SUR L'HONNEUR
PRÊCHÉ DEVANT LE ROI
PuériUté de rhomieHr qu'on recherche dans lea choses Tiines. Yéri- Uhle grandeur de la créature raisonnable. D'oà vient que les bonimes courent après tant de faux honneurs : combien ils sont iieu propres à les élever solidement. Étendue prodigieuse des vanités ; leurs funestes effets. Maximes pernicieuses dont le faux honneur se sert pour autoriser le crime. Mépris des louanges, naturel à la vertu ilKétienne : efforts de la vaine gloire pour la corrompre. Criminel attentat de celui qui s'attribue les dons de Dieu.
te
Omnia opéra sua fadunt ut videantur ab bomlnibus.
Ils font toutes leun œuvret dans le dessein d*étre vus des hommes,
Maith., xxin. &
Jo me suis souvent étonné comment les hommes, qui présument tant de la bcmté de leurs jugements, se rendent si fort dé> pendants de Topinion des autres , qu'ils s'y laissent souvent emporter contre leurs propres pensées. Nous sommes tellement jaloux de l'avantage de bien juger , que nous ne le voulons céder à personne ; et cependant, chrétiens, nous don« nous tant à l'opinion , et nous avons tant d'^rds à ce que pensent les autres , qu'il semble quelquefois que nous ayons honte de suivre notre jugement, auquel nous avons néanmoins tant de confiance. Cest la tyrannie de l'honneur qui nous cause cette servitude. L'honneur nous fait les captifs de ceux dont nous voulons être honorés. Cest pourquoi nous sommes contraints de céder beaucoup de choses à leurs opinions ; et souvent de grands politiques et des capitaines expérimentés, touchés de ce faux honneur et du désir d'éviter un blâme qu'ils n'avaient point mérité , ont ruiné malheureusement , par les
SUR L*UOiVN£UB. 235
sentiments d'autrui, des affaires ^Mls auraient sauvées en suivant les leurs. Que s'il est si dangereux de se laisser trop emporter aux considérations de l'honneur, même dans les affaires du monde auxqueUes il a tant de part , quel obstacle ne mettra-t-il pas aux affaires du salut ? et combien est-il nécessaire que nous sachions prendre ici de véritables mesures! Cest pour cela, chrétiens, que, méditant l'évangile où Jésus-Christ nous représente les pharisiens comme de misérables captifs de Fhonneur du monde , j'ai pris la résolution de le combattre aujourd'hui; et pour cela j'appelle à mon aide la plus humble des créatures, en lui disant avec Fange : Ave, Maria.
L'honneur fait tons les jours et tant de bien et tant de mal dans le monde, qu'il est assez malaisé de définir quelle estime on en doit faire , et quel usage on doit lui laisser dans la vie humaine. S'il nous excite à la vertu, il nous oblige aussi trop souvent à donner plus qu'il ne faut à l'opinion ; et quand je considère attentivement les divers événements des choses humaines, il me paraît, chrétiens, que fa crainte d'être blâmé n'étouffe guère moins de bons sentiments qu'elle n'en réprime de mauvais. Plus j'enfonce dans cette matière , moins j'y trouve de fondement assuré ; et je découvre au contraire tant de bien et tant de mal , et, pour dire tout en un mot , tant de bizarres inégalités dans les opinions établies sur le sujet de rhonneur , que je ne sais plus à quoi m'arrêter.
En effet , entrant au détail de ce sujet important , j'ai remarqué, chrétiens, que nous mettons de l'honneur dans des choses vaines, que nous en mettons souvent dans des choses qui sont mauvaises , et que nous en mettons aussi dans des choses bonnes. Nous mettons beaucoup d'honneur dans des choses vaines, dans la pompe , dans la parure, dans cet appareil extérieur. Nous en mettons dans des choses mauvaises ; il y a des vices que nous honorons ; il y a de fausses vaillances qui ont leur couronne , et de fausses libéralités que le monde ne laisse pas d'admirer. Enfin nous mettons de Thon-
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Qeiir dans des choses bonnes; autrement la vertu ne serait pas honorée : par exemple , dans la vertu^ dans la force, et dans l'adresse d'esprit et decorps. Voilà, messieurs, Thonneur attaché à toutes sortes de choses. Qui ne serait surpris de cette bizarrerie ? Mais si nous savons entendre le naturel de Tesprit humain, nous demeurercHis convaincus qu'il ne pouvait pas en arriver d'une autre sorte. Car comme Thonneur est un jugement que les hommes portent sur le prix et sur la valeur de certaines choses, parce que notre jugement est faible, il ne faut pas trouver étrange s'il est ébloui par des choses vaines ; parce que notre jugement est dépravé, il était absolument impossible qu'il ne s'égarât jusqu'à en approuver beaucoup de mauvaises ; et parce qu'il n'est ni tout à fait faible ni tout à fait dépravé , il fallait bien nécessairement qu'il en estimât beaucoup de très-bonnes. Toutefois encore y a-t-il ce vice dans l'estime que nous avons pour les bonnes choses , que cette même dépravation et cette même faiblesse de notre jugement fait que nous ne craignons pas de nous en attribuer tout l'honneur, au lieu de le donner tout entier à Dieu , qui est l'auteur de tout bien. Ainsi , pour Tendre à l'honneur son usage véritable, nous devons apprendre, messieurs, à chercher dans les choses que nous estimons: premièrement, du prix et de la valeur; et par là les choses vaines seront décriées : secondement, la conformité avec la raison ; et par là les vices perdront leur crédit : troisièmement , l'ordre nécessaire ; et par là les biens véritables seront tellement honorés, que la gloire en sera toute rapportée à Dieu, qui en est le premier principe. Cest le partage de ce discours, et le sujet de vos attentions.
