‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 66 sur 139 · SUE L HONNEUR · texte numérisé non relu

SUE L HONNEUR

conserve pour sa famille , je donne une marque de fidélité. Alors je manque à ce que je dois , si ee que les autres croirai de plus vraisemblable m'empêche de me porter hardiment à ce que ma conscience me montre de plus utile. Il faut néanmoins remarquer ici qu'où il s*agit d'assister les autres , nous devons ordinairement préférer les moyens qu'ils nous proposent a ceux que nous avions médités, quoique ceux-ci nous semblent meilleurs, parce que l'incertitude des événements nous oblige souvent, pour notre décharge, de les servir à leur mode.

Dans les choses purement indifférentes , comme dans la dépense de table , d'habits et autres semblables , il me semble qu'un homme sage, ayant mesuré ce qu'il peut , donnera quelque chose, 1*" à la coutume , 2" à son humeur et à celle des siens. Mais s'il est extrêmement avisé, il considérera exactement ce qui conduit le mieux à la fin qu'il s'est proposée.

L'homme sage, qui agira selon ces maximes en ce qui regarde l'honneur, en pourra sans doute tirer une satisfaction raisonnable; surtout s'il se modère de telle sorte qu'en désirant se mettre en bonne estime dans l'esprit des autres, il ne se rendre point esclave de leurs passions et de leurs sentiments : autrement il n'y aurait pour lui aucune douceur, puisqu'un honnête homme n'en trouve jamais en ce qui le met dans la servitude.

Ce n'est pas assez d'avoir reconnu combien l'honneur peut contribuer à la satisfaction raisonnable qu'on doit désirer dans la vie , si nous n'examinons encore combien il y est nécessaire , et jusques à quel point on s'en peut passer. L'honneur ne peut être ravi par force , parce que c'est une opinion ; or les opinions ne sont pas forcées : donc la violence ne peut jamais être employée pour rétablir son honneur, parce que le principe de la nature ne permet « la force que contre la « force : » rim vi repeUere licet Un homme nous donne un soufflet, ce n'est pas lui proprement qui nous déshonore, mais cmx qui nous font l'injustice de nous en estimer moins, pour avoir été exposés à la violence.

SUR l'honneur. 263

11 n'est pas permis d'inventer une calomnie contre un homme qui nous déshonore. On peut se récompenser de l'argent qui nous est yolé, en prenant autant de notre ennemi, sans lui faire injustice , parce qu'il a véritablement telle somme qui ne lui appartient pas , et que vous avez droit de la répéter de lui par une action bien fondée : or ici l'honneur que vous lui ôtez lui appartient légitimement, puisque nous supposons que c'est une calomnie que vous inventez ; et vous ne pouvez avoir aucune action légitime pour lui ôter son bien : donc il n'y a point de comprasation.

SERMON

PRÊCHÉ A LA COUR

Doux choses nécessaires 6 la félicité. Dérèglement de nos afTections , et corruption de nos jugements. Conduite que Dieu nous prescrit, nfm que nous devenions grands. Quelle est la puissance que nous «levons désirer. Comment les vices croissent avec la puissance. Réponse aux vains prétextes des ambitieux. Inconstance et malignité de la fortune. Étrange aveuglement des ambitieux : leur jii$(te ot déplorable confusion; inutilité de leurs folles précautions.

Jésus ergo cum cognovisset quia venturi essent ut râpèrent eum et facerent eum re< gem, subiit iterum in montem ipse solus.

Jésus ayant connu que tout le peuple viendrait pour Venlever et le faire roi, s'enfuit à la montagne tout seul, jean, vi,

Je reconnais Jésus Christ à cette fuite généreuse, qui lui fait cherclier dans le désert un asile contre les honneurs qu'on lui prépare. Celui qui venait se charger d'opprobres , devait éviter les grandeurs humaines. Mon Sauveur ne connaît sur la terre aucune sorte d'exaltation que celle qui l'élève à sa croix ; et comme il s'est avancé quand on eut résolu son supplice , il était de son esprit de prendre la fuite pendant qu'on lui destinait un trône.

Cette fuite soudaine et précipitée de Jésus-Christ dans une montagne déserte, où il veut si peu être découvert, que l'évangéliste remarque qu'il ne souffre personne en sa compagnie , ipse solus , nous fait voir qu'il se sent pressé de quelque danger extraordinaire ; et comme il est tout-puissant et ne peut rien craindre pour lui-même,- nous devons conclure trèscertainement, messieurs, que c'est pour nous qu'il appréhende.

