P<HIB LA FÊTE DE TOUS LES S4INTS
jmirs attentif aux misères el aux vanités de la vie humaioe, ne se persuade jamais qtt*ii puisse avoir trouvé sur la terre , en oe lieu de mort, aucun véritable sujet de se réjouir. Cest ponrquoi ii Ht en tremblant, comme disait T Ecclésiastique; e*eet-à-dire qu'il supprime lui-même sa joie indiscrète par une certaine hauteur d'une âme qui désavoue sa faiblesse , et qui, sentant qu'elle est née pour des biens célestes , a honte de se voir si fort transportée par des choses si méprisables.
Après avoir regardé d*où nous vient la joie,, il faut encore considérer où^ elle nous mène. Car, 6 plaisirs, où nous menez-vous ? à quel oubli de Dieu et de nous-mêmes ! à quels malheurs et à quels désordres ! Ne sont-ce pas les plaisirs dévalés qui ont conseillé tous les crimes ? car quel en est ie principe universd, sinon qu'on se plaît où il ne faut pas? Donc la raison nous oblige à nous défier des plaisirs : flatteurs pernicieux, conseillers infidèles, qni ruinent tous les jpurs en nous l'âme , le corps , la gloire , la fortune ,.la religion et la conscience..
Enfin il faut méditer combien la joie est durable r car Dieu, qui est la vérité même , ne permet pas à l'illusion de régner longtemps. Cest lui, dit le roi-prophète, qui se plaît, pour punir l'erreur volontaire de ceux qui ont pris plaisir à être trompés, « d'anéantir dans sa cité sainte toutes les félicités « imaginaires, comme un songe s'anéantit quand on se réveille , a et qui fait succéder des maux trop réels à la courte impos- « ture d'Une agréable rêverie : » f^elut somnium surgentium. Domine^ in cimtaie tua imaginem ipsorum ad nihilnm rédiges ».
Concluons donc , chrétÎBis, que si la félicité est une joie , c'est une joie fondée sur la vérité : gaudium de verOate , comme la définit saint Augustin ^ Telle est la joie des bienheureux, non une joie seulement, mais une joie solide et «éelle , dont la vérité est le fond , dont la sainteté est Teffet , dont l'éternité est la durée.
Telle est la joie des bienheureux, dont la pl^tude est infi-
• P8. Lxxii. ao. — " Confes». Hb. x, cap. xxiii, tom. i.col. isî.
f48 POUR LÀ FÊTE DE TOUS LES SAINTS.
uie , dont les transports sont inconcevables et les excès tout divins. Loin de notre idée les Joies sensuelles qui troublent la raison, et ne permettent pas à Fâme de se posséder; en sorte qu'on n'ose pas dire qu'elle jouisse d'aucun bien, puisque sortie d'elle-même elle semble n'être plus à soi pouren jouir ! Ici elle est vivement touchée dans son fond le plus intime , dans la partie la plus délicate et la plus sensible; toute hors d'elle, toute à elle-même , possédant celui quila possède; la raison toujours attentive et toujours contente.
Mais , mes frères , ce n'est pas à moi de publier ces merveilles , pendant que le Saint-Esprit nous représente si vivement la joie triomphante de la céleste Jérusalem , par la bouche du prophète Isaïe. « Je créerai, dit le Seigneur, un nouveau ciel « et une nouvelle terre; et toutes les angoisses seront oubliées « et ne reviendront jamais : » Oblivioni traditx sunt angmtiœ priores, et non ascendenl super cor '. Mais vous vous réjouirez , et votre âme nagera dans la joie , durant toute l'éternité, dans les choses que je crée pour votre bonheur : » Gatidebitis et eocuUabitis usque in scmpiternum in his qux ego creo. « Car je ferai que Jérusalem sera toute transportée « d'allégresse, et que son peuple sera dans le ravissement : » Çuia ecce ego creo Jérusalem exuUationem, et populum ejus gaudium. « Et moi-même je me réjouirai en Jérusalem , et « je triompherai de joie dans la félicité de mon peuple : » Et exultabo in Jérusalem, etgaudeSôin populo meo.
Voilà de quelle manière le Saint-Esprit nous représente les joies de ses enfants bienheureux. Puis se tournant à ceux qui sont sur la terre , à l'Église militante , il les invite en ces termes à prendre part aux transports de la sainte et triomphante Jérusalem : « Réjouissez-vous , dit-il , avec elle , ô vous qui « l'aimez ! réjouissez-vous avec elle d'une grandejoie ,et sucez « avec elle par une foi vive la mamelle de ses consolations « divines , afin que vous abondiez en délices spirituelles ; « parce que le Seigneur a dit : Je ferai couler sur elle un fleuve « de paix , et ce torrent se débordera avec abondance : toutes
' Is. Lxv. 16 et »eq.