PREMIER POINT
L'Apôtre nous avertit que nous devons être enfants en malice ' ; mais il ajoute, messieurs, que nous ne devons pas l'être dans les sentiments ; c'est-à-dire qu'il y a en nous des faiblesses et des pensées puériles que nous devons corriger ,
1 I. Cor. XIV. 20.
siiu l'iionneu&. 33T
afin de demeurer seulement enfants en-simplicité et en innocence. Il considérait , chrétiens, qu'encore que la nature, en nous faisant croître par certains progrès , nous fasse espérer enfin la perfection, et qu'elle semble n'ajouter tant de traits nouveaux à l'ouvrage qu'elle a commencé, que pour y mettre en son temps la dernière main ; néanmoins nous ne sommes jamais tout à fait formés. Il y a toiïjours quelque chose en nous que l'âge ne mûrit point ; et c'est pourquoi les faiblesses et les sentiments de Fenfance s'étendent toujours bien avant, si l'on n'y prend garde, dans toute la suite de la vie.
Or, parmi ces vices puérils, il n'y a personne qui ne voie que le plus puéril de tous c'est l'honneur que nous mettons dans les choses vaines, et cette facilité de nous y laisser éblouir. D'où naît dans les hommes une telle erreur, qu'ils aiment mieux se distinguer par la pompe extérieure que par la vie , et par les ornements de la vanité que par la beauté des mœurs. D'où vient que celui qui se ravilit par ses vices au-dessous des derniers esclaves , croit assez conserver son rang et soutenir sa dignité par un équipage magnifique, et que, pendant qu'il se néglige Im-méme jusqu'au point de ne se parer d'aucune vertu , il pense être assez orné quand il assemble pour ainsi, dire autour de lui ce que la nature a de plus rare. « Comme. « si c'était là , dit saint Augustin « , le souverain bien et la ri- « chesse de Thomme , que tout ce qu'il a soit riche et pré- « deux , excepté lui-même : » Quasi hoc sit summum hominis bonum haJbere omnia bona, praeter se ipsum^
L'éloquent et judicieux saint Chrysostome en rend cette raison excellente , dans la quatrième Homélie sur l'évangile de saint Matthieu, où il dit à peu près ces mêmes paroles. Je ne puis , dit-il > , comprendre la cause de ce prodigieux aveuglement qui est dans les hommes, de croire se rendre illustres par cet éclat extérieur qui les environne , si ce n'est qu'ayant perdu leur bien véritable , ils ramassent tout ce
* DeQvit Del, llb. m, cap. f , tom. vii, col. 59. — » Hom. iv, la Mattlk I. ^1, ptg. «6. 06.
238 StIB LUONREUB.
qu'ils peuvent autour d'eux , et vont mendiant de tous eôtés la gloire qu'ils ne trouvent plus dans leur conscience.
Cette parole de saint Chrysostome me jette dans une plus pffofoude considération , et m'oblige de reprendre les choses d'un plus haut principe. Tous les hommes sont nés pour la pandeur, parce que tous sont nés pour posséder Dieu. Car eomme Dieu est grand , parce qu'il n'a besoin que de luimême, l'homme aussi est grand , chrétiens , lorsqu'il est assez droit pour n'avoir besoin que de Dieu. Cétait la véritable grandeur de la nature raisonnable, lorsque, sans avoir besoin des choses extérieures , qu'elle possédait noblement sans en être en aucune sorte possédée, elle faisait sa félicité par la seule innocence de ses désirs , et se trouvait tout ensemble et grande et heureuse , en s'attachant à Dieu par un saint amour. En effet, cette seule attache, qui la rendait tempérante , juste, sage, vertueuse, la rendait aussi par conséquent libre, tranquille, assurée. La paix de la consdenee répandait jusque sur les sens une joie divine. L'homme avait en lui-même toute sa grandeur, et tous les biens externes dont il jouissait lui étaient accordés libéralement, non comme un fondement de son bonheur, mais comme une marque de son abondance. Telle était la première institution de la créature raisonnable.
