l8. XXY. 4. — * ni. Reg. XIX. II
206 SUR LA. PËiNlTENCE.
nous recevons trop mollement la grâce de la pénitence ; nous en énervons toute la vigueur par notre délicatesse. Il y a une pénitence lâche et paresseuse, qui n'entreprend rien avec effort : il ne faut pas attendre , mes frères, qu'elle fasse jamais de grands changements , ni qu'elle gagne rien sur les habitudes. Telle est la condition de notre nature , qu'il faut nécessairement que le bien nous coûte. Nous ne pouvons manger notre pain que dans la sueur de notre visage < : la pénitence , pour être efiQcace, doit nécessairement être violente. Et d'où lui vient cette violence.^ Chrétiens , en voici la cause : c'est la colère et l'indignation qui fait naître les mouvements violents : or , j'apprends de saint Augustin que « la « pénitence n'est autre chose qu'une sainte indignation contre «soi-même : » Quid est enimpœnitentia , nisi sua in seipsum iracundia*?
Écoutez parler ce saint pénitent : Jfflictus sum et humilia tus sum nimis; rugiebam a gemitu cordis mei^ : « Je me « suis affligé avec excès. » Ce n'était pas un gémissement comme celui d'une colombe, mais un rugissement semblable à celui d'un lion : c'était la plainte d'un homme irrité contre ses propres vices, qui ne peut souffrir sa langueur, sa lâcheté, sa faiblesse. Cette colère l'emporte jusqu'à une espèce de fureur'; Turbatus estafurore oculus meus^ : « La fureur a rempli * mon œil de trouble. » Car, ne pouvant souf&ir ses rechutes, il prend des résolutions extrêmes contre sa lenteur et sa lâcheté : il ne songe plus qu'à se séquestrer des compagnies qui le perdent ; il cherche l'ombre et la solitude. Dirai-je le mot du prophète? Il est comme ces oiseaux qui fuient la lumière et le jour, tt comme un hibou dans sa maison : » Factus sum sieut nycticorax in domicilio^. Dans cette solitude, dans cette retraite, il s'indigne contre soi-même, il frémit contre soimême, il fait de grands et puissants efforts pour prendre des habitudes contraires aux siennes, « afin, dit saint Augustin,
« Gencs. m. lo. — » Serm. xix, n. 2, tom. v, col. 102. — ^Ps. xxxvn. 8. — * Ps. VI. 7. — * Ps. Cl. 7.
SUR Là PÉNITENCE. 207
» que la coutume de pécher cède à la violence de la pénitence, » ut violentix pœnitendi cedat consuetudo peccandi «.
C'est ainsi que Ton surmonte , mes frères , et ses inclinations et ses habitudes. Et si vous me demandez pourquoi il faut tant de violence , il est bien aisé de répondre : C'est que la conversion du pécheur est une nouvelle naissance; et c*est la malédiction de notre nature , qu'on ne peut, enfanter qu'avec douleur : In dolore paries filios tuos ». C'est pourquoi la pénitence est laborieuse ; elle a ses gémissements , elle a son travail , parce que c'est un enfantement : Ibi dolores ictparturîentis, dit saint Augustin ^ , dolores pœnitentis. Il faut enfanter un nouvel homme, et il faut pour cela que l'ancien pâtisse. Mais parmi ces douleurs, parmi ces détresses, ayez toujours présente en l'esprit cette parole de l'Évangile : « La « femme en enfantant a de la tristesse ; mais après qu'elle a « enfanté, elle ne se souvient plus de ses maux, tant son cœur n est saisi de joie, parce qu'elle a mis un enfant au monde 4. » Parmi ces travaux de la pénitence , songez mes frères , que vous enfaotez ; et ce que vous enfantez , c'est vous-mêmes. Si c'est une consolation si sensible d'avoir fait voir la lumière et donné la vie à un autre , qu'elle efface en un moment tous les maux passés , quel ravissement doit-on ressentir de s'être éclairé soi-même, et de s'être engendré soi-même pour une vie immortelle! Enfantez donc, ô pécheurs, et ne craignez pas les douleurs d'un enfantement si salutaire: perpétuez, non votre race , mais votre être propre ; conservez , non pas votre nom , mais le fond même de votre substance.