SUR LAMBITION. 265

£n effet, chrétiens , lorsqu'il frémit , dit saint Augustin ', c'est qu'il est indigné contre nos péchés ; lorsqu'il est troublé , dit le même Père , c'est qu'il est ému de nos maux : ainsi lorsqu'il craint et qu'il prend la fuite , c'est qu'il appréhende pour nos périls. Jésus-Christ voit dans sa prescience en combien de périls extrêmes nous engage l'amour des grandeurs; c'est pourquoi il fuit devant elles , pour nous obliger à les craindre; et, nous montrant par cette fuite les terribles tentations qui menacent les grandes fortunes , il nous apprend tout ensemble que le devoir essentiel du chrétien est de réprimer son ambition. Ce n'est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à la cour ; et nous devons plus que jamais demander la grâce du Saint-Esprit, par l'intercession de Ma« rie. Àoe.

C'est vouloir en quelque sorte déserter la cour, que de combattre l'ambition , qui est Tâme de ceux qui la suivent ; et il pourrait même sembler que c'est ravaler quelque chose de la majesté des princes , que de décrier les présents de la fortune, dont ils sont les dispensateurs. Mais les souverains pieux veulent bien que toute leur gloire s'efface en présence de celle de Dieu ; et, bien loin de s'offenser que l'on diminue leur puissance dans cette vue , ils savent qu'on ne les honore jamais plus intimement que quand on les rabaisse de la sorte. Ne craignons donc pas , chrétiens, de publier hautement , dans une cour si auguste, qu'elle ne peut rien faire pour des chrétiens qui soit digne de leur estime. Détrompons, s'il se peut , les hommes de cette attache profonde à ce qui s'appelle fortune ; et pour cela faisons deux choses. Faisons parler l'Évangile contre la fortune ; faisons parler la fortune contre elle-même : que l'Évangile nous découvre ses illusions, qu'elle-même nous fasse voir ses légèretés ; que l'Évangile nous apprenne combien elle est trompeuse dans ses faveurs , elle-même nous convaincra combien elle est accablante dans ses revers ; ou plutôt voyons l'un et l'autre dans l'histoire du

• In Joan. Tract, xux, n. lo; tom. m, part, ii, col. 627.

Fils de Dieu. Pendant que tous les peuples courent à lui, et que leurs acclamations ne lui promettent rien moins qu'ua trône, cependant il méprise tellement toute cette vaine grandeur, quMl déshonore et flétrit son propre triomphe par son triste et misérable équipage. Mais ayant foulé aux pieds la grandeur dans son éclat, la fortune dans ses faveurs, il veut être lui-même l'exemple de Tinconstance des choses humaines ; et dans l'espace de trois jours on a vu la haine publique attacher à une croix celui que la faveur publique avait Jugé digne du trône. Par où nous devons apprendre que la fortune n'est rien ; et que non-seulement quand elle ôte , mais même quand elle donne , non-seulement quand elle change , mais même quand elle demeure, elle est toujours m^risable: c'est tout le sujet de ce discours.

PREMIER POBST.

J'ai donc à faire voir dans ce premier point que la fortune nous joue lors même qu'elle nous est libérale. Je pourrais mettre ses tromperies dans un grand jour , en prouvant , comme il est aisé , qu'elle ne tient jamais ce qu'elle promet ; mais c'est quelque chose de plus fort de montrer qu'elle ne donne pas, quand même elle fait semblant de donner. Son présent le plus cher, le plus précieux , celui qui se prodigue le moins, c'est celui qu'elle nomme puissance : c'est celui-là qui enchante les ambitieux , c*est celui-là dont ils sont le plus jaloux , si petite que soit la part qu'elle leur en fait. Voyons donc si elle le donne véritablement, ou si celi'est point peutêtre un grand nom par lequel elle éblouit nos yeux malades.

Pour cela il faut rechercher quelle puissance nous pouvons avoir, et de quelle puissance nous avons besoin durant cette vie. Mais comme l'esprit de l'homme s'est fort égaré dans cet examen , tâchons de le ramener à la droite voie par une excellente doctrine de saint Augustin, au livré treizième de la Trinité : là ce grand homme pose pour principe une vérité importante : que la félicité demande deux choses : pouvoir ce qu'on veut , vouloir ce qu'il faut : posse quod velU, velle

suB l'ambition. 267

quod oportet '. Le dernier est aussi nécessaire [que le premier.] Que le concours de ces deux ctioses soit absolument nécessaire pour nous rendre heureux , il paraît évidemment par cette raison : car comme si vous ne pouvez pas ce que vous voulez , votre volonté n'est pas satisfisdte , de même si vous ne voulez pas ce qu'il faut , votre volonté n'est pas réglée , et l'un et l'autre l'empêche d'être bienheureuse, parce que si la volonté qui n'est pas contente est pauvre , aussi la volonté qui n'est pas réglée est malade; ce qui exclut nécessairement la félicité , qui n'est pas moins la santé parfaite de la nature que l'afQuence universelle du bien. Donc il est également nécessaire de désirer ce qu'il faut , que de pouvoir exécuter ce qu'on veut.