Mais de même qu'en possédant Dieu elle avait la plénitude, ainsi en le perdant par son péché , elle demeure épuisée. Elle est réduite à son propre fonds , c'est-à-dire à son premier néant : elle ne possède plus rien , puisque , devenue d^ndante des biens qu'elle semble posséder , elle en est plutôt la captive qu'elle n en est la propriétaire et la souveraine. Toutefois , malgré la bassesse et la pauvreté où le pédié nous réduit, le cœur de l'homme étant destiné pour posséder un bien immense, quoique la liaison qui l'y tenait attaché soit rompue, il en reste toujours en lui quelque impression, quifeit qu'il cherche sans cesse quelque ombre d'infinité. L'homme , pauvre et indigent au dedans, tâche de s'enrichir et de s'agrandir comme il peut; et comme il ne lui est fias possible
SUA LHOIfNfiUJI. 239
de rien ajouter à sa taille et à sa grandeur naturelle , il s^applique ce qu'il peut par le dehors. Il pense qu'il s'incorpore, si vous me permettez de parler ainsi , tout ce qu'il amasse , tout ce qu'il acquiert , tout ce qu'il gagne. 11 s'imagine croître lui-même avec sou train qu'il augmente , avec ses apparte^ ments qu'il rehausse « avec son domaine qu'il étend* Aussi, à voir comme ii marche , vous diriez que la terre ne k con» tient plus ; et sa fortune enfermant en soi tant de fortunes particulières, il ne peut plus se compter pour un seul homme.
Et en effet , pensez-vous, messieurs, que cette femme vaine et ambitieuse puisse se renfermer en elle-même, elle qui a non-seulement en sa puissance, mais qui traîne sur elle en ses ornements, la subsistance d'une infinité de familles; qui porte , dit TertuUien , en un petit fil , autour de son cou , des patrimoines entiers : Saltus et insulas tenera cervix circunifert ' ; et qui tâche d'épuiser au s^vice d'un seul corps toutes les invitions de l'art et toutes les richesses delà nature.' Ainsi l'homme petit en soi , et honteux de sa petitesse , travaille à s'accroître et se multiplier dans ses titres , dans ses possessions , dans ses vanités : tant de fois comte , tant de ibis seigneur, possesseur de tant de richesses , maître de tant de personnes, ministre de tant de conseils , et ainsi du reste : toutefois , qu'il se multiplie tant qu'il hii plaira , il ne faut toiiymirs pour l'abattre qu'une seule mort. Mais , mes frères, il n'y pense pas; et, dans cet accroissement infini que notre vanité s'imagine , il ne s'avise jamais de se mesurer à son oereaeil , qui seul néanmoins le mesure au juste.
C'est, messieurs, en cette manière que l'homme croit se renére admirable. En effet , il est admiré, et devient un magnifique spectacle à d'autres hommes aussi vains et autant trompés que lui. Mais ce qui le relève , c'est ee qui l'abaisse. Car ne voi^il pas « chrétiens, dans toute cette pompe qui Fen^ vironne , et au milieu de tous ces regards qit'il attirey que ee qu'on regarde le moins , ce qu'on admire le moii» « c'est luimême? tant l'homme est pauvre et nécessiteux , qu'il n'est pas
' De calt. foem. lib. i , n. s.
240 SUB l'honneub.
capable de soutenir par ses qualités personnelles les honneurs dont il serepaH!
(Test ce que nous montre TÉcriture sainte dans cet orgueilleux roi de Babylone , le modèle des âmes vaines, ou plutôt la vanité même. Gomme « l'orgueil monte toujours , » dit le roi-prophète , et ne cesse jamais d'enchérir sur ce qu'il est : Superbia eorum,.. ascendU semper^ ; Nabuchodonosor ne se contente pas des honneurs de la royauté, il veut des honneurs divins. Mais comme sa personne ne peut soutenir un éclat si haut, qui est démenti trop visiblement par notre misérable mortalité , il érige sa magnifique statue , il éblouit les yeux par sa richesse, il étonne l'imagination par sa hauteur, il étourdit tous les sens par le bruit de sa symphonie , et par celui des acclamations qu'on fait autour d*elle : et ainsi Tidole de oe prince , plus privilégiée que luirméme , reçoit des adorations que sa personne n'ose demander. Homme de vanité et d'ostentation , voilà ta figure : c'est en vain que tu te r^^ des honneurs qui semblent te suivre; ce n'est pas toi qu'on admire , ce n'est pas toi qu'on r^arde , c'est cet éclat étranger qui fascine les yeux du monde ; et on adore non point ta personne , mais l'idole de ta fortune , qui parait dans ce superbe appareil par lequel tu éblouis le vulgaire.