Vierges de Jésus-Christ , voilà l'enfantement que Dieu vous ordonne; enfantez l'esprit de salut; renouvelez-vous en notre Seigneur parmi les angoisses de la pénitence ; continuez à faire voir aux pécheurs qu'on peut surmonter la nature dans ses inclinations les plus fortes : et afin de les convaincre par votre exemple , déclarez au vice une sainte guerre , et particulièrement à celui qui est le plus caché , le plus délicat , et
» In Joan. Tract, xlix, n. 19, tom. m, part, ii, col. 627. — ' Gen. m. 16. — ' In Ps. xLYii, n. 5, loin, iv, col. 418. — * Joao. xvi. 2i.
qui s'élève sur la ruine de tous les autres. Et pour nous , chrétiens, mettons une fois la main sur nos blessures invétérées. Quoi ! pauvre blessé, vous tremblez , vous ne pouvez toucher à la plaie , ni vous faire cette violence ? Eh ! ne vaut-il pas bien mieux, chrétiens, souffrir ici-bas quelque violence.' Am- Indate , dum lucem habetis > : « Marchez tandis que vous « voyez encore. la lumière, » et n'abusez pas du temps que Dieu vous accorde. Cest par où je m*en vais conclure.
TROISIÈME POINT
Dieu , qui ne veut pas la mort des pécheurs , mais plutôt qu'ils se convertissent, ne se contente pas de les exciter par la bouche des prédicateurs; mais il anime, pour ainsi dire, toute la nature pour les inviter à la pénitence : car cette suite continuée de jours et d*années , qu'ils voient si souvent revenir, est comme une voix publique de tout l'univers qui rend témoignage à sa patience , et avertit les pécheurs de ne pas abuser du temps qu'il leur donne. «Ignorez-vous, dit Tapô- « tre * , que la miséricorde divine vous invite à vous conver- « tir?méprisez-vouslesrichessesdesapatienceetdesabonté, » qui vous donne le temps de vous repentir ? C est principalement cette grâce que l'Apôtre vous avertit de ne laisser pas écouler sans fruit ; car il ajoute aussitôt après : « Je vous ai « écouté au temps destiné, » tempore accepta 3.
Pour bien comprendre, messieurs , le prix et le mérite d'une telle grâce, remarquons avant toutes choses que l'on peut regarder le temps en tant qu'il se mesure en lui-même par heures , par jours, par années, ou en tant qu'il aboutit à Tétemité. Dans cette première considération , je sais que le temps n'est rien, parce qu'il n'a ni forme ni consistance; que tout son être est de s'écouler , c'est-à-dire que tout son être n'est que de périr , et partant que tout son être n'est rien. Ma vie est mesurée par le temps , c'est pourquoi ma substance [n'est lieu,] attachée au temps qui n'est rien lui-même : Ecce men-
• Joan. XII. 36. — ' Rom. ii. 4. — » II. Cor. vi. 2.
surabiles posuisti dies meos , et substantia mea tanquam nihilumante te '.
Chose étrange , âmes saintes ! le temps n'est rien , et cependant on perd tout quand on perd le temps. Qui nous développera cette énigme? C'est parce que ce temps , qui n'est rien, a été établi de Dieu pour servir de passage à l'éternité. C'est pourquoi Tertullien a dit : « Le temps est comme un « grand voile et un grand rideau qui est étendu devant l'éter- « nité, et qui nous la couvre : » Mundi.„species.,, temporalis, iUi dispositioni aeternitatis aulœi vice oppansa est *. Pour aller à cette éternité , il faut passer par ce voile. C'est le bon usage du temps qui nous donne droit à ce qui est au-dessus du temps ; et je ne m'étonne pas , âmes saintes , si vos règles ont tant de soin de vous faire ménager le temps avec une économie scrupuleuse : c'est à cause que tous ces moments , qui étant pris en eux-mêmes sont moins qu'une vapeur et qu'une ombre; en tant qu'ils aboutissent à l'éternité , deviennent, dit saint Paul 3, d'un poids infini; et qu'il n'est rien par conséquent de plus crimipel que de recevoir en vain une telle grâce.