Ajoutons, si vous le voulez , qu'il est encore sans difGculté plus essentiel [de désirer] ce qu'il faut , que de pouvoir ce que l'on désire ; car l'un vous trouble dans l'exécution , l'autre porte le mal jusques au principe. Lorsque vous ne pouvez pas ce que vous voulez , c'est que vous en avez été empêché par une cause étrangère ; et lorsque vous ne voulez pas ce qu'il faut , le défaut, en arrive toujours infailliblement par votre propre dépravation : si bien que le premier n'est tout au plus qu'un pur malheur, et le second toujours une faute ; et en cela même que c'est une faute , qui ne voit, s'il a des yeux , que c'est sans comparaison un plus grand malheur? Ainsi l'on ne peut nier , sans perdre le sens , qu'il ne soit bien plus nécessaire à la félicité véritable d'avoir une volonté bien réglée, que d'avoir une puissance bien étendue?

Et c'est ici , chrétiens , que je ne puis assez m'étonner des dérèglements de nos affections et de la corruption de nos jugements. Nous laissons la règle , dit saint Augustin ', et nous soupirons après la puissance. Aveugles, qu'entreprenonsnous ? La félicité a deux parties , et nous croyons la posséder tout entière , pendant que nous faisons une distraction violente de ses deux parties. Encore rejetons-nous la plus nécessaire ; et celle que nous choisissons étant séparée de sa com-

' Cap. xiu, n. 17; tom. viii, col. 930. — * Loco mox dtato, col. 938.

268 SUA l'àmibxion.

pagne , bien loin de nous rendre heureux , ne fait qu'augmenter le poids de notre misère. Car que peut servir la puissance à une volonté déréglée , sinon qu'étant misérable en voulant le mal , elle le devient encore plus en l'exécutant? Ne disionsnous pas dimanche dernier que le grand crédit des pécheurs est un fléau que Dieu leur envoie? Pourquoi, sinon, chrétiens, qu'enjoignant l'exécution au mauvais désir, c'est donner le moyen à un malade de jeter du poison sur une plaie déjà mortelle? c'est ajouter le comble. N'est-ce pas mettre le feu à l'humeur maligne, dont le venin nous dévore déjà les entrailles? Le Fils de Dieu reconnaît que Pilate a reçu d'en- haut une grande puissance sur sa divine personne. Si la volonté de cet homme eût été réglée, il eût pu s'estimer heureux en faisant servir ce pouvoir , sinon à punir l'injustice et la calomnie, du moins à délivrer Finnocence. Mais parce que sa volonté était corrompue par une lâcheté honteuse à son rang, cette puissance ne lui a servi qu'à l'engager, contre sa pensée, dans le crime du déicide. C'est donc le dernier des aveuglements , avant que notre volonté soit bien ordonnée , de désirer une puissance qui se tournera contre nous-mêmes et sera fatale à notre bonheur , parce qu'elle sera funeste à notre vertu.

Notre grand Dieu , messieurs , nous donne une autre conduite , parc« qu'il veut nous mener par des voies unies , et non pas par des précipices. C'est pourquoi il enseigne à ses serviteurs, non à désirer de pouvoir beaucoup , mais à s'exercer à vouloir le bien, à régler leurs désirs avant de songera les satisfaire, à commencer leur félicité par une volonté bien ordonnée, avant que de la consommer par une puissance absolue. Où je ne puis assez admirer l'ordre merveilleux de sa sagesse, en ce que la félicité étant composée de deux choses, la bonne volonté et la puissance, il les donne l'une et l'autre à ses serviteurs , mais il les donne chacune en son temps. Si nous voulons ce qu'il faut dans la vie présente, nous pourrons tout ce que nous voudrons dans la vie future. Le premier est notre exercice, l'autre sera notre récompense. Que désirons-nous davantage? Dieu ne vous envie pas la puissance ,

son L AMBITION. 269

mais il a voulu garder Tordre, qui demande que la justice marche la première : Non quod potentia quasi mali aliquid fugiendasit, sed ordo servandus est, quopriorestjustitia '. Réglons donc notre volonté par l'amour de la justice , et il nous couronnera en son temps par la communication de son pouvoir. Si nous donnons ce moment de la vie présente à composer nos mœurs , il donnera Téternité tout entière à contenter nos désirs.

Mais il est temps , chrétiens , que nous fassions une application plus particulière de cette belle doctrine de saint Augustin. Que demandez-vous , ô mortels ? Quoi? que Dieu vous donne beaucoup de puissance ? £t moi je réponds avec le Sauveur que « vous ne savez pas ce que vous demandez 2. » Considérez bien où vous êtes : voyez la mortalité qui vous accable, regardez cette « Ggure du monde qui passe '^. » Parmi tant de fragilité , sur quoi pensez-vous soutenir cette grande idée de puissance? Certainement un si grand nom doit être appuyé sur quelque chose : et que trouverez- vous sur la terre qui ait assez de force et de dignité pour soutenir le nom de puissance? Ouvrez les yeux, pénétrez l'écorce, la plus grande puissance du inonde ne peut s'étendre plus loin que d'ôter la vie à un homme : est-ce donc un si grand effort que de faire mourir un mortel, que de hâter de quelques moments le cours d'une vie qui se précipite d'elle-même ? Ne croyez donc pas , chrétiens , qu'on puisse jamais trouver du pouvoir où règne la mortalité : Nam quanta potentia potes t esse mortalium? C'est une sage providence : et ainsi, dit saint Augustin * , le partage des hommes mortels est d'observer la justice; la puissance leur sera donnée au séjour d'immortalité : Teneantmortalesjustitiam; potentia immov" talibus dabitur.

