , ne l'éteignez pas : » SpirUum noHte extinguère *. Imitez TÉglise naissante , et Ta ferreur de oes premiers temps, dont je vous dois aujourd'hui proposer l'exemple. Conservez cet esprit de force, par lequel vous pourrez combattre le monde : conservez cet esprit d'amour , pour vivre en l'unité de vos frères dans la paix du diristianisme : deux points que je traite en peu de paroles , avec le secours de la grâce.
PREMIER POINT
Disons donc, avant toutes choses, que les chrétiens doivent être forts , et que l'esprit du diristianisme est un esprit de courage et de fermeté : car si nous voyons dans l'histoire que des peuples se vantaient d'être belliqueux , parce que dès leur première jeunesse on les préparait à la guerre , on les durcissait aux travaux , on les accoutumait aux périls ; combien devons-nous être forts, nous qui sommes dès notre enfance enrôRs par le saint baptême à une milice spirituelle , dont la vie n'est que tentation, dont tout Texercice est la guerre , et qui sommes exposés au milieu du monde comme dans un champ de bataille , pour combattre mille ennemis découverts , et mille ennemis invisibles ? Parmi tant de difficultés et tant de périls qui nous environnent , ne devonsnous pas être nourris dans un esprit de force et de fermeté , afin d'être toujours immobiles, malgré les plaisirs qui nous tentent , malgré les afflictions qui nous frappent , malgré les tempêtes qui nous menacent? Aussi voyons-nous dans les Écritures que Dieu , prévoyant les combats où il engageait ses fidèles , « leur ordonne de se renfermer et de de- « meurer en repos , jusqu'à ce qu'il les ait revêtus de force : » Sedete in civitate, quoadusque induamini virtute ex alto^ ; leur montrant par cette parole , que, pour soutenir les efforts qui attaquent les enfants de Dieu en ce monde , il faut une fermeté extraordinaire.
' C,l\. V, 13. - ' I Thess. x, ra. - ^ Luc. xxiv, 49.
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C'est ce qui m'oblige , messieurs , à vous proposer aujourd'hui trois maximes fondamentales de la générosité chrétienne , lesquelles vous verrez pratiquées dans l'histoire du christianisme naissant , et dans la conduite de ces grands hommes que le Saint-Esprit remplit en ce jour : voici quelles sont ces maximes , que je vous prie d'imprimer dans votre mémoire. Mépriser les présents du monde , ses richesses , ses biens, ses plaisirs; voilà la première maxime. Mais parce qu'en refusant les présents du monde on encourt infailliblement ses disgrâces , non-seulement mépriser ses biens , mais encore mépriser sa haine , et ne pas craindre de lui déplaire ; voilà la seconde maxime. Et comme sa haine étant méprisée se tourne en une fureur implacable , non-seulement mépriser sa haine , mais sa rage , mais ses menaces , et enfin se mettre au-dessus des maux que la fureur la plus emportée peut faire souffrir à notre innocence, c'est là le dernier effort de la fermeté; voilà la troisième maxime : c'est ce qu'il nous faut expliquer par ordre.
La première maxime de force que nous donne l'esprit du christianisme , c'est de mépriser les présents du monde ; et la raison en est évidente : car c'est un principe très-indubitable que notre estime ou notre mépris suivent les idées dont nous sommes pleins et les espérances que l'on nous donne. Voyons donc de quelles idées nous remplit l'esprit du christianisme, et quels désirs il excite en nous. II faut que vous l'appreniez de saint Paul, par ces excellentes paroles qu'il adresse aux Corinthiens : Non spiritum hujtis mundi accq)imus ' : « Nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde; » et par conséquent concluez que le chrétien véritable n'est pas plein des idées du monde. Quel esprit avons-nous reçu? Sed spiritum qui ex Deo est > : « Un esprit qui est de Dieu , » dit saint Paul; et il ajoute en cette raison : « Afin que nous « sachions , poursuit-il , toutes les choses que Dieu nous « donne : » Ut sciamus guœ a Deo donata sunt nobis ^.
" I. Cor. Il , 12. — » Ibid. —3 ibid.