« Jusques à quand , 6 enfants des hommes, jusques à quand n aimerez-vous la vanité, et vous plaireifi-vous dans le men- K songe * ? » L*homme n'est rien , et il ne poursuit que des riens pompeux : In imagine pertransii homo, sed et frustra conturbatur ^ : « Il passe comme un songe, et il ne court « aussi qu'après des fantômes. » Que s'il est vrai, ce que nous dit saint Jean-Chrysostome , que la vanité au dehors est la marque la plus évidente de la pauvreté au dedans ; que dirons-nous , chrétiens , et que pensera la postérité , du siècle où nous sommes ? Car quel siècle a-t-on vu , où la vanité ait été plus désordonnée .'Quand est-cequ'on a étalé plus detitres, plus de couronnes , plus de balustres , plus de vaines magni -
' Ps. Lxxxiii. 23. — » Ps. IV. 3. — s PS. XXXVIII. 7. - < Homil. I in Ep. 11 ad Thessal., tom. xi, p. 514.
SUR l'honneub. ^41
fîcences ? Quelle condition n'a pas oublié ses bornes ? Qui n*a pu avoir la grandeur a voulu néanmoins la contrefaire. On ne peut plus faire de discernement ; et , par un juste retour , cette fause image de grandeur s'est tellement étendue, qu'dlé s*est enfin avilie.
Mais encore si les vanités n'étaient simplement que vanités , elles ne nous contraindraient pas, chrétiens , de faire aujourd'hui de si fortes plaintes. Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est qu'elles arrêtent le cours des charités , c'est qu'elles mettent tout à fait à sec la source des aumônes, et avec la source des aumônes celle de toutes les grâces du christianisme. Que disje ici , des aumônes ? les vanités ne permettent pas même de payer ses dettes. On ruine et les siens et les étrangers , pour satisfaire à son ambition : encore n'est-ce pas le seul désordre. Ce ne sont pas seulement la charité et la justice qui se plaignent de la vanité ; la pudeur s'en plaint aussi , et la vanité y <^ause d'étranges ruines. Simple et innocente beauté , qui commencez à venir au monde , vous avez de l'honnêteté; mais enfin tous voulez paraître, et vous regardez avec jalousie celles que vous voyez plus richement ornées. Sachez que cette vanité, qui vous paraît innocente , machine de loin contre votre honneur ; elle vous tend des lacets ; elle vous découvre à la tentation; elle donne prise à l'ennemi. Prenez garde à ce dangereux appât; et mettez de bonne heure votre honnêteté sous la protection de la modestie.
Mais ne parlons pas toujours de ces vanités qui regardent les biens delà fortune et les ornements du corps : l'homme est vain de plus d'une sorte. Ceux-là pensent être les plus raisonnables qui sont vains des dons de l'intelligence , les savants , les gens de littérature, les beaux esprits. A la vérité, chrétiens, ils sont dignes d'être distingués des autres , et ils font un des plus beaux ornements du monde. Mais qui les pourrait supporter, lorsqu'aussitôt qu'ils se sentent un peu de talent , ils fatiguent toutes les oreilles de leurs faits et de leurs dits ? et parce qu'ils savent arranger des mots, mesurer un vers, ou arrondir une période , ils pensent avoir droit de se faire écouter
SI
243 SUR L*BONNfiUB.
sans fin, et de décider de tout souveramement. O justesse dans la vie , ô égalité dans les mœurs , 6 mesure dans les passions , riches et véritables ornements de la nature raisonnable, quand est-ee que nous apprendrons à vous estimer? Mais laissons les beaux esprits dans leurs disputes de mots, dans leur commerce de louanges qu'ils se vendent les uns aux autres à pareil prix , et dans leurs cabales tyranniques , qui veulent usurper Tempire de la réputation et des lettres. Je voudrais n'avoir que ces plaintes, je ne les porterais pas dans cette chaire, liais dois-je dissimuler leurs délicatesses et leurs jalousies? Leurs ouvrages leur semblent sacrés : y reprendre seulement un mot, c'est leur faire une blessure mortelle. Cest là que la vanité, qui semble naturellement n'être qu'enjouée, devient enielle et impitoyable. La satire sort bientôt des premières bornes, et d'une guerre de mots elle passe à des libelles diffamatoires , à des accusations outrageuses contre les mœurs et les personnes. Là on ne regarde plus combien les traits sont eavenimés , pourvu qu'ils soient lancés avec art , ni combien les plaies sont mortelles à l'honneur, pourvu que les morsures soient ingénieuses : tant il est vrai, chrétiens, que la vanité corrompt tout , jusqu'aux exercices les plus innocents de l'esprit, et ne laisse rien d'entier dans la vie humaine. Elle ne se contente pas de donner aux crimes des ouvertures favorables, elle les autorise publiquement, et entreprend de les mettre en honneur par des maximes ruineuses à la pureté des mœurs.
DEUXIÈME POIOT.
11 me semble que vous vous élevez ici contre moi , et que vous me dites que jamais il ne sera véritable que les crimes soient en honneur; puisque nous les voyons au contraire et détestés et proscrits par une commune sentence du genre iiumain. Et certes les choses humâmes ne sont pas ^core si désespérées, que les vices qui ne s<mt que vices , qui montrent toute leur laideur sans aucune teinture d'honnêteté ^ soient honorés dans le monde. Les vices que le monde couronne sont des vices spécieux , qui ont quelque méki^e de là vertu.
