POUB LA FETE DE TOUS LE9 SAINTS
yeux de tous côtés : le déluge a inondé toute la terre ; les maux en couvrent toute la surface; et vous ne trouverez pas même où mettre le pied. Il faut chercher donc le moyen de sortir de toute l'enceinte du monde.
11 est vrai qu'il y a une partie de nous-mêmes sur laquelle . la fortune n'avait aucun droit : notre esprit , notre raison , notre intelligence. Et c'est la faute que nous avons faite : ce qui était libre et indépendant, nous l'avons été engager dans les biens du monde; et par là nous l'avons soumis , comme tout le reste, aux prises de la fortune. Imprudents ! la nature même a enseigné aux animaux poursuivis , quand le corps est découvert , de cacher la tête : nous, dont la partie principale était naturellement à couvert de toutes les insultes , nous la produisons toute au dehors , et nous exposons aux coups ce qui était inaccessible et invulnérable. Que reste-t* il donc maintenant, sinon que, démêlant du milieu du monde cette partie immortelle , nous l'allions établir dans la cité sainte que Dieu nous a préparée ?
Peut-être que vous penserez que vous ne pouvez vous établir où vous n'êtes pas, et que je vous parle en vain de la terre et de la sûreté du port, pendant que vous voguez au milieu des ondes. Eh quoi! ne voyez- vous pas ce navire qui, éloigné de son port, battu par les vents et par les flots, vogue dans une mer inconnue.^ Si les tempêtes Tagitent, si les nuages couvrent le soleil , alors le sage pilote , craignant d'être emporté contre des écueils, commande qu'on jette l'ancre : et cette ancre Mt trouver à son vaisseau la consistance parmi les flots, la terre au milieu des ondes, et une espèce de port assuré dans l'immensité et dans le tumulte de l'Océan. Ainsi dit le saint apôtre : « Jetez au ciel votre espérance, laquelle « sert à votre âme comme d'une ancre ferme et assurée : » Quam sicut anchoram habemus animds tutam acfirmam^. Jetez cette ancre sacrée^ dont les cordages ne rompent jamais, dans la bienheureuse terre des vivants ; et croyez qu'ayant
> Hobr. Ti. 19.
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lK>uvé un fond si solide, elle semra de fendemmit assuré à votre vaisseau , jusqu'à ce qu'il arrive au port.
Biais, mesâeurs, pour espérer il £iut croire. Et c'est ce qu'on nous dit tous les jours. Donnes-moi la foi, et je quitte tout; persuadez-moi de la vie future, et j'abandonne tout ce ^oe j'aime pour une si belle espérance. Eh quoi!' homme, pouvez-vous penser que tout soit corps et matière en vous ? Qaoi ! tout meurt , tout est enterré? Le cercueil vous égale aux li^e8,«til n'y a rien en vous qui soit au-dessus? Je le vois bien , votre esprit est in£[itué de tant de belles i^mtenoes , écri- (et siéloquemmeut en prose et en vers, qu'un Montaigne (je le nomme) vous a débitées ; qui préfèrentles animaux à rhomine, leur instinct à notre raison , leur nature simple , innocente et sans fard (c'est ainsi qu'on parle) , à nos raffinements et à nos malices. Mais, dites-moi, subtil philosophe, qui vous riez si inement de l'homme qui s'imagine être quelque chose , comp^ terez-vous enooiie pour rien de connaître Dieu ? Connaîtreune première nature , adorer son éternité, admirer sa toutepuissance, louer sa sagesse, s'abandonner à sa providence, obéir à sa volonté . n'est-ce rien qui nous distingue des bétes? Tous les saints, dont nous honorons aujourd'hui la glorieuse mémoire, ont-ils vainement espéré en Dieu? et n'y a-t-^il que les épicuriens brutaux et les sensuels qui aient connu droitement les devoirs de l'homme ? Hutôt ne voyez-vous pas que si une partie de nous-mêmes tient à la nature sensible , celle qui eonnaSt et qui aime Dieu , qui conséquemment est semblable à lui , puisque lui-même se connaît et s'aime , dépend nécessairement des plus hauts principes ? Eh donc!* que les éléments nous redemandent tout ce qu'ils nous prêtent , pourvu que Dieu puisse aussi nous redemander cette âme qu*ila feite à sa Bessemblance. Périssent toutes les pensées que nous avons données aux choses mortelles; mais que ce qui était né capablede Dieu soit immortel comme lui ! Par conséquent , homme soisuel, qui ne renoncez à la vie future que parce que vous craignez les justes supplices, n'espérez plus au néant; non , non, n'y espérez plus : voulez-le , ne le vx)ulez pas , votre éter-