Aspirons, messieurs, à cette puissance. Si nous sentons d'une foi vive que nous sommes étrangers sur la terre , nous ne désirerons pas avec ambition de gouverner où nous n'avons

' s. Aug. ubi supra. — 2 Matth. xx 22. — ' I. Cor. vu. 3i. — * S. Aug. ubi supra.

270 sua L^AMBITION.

qu'un lieu de passage , d'être les maîtres où nous ne devons pas même être citoyens. Songeons en quelle cité nos noms sont écrits, songeons qui est celui à qui nous demandons tous les jours que son règne advienne. Si c'est celui que nous appelons notre Père, ne prétendons pas être tout*puissants avant que le r^ue de notre Père soit arrivé ; ce serait un contretemps trop déraisonnable. Ainsi, pour aspirer à la puissance, attendons patiemment que son règne advienne, et contentonsnous, en attendant, de l\û demander que sa volonté soit faite. Si nous faisons sa volonté , en nous laissant diriger par sa justice, le règne arrivera où nous participerons à sa puissance.

Je crois que vous voyez maintenant , messieurs , quelle sorte de puissance nous devons désirer durant cette vie : puissance pour régler nos mœurs, pour modérer nos passions, pour nous composer selon Dieu ; puissance sur nous-mêmes, puissance contre nous-mêmes; ou plutôt, dit saint Augustin', puissance pour nous-mêmes contre nous-mêmes : f^elit homo prudens esse, veiUfortis, velit tempérons ;... atque ut hœo veraciter possit, potentiam plane optet, atque appetat ut potens sit in se ipso, et miro modo adversus se ipsum pro se ipso. O puisiiance peu enviée ! et toutefois c'est la véritable. Car on combat notre puissance en deux sortes, ou bien eu noas empêchant dans Texécution de nos entreprises, ou bien en nous troublant dans le droit que nous avons de nous ré« sondre; on attaque dans ce dernier l'autorité même du eom* mandement 9 et c'est la véritable servitude. Voyons l'exemple de l'un et de l'autre dans une même maison.

Joseph était esclave chez Putiphar, et la femme de ce sei-» gneur d'Egypte y est la maîtresse. Celui-là , dans le joug de la servitude , n'est pas maître de ses actions, et celle-ci, tyrannisée par sa passion , n'est pas même maîtresse de ses volon? tés. Voyez où l'a portée un amour infime. Ah! sans doute, à moins que d'avoir un front d'airain, elle avait honte en son cœur de cette bassesse; mais sa passion furieuse lui comman-

I Ubi supra , col. 939.

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daitau-dedans comme à une esclave : Appelle ce jeune homme, confesse ton faible, abaisse-toi devant lui , rends-toi ridicule. Que lui pouvait'conseiller de pis son plus cruel ennemi? c'est ce que sa passion lui commande. Qui ne voit que dans cette femme la puissance est liée bien plus fortement qu'elle ne Fest dans son propre esclave?

Cent tyrans de cette sorte captivent nos volontés, et nous ne soupirons pas. Nous gémissons quand on lie nos mains , et nous portons sans peine ces fers invisibles dans lesquels nos cœurs sont enchaînés. Nous croyons qu'on nous violente quand on enchaîne les ministres , les membres qui exécutent ; et nous ne soupirons pas quand on met dans les fers la mattresse même, la raison et la volonté qui commande. Éveilletoi, pauvre esclave qui songes à sauver quelques soldats, et laisse prendre le roi prisonnier; et reconnais enfin cette vérité, que si c'est une grande puissance de pouvoir exécuter ses desseins, la grande et la véritable c'est de régner sur ses volontés.

Quiconque aura su goûter la douceur de cet empire se çouciera peu, chrétiens , du crédit et de la puissance que peut donner la fortune; et en voici la raison : c'est qu'il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. Car considérez quelle est la condition des grand3 de la terre, qu'est»ce qui grossit leur cour, et qui fait la foule autour d'eux. N'écoutons pas ce qu'ils disent, voy(His ce qu'ils portent au-dedans du cceur. Chacun a ses intérêts et ses passions , l'un sa vengeance , [l'autre] son am-* ))ition, son avarice; et, pour exécuter leurs desseins, ils tâchent de ménager les puissances. Celui qui est obligé, pour se faire des créatures, de satisfaire les passions d'autrui, quand pren* dra-t-il la pensée de donner des bornes aux siennes? Qui cornpescere debuisti cupiditates tuas, explere cogeris aliénas ',

Mais entrons plus avant encoredans ces ressorts secrets et imperceptibles qui font remuer le cœur humain , afin , s'il se peut, de vous faire voir comment les vices croissent avec la

' s. Aug. Epist. CGxx, adBouif. n. 6; lom. ii, col. 813.

