SUA LES DEVOIRS DES BOIS
on.se résout facilement à le laisser là, et ensuite à l'opprimer; c'est pourquoi ils disent : « Trompons le juste, parce qu'il nous « est inutile, » Circumveniamusjustum^quoniammutUU est nobis. Élevez-vous, puissances suprêmes ; void un emploi digne de vous : voyez comme la vertu est contrainte de marcher dans des voies serrées ; on la méprise , on l'accable : protégez-la : tendez-lui la main , faites-vous honneur en la cher* chant; élargissez les voies du ciel , rétablissez ce grand chemin et rendez-le plus facile : pour cela , aimez la justice : qu'aucuns ne craignent sous votre empire , sinon les méchants; qu'aucuns n'espèrent , sinon les bons.
Ah ! chrétiens , la justice , c'est la véritable vertu des monarques , c'est l'unique appui de la majesté : car qu'est-ce que la majesté ? Ce n'est pas une certaine prestance qui est sur le visage du prince et sur tout son extérieur ; c'est un écht plus pénétrant, qui porte dans le fond des cœurs une crainte respectueuse : cet éclat vient de la justice , et nous en voyons un bel exemple dans l'histoire du roi Salomon. « Ge a prince, dit l'Écriture ' , s'assit dans le trône de son père» « et il plut à tous: » Sedit Salomon super solium,,* pra pâtre suo, et cunctis placuit. Voilà un prince aimable, qui gagne les cœurs par sa bonne grâce. Il faut quelque chose de plus fort pour établir la majesté , et c'est la justice qui le donne; car après ce jugement mémorable de Salomon , écoutez le texte sacré : « Tout Israël , dit l'Écriture , apprit que le « roi avait jugé, et ils craignirent le roi, voyant que la sagesse « de Dieu était eu lui : » Audioit omrùs Israël judicium gtsad judicasset rex, et timueruntregem, videntessapientiam DH esse in eo >. Sa mine relevée le faisait aimer, mais sa justice le faisait craindre ; de cette crainte de respect qui ne détruit pas l'amour, mais qui le rend plus sérieux et plus circonspect. Cest cet amour mêlé de crainte que la justice fait naître , et avec lui le caractère véritable de la majesté.
Donc, ô rois, dit l'Écriture, « aimez la justice 3, » et sadiez que c'est pour cela que vous êtes rois. Mais pour prati-^
» I. Parai, xxix , sw. — * III. Reg. m ,. 2d. — * Sap. i , i. .
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qiier la justice , connaissez la vérité ; et pour connaître la vérité, mettez-vous eu état de rapprendre. Salomon, possédé d*un désir immense de rendre la justice à son peuple , fait à IMeu cette prière : « Je suis, dit-il, ô Seigneur, un jeune prince, « qui n'ai point encore Texpérienoe, qui est la maîtresse des « rois : » Ego autem sttm puer parvulus, ignorons egressum e$ introUum meum >. En passant , ne croyez pas qu*il parle ainsi par faiblesse de courage : il paraissait devant ses juges avec la plus haute fermeté ; et il avait déjà fait sentir aux plus grands de son État qu'il était le maître. Mais quand il parle à Dieu , il ne rougit point de trembler devant une telle majesté , ni de confesser son ignorance , compagne nécessaire de Fblimanité. Après quoi , le désir de rendre justice lui met cette parole en la bouche : « Donnez donc à votre serviteur « un cœur docile , afin qu'il puisse juger votre peuple, et dis- « cerner entre le bien et le mal : » DcAis ergo servo tuo cor docile y ut populum tuum judicare possit, et discernere ifUer bonum et malum*. Ce cœur docile, qu'il demande, n'est point un cœur incertain et irrésolu : car la justice est résolutive, et ensuite elle est inflexible; mais elle ne se fixe jamais qu'après qu'elle est informée , et c'est pour l'instruction qu'elle demande un cœur docile. TeUe est la prière de Salomon.
Mais Yoyons ce que Dieu lui donne en exauçant sa prière. « Dieu donna, dit l'Écriture , à Salomon une sagesse merveil- « leuse et une prudence très-exacte : » Dédit quoque Deus sapientiam Saiomoni, et prudentiam multamnimisK Remarquez la sagesse et la prudence : la prudence , pour bleu pénétrer les faits ; la sagesse , pour posséder les r^les de la justice : et pour obtenir ces deux choses , voici le mot important : « Dieu lui donna , dit l'Histoire sainte , une étendue de « cœur comme le sable de la mer, » latitudinem cor dis quasi arenam quse est in littore maris ^. Sans cette merveilleuse étendue de cœur, on ne connaît jamais la. vérité; car les hommes , et particulièrement les princes , ne sont pas
' lU. Reg. ui, 7. — » Ibid. ». - » ibid. iv, 39. ^ < IbW.