SUR L HONNEUB. 243
L*honneur, qui est destiné pour la suivre et pour la servir, sait de quelle sorte elle s'habille, et lui dérobe quelques-uns de ses ornements , pour en parer le vioe qu'il veut établir et met* tre en crédit dans le monde. Pourquoi introduit-on ce mélange ? pourquoi tâche-t-on de donner au vice cette couleur empruntée? De quelle sorte cela se fait, quoique la chose soit assez connue par expérience, je veux le rechercher jusqu'à l'origine, et développer tout au long ce mystère d'iniquité.
Pour cela , il est nécessaire de philosopher en peu de mots de la nature du mal. Mais je m'abuse d'abord; et il 6'st vrai que le mal n'a point de nature ni de subsistance. Car qui ne sait qu'il n'est autre cliose qu'une simple privation , un éloignement de la loi , une perte de la raison et de la droiture ? Ce n'est donc pas une nature, mais plutôt la maladie, la corruption, la ruine de la nature. De cette vérité, qui est si connue , le docte saint Jean Chrysostome en a tiré cette conséquence. Comme le mal , dit ce grand évéque ' , n'a point de nature ni de subsistance en lui-même , il s'ensuit qu'il ne peut pas subsister tout seul ; de sorte que s'il n'est soutenu par quelque mélange de bien , il se détruira lui-même par son propre excès. Qu'un homme veuille tromper tout le monde, il ne trompera personne. Qu'un voleur tue ses compagnons aussi bien que les passants , tous le fuiront également comme une bête farouche. De tels vicieux n'ont point de crédit : il faut un peu de mélange. [ Ceux que le monde considère] ne sont pas de ces vicieux abandonnés à toutes sortes d'infamies. Un Achab^ une Jézabel dans l'Histoire sainte ; un Néron , un Domitien dans les histoires profanes : leur attirer de la gloire , réconcilier l'honneur avec eux, c'est une entreprise impossible. Mais aussi , si peu qu'on prenne soin de mêler avec le vice quelque teinture de vertu , il pourra , sans trop se cacher et presque sans se contraindre, paraître avec honneur dans le monde. Par exemple, est-il rien de plus injuste que de verser le sang humain pour des injures particulières , et d'ôter par un même
' HomU. iif in Acia, tom. ix, p. 22.
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attentat un citoyen à sa patrie , un semteur à son roi , un enfont à rÉglise , et une âme à Dieu qu'il a rachetée de son sang? Et toutefois depuis que les hommes ont mêlé quelque couleur de vertu à ces actions sanguinaires , Fhonneur s'y est attaché d'une manière si opiniâtre , que ni les anatbèmes de FÉglise , m les lois sévères du prince, ni sa fermeté invincible, ni la justice rigoureuse d'un Dieu vengeur, n'ont point assez de force pour venir à bout de l'en arrachée.
Il n'est rien de plus odieux que les concussions et les rapines , et toutefois ceux qui ont su s'en servir pour faire une belle dépense , qui parait libéralité et qui est une damnable injustice, ont presque effacé toute cette honte dans le sentiment du vulgaire. Est-il rien de plus haïssable que la médisance, qui déchire impitoyablement la réputation du prochain ? Mais si peu qu'on l'appelle franchise de naturel , et liberté qui dit ce qu'elle pense ; ou , sans faire tant de façon , pour peu qu'on la débite avec esprit , en sorte qu'elle divertisse , car c'est une grande vertu dans le monde que de savoir divertir, on ne regarde plus combien les traits sont envenimés, il suffit qu'ils soient lancés avec art, ni combien les plaies sont mortelles , pourvu que les morsures soient ingénieuses.
L'impudicité même , c'est-à-dire la honte même , que l'on appelle brutalité quand elle court ouvertement à la débauche ; si peu qu'elle s'étudie à se couvrir de belles couleurs de fidélité , de discrétion , de douceur^ de persévérance , ne va-t-elle pas la tête levée? ne semble-t-elle pas digne des héros? Ne perd-elle pas son nom d'irapudicité, pour prendre celui de galanterie ? et n'avons-nous pas vu le monde poli , traiter de sauvages et de rustiques ceux qui n'avaient point de telles attaches? Il est donc vrai, chrétiens, que le moindre mélange de vertu trompeuse concilie de l'honneur au vice. Et il ne faut pas pour cela beaucoup d'industrie ; le moindre mélange suffit , la plus légère teinture d'une vertu trompeuse et falsifiée impose aux yeux de tout le monde. Ceux qui ne se connaissent pas en pierreries sont dupés et trompés par le moindre éclat; et le monde se connaît si peu en vertu solide, que
SUR L*UONMEUB. 24^»
souvent la moindre apparence éblouit sa vue. C*est pourquoi il ne s'agit presque plus parmi les hommes d'éviter les vices ; il s'agit seulement de trouver des noms spécieux et -des prétextes honnêtes. Ainsi le nom et la dignité d*homme de bien se soutient plus par esprit et par industrie que par probité et par vertu ; et Ton est en effet assez vertueux et assez réglé pour le monde , quand on a l'adresse de se ménager et Tinvention de se couvrir.