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puissance. En effet , il y a en nous une certaine malignité qui a gâté notre nature jusqu'à la racine, qui a répandu dans nos cœurs le principe de tous les vices. Ils sont cachés et enveloppés en cent replis tortueux , et ils ne demandent qu'à montrer la tête. Le meilleur moyen de les réprimer, c'est de leur ôter le pouvoir ; c'est ce qui fait dire à saint Augustin , qui l'avait bien compris en 1- une de ses épîtres à Macédonius , si je ne me trompe, que pour « guérir la volonté il faut répri- « mer la puissance : » Frxnatur facultas.., utsanetur voluntas '. Eh quoi donc! des vices cachés en sont-ils moins vices? est-ce l'accomplissement qui en fait la corruption.' Comment donc ! est-ce guérir la volonté que de laisser le venin dans le fond du cœur? Voici le secret : on se lasse de vouloir toujours l'impossible, de faire toujours des desseins à faux, de n'avoir que la malice du crime. C'est pourquoi une malice frustrée commence à déplaire; on se remet, on revient à soi à la faveur de son impuissance, on prend aisément le parti de modérer ses désirs. On le fait premièrement par nécessité; mais enfin comme la contrainte est importune, on y travaille sérieusement et de bonne foi , et on bénit son peu de puissance , le premier appareil qui a donné le commencement à la guérison.

Par une raison contraire , qui ne voit que plus on sort de la dépendance , plus on rend ses passions indomptables? Nous sommes des enfants qui avons besoin d'un tuteur sévère, la difficulté ou la crainte. Si on lève ces empêchements , nos inclinations corrompues commencent à se remuer et à se produire , et oppriment notre liberté sous le joug de leur licence effrénée ; comme des voleurs dispersés par la crainte de ceux qui les poursuivaient , troupe sanguinaire qui va désoler toute la province. Ah ! nous ne le voyons que trop tous les jours. Ainsi vous voyez , chrétiens, combien la fortune est trompeuse , puisque , bien loin de nous donner la puissance, elle ne nous laisse pas même la liberté. Que si je pouvais vous découvrir aujourd'hui le cœur d'un Nabuchodonosor dans l'Histoire

» Ad Maced. Ep. a.iii , n. 16; tom. ii, col. 530.

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saiate, d'un Néron ou de quelque autre monstre dans les histoires profanes , vous verriez ce que peut faire dans le cœur humain cette terrible pensée de ne voir rien sur sa tête , et à proportion ce qui en approche. C'est là que la convoitise va tous les jours se subtilisant, et se renviant pour ainsi dire sur elle-même. De là naissent des vices inconnus , des monstres d'avarice , des rafQnements de volupté , des délicatesses d'orgueil , qui n'ont point de nom. Et qui les produit, chrétiens ? La grande puissance féconde en crimes , la licence, mère de tous les excès.

Ce n'est pas sans raison, messieurs, que le Fils de Dieu nous instruit à craindre les grands emplois : c'est qu'il sait que la puissance est le principe le plus ordinaire de l'égarement; qu'en l'exerçant sur les autres , on la perd souvent sur soimême; enfin qu'elle est semblable à un vin fumeux qui fait sentir sa force aux plus sobres. Celui-là seul est maître de ses volontés , qui saura modérer son ambition , qui se croira assez puissant pourvu qu'il puisse régler ses désirs, et être assez désabusé des choses humaines pour ne point mesurer sa félicité à l'élévation de sa fortune.

Mais écoutons , chrétiens , ce que nous opposent les ambitieux. Il faut, disent- ils, se distinguer ; c'est une marque de faiblesse de demeurer dans le commun : les génies extraordinaires se démêlent toujours delà troupe , et forcent les destinées. Les exemples de ceux qui s'avancent semblent reprocher aux autres leur peu de mérite ; et c'est sans doute ce dessein de se distinguer qui pousse l'ambition aux derniers excès. Je pourrais combattre par plusieurs raisons cette pensée de se discerner. Je pourrais vous représenter que c'est ici un siècle de confusion , où toutes choses sont mêlées ; qu'il y a un jour arrêté à la fin des siècles pour séparer les bons d'avec les mauvais, et que c'est à ce grand et étemel discernement que doit aspirer de toute sa force une ambition chrétienne. Je pourrais ajouter encore que c'est en vain qu'on s'efforce de se distinguer sur la terre , où la mort nous vient bientôt arracher de ces places éminentes , pour nous abîmer

274 WR l'A-MBITION.

avec tous les [autres] dans le néant commun de la nature; de sorte que les plus faibles , se riant de votre pompe d'un jour et de votre discernement imaginaire , vous diront avec le prophète : O homme puissant et supert>e , qui pensiez par votre grandeur vous être tiré du pair, « vous voilà blessé comme

« nous, et vous êtes fait semblable à nous : t» Ettu vulneratits es sictU et nos , nostri similis ejfectus es '.