Je ne m'arrêterai pas ici, chrétiens, à vous représenter parunlougdiscourscombiencettegrâceest peu estimée, ni combien facilement on la laisse perdre. Les hommes se font justice sur ce sujet-là ; et quand ils nous disent si ouvertement qu'ils ne songent qu'à passer le temps , ils nous découvrent assez avec quelle facilité ils le perdent. Mais d'où vient que l'humanité, qui est naturellement si avare , et qui retient son bien si avidement, laisse écouler de ses mains, sans peine, l'un de ses trésors les plus précieux? C'est ce qui mérite d'être examiné; et j'en découvre deux causes, dont l'une vient de nous , et l'autre du temps.
Pour ce qui nous regarde , mes sœurs , il est biea aisé de comprendre pourquoi le temps nous échappe si facilement : c'est que nous n'en voulons pas observer la fuite. Car , soit qu'en remarquant sa durée nous sentions approcher la fin de
' Ps. xxiviJ». 6. — ^ Apolog., pag. 43. — 3 II. Cor. iv. î7.
notre être, et que nous voulions éloigner cette triste image; soit que par une certaine fainéantise nous ne sachions pas employer le temps , toujours est-il véritable que nous ne craignons rien tant que de nous apercevoir de son passage. Combien nous sont à charge ces tristes journées, dont nous comptons toutes les heures et tous les moments ! ne sont-c« pas des journées dures et pesantes , dont la longueur nous accable? Ainsi le. temps nous est un fardeau , que nous ne pouvons supporter quand nous le sentons sur nos épaules. C'est pourquoi nous n'oublions aucun artiQce pour nous empêcher de le remarquer : et, parmi les soins que nous prenons de nous tromper nous-mêmes sur ce sujet-là, je ne ro*étonne pas , chrétiens , si nous ne voyons pas la perte du temps , puisque nous n'en trouvons point de plus agréable que celui qui coule si doucement qu'il ne nous laisse presque pas sentir sa durée.
Mais si nous cherchons à nous tromper^ le temps aide aussi à la tromperie ; et voici en quoi consiste cette illusion. Le temps ^ dit samt Augustin', est une imitation deFéternité. Faible imitation, je Tavoue, néanmoins ; tout volage qu'il est, il tâche d'en imiter la consistance. L'éternité est toujours la même. Ce que le temps en peut égaler par la permanence ^ il tâche de l'imiter par la succession : c'est ce qui lui donne moyen de nous jouer. Il 6te un jour, il en rend un autre : il ne peut retenir cette année qui passe, il. en fait couler en sa place une autre semblable qui nous empêche de la regretter. Il impose de cette sorte a notre faible imagination , qu'il est aisé de tromper par la ressemblance , qui ne sait pas distinguer ce qui est semblable : et c'est en ceci , si je ne me trompe, que consiste cette malice du temps, dont l'Apôtre sous avertit par ces mots : Redimentes tempus, qiKmiamdies mcUi sunt > : « Rachetez le temps , parce que les jours sont * mauvais, » c'est-à-dire malins et malicieux. Il ne parait pas qu'une année s'écoule, parce qu'elle semble ressusciter dans la suivante. Ainsi l'on ne remarque pas que le temps se passe >
» De musica, lib. vi, n. 19, tom. i , col. 527. - ' Ephes. v. itt.
SUR LA. PEMTENCE. 211
parce que , quoiqu'il varie éternellement , il montre presque toujours le même visage. Voilà le grand malheur, voilà le grand obstacle à la pénitence.
Toutefois une longue suite découvre son imposture-. La faiblesse , les cheveux gris, Taltération visible du tempérament, nous contraignent de remarquer quelle grande partie de notre être est abîmée et anéantie. Mais prenez garde, mes frères , à là malice du temps; voyez comme ce subtil imposteur tâche de sauver ici les apparences , comme il affecte toujours Fimitation de Fétemité. C'est le propre de l'éternité de conserver les choses dans le même état ; le temps , pour en approcher en quelque sorte , ne nous dépouille que peu à peu : il nous dérobe si subtilement, que nous ne sentons pas son larcin; il nous mène si finement aux extrémités opposées, que nous y arrivons sans y penser. Ézéchias ne sent point écouler son âge ; et , dans la quarantième année de sa vie , il croit qu'il ne fait que de naître : Dumadhucordirersucciditme^ : « Il a cou- « pé ma trame dès le commencement de mes jours. » Ainsi la malignité trompeuse du temps fait insensiblement écouler la vie , et on ne songe point à sa conversion. Nous tombons tout à coup , et sans y penser, entre les bras de la mort : nous ne sentons notre fin que quand nous y sommes. Et voici encore ce qui nous abuse : c'est que , si loin que nous puissions porter notre vue , nous voyons toujours du temps devant nous. Il est vrai , il est devant nous , mais peut-être que nous ne pourrons pas y atteindre.