Mais Dieu, protecteur de la vertu , ne souffrira pas longtemps que le vice se fasse honorer sous cette apparence. Bientôt il découvrira toute sa laideur , et ne lui laissera que sa seule honte. C'est de quoi lui-même se glorifie par la bouche de son prophète : Discooperui Esau , revelavi abscondila ejus, et celari non poterit^ . J'ai découvert Ésaû, j'ai déft pouillé cet homme du monde de ces vains prétextes dans «. lesquels il s'enveloppait; j'ai manifesté toute sa honte , et il K ne peut plus se cacher. » Car dans ce règne de la. vérité et de la justice on ne se payera point de prétextes , on ne prendra point le nom pour la chose , ni la couleur pour la vérité. Tous les tours, toutes les souplesses , toutes les habiletés de l'esprit , ne seront plus capables de rien diminuer de la honte d'une mauvaise action v et tout l'honneur que votre adresse vous aura sauvé parmi les ténèbres de ce monde, vous tournera en ignominie. Éveillez-vous donc, chrétiens ; le monde vous a assez abusés, assez éblouis par son faux honneur. Ouvrez les yeux , voyez la vertu qui va vous montrer l'honneur véritable; et vous apprendrez tout ensemble à le rendre à Dieu. Je suis sorti , comme vous le voyez , des deux premières parties , et il ne me reste plus qu'à conclure par la dernière.
TROISIÈME POINT
Jusques ici , chrétiens , j'ai pris facHement mon parti ; et rien n'était plus aisé que de mépriser l'honneur qui relève les choses vaines , et de condamner celui qui couronne les mau-
^ lercm. xux. lo.
240 SUB L HONNECJB.
Taises. Mais devant maintenaDt parler de Thonneur qui ac^eompagne les actions vertueuses , d'un côté je voudrais bien pouvoir le priser pour Tamour de la vertu dont il rejaillit ; et d'autre part la crainte de la vanité fait que j'appréhende de lui donner trop d'avantage. Et certes il est véritable que si nous combattons avec tant de force l'amour des louanges, nous ôterons, sans y penser, un grand secours à la vertu, du moins à celle qui commence ; et nous tomberons dans cet autre excès, qu'un habile courtisan d'un grand empereur, homme d'esprit de l'antiquité , a remarqué en son temps , et que nous ne voyons déjà que trop fréquent dans le nôtre : que la plupart des hommes trouvent ridicule d'être loués , à cause qu'ils ont cessé de faire des actions dignes de louanges : Pastquam desiimus facere laudancta, laudari quoque ineptum putamus^. Au contraire , saint Augustin a sagement prononcé que « vouloir faire le bien et ne vouloir pas qu'on nous en « loue , c'est vouloir que l'erreur prévale , c'est se déclarer « ennemi de la justice publique, et s'opposer au bien général « des choses humaines , qui ne sont jamais ^blies dans un « meilleur ordre que lorsque la vertu reconnue reçoit Thon- <( neur qu'elle mérite ^ » D'ailleurs, on ne peut douter qu'il ne soit digne d'un homme de bien , et d'édifier le prochain par l'exemple de sa vertu , et d'être non-seulement confirmé, mais encore encouragé par le témoignage des autres. Mais surtout ceux que Dieu a mis dans les grandes places , comme leur dignité n'a rien de plus relevé que cette glorieuse obligation d'être l'exemple du monde , doivent souvent considérer ce que pense l'univers, dont ils sont le plus beau spectacle, et ce que pensera la postérité, qui ne les flattera plus quand la mort les aura égalés au reste des hommes : et comme la gloire véritable ne peut jamais être forcée, ils doivent en poser les fondements sur une vertu solide , qui s'attache à ne se démentir jamais , et à marcher constamment par les voies droites. Mais encore qu'on puisse permettre à la vertu de se laisser
» Plin. Epist. lib. m, epist. xxi. — » De Serm. Dom. lib. ii, cl, t. m, part, II, coi. 201.
SUR l'honneur. 247
exciter au bien par les louanges des hommes , c*est ravilir sa dignité et offenser sa pudeur , que de Ten rendre captive. Car c'est, mes frères, une chose assez remarquable que la pudeur et la modestie ne s'opposent pas seulement aux actions déshonnétes , mais encore à la vaine gloire et à l'amour désordonné des louanges. Une personne honnête et bien élevée rougit d'une parole immodeste; un homme sage et modéré rougit de ses propres louanges. En l'une et l'autre rencontre la modestie fait baisser les yeux et monter la rougeur au front, par un certain sentiment que la raison nous inspire : que comme le corps a sa chasteté, que l'impudicité corrompt, il y a une certaine intrégrité de l'âme et de la vertu , qui appréhende d'être violée par les louanges : d'où vient à une âme bien née cette honte des louanges, naturelle à la vertu : je dis à la vertu chrétienne , car on n'en connaît point d'autre en cette chaire. Il est donc de la nature de la vertu d'appréhender les louanges; et si vous pesez attentivement avee qudle précaution le Fils de Dieu l'oblige de se cacher : A^ tendite ne justittam vestram faciatis coram kominibus , ut nideamini a6 eis ' : « Prenez garde de ne faire pas vos bonci nés œuvres devant les hommes , pour en être regardés : » Voulez-vous prier dans le cabinet ? fermez la porte. Orationem tuamfac esse mysterium^y et ainsi des autres. Voyez donc comme il élève la vertu : il la retire du monde, il la tient dans le cabinet et sous la clef; il la cache non-seulement aux autres , mais à elle-même ; « il ne veut pas que la gauche saie che laumône que fait la droite ^ : » enûn il la réserve pour les yeux du Père.
