‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 39 sur 139 · SUB. LA DIVINITÉ DE LA KEUGI · texte numérisé non relu

SUB. LA DIVINITÉ DE LA KEUGI

aqua qux semelabttiU, qxi» ludibrlopeccatoribus noti est > ! C'est le bain de la pénitmce toujours ouvert aux pécheurs , toujours prêt à recevoir ceux qui retournait ; c'est ce bain de miséricorde qui est exposé au mépris par sa facilité bienfaisante , dont tes eaux servent contre leur nature à souiller les hommes : Çuos dihdt inguinat : parce que la facilité de se laver fiait qu'ils ne craignent point de salir leur conscience. Qui ne se plaindrait, chrétiens, de voir cette eau salutaire si étrangement violée, seulement à cause qu'elle est bienfaisante? Qu'inventerai-je , où me toumerai-je pour arrêter les profanations des hommes pervers, qui vont faire malheureusement leur écueil du port?

Les pécheurs nous savent bien dire qu'il ne faut que le repentir pour être capable d'approcher de cette fontaine de grâces. En vain nous disons à ceux qui se confient si aveuglément à ce repentir futur : Ne voulez-vous pas considérer que Djeu a bien promis le pardon au repentir, mais qu'il n'a pas promis de donner du temps pour ce sentiment nécessaire ? Cette raison convaincante ne fait plus d'effet, parce qu'elle est trop répétée. Considérez, mes frères, quel est votre aveuglement : vous rendez la bonté de Dieu complice de votre endurcissement. Cest ce péché contre le Saint-Esprit , contre la grâce de la rémission des péchés. Dieu n'a plus rien à faire pour vous retirer du crime. Vous poussez a bout sa miséricorde. Que peut-il faire que de vous appeler, que de vous attendre, que de vous tendre les bras, que de vous offrir le pardon ? C'est ce qui vous rend hardis dans vos entreprises criminelles. Que faut-il donc qu'il fasse ? Et sa bonté étant épuisée et comme surmontée par votre malice , lui reste-t-ii autre chose que de vous abandonner à sa vengeance ? Eh bien ! poussez à bout la bonté divine : montrez^vous fermes et intrépides à perdre votre âme : ou plutôt , insensés et insensibles , hasardez tout , risquez votre éternité; faites d'un repentir douteux le motif d'un crime certain : quelle fermeté, quel courage ! Mais ne voulezvous pas entendre combien est étrange, combien insensée,

< De Bapt. n. 15.

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combien monstrueuse cette pensée de péeher pour se repentir? ObstupescUe , cœli, super hoc ' : « O ciel , ô terre, étonnez- « vous d'un ai prodigieux égarement ! » Les aveugles enfants d'Adam ne craignent pas^de pécher, parce qu'ils espèrent un jour en être fâchés ! J'ai lu souvent , dans les Écritures , que Dieu envoie aux pécheurs Tesprit de vertige et d'étourdissement; mais je le vois clairement dans vos excès. Voulez- vous vous convertir quelque jour, ou périr misérablement dans Timpénitence? Choisissez, prenez parti. Le dernier est le parti des démons. S'il vous reste donc quelque sentiment du christianisme, quelque soin de votre salut , quelque pitié de vousmême , vous espérez vous convertir ; et si vous croyiez que cette porte vous fût fermée , vous n'iriez pas au crime avec l'abandon où je vous vois. Se convertir, c'est se repentir : vous voulez donc contenter cette passion, parce que vous espérez vous en repentir ? Qui a jamais ouï parler d'un tel prodige? Est*ce moi qui ne m'entends pas , ou bien est-ce votre passion qui vous enchante ? Me trompé-je dans ma pensée? ou bien étes-vous aveugle et troublé de sens dans la vôtre ? Quand estce qu'on s'est avisé de faire une chose , parce qu'on croit s'en repentir quelque jour ? Cest la raison de s'en abstenir sans doute : j'ai bien ouï dire souvent : Ne faites pas cette chose , car vous vous en repentirez.

Mais ô aveuglement inouï, ô stupidité insensée, de pécher pour se repentir! Le repentir qu'on prévoit n'est-il pas naturellement un frein au désir, et un arrêta la volonté.^ Mais qu'un homme dise en lui-même : Je me détermine à cette action , j'espère d'en avoir regret, et je m'en retirerais sans cette pensée ; qu'ainsi le regret prévu devienne , contre sa nature , et l'objet de notre espérance et le motif de notre choix , c'est un aveuglement inouï, c'est confondre les contraires, c'est changer l'essence des choses. Non, non, ce que vous pensez n'est ni un repentir ni une douleur : vous n'en entendez pas seulement le nom ; tant vous êtes éloignés d'en avoir la chose ! Cette douleur qu'on désire, ce repentir qu'on espère avoir quelque jour,

• lerem. ii. 12.

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