Mais , sans m'arréter à ces raisons , je demanderai seulement à ces âmes ambitieuses par quelles voies elles prétendent se distinguer. « Faisons tomber, disentles impies, le juste « dans nos pièges, parce qu'il nous est incommode : » Cv'cum' veniamus justum y quoniam inutUis est nobis *. L'injuste peut entrer dans tous les desseins , trouver tous les expédients , entrer dans tous les intérêts : à quel usage peut-on mettre cet homme si droit , qui ne parle que de son devoir ? Il n'y a rien de si sec , ni de moins flexible ; et il y a tant de choses qu'il ne peut pas fahre , qu'à la fin il est regardé comme un homme qui n'est bon à rien , entièrement inutile. Ainsi , étant inutile , on se résout facilement aie mépriser, ensuite à le sacrifier à l'intérêt du plus fort , et aux pressantes sollicitations de cet homme de grand secours , qui n'épargne ni le saint ni le profane pour entrer dans nos desseins , qui sait remuer les intérêts et les passions , ces deux grands ressorts de la vie humaine. Confortati simt in terra , quia de malo ad malum egressi sunt ^ : « lis ont cherché à se fortifier sur la « terre , parce qu'ils ne font que passer d'un crime à un au- « tre. » [Le vice sait couvrir] une médisance secrètement semée par une calomnie encore plus ingénieuse; une première injustice , par une corruption : il enveloppe la vérité dans des embarras infinis ; il a l'art de faire taire et parler les hommes , parce qu'il sait les flatter, les intimider, les intéresser par toutes sortes de voies.

Que fera id la vertu avec sa froide et impuissante médiocrité? A peine peut-elle se remuer, tant elle s'est renfermée dans des limites étroites. Elle se retranche tout d'un coup

« Is. XIV. 10. — » Sap. H. 12. — 3 jerem. ix. 8.

SUR l'ambition. 275

plus de la moitié des moyens; j'entends ceux qui sont mauvais ou suspects, et c^est-à-dire assez souvent les plus efficaces. La voie du vice est honteuse , celle de la vertu est bien longue. La vertu ordinairement n'est pas assez souple pour ménager la faveur des hommes ; et le vice , qui met tout en œuvre, est plus actif , plus pressant, plus prompt; et ensuite il réussit mieux que la vertu , qui ne sort point des règles , qui ne marche qu'à pas comptés , qui ne s'avance que par mesure. Ainsi , vous vous ennuierez d'une si grande lenteur ; peu à peu votre vertu se relâchera , et après elle abandonnera tout à fait sa première régularité, pour s'accommoder àFhumeur du monde. Ah! que vous feriez bien plus sagement de renoncer tout à coup à l'ambition ! Peut-éire qu'elle vous donnera de temps en temps quelques légères inquiétudes, mais toujours en aurez-vous bien meilleur marché; et il vous sera bien plus aisé de la retenir, que lorsque vous lui aurez laissé prendre goût aux honneurs et aux dignités. Vivez donc content de ce que vous êtes , et surtout que le désir de faire du bien ne vous fasse pas désirer une condition plus relevée. Ces^ l'appât ordinaire des ambitieux: ils plaignent toujours le public, ils s'érigent en réformateurs des abus , ils deviennent sévères censeurs de tous ceux qu'ils voient dans les grandes places. Pour eux que de beaux desseins ils méditent! que de sages conseils pour l'État! que de grands sentiments pour rÉglise ! que de saints règlements pour un diocèse! Au milieu de ces desseins charitables et de ces pensées chrétiennes, ils s'engagent dans l'amour du monde , ils prennent insensiblement l'esprit du siècle; et puis , quand ils sont arrivés au but, il faut attendre les occasions, qui ne marchent qu'à pas de plomb, pour ainsi parler, et qui enfin n'arrivent jamais. Ainsi périssent tous ces beaux desseins , et s'évanouissent comme un songe toutes ces grandes pensées.

Par conséquent, chrétiens, sans soupirer ardemment après une plus grande puissance , songeons à rendre bon compte de tout le pouvoir que Dieu nous confie. Un fleuve , pour faire du bien , n'a que faire de passer ses bords ni d'inonder

la campagne : en coulant paisiblement dans son lit , il ne laisse pas d* arroser la terre, et de présenter ses eaux aux peuples pour la commodité publique. Ainsi , sans nous mettre en peine de nous déborder par des pensées ambitieuses , tâchons de nous étendre bien loin par des sentiments de bonté; et, dans des emplois bornés , ayons une charité infinie. Telle doit être rambition du chrétien, qui, méprisant la fortune, se rit de ses vaines promesses et n'appréhende pas ses revers, desquels il me reste à vous dire un mot dans ma dernière partie.