Parmi ces illusions nous sommes tellement trompés , que nous ne [nous] connaissons pas nous-mêmes; nous ne savons que juger de notre vie : tantôt elle est long^ie , tantôt elle est courte, selon le gré de nos passions toujours trop courte; pour nos plaisirs, toujours trop longue pour la pénitence : car dans nos ardeurs insensées nous pensons volontiers que la vie est courte. Écoutez parler les voluptueux : Non prœtereal 7ios Jlos temporis; corotiemus nos rosis antequam marcescant' :
* h. xxxviii. 12. — > Sap. II. 7, 8.
« Ne perdons pas la fleur de notre âge ; couronnousnous de « roses devant qu'elles soient flétries. » Pensez^vous qu'on osât troubler leurs délices par la pensée de la mort? et un si triste objet ne leur donnerait-il pas de chagrin? Ils y pensent eux-mêmes , n'en doutez pas , pour se presser davantage à goûter ces plaisirs qui passent. « Mangeons et buvons , ajou- « tent-ils , parce que notre fin est proche '. »
Hé bien! je me réjouis de ce que vous avez enfin reconnu la brièveté de la vie : pensez donc enfin à la pénitence que vous différez depuis si longtemps , et ne recevez pas en vain la grâce de Dieu. Ils vont aussitôt changer de langage ; et cette vie, qui leur semble courte pour les voluptés, devient tout d*un coup si longue, qu'ils croient pouvoir encore avec sûreté consumer une grande partie de leur âge dans leurs plaisirs illicites. Filii hominum , usquequo gravi corde * ? n Jusques « à quand, ô enfants des hommes, laisserez-vous aggraver vos « cœurs? » jusques à quand vouslaisserez-vous abuser à Tillusion du temps qui vous trompe ? quand reconnaîtrez-vous de bonne foi que la vie est courte ? voulez-vous attendre le dernier soupir ? Mais , en quelque état que vous soyez , soit que votre âge soit dans sa fleur, soit qu'il soit déjà dans sa force , l'Apôtre dit à tout le monde que « le temps est proche. » Les jours se poussent les uns les autres : on recule celui de la pénitence, et enfin il ne se trouve plus. 0 temps qu'un Dieu patient accorde aux pécheurs pour leur être un port salutaire , faut-il que tu leur serves d'écueil ! Nous avons du temps, eonvertissons-nous : nous avons du temps, péchons encore. Là est le port, et là est l'écueil : considère, ô pécheur, le bon usage du temps qui nous est donné ; c'est le port où se sauvent les sages : considère l'attente indiscrète de ceux qui diffèrent toujours, c'est recueil où se perdent les téméraires.
Mais nous avons encore du temps devant nous : ô Dieu ! qu'y aura-t-il désormais que les hommes ne veuillent savoir? et que n'attentera pas leur témérité ? Voici une chose digne de remar*
* Is. XXII. 13. — 2 Ps. IV. a.
que. Le Fils dé Dieu nous enseigne que la science des temps est Tun des secrets que le Père a mis en sa puissance *. Pour arrêter à jamais la curiosité humaine, Jésus-Christ, interrogé sur Tordre des temps, dit lui*méme qu'il ne le sait pas *. Entendons sainement cette parole. Il parle comme ambassadeur du Père céleste , et son interprète envers nous : ce qui n'est pas de son instruction, [ce qu'il n'a pas appris pour le manifester aux hommes, lui est inconnu dans sa qualité d'envoyé et de député vers eux , quoiqu'il le sache parfaitement comme égal à son Père, participant à sa science, d'une même nature avec lui.] Mais de quelque sorte que nous l'entendions, toujours devonsnous conclure que la science des temps , et surtout la science du dernier moment , est l'un des mystères secrets que Dieu veut tenir cadiés à ses fidèles : c'est par une volonté déterminée qu'il « cache le dernier jour, afin que nous observions tous les « jours : » Latet ultimus dies, ut observentur omnes dîes ^. Et cependant , encore une fois, que n'entreprendra pas l'arrogance humaine ? L'homme audacieux veut philosopher sur ce temps, veut pénétrer dans cet avenir.