<j«eilc5 iont xs âïo^svs ^m Débi naos doHBe, sinon Tadop- 3iB ifs -rnsnis. Tesaiite iv« les mç»^ rhcriui^ de JéaB-iI!mst . 'a <.t9iiiniiiiiiintiflB.tfe sa sloire , la socîM de soo tajar: v^Aià- nulles Aiir l£5 idées i{iK le Ski*£s{^ dK :■» inws. U ▼ zraye Pidee tfvn bien étend, d^on tréar ^ 31^ se perd. i*iiiittTie<{iiLiieinitpas, dTnne paix immnaiiie 4t imrpcttieile. là.;» sois plein de ces srandcs dioses, «t Si /À r^spiTt «xarapc (fesperanees ai reterëes, pois^ «ciininr les aresents iu momie? Car^ 6 monde, qo*oppussss-tti î .^es bîes» mania et inestimables? Des plaisirs? ■aïs «?ant>ds avrs? Des bonnean? «ront-ils solides? La frr«vr ^ list-eile iurabie ? La twtnne ? esl-cile assurée? Quel- ^■e znnd dtibiîssenBSBt? eï-tn eapdbie de m'en earantii me^unùssanee oaisafale . «et me lendras-tn ïniBortei pour posséder aes bieos sans àaifBÎetiiaie ? Qni ne sait qp*il eslimposmbkt} La tIffliR ie «îe mumie passe : tant ce qne les hoounes etfnneiit n'etf vpK Ibfie et iUnsian: et Fcsprît de griee qoe /ai Rcm . me pfmpILssant des grandes idées des biens éfer-
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rompre oupas cnindie de W déplaire; et idnslîanisBe. Carc*est les hnmmrt ne prodninmtrien qnimtitoede rÉvm^le et de Tcsprit de la loi BonfeUe, tant qn*on n^ann pas le courage dcicnoucer à la <mipbrômce,etdeaeiéHmdieà déplaire anx hommes. En clfiet, considérez, dnéliens, leskii ^ramdqnesct perni- CMOKi que le monde nous a imposées contre les obli^tions de notre baptême. TTest-oe pas le monde qui dit que de pardonner, c'est £ûblesse, et que c'est manquer de courage que de modérer soo ambition? N'est-ce pas le monde qui veut
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que la jeunesse coure aux voluptés , et que l'âge le plus avancé n*ait de soin que pour s'établir, et que tout cède à rintérét? N'est-ce pas une loi du monde, qu'il faut nécessairement s'avancer, s'il se peut, par les bonnes voies; sinon s'avancer par quelque façon, s'il le faut par la flatterie, s'il est besoin, même par le crime? N'est-ce pas ce que dit le monde? ne sont-ce pas ses lois et ses ordonnances? Et pourquoi sont-elles suivies? d'où leur vient cette autorité qu'elles se sont acquise par toute la terre ? est-ce de la raison ou de la justice? Mais Jésus-Christ les a condamnées , et il a donné tout son sang pour nous délivrer de leur servitude : d'où vient donc que ces lois maudites régnent encore par toute la terre contre la doctrine de l'Évangile ? Je ne craindrai pas d'assurer que c'est la crainte de déplaire aux hommes qui leur donne cette autorité.
Mais peut-être que vous jugerez que ce n'est pas à la complaisance qu'il faut imputer tout ce crime , et qu'il en faut aussi accuser nos autres inclinations corrompues. Non, mes sœurs, je n'accuse qu'elle, et je m'appuie sur cette raison; car je confesse facilement que nos mauvaises inclinations nous jettent dans de mauvaises pratiques; mais je nie que ce soient nos inclinations qui leur donnent la force de lois auxquelles on n'ose pas contredire. Ce qui les érige en force de lois , et ce qui contraint à les suivre par une espèce de nécessité, c'est la tyrannie de la complaisance; parce qu'on a honte de demeurer seul , parce qu'on n'ose pas s'écarter du chemin que Ton voit battu, parce qu'on craint de déplaire aux hommes ; et on dit pour toute raison : C'est ainsi qu'on vit dans le monde ; il faut faire comme les autres ; tellement que ces lois damnables que le monde oppose au chris-, tianisme , il faut quelqu'un pour les proposer et quelqu'un pour les établir : nos inclinations les proposent et nos inclinations les conseillent ; mais c'est la crainte de déplaire aux hommes , qui leur donne l'autorité souveraine. C'est ce que prévoyait le divin Apôtre, lorsqu'il avertit ainsi les fidèles : « Vous avez été achetés d'un grand prix ; ne vous rendez pas
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