C'est pourquoi saint Jean-Chrysostome compare la vertu chrétienne à une fille honnête et pudique, élevée dans la maison paternelle avec une merveilleuse retenue. On ne la mène pas, dit-il 4 , au théâtre; on ne la produit pas dans les assem* blées; elle n'écoute point les discours des hommes , ni leurs
' Matth. VI. I « 6. — > S. Cbrysost. Homil. xis« in Matih. ii.3, lom. VII , p. 248. — 3 Matth. VI. a. — 4 lu Matth. Homil. lxxi, lom. vu, p
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dangereuses flatteries ; elle aime la retraite et la solitude , et se plaît à se cacher sous les yeux de Dieu , sous l'ombre de ses ailes et sous le secret de sa face ; elle aime, dls-je,. à se cacher, non par honte , mais par modestie. Car, mes frères y ee n'est pas un moindre excès de cacher la vertu par honte , que de la produire par ostentation. Les hypocrites sont dignes et de blâme et de mépris tout ensemble , qui Tétaient avec art et pompeusement. Les lâches ne le sont pas moins, qui rougissent de la professer, et lui donnent moins de liberté de paraître au jour, que le vice même ne s'en attribue. Ainsi la véritable vertu ne fuit pas toujours de se faire voir , mais jamais elle ne se montre qu'avec sa simple parure. Bien loin de vouloir surprendre les yeux par des ornements empruntés , elle cache même une partie de sa beauté naturelle ; et le peu qu'elle en découvre avec retenue est tellement éloigné de tout artifice , qu'on voit bien qu'elle n'a pas dessein d'être regardée , mais plutôt d'inviter les hommes, parsa modestie, à glorifier le Père céleste ; ut videarU opéra vestra bona, etglor^ficerU Pairem vestrum qui in cœlis est*.
Voilà l'idée véritable de la vertu chrétienne : y a-t-il rien de plus sage et de plus modeste ? C'est ainsi qu'elle- était faite lorsqu'elle sortait toute récente d'entre les mains des apôtres, formée sur les exemples de Jésus-Christ même. Alors la piété était véritable, parce qu'elle n'était pas encore devenue un art; elle n'avait pas encore appris à s'accommoder au monde, ni à servir au négoce des ténèbres : simple et innocente qu'elle était , elle ne regardait que Je ciel^ auquel elle prouvait sa fidélité par l'humilité et la patience. La vaine gloire, dit saint Chrysostome^ vient gâter cette bonne éducation; elle entreprend de corrompre la pudeur de la vertu. Au lieu qu'elle n'était faite que pour Dieu, elle la pousse à rechercher les yeux des hommes. Ainsi cette vierge si sage et si retirée est sollicitée par cette impudente à des amours déshonnétes : Sic a iena corruptissima adturpes hominum amores impeUitur. Fuyons , messieurs , ces excès ; et puisque tout le bien
^ MaUh. V. 16. -- 2 iQÇQ inQ^ cilalo.
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Vient de Dieu , apprenons à lui rendre aussi toute la gloire. « Car, comme dit excellemment le grand saint Fulgence , « encore que ce soit un orgueil damnable que de mépriser « ce que Dieu commande-, c'est une audace bien plus crimi- « nelle de s'attribuer à soi-même ce que Dieu donne : » Detestabilis est cor dis humani superhia qua facit homo quod Deus in hominibus damnât; sed illa detestabilior, qua sibi tribuit homo quod Deus hominibus donat '. £t si par le premier de ces attentats nous tâchons de nous soustraire à son empire, il semble que nous entreprenions par le second de nous égaler à lui.
Cest , messieurs, ce que Dieu lui-même reproche aux hommes orgueilleux en la personne du roi de Tyr, lorsqu'il lui adresse ces paroles par la bouche de son prophète Êzéchiel : « Voici ce qu'a dit le Seigneur Dieu : Ton cœur s'est élevé « démesurément , et tu as dit : Je suis un Dieu ; et quoique « tu ne sois qu'un homme mtortel , tu t'es fait un cœur de « Dieu » par ton audace insensée : Dixisti : Deus ego sum;.., cum sis homo et non Deus , et dedisti cor tuum quasi cor Dei*. Peut-être aurez-vous peine à comprendre que l'esprit humain soit capable d'un si prodigieux égarement.
