SUA LES JUGEMENTS HUMAINS
« Chaque jour, ditrÉcrilure ' , a sa malice : » ainsi lorsque vous découvrez quelque désordre visible , au lieu d'outrager vos frères par des invectives cruelles , espérez plutôt un temps meilleur et plus pur, et tempérez par cette espérance l'amertume de votre zèle, qui s'emporte avec trop d'excès. Ne jugez donc pas de l'état présent par vos connaissances passées ; car ignorez-vous les miracles qu'opère l'esprit de Dieu dans h conversion des cœurs ? Peut-être que ce vieux pécheur est devenu un autre homme parla grâce delà pénitence. Si vous découvrez encore en sa vie quelque reste de faiblesse humaine , gardez-vous bien de conclure que c'est un trompeur et un hypocrite; ne dites pas, comme vous faites : Ah ! le cœur commence à paraître, le naturel s'est fait voir à travers le masque dont il se couvrait ; car, ô Dieu ! ô juste Dieu ! quel est ce raisonnement? Quoi ! s'ensuit-il qu'on soit un démon , parce qu'on n'est pas un ange; ou que l'embrasement dure encore , parce que l'on voit quelque fumée ou quelque noirceur; ou que la campagne soit inondée, parce que la rivière en se retirant a laissé peut-être quelques eaux en des endroits plus profonds ; ou que les passions dominent encore , parce qu'elles ne sont pas peut-être tout à fait domptées ? Vous dites que c'est malice, et c'est peut-être imprudence; vous dites que c'est habitude, et c'est peut-être chaleur et emportement.
Ah! cet homme que vous blâmez d'une façon si cruelle, fait peut-être beaucoup davantage. Non-seulement il se blâme, mais il se condamne, mais il se châtie , mais il gémit de sou mal, qu'il voit sans doute devant Dieu bien plus grand sans comparaison que vos jugements indiscrets ne le font paraître à vos yeux. Cessez donc de vous égaler à la puissance suprême, par la témérité de juger vos frères. Blâmez ce que Dieu blâime , condamnez ce que Dieu condamne ; mais ne passez point ces limites sacrées. « Ne soyez point sages plus qu'il ne « faut ; mais soyez sages selon la mesure ^ , » c'est-à-dire , ne jugez pas plus que Dieu n'a voulu juger. Autant qu'il a plu à ce grand Dieu de nous découvrir ses jugements , ne
' Mallh. VI, 34.— » Rom. xii, 3.