DEUXIÈME POINT

La fortune , trompeuse en toute autre chose, est du moins sincère en ceci , qu^elle ne nous cache pas ses trompefies ; au contraire , elle les étale dans le plus grand jour, et, outre ses légèretés ordinaires , elle se plaît de temps en temps d'étonner le monde par des coups d'une surprise terrible, comme pour rappeler toute sa force en la mémoire des hommes , et de peur qu'ils n'oublient jamais ses inconstances , sa malignité, ses bizarreries. C'est ce qui m'a fait souvent penser que toutes les complaisances de la fortune ne sont pas des faveurs , mais des trahisons ; qu'elle ne nous donne que pour avoir prise sur nous , et que les biens que nous recevons de sa main ne sont pas tant des présents qu'elle nous fait , que des gages que nous lui donnons pour être éternellement ses captifs, assujettis aux retours fâcheux de sa dure et malicieuse puissance.

Cette vérité , établie sur tant d'expériences convaincantes, devrait détromper les ambitieux de tous les biens de la terre ; et c'est au contraire ce qui les engage. Car au lieu d'aller à un bien solide et étemel sur lequel le hasard ne domine pas, et de mépriser par cette vue la fortune toujours changeante , la persuasion de son inconstance fait qu'on se donne tout à fait à elle , pour trouver des appuis contre elle-même. Car écoutez parler ce politique habile et entendu : la fortune l'a ^ élevé bien haut , et dans cette élévation il se moque des petits esprits qui donnent tout au dehors, et qui se repaissent de

titres et d'une belle montpe de grandeur ; il se croirait peutêtre assez grand, s'il ne voulait chercher des appuis à sa grandeur. Pour lui , il appuie sa famille sur des fondements plus certains, sur des charges considérables, sur des richesses im • menses, qui soutiendront éternellement la fortune de sa maison. Il pense s'être affermi contre toutes sortes d'attaques: aveugle et malavisé ! comme si ces soutiens magniCques qu'il cherche contre la puissance de la fortune n'étaient pas encore de son ressort et de sa dépendance , et pour le moins aussi fragiles que TédiGce même qu'il croit chancelant !

C'est trop parler de la fortune dans la chaire de vérité. Écoute, homme sage, homme prévoyant, qui étends si loin aux siècles futurs les précautions de ta prudence : c'est Dieu même qui te va parler, et qui va confondre tes vaines pensées par la bouche de son prophète Ézéchiel : Pulcher ramis , etfrondibusnemorosus, excelsusque aliiludine et inter condensas frondes eleoatum estcaci^men ejus » : Assur , dit ce saint prophète , s'est élevé comme un grand arbre , comme les cèdres du Liban : le ciel l'a nourri de sa rosée , la terre l'a engraissé de sa substance ; les puissances l'ont comblé de leurs bienfaits , et il suçait de son côté le sang du peuple. C'est pourquoi il s'est élevé, superbe en sa hauteur, beau en sa verdure, étendu en ses branches, fertile en ses rejetons : les oiseaux faisaient leurs nids sur ses branches; les familles de ses domestiques , les peuples se mettaient à couvert sous son ombre ; un grand nombre de créatures , et les grands et les petits , étaient attachés à sa fortune : ni les cèdres ni les pins, c'est-à-dire les plus grands de la cour , ne l'égalaient pas: Àbietes non adaequaverunt summitaiem ejus;.,. asmulata sunt eum omnia ligna voluptatis quxerantinparadiso Dei ». Autantque ce grand arbre s'étaitpoussé en haut , autant semblaitil avoir jeté en bas de fortes et profondes racines.

Voilà une grande fortune , un siècle n'en voit pas beaucoup de semblables ; mais voyez sa ruine et sa décadence. « Parce « qu'il s'est élevé superbement, et qu'il a porté son faîte jus-

« Ezech. XXXI. 3. — » Ibid. 8. 9.