Mais, mes frères, ce n'est pas en vain que le Saint-Esprit parle en ces termes ; et il n'est que trop véritable que celui qui se glorifie en lui-même , se fait en effet le cœur d'un Dieu. Car la théologie nous enseigne que comme Dieu est la source du bien et le centre de toutes choses, comme il est le seul sage et le seul puissant, il lui appartient, chrétiens, de s'occuper de lui-même, de rapporter tout à lui-même, de se glorifier en ses conseils, et de se confier en son bras victorieux et en sa force invincible. Quand donc une créature s'admhre dans sa vertu , s'aveugle dans sa puissance , se plaît dans son industrie , s'occupe enfin tout entière de ses propres perfections , elle agit à la manière de Dieu ; et , malgré sa misère et son indigence, elle imite la plénitude de ce premier
* Epift. VI ad Tlieodor. p. 189. — » Ezech. xxviii. 3.
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Être. En effet , cet homme capable qui règne dans on conseil et ramène tous les esprits par la force de ses discours ; lorsqu'il croit que son raisonnement et son éloquence , et non la main de Dieu , a tourné les cœurs , ne dit-il pas tacitement : Labia nostra a nobis sunt ■ : <« Nos lèvres sont de nous-mé- « mes ; » et c'est nous qui avons trouvé ces belles paroles qui ont touché tout le monde? Et celui qui se persuade que c'est par son industrie qu'il s'est établi , et ne fait pas de réflexion sur la Providence divine qui Ta conduit par la main, ne dit-il pas avec Pharaon: Meus est fluvius, etegofeci memetipsum*: « Tout ce grand domaine est à moi, je suis l'ouvrier de ma for- « tune, et je me suis £adt moi-même?» Quiconque enfin s'imagine qu'il peut achever ses affaires par sa tête ou par son bras^ sans remonter au principe d'où viennent tous les bons succès, se £ait lui-même un dieu dans son cœur , et il dit avec ces superbes : « C'est notre main vigoureuse qui a fait hautement » ces choses : » Manus nostra excelsa ^.
Malheur à la créature qui , faisant le dénombrement de ce qui est nécessaire pour ses entreprises , ne compte pas avant toutes choses le secours de Dieu, et ne lui rapporte pas toute la gloire ! Dieu se rit de ses vains conseils , et il les dissipe : car c'est lui dont il est écrit qu'il réprouve les desseins des peuples, qu'il confond quand il lui plak les entreprisés des grands 4 , et qu'il est terrible en conseils par-dessus les enlantsdes hommes^. C'est lui qui élève , c'est lui qui abaisse ; c'est lui qui donne la gloire, c'est lui qui la change en ignominie; c'est lui qui prend Cyrus par la main , dit le propliète Isaïe ^ , qui fait mardier la terreur devant sa face et la victoire à sa suite, qui le mène triomphant par toute la terre , et qui abaisse à ses pieds toutes les puissances du monde. C'est lui-même qui, au moment ordonné, arrête toutes ses conquêtes , et le précipite du haut de cette superbe grandeur par une sanglante défaite. Cest lui qui faut frapper par son angeunHérode, pour n'avoir pas douné la gloire à Dieu 7 ; qui renverse un Nicanor par une poignée
» Ps. XI. 6. — ' Ezech. XXIX. 3. — > Deut. xxxii. 27. — < Ps. xxxii. ui^ *• Ibid. L\v , 4. - « I». XLv. i. — ' Act. XII. 2a.
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de gens << qu'il regardait comme rien , » quos nullos exlstlmaveratj comrtie dit le texte sacré '; qui confond un Antiochus avec son armée, par laquelle il croyait pouvoir dominer aux flots de la mer : qui sibi videbatur etiamfluctihus maris imperare *. Et quand aurais-je fini , si j'entreprenais de vous raconter toutes les victoires de ce triomphateur en Israël, et de ce Monarque du monde!
Tremblons donc sous sa main suprême , et mettons en lui seul toute notre gloire. La gloire que les hommes donnent n'a ni fondement ni consistance. Qu'y a-t-il de plus variable, puisqu'elle s'attache aux événements et change avec la fortune? C'est pourquoi je souhaite à notre grand roi quelque chose de plus solide. Sire , je désire d'une ardeur immense de voir croître partout l'univers cette haute réputation de vos armes et de vos conseils : et si ma voix se peut faire entendre parmi ces glorieuses acclamations , j'en augmenterai le bruit avec joie. Mais méditant en moi-même la vanité des choses humaines , qu'il est si digne de votre grande âme d'avoir toujours devant les yeux , je souhaite à Votre Majesté un éclat plus digne d'un roi chrétien que celui de la renommée , une immortalité plus assurée que celle que promet l'histoire 5 votre sage conduite; enfin une gloire mieux établie que celle que le monde admire : c'est celle de l'éternité avec le Père , le Fils , et le Saint-Esprit. Amen,