‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 31 sur 139 · POUB LÀ FÊTE DE TOUS LES SAINTS · texte numérisé non relu

POUB LÀ FÊTE DE TOUS LES SAINTS

« les nations de la terre y auront part; et, avec la même ten- « dresse qu'une mère caresse son enfant, ainsi je vous con- « solerai , dit le Seigneur : » Lxtamirti cum Jérusalem , et exultate in ea , omnes qui diligitis eam : gaudete cum ea gaudiOy... ut sugatis et repleamini ab vbere consolationis ejus : ut mulgeatis et deliciis qffluatis ab omnimoda ghria ejus. Quia hxc dicit Dominus : Ecce ego declinabo super eam quasi Jluvium pacis , et quasi torrentem inundatem ghriam gentium.,, Quom^odo si cui mater blandiatur, ita ego consolabor vos <. Quel cœur serait insensible à ces divines tendresses ? Aspirons à ces joies célestes , qui seront d'autant plus touchantes qu'elles seront accompagnées d'un parfait repos, parce que nous ne les pourrons jamais perdre. Quittons, mes frères, tous nos vains plaisirs; c'est la maladie qui les désire. « Hélas! que cet artisan de tromperies «nous joue d'une manière bien puérile, pour nous empé* « cher, malgré toute notre avidité pour la joie, de dis- « cerner d'oii nous vient la véritable joie !» Heu! quam pueriliter iios ille decipiendi artifexfallitf.., ut non discer^ namus, gaudendi aoidi, unde vertus gaudeamus > ! Que de désirs différents sentent les malades ! La santé revient, et tous ces appétits déréglés s'évanouissent. Ne mettons point notre bonheur à contenter ces appétits irréguliers que la maladie a fait naître. Qu'a le monde de comparable ( à ces ineffables douceurs) ? Mais s'il se vante de donner des joies , il n'ose pas même promettre de vous y donner du repos : c'est l'héritage des saints, c'est le partage des bienheureux ; et c'est par où je m'en vais conclure.

TROISIÈME POINT

Le repos étemel des bienheureux nous a été Oguré dès l'origine du monde , lorsque Dieu ayant tiré du néant ses créatures , et les ayant arrangées dans une si belle ordonnance durant six jours , établit et sanctilia le jour du repos , dans

' l8. Lxvi. 18 el seq. — ' Julian. Promer. de Vil. Conlempl. lil). n, cap. XIII. inler Oper. S. Prosp.

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lequel, comme dit la sainte Écriture, « il se reposa de tout « son ouvrage '. » Vous savez assez , chrétiens , que Dieu , qui fût tout sans peine par sa volonté , n'a pas besoin de se délasser de son travail ; et vous n'ignorez pas non plus qu'en consacrant oe jour de repos , il n'a pas laissé depuis d'agir sans cesse. « Mou Père, dit le Fils de Dieu, agit sans relâche*. » Et s'il cessait un moment de soutenir l'univers par la force de sa puissance, le soleil s'égarerait de sa route, la mer forcerait toutes ses bornes , la terre branlerait sur son axe ; en un mot , toute la nature serait en un moment replongée , je se dis pas dans l'ancien chaos, mais dans une perte totale et dans le non-étre. Quand donc il a plu à Dieu de saoïctiâer le septième jour, et d'y établir son repos , il a voulu nous faire eomprendre qu'après la continuelle action par laquelle il dé* veloppe tout l'ordre des siècles , il a désigné un dernier jour, qui est le jour immuable de Tétemité, dans lequel il se reposera avec ses élus: disons mieux, que ses élus se reposeront éternellement en lui-même. Tel est le sabbat mystérieux, tel est le « jour de repos qui est réservé au peuple de Dieu , » selon la doctrine de l'Apôtre : Itaque rellnquitnr sabbatismus populo Dei, dit la savante Épître aux Hébreux '.

Le fondement de ce repos des prédestinés , c'est que l'éternité leur est assurée. Car,^ mes frères , l'Étemel médite des choses éternelles ; et tout l'ordre de ses conseils , par diverses révolutions et par divers changements, se doit enfin terminer à un état immuable. C'est pourquoi, après ces jours de fatigue, après ces jours de l'ancien Adam, jours pénibles, jours laborieux , jours de gémissement et de pénitence, où nous devons subsister et gagner le pain de vie par nos sueurs, nous serons conduits à la « cité sainte que Dieu, dit le même apô- « tre , nous a préparée ^, » et où le Saint-Esprit nous assure que « nous nous reposerons à jamais de toutes nos peines s.»

C'est en vue de l'éternité de cette cité triomphante que saint Paul l'appelle une « cité ferme et qui a un fondement : Funda-

' Gcn. n. 2. - » Joaii. n. 2. — 3 HebP. i\. 9. — ♦ Tbid. \i. 16. — fr Ap. \iv. i.j.

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menta habentem civitatem «. Nul fondement sur la terre. Nous pensons nous reposer; et cependant le temps nous enlève, et nous sommes la proie de notre propre durée. Fixez un peu vos yeux, et vous verrez tout en mouvement autour de vous. Est-ce donc que tout tourne , ou bien si nous-mêmes nous tournons ? Tout tourne , et nous tournons tout ensemble , parce qne la figure de ce monde passe. Et si nous ne sentons pas toujours cette violente agitation, c'est que nous sommes emportés avec tout le reste par une même rapidité. Où est donc la solidité et Fa consistance ? En vous , ô sainte Sion , dté éternelle , « dont Dieu est rarchitecte et le fondateur: » Cujus artifexet conditor Deus ». En vous est la consistance , parce que sa mafn souveraine est votre soutien immuable, et sa puissance invincible , votre inébranlable fondement.

« Efiforçons-nous donc, dit le saint apôtre, d'entrer dans ce « repos étemel*;» Qui die nous ne désire pas le repos? Et eelui qui agit dans sa maison , et celui qui travaille à la campagne, et celui qui navigue sur les mers , et celui qui négocie sur la terre , et celui qui sert dans les armées , et celui qui s^întrigue et s'empresse dans Tes cours , tous aspirent de loin à quelque repos : mais nous le voulons honnête ; mais surtout BOUS le voulons assuré.

S^il est ainsi , chrétiens , ne le cherchez pas sur la terre. « Levez-vous , marchez sans relâche , dit le prophète Michée , « parce qu'il n'y a point ici de repos pour vous : » Surgite et ite, Quia non habetis hic requiem*. Entrez un peu avec moi en raisonnement sur cette matière importante : ou plutôt entrez-y avec vous-mêmes; et , pendant que je parlerai , consultez votre expérience. Je laisse les grandes paroles , j'abandonne les grands mouvements de l'art oratoire, pour peser avec vous les choses froidement et de sens rassis.

Dans cette inconstance des choses humaines, et parmi tant de violentes agitations qui nous troublent ou qui nous menacent, celui-là me semble heureux , qui peut avoir un refuge ; 9{ sans cela, chrétiens, nous sommes trop exposés aux atta-

Hdir. XI. la — ' Ibid. — 3 l\^^\^ ,v. n. — 4 Mich. ii. lo.

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