BIENFAITS DE DIEU DANS LA NATURE
Ouvrez donc les yeux, ô mortels! c'est Jésus-Christ qui vous y exhorte dans cet admirable discours qu'il a fait en saint Matthieu , chapitre sixième, et en saint Luc, chapitre
I Eccles. III, 17.
douzième, dont je vais vous donner une paraphrase. Contemplez le ciel et la terre, et la sage économie de cet univers. Est-il rien de mieux. entendu que cet édifice? est-il rien de mieux pourvu que cette famille ? est-il rien de mieux gouverné que cet empire? Cette puissance suprême qui a construit le monde , et qui n'y a rien fait qui ne soit très-bon , a fait néan^moins des créatures meilleures les unes que les autres. Elle a xait les corps célestes qui sont immortels, elle a fait les terrestres qui sont périssables ; elle a fait des animaux admirables par leur grandeur ; elle a fait les insectes et les oiseaux, qui semblent méprisables par leur petitesse; elle a fait ces grands arbres des forêts , qui subsistent des siècles entiers; elle a fait les fleurs des champs , qui se passent du matin au soir. Il y a de Tinégalité dans ses créatures, parce que cette même bonté qui a donné Têtre aux plus nobles, ne Ta pas voulu envier aux moindres. Mais, depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites , sa providence se répand partout. Elle nourrit les petits oiseaux , qui Tinvoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants ; et ces fleurs dont la beauté est sitôt flétrie , elle les habille si superbement durant ce petit moment de leur être, que Salomon dans toute sa gloire n'a rien de comparable à cet ornement. Vous , hommes , qu'il a faits à son image,, qu'ila éclairés de sa connaissance, qu'il a appelés à son royaume,^ pouvez-vous croire qu'il vous oublie , et que vous soyez les seules de ses créatures sur lesquelles les yeux toujours vigilants de sa providence paternelle ne soient pas ouverts? Nomve vos magis pluris estis illis ' ? « N'êtes<-vous pas beaucoup plus « qu'eux ? » Que s'il vous paraît quelque désordre ,. s'il vous semble que la récompense coure trop lentement à la vertu , et que la peine ne poursuive pas d'assez près le vice; songez à l'éternité de ce premier Être : ses desseins , formés et conçus dans le sein immense de cette immuable éternité, ne dépendent ni des années ni des siècles , qu'il voit passer devant lui comme des moments ; et il faut la durée entière du monde pour développer tout à fait les ordres d'une sagesse si pro- • Matth. Yi.
DE DIVERS SEBMONS. 46f
fonde; £t nous , mortels misérables , nous voudrions , en uos jours qui passent si vite , voir toutes les œuvres de Dieu accomplies! Parce que nous et nos conseils sommes limités dans un temps si court, nous voudrions que Tinfini se renfermât aussi dans les mêmes bornes , et qu*il déployât en si peu d'es* pace tout ce que sa miséricorde prépare aux bons, et tout ce que sa justice destine aux méchants.
{Frem. serm. pour le Jeudi de la 29 sent, de Carême.)