LE DEMON
De même qu'une vapeur pestilente se coule au milieu des^ airs, et, imperceptible à nos sens, insinue son venin dans nos cœurs; ainsi cet esprit malin , par une subtile et insensible contagion, corrompt la pureté de nos âmes. Nous ne nous apercevons pas qu'il agisse en nous, parce qu'il suit le courant de nos inclinations. Il nous pousse et il nous précipite du côté qu'il nous voit pencher ; il ne cesse d'enflammer nos premiers désirs, jusqu'à tant que par ses suggestions il les fasse croître en passions violentes. Si nous avons commencé à ai-
mer, de fous il noas rend farieox : si Ta varice noas inquiète, il nous représente un avenir toujours incertain ; il étonne notre âme timide par des objets de famine et de guerre. Sa malice est spirituelle et ingénieuse; il trompe les plus déliés. Sa haine désespérée et sa longue expérience le rendent de plus en plus inventif; il se change en toutes sortes de formes ; et cet esprit si beau, orné de tant de connaissances si ravissantes , parmi tant de merveilleuses conceptions , n'estime et ne chérit que celles qui lui servent à renverser l'homme : Operatio eorum ^st hominis eversio^,
{Prem. Serm. pour le prem, ditn, de Carême.)