‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 115 sur 139 · AMOUR DE LA PAUVRETÉ · texte numérisé non relu

AMOUR DE LA PAUVRETÉ

Il y a deux partis formés : le monde d'un côté , Jésus-Christ de l'autre. On va en foule du côté du monde, on s'y presse , on y court, on croit qu'on n'y sera jamais assez tôt. Jésus est pauvre et abandonné : il a la vérité, l'autre l'apparence : l'un a Dieu pour lui , l'autre a les hommes. Il est bien aisé à choisir. Mais ce monde a de magnifiques promesses : là les délices, les réjouissances, l'applaudissement, la faveur ; vous pourrez vous venger de vos ennemis , vous pourrez posséder ce que vous aimez ; votre amitié sera recherchée : vous aurez de l'autorité, du crédit; vous trouverez partout un visage gai et un accueil agréable : il n'est rien tel , il faut prendre parti de ce côté-là. D'autre part, Jésus-Christ se montre avec un visage sévère. Mon Sauveur, que ne promettez-vous de semblables biens ? que vous seriez un grand et aimable Sauveur, si vous vouliez sauver le monde de la pauvreté ! L'un lui dit : Vous seriez mon Sauveur, si vous vouliez me tirer de la pauvreté : Je ne vous le promets pas. Combien lui disent en secret ; Que je puisse contenter ma passion : Je ne le veirx pas : Que je puisse seulement venger cette in-

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jure : Je vous le défends : Le bien de cet homme m'accommoderait ; je n*y ai point de droit , mais j'ai du crédit : N'y touchez pas, ou vous êtes perdu. Qui pourrait souffrir un maître si rude? Retirons-nous ; on n'y peut pas vivre. Mou Sauveur, que vous êtes rude! Mais du moins que promettezvous ? de grands biens. Oui ; mais pour une autre vie ! Je le prévois , vous ne gagnerez pas votre cause : le monde emportera le dessus : c'en est fait , je le vois bien , Jésus va être condamné encore une fois. On nous donne un si^oe pour vous connaître , mais c'est un signe de contradiction. Il s'en trouvera, même dans l'Église , qui seront assez malheureux de le contredire ouvertement par des paroles et des sentiments infidèles : mais presque tous le contrediront par leurs œuvres. Et ne le condamnons-nous pas tous les jours? Quand nous prenons des routes opposées aux siennes , c'est lui dire secrètement qu'il a tort, et qu'il devait venir comme les Juifs l'attendent encore. S'il est votre Sauveur, de quel mal vouiez-vous qu'il vous sauve? Si votre plus grand mal c'est le péché, Jésus-Christ est votre Sauveur : mais s'il était ainsi, vous n'y tomberiez pas si facilement. Quel est donc votre plus grand mal? C'est la pauvreté , c'est la misère? Jésus- Christ n'est plus votre Sauveur; il n'est pas venu pour cela. Voilà comme Ton condamne le Sauveur Jésus.

Où irons-nous , mes frères , et où tournerons-nous nos désirs ? Jusqu'ici tout favorise le monde , le concours , la commodité, les douceurs présentes. Jésus-Christ va être condamné : on ne veut point d'un Sauveur si pauvre et si nu. Irons-nous? prendrons-nous parti? Attendons encore : peut- Itre que le temps changera les choses. Peut-être ! il n'y a point de peut-être ; c'est une certitude infaillible. 11 viendra , il viendra ce terrible jour, où toute la gloire du monde se dissipera en fumée ; et alors on verra paraître dans sa majesté ce Jésus autrefois né dans une crèche, ce Jésus autrefois le mépris des hommes, ce pauvre, ce misérable, cet imposteur, ce Samaritain, ce pendu. La fortune de ce Jésus est changée. Vous l'avez méprisé dans ses disgrâces ; vous n'aurez pas ào

part ù sa gloire. Que cet avéoement changera les elioses! Là ces iieureux du siècle n*oseront paraître, parce que se souvenaDt de la pauvreté passée du Sauveur, et voyant sa grandeur présente , la première sera la conviction de leur folie; et la seconde en sera la condamnation. Cependant ce même Sauveur, laissant ces heureux et ces fortunés , auxquels on applaudissait sur la terre, dans la foule des malheureux, il tournera sa divine face au petit nombre de ceux qui n'auront pas rougi de sa pauvreté , ni refusé de porter sa croix. Venez , dira-t-il , mes chers compagnons, entrez en la société de ma gloire, jouissez de mon banquet éternel.

Apprenons donc, mes frères, à aimer la pauvreté de Jésus : soyons tous pauvres avec Jésus-Christ. Qui est-ce qui n'est pas pauvre en ce monde ;run en santé, Tautre en biens; Fun en honneur, et l'autre en esprit? Tout le monde est pauvre ; aussi n'est-ce pas idque les biens abondent : c'est pourquoi le monde pauvre en effets ne débite que des espérances ; c'est pourquoi tout le monde désire, et tous ceux qui désirent sont pauvres çt dans le besoin. Aimez cette partie de la pauvreté qui vous est échue en partage , pour vous rendre semblables à Jésus-Christ ; et pour ces richesses que vous possédez, partagez-les avec Jésus-Christ. Compatissez aux pauvres, soulagez les pauvres ; et vous participerez aux bénédictions que Jésus a données à la pauvreté.

{Frem, Serm. sur le myst, de la Nativité de N. S.)

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