Mes paroles sont inutiles ; parlez vous-même , ô Seigneur Jésus , et confondez ces cœurs endurcis. Quand on leur parle des jugements [de Dieu] , « cette vision, disent-ils en Ézéchiel , « ne sera pas sitôt accomplie : » In tempora longa iste prophetat 4. Quand on tâche de les effrayer par les terreurs de la mort , ils croient qu'on leur donne encore du temps. Jésus* Christ les veut serrer de plus près, et voici qu'il leur représente la justice divine irritée , et toute prête à frapper le coup : Jam enim securisadradicemarborumpositaest^ : « La cognée « est déjà posée à la racine de l'arbre. »
Mais je veux bien t'accorder, pécheur, qu'il te reste encore du temps : pourquoi tardes-tu à te convertir ? pourquoi ne commences-tu pas aujourd'hui ? crains-tu que ta pénitence ne soit trop longue d'un jour ? Quoi ! non content d'être criminel , tu veux durer longtemps dans le crime ! tu veux que ta vie
* Act. 1.7. — ' Marc. xiii. 32. — ^ S. Aug. Serm. \\\i\ , n. i , lo»"- V» col. liW. — * Ezcch. XII. 27. — 5 MaUh. m. 10.
214 SUA L4 PEiMTENCE.
soit longue et mauvaise! tu veux faire cette injure à Dieu , toujours demander du temps , et toujours le perdre ! car tu rejettes tout au dernier moment. C'est le temps des testaments, dit saint Chrysostome ' , et non pas le temps des mystères. Ne sois pas de ceux qui diffèrent à se reconnaître quand ils ont perdu la connaissance, qui attendent presque que les médecins les aient condamnés, pour se faire absoudre par les prêtres ; qui méprisent si fort leur âme , qu'ils ne pensent à la sauver que lorsque le corps est désespéré.
Faites pénitence, mes frères, tandis que le médecin n'est pas encore à votre côté , vous donnant des heures qui ne sont pas en sa puissance, mesurantles moments de votre vie par des mouvements de téte,ettout prêt à philosopher admirablement sur le cours et la nature de la maladie, après la mort. N'attendez pas, pour vous convertir , qu'il vous faille crier aux oreilles , et vous extorquer par force un oui ou un non : que le prêtre ne dispute pas près de votre lit avec votre avare héritier , ou avec vos pauvres domestiques ; pendant que l'un vous presse pour les mystères , et que les autres sollicitent pour leur récompense, ou vous tourmentent pour un testament >. Convertissez-vous de bonne heure ; n'attendez pas que la maladie vous donne ce conseil salutaire : que la pensée en vienne de Dieu et non de la fièvre , de la raison et non de la nécessité , de l'autorité divine et non de la force. Donnez-vous à Dieu avec liberté, et non avec angoisse et inquiétude. Sila pénitence est un don de Dieu, célébrez ce mystère dans un temps de joie, et non dans un temps de tristesse. Puisque votre conversion doit réjouir les anges , c'est un fâcheux contre-temps de la commencer quand votre famille est éplorée. Si votre corps est une hostie qu'il faut immoler à Dieu, consacrez-lui une hostie vivante : si c'est un talent précieux qui doit profiter entre ses mains, mettez-le de bonne heure dans le n^oce ; et n'attendez pas , pour le lui donner , qu'il faille l'enfouir en terre.
» In Act. Apost. homil. i , n. 7, tom. ix, p. 12. - » S. Gregor. Naz. Orat. XL, tom. I, pag «43, eu.
sua LA PEMTENCE. 2 I .>
Après avoir été le jouet du temps, prenez garde que vous ne soyez le jouet de la pénitence; qu'elle ne fasse semblant de se donner à vous , que cependant elle ne vous joue par des sentiments contrefaits , et que vous ne sortiez de cette vie après avoir fait non une pénitence chrétienne, mais une amende honorable qui ne vous délivrera pas du supplice. Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis^ : « Voilà le temps favorable, voici les « jours de salut. » [Évitez] l'écueil [où vous conduit] Timpénitence ; [cherchez] le port où la bonté de Dieu vous invite, où vous trouverez la miséricorde éternelle.
* I(. Cor. VII. 2.
SERMON