« qu*aux nues , et que son cœur s' est enflé dans sa hauteur : R pour cela , dit le Seigneur, je le couperai par la racine ; je « rabattrai d'un grand coup , et le porterai par terre : il vien- « dra une disgrâce , et il ne pourra plus se soutenir ; il tom- « bera d'une grande chute. Tous ceux qui se reposaient sous « son ombre se retireront de lui , de peur d'être accablés sous « sa ruine : Recèdent de umbracuh ejus omnes populi « terrx, e^re/i^u^^et/m. Cependant on le verra couché tout « de son long sur la montagne , fardeau inutile de la terre : » Projicient eum super montes ^ ; ou , s'il se soutient durant sa vie , il mourra au milieu de ses grands desseins , et laissera à des mineurs des affaires embrouillées qui ruineront sa famille ; ou Dieu frappera son fils unique, et le fruit de son travail passera en des mains étrangères ; ou Dieu lui fera succéder un dissipateur qui , se trouvant tout d'un coup dans de si grands biens dont l'amas ne lui a coûté aucunes peines, se jouera des sueurs d'un homme insensé qui se sera perdu pour le laisser riche : et, devant la troisième génération, le mauvais ménage et les dettes auront consumé tous ses héritages. « Lesbranchesde ce grand arbre se verront rompues dans tou- « tes les vallées: » Incunctisconvallibuscorruent ramiejus » ; je veux dire , ces terres et ces seigneuries , qu'il avait ramassées com|;pe une province , avec tant de soin et de travail, se partageront en plusieurs mains ; et tous ceux qui verront ce grand changement diront en levant les épaules , et regardant avec étonnement les restes de cette fortune ruinée : Est-ce là que devait aboutir toute cette grandeur formidable au monde } estce là ce grand arbre dont l'ombre couvrait toute la terre.' il n'en reste plus qu'un tronc inutile : est-ce là ce fleuve impétueux qui semblait devoir inonder toute la terre .' je n'aperçois plus qu'un peu d'écume. O homme, que penses-tu faire? et pourquoi le travailles-tu vainement ?

Mais je saurai bien m'affermir , et profiter de l'exemple des autres; j'étudierai le défaut de leur politique et le faible de Teur conduite, et c'est là que j'apporterai le remède, FôUe

' Ezech. XXXI. 12. — » Ibid.

SUQ L AMBITION. 279

précaution ; car ceux-là ont-ils proGté de Texempie de ceux qui les précèdent ? O homme , ne te trompe pas , Favenlr a des événements trop bizarres ; et les pertes et les ruines en-, trent par trop d'endroits dans la fortune des hommes , pour pouvoir être arrêtées de toutes parts. Tu arrêtes cette eau d'un côté , elle pénètre de Fautre ; elle bouillonne même par-dessous la terre. Vous croyez être bien muni aux environs , le fondement manque par en bas, un coup de foudre [frappe] par en haut. Mais je jouirai de mon travail. £h quoi, pour dix ans de vie ! Mais je regarde ma postérité et mon nom. Mais peut-être quêta postérité n'en jouira pas. Mais peut-être aussi qu'elle en jouira. £t tant de sueurs, et tant de travaux , et tant de crimes, et tant d'injustices, sans pouvoir jamais arracher delà fortune, à laquelle tu te dévoues, qu'un misérable peut-être ! Regarde qu'il n'y a rien d'assuré pour toi ; non pas même un tombeau pour graver dessus tes titres superbes , seuls restes de ta grandeur abattue. L'avarice ou la négligence de tes héritiers le refuseront peut-être à ta mémoire ; tant on pensera peu à toi quelques années après ta mort. Ce qu'il y a d'assuré , c'est la peine de tes rapines , la vengeance éternelle de tes concussions et de ton ambition inCnie. O les dignes restes de ta grandeur! ô les belles suites de ta fortune ! ô folie, ô illusion, ô étrange aveuglement des enfants des hommes !

Chrétiens , méditez ces choses ; chrétiens , qui que vous soyez, qui croyez vous affermir sur la terre , servez-vous de cette pensée pour chercher le solide et la consistance. Oui , rhomme doit s'affermir; il ne doit pas borner ses desseins dans des limites si resserrées que celles de cette vie : qu'il pense hardiment à l'éternité. £n effet , il tâche , autant qu'il peut , que le fruit de son travail n'ait pbint de fin ; il ne peut pas toujours vivre , mais il souhaite que son ouvrage subsiste toujours : son ouvrage , c'est sa fortune , qu'il tâche , autant qu'il est possible , de faire voir aux siècles futurs telle qu'il Fa faite. Il y a dans Fesprit de Fhomme un désir avide de l'éternité; si on le sait appliquer, c'est notre salut. Mais

280 SUR l'ambition.

voici Terreur , c'est que Thomme rattache à ce qu'il aimé : s'il aime les biens périssables , il y médite quelque chose d'éternel ; c'est pourquoi il cherche de tous côtés des soutiens à cet édiGce caduc, soutiens aussi caducs que l'édifice même qui lui paraît chancelant. O homme, désabuse-toi! si tu aimes l'éternité, cherche-la donc en elle-même, et ne crois pas pouvoir appliquer sa consistance inébranlable à cette eau qui passe et à ce sable mouvant. O éternité , tu n'es qu'en Dieu ; mais plutôt , ô éternité , tu es Dieu même ; c'est là que je veux chercher mon appui, mon établissement , ma fortune, mon repos assuré en cette vie et en l'autre. Amen.

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